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Les Grands Initiés

Edouard Schuré
© France-Spiritualités™






LIVRE PREMIER
RAMA – LE CYCLE ARYEN


II – LA MISSION DE RAMA

Quatre ou cinq mille ans avant notre ère, d'épaisses forêts recouvraient encore l'antique Scythie qui s'étendait de l'océan Atlantique aux mers polaires. Les Noirs avaient appelé ce continent qu'ils avaient vu naître île par île : « la terre émergée des flots ». Comme elle contrastait avec leur sol blanc, brûlé du soleil, cette Europe aux côtes vertes, aux baies humides et profondes, avec ses fleuves rêveurs, ses lacs sombres et ses brumes éternellement accrochées aux flancs de ses montagnes ! Dans les plaines herbeuses sans culture, vastes comme des pampas, on n'entendait guère que le cri des fauves, le mugissement des buffles et le galop indompté des grands troupeaux de chevaux sauvages passant crinière au vent. L'homme blanc qui habitait ces forêts n'était plus l'homme des cavernes. Déjà il pouvait se dire maître de sa terre. Il avait inventé les couteaux et les haches de silex, l'arc et la flèche, la fronde et le lacet. Enfin il avait trouvé deux compagnons de lutte, deux amis excellents, incomparables et dévoués jusqu'à la mort : le chien et le cheval. Le chien domestique devenu le gardien fidèle de sa maison de bois lui avait donné la sécurité du foyer. En domptant le cheval, il avait conquis la terre, soumis les autres animaux ; il était devenu le roi de l'espace. Montés sur des chevaux fauves, ces hommes roux tourbillonnaient comme de fauves éclairs. Ils frappaient l'ours, le loup, l'auroch, terrifiaient la panthère et le lion qui, alors, habitaient nos forêts.

      La civilisation avait commencé : la famille rudimentaire, le clan, la peuplade existaient. Partout les Scythes, fils des Hyperboréens, élevaient à leurs aïeux de monstrueux menhirs.

      Lorsqu'un chef mourait, on enterrait avec lui ses armes et son cheval, afin, disait-on, que le guerrier pût chevaucher les nuées et chasser le dragon de feu dans l'autre monde. De là, la coutume du sacrifice du cheval qui joue un si grand rôle dans les Védas et chez les Scandinaves. La religion commençait ainsi par le culte des ancêtres.

      Les Sémites trouvèrent le Dieu unique, l'Esprit universel dans le désert, au sommet des montagnes, dans l'immensité des espaces stellaires. Les Scythes et les Celtes trouvèrent les Dieux, les esprits multiples, au fond de leurs bois. Là, ils entendirent des voix, là ils eurent les premiers frissons de l'Invisible, les visions de l'Au-delà. C'est pourquoi la forêt ravissante ou terrible est restée chère à la race blanche. Attirée par la musique des feuilles et la magie lunaire, elle y revient toujours dans le cours des âges comme à sa fontaine de Jouvence, au temple de la grande mère Hertha. Là dorment ses dieux, ses amours, ses mystères perdus.

      Dès les temps les plus reculés, des femmes visionnaires prophétisaient sous les arbres. Chaque peuplade avait sa grande prophétesse, comme la Voluspa des Scandinaves, avec son collège de druidesses. Mais ces femmes, d'abord noblement inspirées, étaient devenues ambitieuses et cruelles. Les bonnes prophétesses se changèrent en mauvaises magiciennes. Elles instituèrent les sacrifices humains et le sang des hérolls coulait sans discontinuer sur les dolmens, aux chants sinistres des prêtres, aux acclamations des Scythes féroces.

      Parmi ces prêtres, se trouvait un jeune homme à la fleur de l'âge du nom de Ram qui se destinait lui aussi au sacerdoce, mais dont l'âme recueillie et l'esprit profond se révoltaient contre ce culte sanguinaire.

      Le jeune druide était doux et grave. Il avait montré de bonne heure une aptitude singulière dans la connaissance des plantes, de leurs vertus merveilleuses, de leurs sucs distillés et préparés, non moins que dans l'étude des astres et de leurs influences. Il semblait deviner, voir les choses lointaines. De là, son autorité précoce sur les plus vieux druides. Une grandeur bienveillante émanait de ses paroles, de son être. Sa sagesse contrastait avec la folie des druidesses, ces clameuses de malédictions qui proféraient leurs oracles néfastes dans les convulsions du délire. Les druides l'avaient appelé « celui qui sait », le peuple l'avait nommé « l'inspiré de la paix ».

