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Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie

et des sociétés secrètes anciennes et modernes
François-Timoléon Bègue-Clavel
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      Le succès de ce livre a de beaucoup dépassé nos espérances : deux éditions successives, tirées à grand nombre d'exemplaires, se sont écoulées en peu de temps ; et nous sommes heureux de pouvoir constater que le point de vue sous lequel nous avons présenté la franc-maçonnerie n'a pas été sans influence sur le redoublement d'activité qui, depuis lors, s'est manifesté de toutes parts dans les loges, et sur la détermination qui a ramené aux travaux maçonniques une foule d'hommes de cœur et de capacité qui s'en étaient éloignés parce qu'ils n'avaient pas été mis à même d'en apprécier l'utilité et l'importance. Toutefois ce succès ne s'est pas établi sans quelques protestations. L'ignorance et la routine, et d'honorables susceptibilités, trop promptes cependant à s'émouvoir, se sont élevées avec une sorte de violence contre les prétendues révélations que renferme notre œuvre. Nous avons été dénoncé au Grand-Orient comme ayant violé le serment de discrétion que nous avons prêté en nous faisant initier, et nous nous sommes vu l'objet des censures de cette autorité maçonnique (1). Une telle rigueur devait d'autant plus nous surprendre que, prévoyant le reproche d'indiscrétion qui nous serait adressé, nous avions eu la précaution d'y répondre à l'avance par des arguments, suivant nous, sans réplique. Voici, en effet, ce qu'on lisait dans la préface de notre première édition :

      « Il nous a paru indispensable de faire précéder la première partie de notre histoire d'une Introduction où se trouvent décrits les symboles, les cérémonies et les usages divers de l'association maçonnique, et où les mystères de cette association sont expliqués et comparés avec les mystères de l'antiquité. Et, à ce propos, nous nous hâtons de remarquer que nous n'avons rien dit qui déjà n'eût été cent fois imprimé, non seulement par les ennemis de la société maçonnique, mais aussi par beaucoup de ses membres les plus zélés et les plus recommandables, avec l'approbation implicite ou formellement exprimée des grandes-loges et des grands-orients.

      Comme une assertion de cette nature a besoin d'être justifiée, qu'il nous soit permis de l'appuer de quelques preuves. Dès 1723, la Grande-Loge de Londres elle-même donnait à plusieurs de ses membres la mission de réunir et de publier les statuts, les doctrines, les instructions, et différentes cérémonies intérieures de la franc-maçonnerie. Ce recueil parut peu de temps après, sous le nom du frère Anderson, avec le visa de la Grande-Loge. Toutes les autres administrations maçonniques ont traduit ou réimprimé le livre d'Anderson, ou en ont publié d'analogues. Le Grand-Orient de France est même allé plus loin. En 1777, il fit paraître un journal ayant pour titre : Etat du Grand-Orient, dans lequel se trouvaient rapportés et décrits ses travaux les plus secrets. Ce journal est remplacé, depuis 1813, par la publication des procès-verbaux des deux fêtes solsticiales annuelles. On peut y lire les discours des orateurs, les comptes-rendus des travaux opérés dans le semestre, et jusqu'à nos formulaires les plus mystérieux. De nos jours, il n'y a pas une loge de ce régime qui ne se serve, pour la tenue de ses assemblées, pour la réception des profanes, des rituels imprimés de la maçonnerie française. Ces rituels se vendent même publiquement. Ils ont été insérés en entier dans le tome X des Cérémonies et Coutumes religieuses, de Bernard Picard, édition de 1809.

      Si quelques membres du Grand-Orient répugnent à ce genre de publications, la majorité s'y montre favorable, comme étant de nature à propager parmi les frères les notions trop peu répandues de la franc-maçonnerie. Cela est si vrai, qu'il y a quelques années, le Grand-Orient nomma chef de son secrétariat le frère Bazot , qui avait précédemment mis au jour un Manuel où sont reproduits les rituels maçonniques (2), et un Tuileur, où sont rapportés les mots, les signes et les attouchements de tous les grades ; donnant conséquemment, par un tel choix, une sanction implicite à la publication de ces ouvrages. Cette tendance du Grand-Orient à favoriser la propagation des connaissances maçonniques s'est manifestée tout récemment encore d'une manière non moins frappante. Il a autorisé, en 1841, par une délibération spéciale, l'impression du Cours interprétatif du frère Ragon, qui contient l'explication des symboles et des mystères les plus cachés de la franc-maçonnerie.

