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Symbolisme de l'essaim

article de Marius Lepage (avril-juin 1961)
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Cet article a paru originellement dans le N°352 de la revue Le Symbolisme (avril-juin 1961). Il a été ressaisi et corrigé par France-Spiritualités.

Le 25 janvier 1961.

      Mon cher Frère B....,

      Vous avez bien voulu solliciter mon avis sur un cas de conscience qui vous trouble actuellement en ce qui concerne votre vie Maçonnique.

      En raison de la prédominance accordée dans votre Atelier aux questions sociales et économiques, vous estimez que ce n'est pas là l'objet de la quête qui vous a poussé à demander l'entrée au sein de la Franc-Maçonnerie.

      En bref, vous vous trouvez devant l'alternative suivante :

      ou bien vous continuez d'être très exactement assidu aux Tenues de votre Loge, et vous perdez votre temps,

      ou bien vous n'assistez plus qu'aux réunions où vous pensez trouver l'enseignement que vous cherchez, et vous tombez dans le péché d'inassuidité, qui est bien le plus grave dont un Maçon sincère puisse se rendre coupable.

      Selon une règle de conduite dont je ne me dépars jamais, je me refuse à vous donner un « conseil » qui serait susceptible de déterminer votre conduite. Chacun doit trouver en lui-même « sa » propre vérité, et il ne m'appartient pas de substituer ma volonté ou mon enseignement à votre méditation et à votre décision.

      Mais, c'est bien volontiers que, d'une manière générale, je vous livrerai mon sentiment en cette matière. Sentiment fruit d'une activité Maçonnique ininterrompue de plus de trente-cinq années, appuyé en même temps sur la connaissance de la vie historique de l'Ordre depuis deux cents ans.

      Toutes autres questions mises à part, quel doit être l'effectif normal d'un Atelier pour que chacun des membres qui en font partie puisse à la fois apporter sa pierre au travail commun, et bénéficier du travail de ses Frères ?

      Dans la pratique, et pour que chacun travaille, il me paraît que la présence de quinze à vingt Frères sur les Colonnes est le chiffre idéal. Jusqu'à une trentaine de présents, on peut encore envisager de travailler Maçonniquement. Au-dessus de trente présents, la Loge tourne à l'Université Populaire, ou à la Sorbonne. Un Frère parle, les autres l'écoutent, ou dorment. Mais, dans la plupart des cas, un seul a travaillé effectivement : celui qui a préparé son exposé. Or, il est absolument nécessaire, puisque « travaux » il y a, que chacun des Frères présents non seulement suive la pensée de celui qui a la parole, mais qu'ensuite il soit amené – c'est le rôle du Vénérable en Chaire – à confronter sa pensée avec celles qui sont exprimées autour de lui. C'est par de telles confrontations qu'il pourra réellement « dégrossir sa Pierre ».

      Il existe des Ateliers florissants, comptant plus de cent membres à leur Tableau-matricule. De tels Ateliers sont de véritables hérésies Maçonniques.

      Il est un vieux symbole Maçonnique que connaissaient bien nos Frères du XVIIIème siècle, et qui est souvent reproduit sur les diplômes et Tabliers de l'époque : celui de la Ruche.

      En plus de son sens ésotérique, il avait pour eux un sens exotérique qu'ils mettaient toujours en pratique. Lorsqu'un Atelier devenait trop important, il s'en formait un autre, par essaimage. Mais, l'essaim demeurait toujours attaché à la ruche par des liens affectueux. C'est le modèle dont, actuellement, nous devrions nous inspirer.


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      Je n'ignore nullement les dangers que courent les Loges lorsqu'au sein de celles-ci s'établissent des spécialisations trop marquées, que celles-ci soient professionnelles, politiques ou philosophiques. L'Atelier devient alors rapidement une sorte de petite chapelle, où l'on vénère exclusivement un dieu particulier, que l'on estime naturellement supérieur aux autres.

      Par contre, il m'a été souvent donné d'apprécier les bienfaits de la spécialisation des travaux, selon les goûts prédominant dans l'Atelier.

      Or, ces goûts sont, par essence, souvent à l'opposé les uns des autres. Si votre goût vous porte vers les questions sociales et politiques – ce dernier mot étant pris dans son sens le plus noble – l'étude du symbolisme et des valeurs proprement initiatiques ne présentera que peu d'intérêt pour vous. Par contre, si vous êtes naturellement porté vers ces derniers travaux, les questions sociales et politiques vous sembleront ressortir à des occupations de caractère profane.

      Dans l'un et l'autre cas, germera bientôt, au sein de la Loge, un ferment de désaffection qui éloignera un certain nombre de Frères.

      C'est bien pourquoi les Ateliers à trop fort effectif, s'ils veulent contribuer à la prospérité morale de l'Ordre auront intérêt à laisser des essaims s'envoler vers une nouvelle ruche.


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      En ce cas, il existe des règles que, du point de vue sentimental, il convient de respecter.

      Tout d'abord, il faut éviter de donner à la Loge-Mère le sentiment d'une scission provoquée par un désaccord. Ainsi que je vous l'écrivais quelques lignes plus haut, il faut absolument que tout se passe dans la plus grande clarté, et que l'essaim soit considéré non comme un groupe de déserteurs, mais comme une compagnie de hardis compagnons partant à la découverte des terres inconnues qu'il faudra défricher.

      Il ne doit pas se poser de problèmes matériels, les Temples demeurant communs. L'intercommunication entre les Loges doit être totale. Tel sujet social peut, un jour, intéresser vivement un symboliste, et tel sujet symbolique intéresser un Maçon normalement incliné vers le social.

      Il faut, de temps à autre, organiser des Tenues collectives, présidées à tour de rôle par les Vénérables en Chaire des différents Ateliers travaillant dans un même Orient.

      De même, les Fêtes solsticiales gagneront à être organisées en commun, dans les mêmes conditions.

      En bref, il faut éviter une compétition – qui revêt toujours, qu'on le veuille ou non, un caractère agressif – mais il faut, dans chaque Atelier, être animé d'un esprit d'émulation, propre à augmenter le rayonnement de l'Ordre et la valeur individuelle de chaque Maçon.

      Si cet esprit réellement fraternel imprègne toutes vos actions, chaque Frère pourra amener ses facultés intellectuelles et spirituelles à leur plein épanouissementt, dans l'Atelier le plus propre à les développer. L'harmonie règnera au sein de la Loge, et, toutes les Loges, l'Ordre en son entier en recueilleront les fruits.


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      Voilà, mon cher B..., le fruit de mes réflexions sur un sujet extrêmement délicat. Il exige, pour être convenablement traité, que les responsables d'un Atelier comprennent que ce n'est pas le nombre qui fait la grandeur d'une Loge, mais la valeur individuelle de chacun de membres, et que celle-ci ne se développera pas si la masse des Frères ne permet pas à l'individu d'exercer normalement ses facultés.

      L'essaimage ainsi compris est dans la nature même de la Franc-Maçonnerie. Pratiqué dans un esprit d'affection et de confiance réciproques, il préviendra l'inassuidité, la désaffection, voire la rupture brutale. Tout Vénérable conscient de sa mission doit comprendre que la multiplication raisonnable des Loges contribue à augmenter la gloire et la puissance de l'Ordre tout entier.

      C'est dans cet esprit sincèrement traditionnel que je vous ai écrit ces quelques lignes, et que je vous assure de la sincérité de mes sentiments affectueusement fraternels.

Marius Lepage




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