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Le mystérieux docteur Cornélius - T. 3

Gustave Lerouge
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TREIZIÈME ÉPISODE – LA FLEUR DU SOMMEIL
II – Le pied nu

M. Bondonnat déjeuna ce jour-là dans son jardin, au milieu de ces fleurs et de ces plantes exotiques qui étaient pour lui comme des amies et dont il connaissait, à point nommé, toutes les espèces et toutes les variétés.

      – Ma foi, se dit-il philosophiquement, après avoir pris son café, je ne veux pas me faire de bile au sujet de ce vol ! Ceux qui l'ont commis doivent se tenir pour satisfaits et ne reviendront sans doute plus. D'ailleurs, il faut qu'ils soient relativement honnêtes ! Ils auraient pu tout prendre. Ne pensons plus à cela et allons faire une promenade.

      Le savant mit aussitôt ce projet à exécution. Il se coiffa d'un léger chapeau de rotin, se munit d'un grand parasol en papier et descendit jusqu'au rivage, s'arrêtant de temps en temps pour contempler les jeux des mouettes et des cormorans, ou pour examiner quelque fleur ou quelque pierre.

      Il allait lentement, en flâneur, côtoyant le rivage, à l'ombre de superbes cocotiers où s'ébattaient des écureuils et des rats palmistes.

      Puis il suivit un sentier qui le mena sur la plage même, et il marcha sur le sable couvert d'une profusion de coquillages nacrés.

      Jamais il n'avait senti avec autant de bonheur les charmes de la promenade et de la méditation.

      Comme il lui était doux de flâner ainsi, au milieu d'un des plus beaux paysages du monde, après tant de mois d'une si dure captivité !

      Bercé par sa rêverie, M. Bondonnat ne s'apercevait pas qu'il avait fait beaucoup de chemin ; enfin il se trouva au milieu d'un site véritablement grandiose, mais qui lui était tout à fait inconnu ; il ne s'était pas encore aventuré si loin de sa maison.

      Au-dessus d'une forêt où se mélangeaient toutes les essences propres aux contrées tropicales, il apercevait des coupoles dorées, de sveltes tourelles ; toute une architecture compliquée et élégante, qui le fit songer à ces châteaux habités par des génies que l'on trouve à chaque page des contes arabes.

      Il eût bien voulu visiter ce magnifique édifice ; mais il en était séparé par d'inextricables fourrés de plantes épineuses, au milieu desquels il n'eût été ni facile ni prudent de se risquer, car ils devaient servir d'asile à tout un monde de reptiles.

      Le naturaliste se résigna donc à continuer à suivre le rivage, et il déboucha bientôt dans une baie profonde, une sorte de fjord qui s'avançait jusqu'au milieu de la forêt.

      Au fond de cette baie, que bordait une falaise abrupte, se trouvaient de nombreuses cavernes produites par l'incessant et patient travail des flots.

      Il marcha de ce côté, mais il poussa tout à coup un cri de surprise en se trouvant inopinément en présence d'un homme misérablement vêtu, à la barbe hirsute, qui, assis sur le sable, à l'ombre de la falaise, déjeunait de quelques coquilles bivalves, dans le genre de nos clovisses, les ouvrant avec un couteau et en rejetant ensuite au loin les coquilles.

      En s'approchant, M. Bondonnat remarqua avec surprise que cet homme à la mine égarée était un Blanc, sans doute un Européen, peut-être même un Français comme lui, car ses cheveux et sa barbe en désordre étaient d'un blond ardent.

      Le savant pensa tout de suite qu'il se trouvait en présence de quelque matelot déserteur, et il s'approcha, mû par la curiosité et aussi par la pitié, car ce pauvre être paraissait dans un état lamentable.

      A la vue de M. Bondonnat, le solitaire fit un geste pour s'enfuir ; mais, en reconnaissant qu'il avait affaire à un homme de sa race, il demeura et une sorte de sourire se dessina sur sa face chagrine.

      M. Bondonnat crut utile d'engager la conversation en demandant quelques renseignements sur la route à suivre pour regagner le port de Basan.

