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Les précurseurs de la Franc-Maçonnerie

au XVIème et au XVIIème siècle
Claudio Jannet
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XVII – Les Juifs en France au XVIème et au XVIIème siècle

En France, au XVIème siècle, les Juifs étaient fort peu nombreux. Ils ne formaient pas un noyau de population comme en Allemagne et en Italie. Ils avaient été, en effet, chassés du royaume en 1394, et Louis XII, en 1501, avait étendu cette proscription à la Provence. Cependant des médecins, des savants, des marchands juifs parvenaient toujours à pénétrer dans le pays et, grâce à leurs artifices, un certain nombre étaient parvenus à s'y implanter (98). Nous allons reproduire un passage de la dissertation publiée par Leber dans sa Collection de dissertations sur l'histoire, qui montrera combien devait être dangereuse leur pénétration dans la société :

      « Louis XI avait donné, en 1474, un édit par lequel il permettait à tous les étrangers, excepté les Anglais, de se fixer à Bordeaux. Cela donna lieu à un Juif espagnol, baptisé, nommé André Govea, de venir s'établir dans cette ville, où il devint, en 1534, professeur de belles-lettres (99). Plusieurs de ses compatriotes, nouveaux chrétiens comme lui, vinrent l'y joindre, et, au mois d'août 1550, ils obtinrent de Henri II des lettres patentes par lesquelles il leur fut permis de résider avec leurs familles dans toute l'étendue du royaume et d'y faire librement le commerce. Ils purent acquérir et posséder toute espèce de biens, tester et recueillir des successions enfin jouir de tous les privilèges, franchises et libertés dont jouissaient les sujets du Roi. Dans ces lettres, ils étaient dénommés marchands et autres Portugais appelés nouveaux chrétiens. Ces lettres furent enregiEtrëes au parlement de Paris le 22 décembre 1550, et confirmées, le 11 novembre 1574, par Henri III, qui les rendit communes aux Portugais établis au Saint-Esprit, car la ville de Bordeaux n'était pas la seule dans laquelle ces marchands.étrangers étaient venus se fixer (100). [...]
      En attendant, tous ces privilèges ne leur étaient encore accordés que comme à des marchands étrangers, et, bien que leur origine fût connue, ils passaient toujours pour chrétiens et ils faisaient baptiser leurs enfants. Ce fut vers l'an 1686 qu'ils cessèrent de se contraindre sur ce point, et, vingt ans plus tard, ils renoncèrent aussi à se marier devant les curés catholiques. Ils firent alors construire des synagogues à Bordeaux et eurent bientôt après un cimetière particulier. Enfin, au mois de juin 1723, de nouvelles lettres patentes données à Meudon les confirmèrent dans leurs privilèges, et ce fut alors que, pour la première fois, ils furent reconnus pour être de la religion juive et que la qualification de Juifs leur fut officiellement donnée. Ils payèrent pour ces lettres un droit de joyeux avènement de 110.000 livres. »

      Ces indications sur la fausseté des conversions des nouveaux chrétiens et les pratiques judaïques qu'ils conservaient pendant plusieurs générations dans l'intérieur de leurs familles, tout en fréquentant ostensiblement les églises et en recevant les sacrements, sont confirmées par le dernier historien des juifs de Bordeaux, M. Malvesin (101). Il est de tradition qu'en Espagne, et peut-être même à Bordeaux, plusieurs, pour mieux se déguiser, ne craignirent pas d'entrer dans les ordres sacrés (102).

      En Provence où les Juifs avaient réussi à s'infiltrer, grâce au voisinage du Comtat Venaissin, et où ils étaient parvenus à éluder l'édit de Louis XII ci-dessus mentionné, l'opinion publique accusait de fausseté leurs conversions et prétendait que leurs descendants continuaient à Judaïser pendant plusieurs générations. Nous publions en appendice plusieurs témoignages de l'opinion courante à ce sujet au XVIIème et au XVIIIème siècle.

      Les familles juives converties sans sincérité offraient évidemment un milieu tout préparé à la propagande de la secte antichrétienne et c'est à une influence de ce genre qu'il faut attribuer la vie en partie double de Jean Bodin. En 1574, les étudiants nouveaux chrétiens Portugais du collège de Guyenne à Paris, dit M. Malvesin, étaient fortement soupçonnés de propager l'hérésie des huguenots (103).

      L'opinion populaire les accusait de correspondre avec les sultans de Constantinople et de les tenir au courant de l'état intérieur des Etats chrétiens (104). En 1614, dans son Traité de l'économie politique, dédié au roi et à la reine mère, Montchrétien, sieur de Watteville, dénonçait les dangers qu'ils faisaient courir au pays (105) et, l'année suivante, le 23 avril 1615, Louis XIII défendait à tous ses sujets, sous peine de la vie et des biens, de recevoir les Juifs ou de converser avec eux.