      Les autres orients maçonniques se sont généralement montrés tout aussi désireux de voir ces connaissances se répandre parmi les frères de leurs juridictions. En 1812, la Mère-Loge du rite écossais philosophique autorisa le frère Alexandre Lenoir à publier son livre intitulé : La franc-maçonnerie rendue à sa véritable origine, où, comme dans l'ouvrage du frère Ragon , les mystères maçonniques sont décrits et interprétés. D'un autre côté, le Suprême-Conseil de France, qui comptait au nombre de ses membres le frère Vuillaume, auteur d'un Tuileur de tous les grades, s'empressa, lors de la reprise de ses travaux, en 1821, d'adresser ce tuileur à tous les ateliers de son régime, qui lui en firent la demande.

      Nous pourrions sans peine multiplier les citations de ce genre ; mais que prouveraient-elles de plus ? Les seuls exemples que nous venons de rapporter nous autorisaient suffisamment à publier notre Introduction. Il nous paraissait évident que ce que d'autres avaient fait avant nous, que ce que les grands-orients avaient approuvé ou toléré, nous était également permis. Dès lors, toutes nos hésitations ont cessé, tous nos scrupules se sont évanouis. Cependant, nous nous sommes abstenu d'aborder certaines matières qui nous semblent devoir rester voilées ; nous nous sommes gardé de même avec soin de décrire aucun des moyens qui servent aux francs-maçons à se reconnaître entre eux.

      On objectera que les livres dont nous parlons n'étaient destinés qu'aux seuls membres de l'association maçonnique. Cela est vrai ; et c'est pour eux seuls aussi que nous avons écrit. Mais, de même que les auteurs de ces livres ne pouvaient répondre qu'ils ne tomberaient pas entre des mains profanes, nous ne garantissons pas non plus que le nôtre échappera à cette destinée commune à tout ce qui est imprimé. Au reste, à parler franchement, nous n'y verrions pas un inconvénient bien grave. Le secret de la franc-maçonnerie ne réside pas, les frères instruits le savent bien, dans les cérémonies et les symboles. Quel danger y aurait-il donc à ce que les profanes apprissent de nous-mêmes ce que nous sommes, ce que nous faisons et ce que nous voulons ? Ne serait-ce pas une réponse victorieuse à toutes les plaisanteries, à toutes les calomnies qu'on a répandues sur notre compte ? Une telle publicité ne pourrait même qu'être favorable à la franc-maçonnerie, et lui attirerait certainement de nombreux prosélytes (3). Il est à remarquer, en effet, que l'immense développement qu'a pris notre société date seulement de l'époque où le livre d'Anderson a soulevé pour le public le voile épais qui avait couvert jusque-là les mystères maçonniques. »

      Au reste si les considérations qui précèdent n'ont pas été assez puissantes pour démontrer au Grand-Orient la non-culpabilité de notre oeuvre, nous avons été amplement dédommagé de la sévérité qu'il a déployée à notre égard, par les témoignages d'intérêt que nous avons reçus de l'immense majorité de nos frères. Il en est un surtout dont nous sentons vivement tout le prix. Une des loges les plus importantes de Paris, la Clémente-Amitié, qui déjà avait chaleureusement protesté contre notre mise en jugement, a voulu nous donner une nouvelle marque de confiance et d'estime : elle nous a appelé à diriger ses travaux, et elle a chargé le frère Pagnerre, notre éditeur et notre ami, du soin de la représenter, en qualité de député, près du sénat de la maçonnerie française. Revenu enfin tout entier des fâcheuses préventions qu'il avait conçues contre nous, ce corps nous a admis l'un et l'autre dans ses rangs avec une bienveillance toute fraternelle.