      Sans y songer, M. Bondonnat s'était exprimé en français. Ce fut avec un plaisir inexprimable qu'il entendit l'inconnu lui répondre dans la même langue :

      – Monsieur, vous n'avez qu'à suivre le rivage. Il est impossible que vous vous égariez. Il y a bien un sentier plus court qui coupe à travers le bois, en passant devant le temple bouddhiste, mais vous pourriez vous perdre ; il est plus prudent de longer la mer.

      – Je vois avec plaisir que je me trouve en présence d'un compatriote. Vous êtes français ?

      – Oui, répondit l'homme d'un air sombre.

      – Y a-t-il longtemps que vous êtes ici ?

      – Je ne sais plus au juste... un mois... peut-être plus !

      M. Bondonnat s'aperçut que ses questions déplaisaient à l'homme, dont les traits avaient repris leur expression farouche.

      – Si je vous interroge ainsi, reprit-il, ce n'est pas, croyez-le, pour satisfaire une vaine curiosité. C'est pour savoir si je ne pourrais pas vous être utile de quelque manière !

      – Je n'ai besoin de rien.

      – Pourtant, vous ne me semblez pas très heureux. Si une somme d'argent quelconque...

      – Je ne veux rien, répliqua l'homme avec une sourde colère. Je me trouve bien comme je suis.

      Je ne veux pas qu'on s'intéresse à moi ni qu'on s'occupe de moi !

      M. Bondonnat était profondément ému.

      – Vous devez avoir éprouvé de bien grands malheurs, dit-il ; mais il y en a bien peu qui soient complètement irréparables !

      Comme l'homme gardait le silence, les suppositions du naturaliste prirent une autre orientation.

      – Auriez-vous été victime de quelque entraînement ? Auriez-vous commis quelque faute, quelque crime ? demanda-t-il.

      Cette hypothèse eut pour résultat de tirer l'inconnu de son apathie.

      – Monsieur, répondit-il, je ne vous connais pas, mais vous me paraissez rempli de bienveillance à mon égard et je ne voudrais pas que vous me preniez pour un malfaiteur...

      – Je me nomme Prosper Bondonnat.

      – Le célèbre naturaliste ?

      – Lui-même.

      – Mon cher compatriote, je vais vous raconter mon histoire en deux mots. Mais vous verrez que la catastrophe dont j'ai été victime est irréparable, et qu'il vaut mieux que vous me laissiez à mon chagrin et à ma tristesse.

      – Je vous écoute, dit le savant en s'asseyant sur le sable.

      – Je me nomme Louis Grivard, reprit le jeune homme, et mon nom ne vous est peut-être pas tout à fait inconnu, car j'ai, à plusieurs reprises, organisé, en France et en Amérique, des expositions de peinture qui ont eu un certain succès !... C'est à New York que j'ai connu celle qui devait devenir ma femme, ma chère Lorenza...

      A ce nom, l'artiste fondit en larmes, et ce ne fut qu'au bout de quelques minutes qu'il put continuer son récit.

      – Nous étions parfaitement heureux. Nous nous étions aimés dès le premier jour que nous nous vîmes. Il y avait entre nous deux une si merveilleuse union, une harmonie si parfaite, que jamais, même sans nous être donné le mot, nous n'avons été d'un avis différent sur aucune question ! D'un seul regard, nous nous comprenions. C'était un bonheur au-dessus de celui de la simple humanité, et il n'est pas extraordinaire qu'il n'ait pas duré et qu'il ait fini de façon aussi tragique.
      Nous étions mariés depuis quelques semaines à peine lorsqu'on nous fit une proposition très avantageuse. Il faut vous dire que ma chère Lorenza possédait l'étrange pouvoir de rendre aux perles mortes tout leur éclat et tout leur orient. Plusieurs fois même, des souverains la firent appeler pour lui confier leurs joyaux.

      – En effet, j'ai entendu parler de cela, dit M. Bondonnat.