      Cependant, Ram, qui aspirait à la Science divine, avait voyagé dans toute la Scythie et dans les pays du Sud. Séduits par son savoir personnel et sa modestie, les prêtres des Noirs lui avaient fait part d'une partie de leurs connaissances secrètes. Revenu dans le pays du Nord, Ram s'effraya de voir le culte des sacrifices humains sévir de plus en plus parmi les siens. Il y vit la perte de sa race. Mais comment combattre cette coutume propagée par l'orgueil des druidesses, par l'ambition des druides et la superstition du peuple ? Alors un autre fléau tomba sur les Blancs et Ram crut y voir un châtiment céleste du culte sacrilège. De leurs incursions dans les pays du Sud et de leur contact avec les Noirs, les Blancs avaient rapporté une horrible maladie, une sorte de peste. Elle corrompait l'homme par le sang, par les sources de la vie. Le corps entier se couvrait de taches noires, le souffle devenait infect, les membres gonflés et rongés d'ulcères se déformaient et le malade expirait dans d'atroces douleurs. Le souffle des vivants et l'odeur des morts propageaient le fléau. Aussi les Blancs ahuris tombaient et râlaient-ils par milliers dans leurs forêts abandonnées même des oiseaux de proie. Ram affligé cherchait vainement un moyen de salut.

      Il avait l'habitude de méditer sous un chêne, dans une clairière. Un soir qu'il avait longuement réfléchi sur les maux de sa race, il s'endormit au pied de l'arbre. Dans son sommeil, il lui sembla qu'une voix forte l'appelait par son nom et il crut s'éveiller. Alors, il vit devant lui un homme d'une taille majestueuse, vêtu comme lui-même de la robe blanche des druides. Il portait une baguette autour de laquelle s'entrelaçait un serpent. Ram étonné allait demander à l'inconnu ce que cela voulait dire. Mais celui-ci le prenant par la main le fit lever et lui montra sur l'arbre même au pied duquel il était couché une très belle branche de gui. « Ô Ram ! lui dit-il, le remède que tu cherches le voilà. » Puis il tira de son sein, une petite serpette d'or, en coupa la branche et la lui donna. Il murmura encore quelques mots sur la manière de préparer le gui et disparut.

      Alors Ram s'éveilla tout à fait et se sentit très conforté. Une voix intérieure lui disait qu'il avait trouvé le salut. Il ne manqua pas de préparer le gui selon les conseils de l'ami divin à la faucille d'or. Il fit boire ce breuvage à un malade dans une liqueur fermentée, et le malade guérit. Les cures merveilleuses qu'il opéra ainsi rendirent Ram célèbre dans toute la Scythie. Partout on l'appelait pour guérir. Consulté par les druides de sa peuplade, il leur fit part de sa découverte en ajoutant qu'elle devait rester le secret de la caste sacerdotale pour assurer son autorité. Les disciples de Ram voyageant par toute la Scythie avec des branches de gui furent considérés comme des messagers divins et leur maître comme un demi-dieu.

      Cet événement fut l'origine d'un culte nouveau. Depuis lors le gui devint une plante sacrée. Ram en consacra la mémoire, en instituant la fête de Noël ou du nouveau salut qu'il plaça au commencement de l'année et qu'il appela la Nuit-Mère (du soleil nouveau) ou la grande rénovation. Quant à l'être mystérieux que Ram avait vu en songe et qui lui avait montré le gui, il s'appela dans la tradition ésotérique des Blancs d'Europe, Aesc-heyl-hopa, ce qui signifie : « l'espérance du salut est au bois ». Les Grecs en firent Esculape, le génie de la médecine qui tient la baguette magique sous forme de caducée.