      Ces dangers étaient fort réels, sinon au point de vue des communications des Juifs avec les Ottomans qui ne sont pas plus fondées sans doute que leurs prétendues conspirations avec les lépreux au Moyen-Age, au moins par rapport aux idées religieuses et politiques qui formaient la base de la Constitution nationale et qu'ils ébranlaient.

      On peut, en effet, signaler comme un précurseur de la maçonnerie au XVIIème siècle un personnage dont le véritable nom est inconnu, mais qui se faisait appeler Eyrenèe Philalèthe et qui, au milieu du XVIIème siècle, parcourait la France, l'Angleterre, la Hollande, l'Amérique, sans jamais s'établir nulle part, se présentant sous des déguisements trompeurs, et parlant d'une nouvelle religion humanitaire, qui devait s'établir prochainement et comprendre toutes les nations. « Il paraît par ses écrits, dit Lenglet-Dufresnoy, que cet adepte avait une forte inclination pour le peuple juif : son zèle ne les regarde pas moins que les chrétiens : c'est une affection de tendresse par laquelle il se déclare en plusieurs endroits de ses ouvrages ; un sage rabbin ne leur en témoignerait pas davantage. » Il fit des disciples jusqu'en Amérique.

      Comme les Rose-Croix, comme un certain Svendivogius d'origine anabaptiste, qui était en grandes relations avec eux (mort en 1646, en Pologne), et un Anglais qui se faisait appeler le Cosmopolite et lui est antérieur de peu d'années, le Philalèthe faisait sa propagande sous le prétexte de communiquer l'art de transmuter les métaux (106). Cette folie, au XVIIème siècle, tourmentait encore bien des esprits, mais ce n'était vraisemblablement qu'un voile pour faire une propagande d'une autre nature. Une dernière fois nous ferons remarquer l'apparition dès le XVIème siècle et dès le XVIIème de ces noms de Philalèthe, de Philadelphe, de Cosmopolite, qui vont être les titres des loges maçonniques. C'étaient depuis longtemps les mots de passe des sectaires.


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(98)  Leur importance commerciale dans les villes de Narbonaise (sic) est constatée, en 1568, par Bodin, dans sa Réponse aux paradoxes du sieur de Malestroit. Il vante les services que ces Juifs ont rendus au commerce français en lui ouvrant des débouchés en Barbarie.

(99)  Cet Antoine Govea (1505-1566) fut, à tort ou à raison, accusé de socinianisme et d'athéisme, à plusieurs reprises. Voyez Caillemer, Etude sur Antoine de Govea, dans les Mémoires de l'Académie de Caen, 1865, pp. 107-109.

(100)  Les lettres de 1550 n'avaient pas été enregistrées au parlement de Bordeaux. Celles de 1574 le furent dans ce parlement ainsi que dans celui de Paris. Voyez Beugnot, Histoire des Juifs d'Occident au moyen-âge, 1ère partie.

(101)  Histoire des Juifs de Bordeaux, in-8°, Bordeaux, 1875.

(102)  « Les Marranes ou faux catholiques n'existent plus en Espagne depuis le dernier siècle ; mais dans le Portugal, lors de l'inauguration de la synagogue de Lisbonne, on a été surpris de voir des familles arriver de fort loin de l'intérieur du pays pour prendre part à la fête du Grand Pardon ; c'étaient des Marranes qui avaient conservé intactes, pendant trois cents ans, la foi et les traditions de leurs pères ! » Théodore Reinach, Histoire des Israëlites depuis leur dispersion, p. 351.

(103)  Histoire des Juifs de Bordeaux, p. 112. Cf., ci-dessus p. 48 sur Tremelli.

(104)  Voyez P. Mathieu, Histoire de sept années du règne d'Henri IV (1605), t. I, pp. 85-86.

(105)  De nos commissionnaires il faut que je passe à certains hommes qui se sont glissés en France depuis quelques années et y traitent pour leurs compatriotes ou pour eux-mêmes. Je ne sçais pas bien ce que j'en doy dire, mais il court deux de fort mauvais bruits... Les dimanches qu'ils ne choment point, le lard qu'ils ne mangent point, les figures des corps que leurs femmes ne tirent point en tapisserie, les tableaux qu'ils n'aiment point et plusieurs autres telles choses que l'on voit publiquement, sans parler de leurs secrètes assemblées, qui déjà scandalisent beaucoup de gens de bien, à la vérité, sentent un peu le recutit. On dit que ces gens sont en dehors de grande parade, mais fort sales et mesquins chez eux, en leur particulier. Ils ne font servir la soie que de leurre pour le crédit, ce qui ne leur succède pas mal. [...] (Traité d'économie politique, 2ème partie, p. 87.)

(106)  Lenglet-Dufresnoy, Histoire de la philosophie hermétique, 3 vol. in-12, Paris, 1742, t. I, pp. 402 et suiv. et p. 443 et t. II, p. 22. Figuier, L'Alchimie et les Alchimistes, (Paris, 1854) donne beaucoup de détails sur les voyages et les travaux chimiques de ces personnages ; mais il passe systématiquement sous silence leur propagande anti-chrétienne.




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