      – C'est vous dire que la pauvre Lorenza se connaissait admirablement en perles. Un marchand de pierres, dont nous avions fait la connaissance, cherchait une personne de confiance pour aller à Ceylan, à Timor, en Océanie, acheter des quantités considérables de perles. Il pensa que Lorenza était toute désignée pour cette délicate mission ; et il nous proposa d'entreprendre, à ses frais, dans les conditions les plus agréables, un voyage autour du monde. Comme j'hésitais, il fit valoir à mes yeux les facilités que j'aurais, en contemplant des paysages exotiques, de trouver dans mon art une note nouvelle et puissamment originale ; Paul Gauguin n'est-il pas allé à Tahiti, et Besnard aux Indes ? Puis n'était-ce pas le plus merveilleux des voyages de noces ?
      Nous nous laissâmes convaincre et nous partîmes. Les premières semaines de notre excursion furent idéales. Je puis presque mourir après avoir été aussi heureux que je le fus pendant ces quelques jours.
      D'ailleurs, nos affaires marchaient à souhait. A Ceylan, à Timor nous conclûmes, pour le compte de notre mandataire, des marchés très avantageux. C'est alors que j'eus la fatale idée de passer quelque temps dans cette île de Basan, dont le charme perfide m'avait séduit, et qui est le rendez-vous d'un grand nombre de pêcheurs et de trafiquants de nacre.
      Nous louâmes une maisonnette dans la banlieue de la ville et, sans négliger le côté sérieux de notre mission, nous commençâmes nos excursions à travers ces paysages merveilleux.
      C'est alors qu'une première catastrophe vint s'abattre sur nous, au milieu de cette tranquillité et de ce bonheur, comme la foudre éclatant dans un ciel serein.
      Un matin, nous nous aperçûmes que toutes nos perles, qui étaient la propriété de notre mandataire et qui représentaient une somme énorme, avaient disparu ; le coffret de fer qui les renfermait n'avait même pas été forcé ; c'était pour nous la ruine et même le déshonneur, car personne ne croirait jamais que nous nous soyons laissé voler aussi naïvement.
      Je me plaignis à Noghi, le gouverneur. Avec beaucoup de zèle, du moins en apparence, il commença une enquête ; cette enquête ne donna aucun résultat, et, quoique je n'en sois pas sûr, j'ai toujours pensé que ce rusé Japonais était complice de mes voleurs.
      Pourtant, nous ne perdîmes pas courage. Je passe pour avoir du talent ; Lorenza, de son côté, gagnait beaucoup d'argent, grâce à la merveilleuse faculté qu'elle possède ; nous résolûmes de nous mettre au travail et d'amasser une somme suffisante pour rembourser le prix des perles. Notre amour nous tenait lieu de tout ; nous nous aimions tellement qu'aucun malheur n'était capable de nous abattre.
      Est-il besoin de vous dire que nous avions résolu de quitter le plus tôt possible cette île de malédiction... c'est alors qu'éclata la suprême catastrophe !...

      Ici l'artiste se mit à trembler, un sanglot l'étreignit à la gorge.

      – Deux jours avant notre départ, bégaya-t-il, Lorenza disparut de la même façon mystérieuse que les perles !... Oui, monsieur, c'est épouvantable, mais c'est ainsi. Un matin, en me réveillant, je ne la trouvai plus à mes côtés. Et, ce qu'il y a de plus désespérant, nulle trace d'effraction, nul vestige, nul indice !... J'étais désespéré !...
      Je retournai chez le gouverneur, je priai, je suppliai, je menaçai. Comme la première fois il feignit de se rendre à mes instances ; il fit même arrêter quelques habitants sur lesquels pesaient des soupçons ; mais, finalement, il n'obtint aucun résultat, et, petit à petit, ne s'occupa plus de l'affaire.

      M. Bondonnat était profondément troublé. En songeant au vol dont il avait été victime la veille, il se demandait à quels malfaiteurs mystérieux il pouvait avoir affaire. C'étaient les mêmes, sans nul doute, qui s'étaient emparés des perles et qui avaient enlevé Lorenza.

      – Continuez, dit-il à l'artiste, qui, maintenant, semblait retomber dans son abattement. Il est nécessaire que je connaisse cette aventure dans les moindres détails.

      – Je vous ai raconté l'essentiel, reprit l'artiste. J'ai été fou pendant plusieurs jours, errant dans les bois et le long de la mer sans vouloir prendre aucune nourriture. Je cherchais Lorenza ; c'était mon idée fixe. Je la cherche toujours, j'ai la conviction qu'elle est encore vivante. Pourquoi l'aurait-on tuée ? Si j'avais la certitude qu'elle fût morte, je ne lui survivrais pas d'une minute. L'espoir de la retrouver est la seule chose qui me donne le courage de ne pas mourir...

