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Mirabeau Franc-Maçon

article d'André Bouton (1954)
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Cet article a paru originellement dans le N°314 de la revue Le Symbolisme (avril-mai 1954). Il a été ressaisi et corrigé par France-Spiritualités.

      Mirabeau qui a joué, en 1789-1790, un rôle de premier plan était-il Maçon ?

      Cette question est importante parce que les adversaires de la Franc-Maçonnerie ont affirmé qu'il avait été initié et qu'avec Bailly, Barnave, Dupont de Nemours, Grégoire, Noailles, Pétion, etc., il avait fait partie des Amis Réunis, donc du Grand Orient de France, et s'était trouvé à la tête d'un complot maçonnique chargé de détrôner les Bourbons et de faire une révolution en France. On sait que cette affirmation sans preuve obtint le plus grand crédit dans le public (Mémoires du Conventionnel Sergent, 1751-1847).

      Alors qu'un siècle plus tard, on était devenu plus exigeant sur les sources, Gustave Bord n'ose plus se contenter d'affirmations verbales ; s'il tient toujours à son idée du complot maçonnique, il avoue qu'il n'a personnellement trouvé aucune trace de ces noms au cours des recherches pour son travail (Gustave Bord, La Franc-Maçonnerie en France, des origines à 1815).

      Les historiens reconnaissent aujourd'hui que le Grand Orient n'a pas donné d'instruction pour organiser la Révolution, et encore moins la diriger, qu'il était hors d'état de le faire. Mais que les Francs-Maçons ont néanmoins exercé une large action sur les événements en raison de leurs idées, de la propagande qu'ils en ont faite et parce qu'ils étaient préparés à la vie publique.

      L'initiation de Mirabeau en conserve donc tout son intérêt, d'autant plus que dans le deuxième tirage des Principaux personnages ayant appartenu au Grand-Orient, on classe encore, cette fois dans la Loge des Neuf Sœurs, la plupart des personnages ci-dessus : Bailly, Condorcet, Brissot, Danton, Desmoulins, Pétion, Siéyès… sans doute à la suite de l'adoption de cette liste de l'abbé Barruel par Louis Amiable, qui en admet la vraisemblance dans son étude sur la Loge des Neuf Sœurs.

      C'est une question de preuve qui se pose. Comment espérer aboutir alors que tant de tableaux ont été détruits, égarés, envoyés incomplets ou irrégulièrement à l'administration centrale des Obédiences. Et quand ils sont parvenus, que de noms mal orthographiés, de dates inexactes, car on ne se piquait pas alors de cet esprit de précision que nous avons acquis depuis. Il nous faut donc revenir au système des fortes présomptions.

      Or, dans sa brochure, M. René Verrier [Note de l'auteur : René Verrier, Mirabeau Franc-Maçon, réimpression de 1953], vient emporter notre conviction malgré ses recherches négatives, comme celles de M. Félix Chevrier faites dans les dossiers des Loges qu'aurait pu fréquenter le grand orateur révolutionnaire. (Félix Chevrier et Antoine Alessandri, La vie hermétique à , Paris, 1953).

      M. Verrier donne le texte de trois lettres de Mirabeau (9 et 16 mai 1779, 19 novembre 1780), où il déclare son appartenance à la Franc-Maçonnerie. Elle est d'ailleurs affirmée par son fils naturel et adoptif, Lucas de Montigny, qui écrit qu'il fut initié dans sa jeunesse, ce qui lui permit d'être accrédité par la suite auprès d'une Loge hollandaise.

      Mais M. Verrier va plus loin ; il montre que Mirabeau a été admis dans l'ordre des Illuminés sous le nom de Léonidas.

      A vrai dire, les relations de Mirabeau avec les Illuminés ont été constantes. Le suisse Gaspard Schweizer, dont le père s'était remarié avec la sœur de Lavater, ayant des ambitions politiques et n'ayant pu entrer dans le Conseil de la ville de Zürich, devint opposant et adhéra à la section de Zürich des Illuminés, mit à sa disposition des sommes considérables. En juin 1786, il quitta Zürich et vint s'installer à Paris.

      Mirabeau devint aussitôt son ami, au point que ce financier, au courant de ses embarras pécuniaires, lui confiait la clef de son secrétaire s'informant à peine de l'argent qu'il y prenait. Aussi se montra-t-il tout surpris, quelques années plus tard, lorsque Mirabeau, vivant dans l'opulence grâce aux subsides secrets de Louis XVI, vint lui rapporter une poignée de billets de banque qui représentaient une somme de 20.000 livres. Aux questions de Schweizer, Mirabeau répondit que c'était le montant de différents prêts si généreusement consentis par ce dernier qui se refusait à le croire (F. Barbey, Suisses hors de Suisse, Paris, 1914).

      Les lettres de Mirabeau envoyées de Berlin à Schweizer ne laissent aucun doute sur la cordialité de leurs relations fraternelles (Revue Historique, 1885, tome XXIX, p. 82).

      On sait que Mirabeau, chargé de mission par Calonne, à la suite de l'insistance du duc de Luynes et de l'abbé de Talleyrand-Périgord, séjourna en Allemagne du 5 juillet 1786 au 19 janvier 1787. Il se rendit même à Brünswick (août-septembre 1786), l'un des foyers de l'Illuminisme bavarois. C'est là qu'il fit connaissance de Jacques von Mauvillon, illuminé nommé Arcésilas, professeur au collège carolin de Brünswick, avec lequel il restera en relation jusqu'à sa mort (Lettres du comte de Mirabeau à un de ses amis d'Allemagne écrites durant les années 1786-1787-1788-1789-1790, publiées en 1792).

      Le lien de l'Illuminisme seul peut expliquer la collaboration de Mauvillon et de plusieurs autres Illuminés à l'ouvrage de Mirabeau : Histoire de la Monarchie prussienne sous Frédéric II ; seul il peut expliquer la puissante information de son Histoire secrète de la Cour de Berlin, alors que le futur tribun ne connaissait ni le pays, ni la langue qu'il commençait seulement à étudier, et aussi cette exactitude qui fit l'admiration des hommes de 1789, comme plus tard de Chateaubriand et de Lamartine.




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