      Cependant Ram « l'inspiré de la paix » avait des visées plus vastes. Il voulait guérir son peuple d'une plaie morale plus néfaste que la peste. Elu chef des prêtres de sa peuplade, il intima l'ordre à tous les collèges de druides et de druidesses de mettre fin aux sacrifices humains. Cette nouvelle courut jusqu'à l'océan, saluée comme un feu de joie par les uns, comme un sacrilège attentatoire par les autres. Les druidesses menacées dans leur pouvoir se mirent à clamer leurs malédictions contre l'audacieux, à fulminer contre lui des arrêts de mort. Beaucoup de druides qui voyaient dans les sacrifices humains le seul moyen de régner se mirent de leur côté. Ram, exalté par un grand parti, fut exécré par l'autre. Mais loin de reculer devant la lutte, il l'accentua en arborant un symbole nouveau.

      Chaque peuplade blanche avait alors son signe de ralliement sous forme d'un animal qui symbolisait ses qualités préférées. Parmi les chefs, les uns clouaient des grues, des aigles ou des vautours, les autres des têtes de sangliers ou de buffles sur la charpente de leurs palais de bois ; origine première du blason. Mais l'étendard préféré des Scythes était le Taureau qu'ils appelaient Thor, le signe de la force brutale et de la violence. Au Taureau Ram opposa le Bélier, le chef courageux et pacifique du troupeau, et en fit le signe de ralliement de tous ses partisans. Cet étendard arboré au centre de la Scythie devint le signal d'un tumulte général et d'une véritable révolution dans les esprits. Les peuples blancs se partagèrent en deux camps. L'âme même de la race blanche se séparait en deux pour se dégager de l'animalité rugissante et monter la première marche du sanctuaire invisible qui conduit à l'humanité divine. « Mort au Bélier ! » criaient les partisans de Thor. « Guerre au Taureau ! » criaient les amis de Ram. Une guerre formidable était imminente.

      Devant cette éventualité Ram hésita. Déchaîner cette guerre n'était-ce pas empirer le mal et forcer sa race à se détruire elle-même ? Alors il eut un nouveau rêve.

      Le ciel tempétueux était chargé de nuages sombres qui chevauchaient les montagnes et rasaient dans leur vol les cimes agitées des forêts. Debout sur un rocher, une femme échevelée était prête à frapper un guerrier superbe, garrotté devant elle. « Au nom des ancêtres, arrête ! » cria Ram en s'élançant sur la femme. La druidesse menaçant l'adversaire, lui jeta un regard aigu comme un coup de couteau. Mais le tonnerre roula dans les nuages épais et, dans un éclair, une figure éclatante apparut. La forêt en blêmit, la druidesse tomba comme foudroyée et les liens du captif s'étant rompus, il regarda le géant lumineux avec un geste de défi. Ram ne tremblait pas, car dans les traits de l'apparition, il reconnut l'être divin qui, déjà, lui avait parlé sous le chêne. Cette fois-ci, il lui parut plus beau ; car tout son corps resplendissait de lumière. Et Ram vit qu'il se trouvait dans un temple ouvert, aux larges colonnes. A la place de la pierre du sacrifice, s'élevait un autel. Auprès, se tenait le guerrier dont les yeux défiaient toujours la mort. La femme, couchée sur les dalles, semblait morte. Or, le Génie céleste portait dans sa main droite un flambeau, dans sa main gauche une coupe. Il sourit avec bienveillance et dit : « Ram, je suis content de toi. Vois-tu ce flambeau ? C'est le feu sacré de l'Esprit divin. Vois-tu cette coupe ? C'est la coupe de Vie et d'Amour. Donne le flambeau à l'homme et la coupe à la femme. » Ram fit ce que lui ordonnait son Génie. A peine le flambeau fut-il dans les mains de l'homme et la coupe dans les mains de la femme que le feu s'alluma de lui-même sur l'autel, et tous deux rayonnèrent transfigurés à sa lueur comme l'Epoux et l'Epouse divine. En même temps, le temple s'élargit ; ses colonnes montèrent jusqu'au ciel ; sa voûte devint le firmament. Alors Ram, emporté par son rêve, se vit transporté au sommet d'une montagne sous le ciel étoilé. Debout, près de lui, son Génie lui expliquait le sens des constellations et lui faisait lire dans les signes flamboyants du zodiaque les destins de l'humanité.

      « – Esprit merveilleux, qui es-tu ? » dit Ram à son Génie. Et le Génie répondit : « – On m'appelle Déva Nahousha, l'Intelligence divine. Tu répandras mon rayon sur la terre et je viendrai toujours à ton appel. Maintenant, suis ta route. Va ! » Et, de sa main, le Génie montra l'Orient.




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