      – Voilà, certes, une étrange histoire, murmura M. Bondonnat sincèrement apitoyé. Mais pourquoi n'avez-vous pas regagné le Japon, adressé une plainte en règle au consulat de France ? Il me semble qu'à votre place c'est ce que j'aurais fait.

      Louis Grivard eut un rire amer.

      – Vous oubliez, mon cher compatriote, que j'étais sans argent, complètement ruiné, mes bagages vendus pour payer le loyer de notre maison et les frais des premières et inutiles recherches !... Mais ce n'est pas encore la vraie raison. J'aurais peut-être pu, en m'engageant comme matelot, regagner Yokohama, mais la seule pensée de quitter le pays où se trouve encore certainement ma Lorenza me bouleversait. D'ailleurs, ne suis-je pas mieux ici ? Aux yeux de mon mandataire, aux yeux de la loi française ne suis-je pas un voleur ?... Peut-être qu'en mettant le pied sur le quai de quelque port civilisé, des policemen me prendraient au collet ! mon signalement doit avoir été envoyé partout...

      M. Bondonnat prit la main du malheureux artiste et l'étreignit avec effusion.

      – Mon pauvre ami, lui dit-il, ce n'est pas en vain que vous m'avez raconté votre histoire. Je vous le promets, je ferai tout ce qui est humainement possible pour éclaircir cet affreux mystère et pour retrouver votre femme. Mais j'ai, moi aussi, bien des choses à vous raconter.

      M. Bondonnat narra son séjour à l'île des pendus, sa captivité chez les bandits de la Main Rouge et la façon extraordinaire dont il s'en était évadé. Il termina son récit en expliquant de quelle façon lui-même, la nuit précédente, avait été victime d'un vol dont les circonstances rappelaient exactement celui grâce auquel l'artiste avait été dépouillé.

      – Ce sont, évidemment, les mêmes bandits, répondit Louis Grivard, et je tremble qu'il ne vous arrive à vous aussi quelque malheur.

      – Soyez tranquille, répondit M. Bondonnat avec énergie, je vais prendre des précautions ; puis je ne vous cacherai pas que ce mystère me passionne ! J'y mets mon amour-propre de savant.

      L'artiste hocha la tête avec tristesse.

      – Je doute fort que vous réussissiez ! fit-il.

      – J'ai cependant découvert des choses plus difficiles, que diable ! Laissez-moi réfléchir, trouver un plan, un stratagème, et vous verrez... Mais quittons cela pour l'instant ; vous n'allez pas, je suppose, continuer à vivre en lycanthrope, sous ces haillons. Je vous emmène avec moi, il y a une place pour vous dans ma maisonnette.

      – Je suis sincèrement touché de votre bonté, mais je refuse... Je ne pourrais dormir sous un toit, dans une pièce close de tous côtés. Je me réveillerais en sursaut toutes les cinq minutes, en croyant sentir près de moi les invisibles malfaiteurs. Venez avec moi, je vais vous montrer où je loge.

      Louis Grivard alla jusqu'à l'entrée d'une des cavernes, au fond de la baie, sous la haute voûte d'origine madréporique. M. Bondonnat aperçut un lit de feuilles de palmier et de grands coquillages qui servaient de vases à boire au solitaire, une petite source tombait de la falaise et allait se perdre dans les sables.

      Au-dessus du roc c'était la forêt avec ses lianes inextricables et ses verdures majestueuses.

      – Voilà mon antre, dit Louis Grivard avec un mélancolique sourire. C'est là que je dors pendant une grande partie de la journée, ne sortant que pour me procurer des fruits et des coquillages ; mais, la nuit, je la passe tout entière à errer dans l'île, je rôde par les rues de la ville, écoutant les conversations, regardant et observant tout.

      Le malheureux ajouta avec un regard morne :

      – Qui sait ? Il suffira peut-être d'un mot pour me mettre sur la bonne piste !... Au matin, je rentre brisé de fatigue, et je dors : voilà ma vie !