      Nous avons accumulé dans cette histoire une telle abondance de dates et de faits que, malgré toute l'attention que nous avions apportée, lors des premières éditions, à la correction du texte, il était presque impossible qu'il ne s'y glissât pas quelques erreurs. Nous nous sommes efforcé cette fois d'éviter un pareil écueil ; et, pour y parvenir plus sûrement, nous sommes remonté aux sources où nous avions puisé. Grâce à une vérification scrupuleuse, nous avons la confiance fondée que l'édition actuelle est tout à fait exempte d'inexactitudes.


      Là ne se bornent pas les améliorations que nous y avons introduites. Tout en nous attachant à conserver la pagination des éditions précédentes, afin qu'il fût facile de vérifier dans toutes les citations qui pourraient être faites de cet ouvrage, nous n'avons cependant laissé échapper aucune occasion d'y intercaler des faits nouveaux, quand ils nous paraissaient offrir quelque intérêt. Le chapitre qui traite des sociétés secrètes politiques a été refondu presque en entier, et considérablement augmenté, en ce qui touche notamment les sociétés irlandaises, anglaises et américaines, sur lesquelles nous nous sommes procuré des renseignements étendus. L'appendice qui suit l'Introduction a également subi des corrections et reçu des accroissements notables ; et celui qui terminait le livre s'est grossi de plusieurs notices détachées, dont la longueur eût entravé la marche de la narration, et qui, pour la plupart, forment autant de morceaux aussi neufs que piquants. Parmi ces additions, nous citerons plus spécialement l'article qui traite des fendeurs-charbonniers ; de précieuses recherches sur l'ordre royal de Hérédom de Kilwinning ; des éclaircissements nouveaux sur la création du rite écossais ancien et accepté en Amérique ; des anecdotes peu connues sur les sociétés secrètes politiques allemandes, enfin des détails pleins d'intérêt sur les associations polynésiennes des aréoys et des oulitaos, etc.

      Peut-être toutes nos études et toute notre persévérance n'eussent-elles point suffi pour nous mettre en état de former un ensemble de notions aussi étendu et aussi complet sur les associations secrètes que celui que présente notre livre, si plusieurs frères non moins instruits que zélés ne nous avaient facilité l'accomplissement d'une tâche si vaste et si pénible, en mettant à notre disposition le résultat de leurs recherches personnelles et les riches collections dont ils sont possesseurs. Dans le nombre, nous nommerons plus spécialement le frère Morison de Greenfield, qui nous a. généreusement livré tous les trésors de ses archives, les plus abondantes et les plus curieuses qui aient jamais été réunies ; – le frère de Marconnay, qui nous a fourni d'importants et nombreux documents sur les sociétés du Canada et des Etats-Unis d'Amérique ; – le frère Théodore Juge, à qui nous devons d'intéressants matériaux sur les loges de la Suisse ; – le frère Fœlix, enfin, ancien vénérable de loge à Mayence, et le frère Kloss, grand-maître de la Mère-Loge de l'union éclectique, à Francfort sur le Mein, qui tous deux nous ont communiqué de précieux renseignements sur l'histoire maçonnique en Allemagne. C'est donc pour nous un devoir de payer ici à ces frères un juste tribut de reconnaissance pour l'utile concours qu'ils ont bien voulu nous prêter.


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(1)  La sentence a été prononcée à la majorité de 20 voix contre 15. Plus de 150 membres ayant voix délibérative n'étaient pas venus siéger.

(2)  Rendant compte de ce manuel dans la Gazette de France, le 07 février 1818, Colnet disait en terminant : « Pour en finir avec le très cher frère Bazot, j'ajouterai que son manuel apprendra aux profanes tout ce qu'ils peuvent désirer de savoir sur la franc-maçonnerie. »

(3)   L'événement a justifié cette opinion. Il n'est pas rare aujourd'hui de voir des profanes déclarer qu'ils ont été déterminés à demander l'initiation par les lumières que notre livre leur avait fournies sur la nature et sur le but de la franc-maçonnerie.




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