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La Liberté

article d'Oswald Wirth (octobre 1933)
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Cet article a paru originellement dans le N°177 de la revue Le Symbolisme (octobre 1953). Il a été ressaisi et corrigé par France-Spiritualités.

      En 1911, une partie du Congo fut cédée aux Allemands, qui furent scandalisés en constatant que certains indigènes n'étaient pas encore soumis. Il s'agissait, en particulier, de quelques centaines de guerriers farouches, qui avaient pour refuge un rocher percé de cavernes profondes. Les Français leur avaient fait comprendre qu'ils les laisseraient tranquilles, tant qu'ils ne molesteraient pas leurs voisins et respecteraient les marchands traversant la région. Les insoumis n'ayant provoqué aucune plainte, ils furent favorablement passés en consigne à leurs nouveaux maîtres.

      Résolus à mettre fin à l'impéritie (Schlendrian) française, ceux-ci font entourer par la troupe le rocher-forteresse en sommant la garnison de se rendre. Les Noirs répondent qu'ils ont toujours été indépendants et qu'ils préfèrent la mort à l'esclavage. On parlemente, mais en vain, même à la vue des fagots entassés devant les issues des cavernes. Irrité par l'obstination de la tribu rebelle, le commandant civilisé la fit enfumer dans son refuge, où elle périt étouffée.

      Les Romains eurent des mésaventures analogues avec les Ligures. Il fallut d'âpres luttes pour les soumettre clan par clan et parfois le vainqueur n'encerclait plus que des cadavres. A bout de résistance, les défenseurs farouches d'une liberté qui leur était sacrée égorgeaient femmes et enfants, puis se tuaient eux-mêmes jusqu'au dernier, plutôt que de courir les chances d'une mort incertaine en se précipitant une dernière fois sur l'ennemi.

      Ce sont là faits anciens et lointains, mais tout près de nous vit un petit peuple dont l'amour de la liberté fait une grande nation. Allons nous instruire en Suisse où même les bambins apprennent qu'un peuple libre est supérieur aux autres, que la liberté est le souverain bien pour lequel il faut savoir sacrifier tous les autres, y compris la vie. Les montagnes nourrissent chichement les pâtres, dont les troupeaux sont à la merci des intempéries, une sécheresse prolongée ou des pluies abondantes devenant causes de ruine. Mais qu'importe la famine au cours de durs hivers, quand on se sait libre, relevant de Dieu directement et non d'autres hommes qui prétendent commander !

      Dieu nous a créés libres et il respecte lui-même notre liberté, au point de nous laisser la latitude de l'offenser. Notre plus saint devoir est de nous comporter en hommes libres, en vue de rester digne de la liberté, car celle-ci se perd, si elle n'est pas conquise chaque jour par une conduite appropriée. Le citoyen libre est un souverain qui doit avoir conscience de sa responsabilité, afin de régner mieux que les rois et les empereurs, qui sont des esclaves déguisés. Le pire des crimes consiste à compromettre et à perdre la liberté.

      Telle est la conviction des Suisses, qui prennent en pitié les peuples incapables de se gouverner eux-mêmes, faute d'éducation démocratique, faute aussi de religion bien comprise. Car, peu importent les croyances métaphysiques et les mythologies, le vrai culte étant celui de la Liberté humano-divine.

      Quelle pitié de voir les nations civilisées sacrifier au veau d'or et les peuples subordonner tout à des questions d'estomac. Pour manger à sa faim, l'homme moderne se laisse réduire à un esclavage effectif. Il rêve d'un Etat nourricier, machine monstrueuse, dont le moindre détraquement serait catastrophique. Organisation, discipline sont d'indispensables facteurs de coordination des efforts humains, mais ceux-ci surgissent des libres initiatives... Les plus grandes choses ont toujours été entreprises et conduites à bien par des individus que stimulait leur propre génie, leur démon trop souvent indiscipliné.

      L'homme libre sait d'ailleurs s'associer, en assurant la liberté de l'individu au sein de la collectivité. Celle-ci prend soin d'instruire les individualités, en favorisant l'éclosion de leurs talents, puis elle les protège en leur travail, mais sans les réduire à l'état de rouage d'un unique mécanisme social.

      Assurément, la pratique de la liberté implique un art difficile, qui n'est pas d'emblée accessible à l'esclave que l'on proclame affranchi. L'art d'exercer la souveraineté de l'homme libre n'est autre que l'Art Royal des Initiés. Quand la Maçonnerie latine a pris pour devise Liberté, Egalité, Fraternité, elle s'est constiuée en école des souverains de l'avenir. Les élèves se sont montrés accessibles, jusqu'ici, surtout aux leçons de Fraternité, mais ils sont restés en retard sur le programme d'enseignement de la Liberté. Proclamer la République est une promesse qui reste fallacieuse, si les citoyens ne savent pas la tenir. Enseignons la Liberté qui se base sur des devoirs accomplis, devoirs austères, religieux dans toute la force du terme, et non sur des droits revendiqués par des émeutiers.

      Peut-être la férule de la tyrannie dictatoriale est-elle indispensable aux âmes serviles qui n'ont pas conscience des devoirs inéluctables de la Liberté. Quand le citoyen se sera fait roi par son éducation, il saura régner et la démocratie cessera d'être une fiction.

      D'ici là, élevons la Liberté au-dessus de tout et sacrifions lui nos intérêts mesquins. N'écoutons pas ceux qui n'y voient qu'un mot, car c'est le principe humain le plus profondément sacré. Aurions-nous moins de cœur que des Africains et que les antiques Ligures, sans parler des Suisses et d'autres peuples contemporains ?




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