      Malgré toute l'insistance de M. Bondonnat, Louis Grivard refusa énergiquement d'aller habiter la villa ; mais il fut convenu que le savant le visiterait fréquemment et le tiendrait au courant de tout ce qui pourrait arriver d'intéressant.

      Au moment de se retirer, le naturaliste remarqua que les parois de la grotte étaient sculptées d'idoles monstrueuses, aux longs yeux en amande, aux grosses lèvres souriantes ; et il pensa que cet endroit avait peut-être été, avant l'apparition du bouddhisme dans cette île, un temple consacré aux idoles, à ces mauvais génies à l'existence desquels croient tous les sauvages océaniens.

      Ce qui le fortifia dans son opinion, c'est qu'à cinq ou six mètres de l'entrée la caverne était barrée par des éboulements, et il se rappela avoir vu autrefois dans l'Inde des cryptes pareillement ornées de statues gigantesques.

      M. Bondonnat revint lentement chez lui, en proie à une vive préoccupation. La confidence de Louis Grivard le forçait de s'occuper de nouveau du vol de la nuit précédente. Il s'était juré qu'il arracherait ce malheureux à sa triste situation. Mais il avait beau chercher, se creuser la tête, il n'arrivait pas à découvrir la ruse victorieuse, la bonne idée qui lui permettrait de mettre la main sur les invisibles malfaiteurs.

      Ce soir-là, il ne mangea que du bout des dents. Il avait le cœur serré et le cosaque Rapopoff lui-même fut frappé de sa tristesse. Il regagna sa chambre tout soucieux. Mais, avant de se coucher, il ordonna à Rapopoff d'étendre, depuis la porte de la pièce jusqu'au petit meuble de camphrier qui se trouvait à l'autre extrémité, une longue natte de rotin ; il se fit apporter de la farine de riz et, à l'aide d'un tamis, il en répandit une couche parfaitement égale sur toute la surface de la natte.

      – Comme cela, fit-il, si mes dévaliseurs ne sont pas tout à fait de purs esprits, ils seront forcés de laisser quelques traces de leur passage, en admettant qu'ils reviennent. Ce que je ne crois guère.

      Il prit encore une autre précaution, ce fut de placer sous son chevet le portefeuille qui contenait le reste de ses bank-notes. Puis, satisfait de cette idée, il se mit au lit.

      Fatigué par sa longue excursion, M. Bondonnat, presque aussitôt couché, tomba dans un profond sommeil et dormit tout d'une traite jusqu'au matin.

      En sautant à bas de son lit, son premier soin fut de regarder la natte ; la farine de riz portait les traces parfaitement nettes d'un tout petit pied nu, un pied de femme ou d'enfant.

      M. Bondonnat regarda autour de lui. De même que la première fois, tous les meubles avaient été bouleversés, les papiers demeuraient en désordre dans les tiroirs entrouverts.

      – Cette fois, par exemple, s'écria le savant, c'est trop fort !

      Il glissa la main sous son oreiller. Le portefeuille s'y trouvait bien, mais il avait encore diminué de volume. Les voleurs, enhardis par un premier succès, avaient enlevé vingt bank-notes de mille dollars chacune.

      Jamais – même lorsqu'un hasard l'avait mis sur la voie de découvertes étonnantes – M. Bondonnat n'avait été aussi stupéfié. Il tiraillait ses favoris blancs pour bien se constater à lui-même qu'il ne dormait pas.

      – Voyons, répétait-il, mais c'est insensé ! Ces indigènes ne sont pourtant pas sorciers, que diable nous ne sommes plus au Moyen-Age !

      Il ouvrit la porte de sa chambre, qu'il trouva fermée à clé comme la veille, et il réveilla Rapopoff, qui, étendu sur sa natte en travers du seuil, dormait encore, en ronflant comme un tuyau d'orgue.

      De même que son maître, le cosaque avait dormi tout d'une traite et n'avait été réveillé par aucun bruit suspect.

      L'énigme demeurait insoluble.

      – Pourtant, se répétait M. Bondonnat profondément intrigué, je voudrais bien savoir à qui appartient ce joli pied nu !




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