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La dix-huitième Etape

article de Jean Corneloup (octobre 1933)
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Cet article a paru originellement dans le N°177 de la revue Le Symbolisme (octobre 1933). Il a été ressaisi et corrigé par France-Spiritualités.

      Lorsque, Maçons vieillis entre les colonnes, ayant vu nos cordons blanchir comme nos cheveux, nous nous retournons vers le passé, notre vie nous apparaît comme une suite d'initiations successives, comme une série de morts spirituelles desquelles nous sommes chaque fois ressuscités, à l'image du Phénix symbolique, plus affinés et plus proches de la perfection.

     Dans ces étapes, celle qui nous a conduits au grade de Rose-Croix ne nous semble point, avec le recul des ans, comme la moins significative et la moins émouvante.

      Apprentis, nous sommes morts à l'obscurité de la vie profane pour renaître à la lumière du Temple. Nous avons dégrossi la pierre brute et appris à nous connaître nous-mêmes.

      Compagnons, nos cinq sens nous ont donné la conscience du monde extérieur. Par les Sciences, nous avons coordonné les notions acquises, rattaché les effets aux causes et pénétré le mécanisme des lois naturelles. Par les Arts, nous nous sommes élevés vers la Beauté. Par le Travail enfin, nous nous sommes cultivés et rendus dignes de frapper à la porte de la Chambre du Milieu où nous ont accueillis les Maîtres.

      Là, nous sommes morts de nouveau avec Hiram sous les coups des mauvais Compagnons. Et parce que nous avons alors consenti avec lui le grand sacrifice, nous avons acquis la pleine maîtrise de nous-mêmes et connu l'Amour sans lequel il n'est point de vertus efficaces.

      Mais nous n'étions point au terme de la route. Qui donc jamais y touchera ?

      A l'initiation par la connaissance de nous-mêmes, à l'initiation par l'étude, les Sciences, les Arts et le Travail, à l'initiation par le Sacrifice et par l'Amour, nous devons ajouter l'initiation par la Douleur.

      C'est, entre autres significations, ce que symbolise la Rose sur la Croix.

      « L'Homme est un apprenti. La Douleur est son maître. Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert. »

      Voilà ce qu'exprime la première partie de la devise Rosicrucienne : « Per Rosam ad Crucem ».

      La Rose, en effet, c'est l a Connaissance. La Croix, c'est la souffrance.

      Hommes, nous avons cherché la Connaissance comme la clef même de l'énigme de la Vie. Et lorsque nous avons cru posséder cette connaissance et que nous avons entrebâillé la porte close, nous avons, derrière, trouvé le vide. Ou plutôt, non ! nous nous y sommes retrouvés, nous y avons trouvé des hommes, qui, possédant le même degré de connaissance que nous-mêmes, n'avaient cependant pas encore abdiqué ni leur égoïsme, ni leur orgueil, ni leurs préjugés, ni leurs passions, et qui au contraire, tentaient de prostituer leur Connaissance même en la faisant servir à leur égoïsme, à leur orgueil, à leurs haines et à leurs appétits. Alors, nous avons souffert et nous avons été tentés de nous écrier : « Alors, à quoi bon cette Connaissance ? »

      Démocrates, nous avons cherché à réaliser notre devise maçonnique : Liberté, Egalité, Fraternité, et nous avons eu les mêmes désillusions. Nous avons vu ceux que la Démocratie a affranchis et a tenté d'instruire, renier la Liberté, donner à l'Egalité un visage de Gorgone et à la Fraternité une face sans vie d'idole peinte.

      Et nous avons souffert une seconde fois.

      Maçons, nous avons connu, redoublées, les mêmes angoisses. Nous avons cherché passionnément la Lumière avec nos Frères, et quand nous en avons reçu un rayon, nous avons vu que dans nos rangs restaient bien des Profanes et que nous-mêmes avions mal dégrossi, déformé la Pierre Brute.

      Et nous avons souffert une troisième fois, et davantage. Allons-nous désespérer ? Désespérer comme tant d'autres qui, eux aussi, ont ressenti au ceeur la douleur lancinante des grands et nobles désirs inassouvis et tournés en dérision, et qui ont succombé, murmurant comme nous avons failli tout à l'heure le faire nous-mêmes :

      « Alors, à quoi bon la Connaissance, puisque derrière elle, nous n'avons trouvé que la souffrance ? »

Per Rosam ad Crucem...

      Mais nous n'avons pas succombé. Qu'est-ce qui nous distinguait donc des défaillants ? Une vertu, la Foi. Lorsque nous sommes arrivés au tournant de la route où se tiennent la Douleur et la Désillusion, seule la Foi a été capable de nous soutenir et de nous faire persévérer, la Foi dans la Science, la Foi dans l'Art, la Foi dans le Travail, la Foi dans la valeur du Sacrifice, la Foi dans la force de l'Amour de l'Humanité.

      Et la Foi amène derrière elle l'Espérance, cette deuxième Lumière capitulaire, l'Espérance qui nous rendra capables de nouveaux efforts, l'Espérance qui nous murmurera que si les premiers fruits de la Connaissance nous ont paru si amers et si décevants, c'est que nous nous sommes trop pressés de les cueillir avant de les avoir mûris. Nous avons été comme des enfants avides de récompenses et qui n'ont ni la patience ni la prudence que donne l'expérience. Et c'est peut-être aussi que nous nous étions tenus sur un plan trop théorique, trop exclusivement intellectuel, que nous avions trop fait abstraction de la nature même de l'Homme et des conditions inéluctables de la vie.

      Instruits, et non endurcis par la souffrance, nous nous pencherons avec plus d'affection encore vers les hommes, nos Frères, qui souffrent comme nous, et n'ont point le secours de la Lumière. Nous avions appris la Solidarité que notre Raison nous montrait comme la base de l'organisation sociale. Nous ferons maintenant, par le cœur, connaissance avec sa sœur, la Charité, dont les mains plus douces savent mieux panser les blessures et essuyer les pleurs, dont la parole la plus émouvante sait mieux relever les courages...

      Et c'est ainsi qu'éclairés de nos trois Lumières capitulaires, la Foi, l'Espérance, la Charité, nous reprendrons notre effort, d'une âme plus affinée, affermie, trempée par la Douleur.

      Et comme cet effort sera toujours, inlassablement, dans le même sens, pour acquérir mieux la Connaissance plus parfaite, nous réaliserons le deuxième terme de la devise rosicrucienne :

Per Crucem ad Rosam.

      En la répétant dans son intégrité :

      Per Rosam ad Crucem, per Crucem ad Rosam, nous serons frappés de retrouver, exprimé par la forme même de cette formule, l'antique et éternellement vrai symbole du serpent Ourouboros, représentation des cycles dans lesquels se meut la pensée humaine, cycles que chacun de nous doit parcourir pour son propre compte, car, hélas ! l'expérience de la Vie pas plus que l'Initiation ne se donne à personne, et nous devons l'acquérir durement par l'effort, par le sacrifice, par la douleur. Mais, cette Vie, nous l'éclairerons par la Foi, l'Espérance et la Charité.

Bellevue, mai 1933
Jean Corneloup




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