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La vraie langue celtique et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Henri Boudet
© France-Spiritualités™






CHAPITRE V
LANGUE CELTIQUE

II - Les Redones - Les monuments celtiques - Les druides - Les Carnutes

      Au nord de la tribu des Namnetes, se trouvaient les Redones. On ne peut guère parler des Redones sans rappeler à l'esprit les images des grandes pierres dont les Bretons ont conservé les noms avec tant de soin. Il est intéressant de connaître la pensée de la science moderne sur ces monuments, pensée que M. Louis Figuier a parfaitement rendue et traduite dans L'Homme Primitif. Nous citerons textuellement, à ce sujet, quelques passages importants de ce livre.

      « Une circonstance heureuse et bizarre à la fois, écrit M. Louis Figuier, a rendu extrêmement faciles, et en même temps certaines, les notions que nous allons présenter à nos lecteurs. Ces tombeaux des hommes de l'époque de la pierre polie, ces monuments funéraires, ont été étudiés, décrits, fouillés d'une manière approfondie, par les archéologues et les antiquaires, qui en ont fait le sujet d'une foule de publications et de savants mémoires. En effet, ces tombeaux ne sont rien autre chose que les dolmens, ou les monuments celtiques ou druidiques, et ils ne se rapportent nullement, comme on l'avait toujours pensé, aux temps historiques, c'est-à-dire aux temps des Celtes ou des Gaulois, mais remontent à une antiquité beaucoup plus haute, car ils appartiennent à l'époque antéhistorique de la pierre polie.

      Nous étudierons, avec cette donnée explicative, les dolmens et autres monuments dits mégalithiques, restes grandioses d'une époque [162] ensevelie dans la nuit des temps, énigmes colossales qui s'imposent à notre raison et piquent au plus haut point la curiosité de l'érudit et du penseur.

      Les dolmens sont des monuments qui se composent d'un gros bloc de rocher, plus ou moins aplati, et posé horizontalement sur un certain nombre de pierres, dressées verticalement elles-mêmes pour servir de supports.

      La terre recouvrait ces sortes de chambres sépulcrales et formait un monticule, mais par la suite des temps, cette terre ayant souvent disparu, on voit apparaître seulement les pierres nues de la chambre sépulcrale.

      Ce sont ces pierres nues que l'on a prises pour des autels de pierre, et que l'on a rapportées au culte religieux des Gaulois. Les prétendus autels druidiques ne sont que des dolmens en ruine. Ce n'est donc pas, comme on l'a toujours dit, pour servir aux pratiques d'un culte cruel qu'ils ont été élevés. Il est parfaitement prouvé aujourd'hui que les dolmens ne sont que des tombeaux de l'époque antéhistorique.

      ...Il faut donc renoncer à voir dans les dolmens de la Bretagne, qui ont été tant de fois décrits par les antiquaires, et qui figurent au nombre des monuments de notre histoire, des [163] symboles de la religion de nos pères. On ne peut plus les regarder que comme des chambres sépulcrales.

      Les dolmens sont très nombreux en France, beaucoup plus nombreux qu'on ne le pense. On croit généralement qu'il n'en existe qu'en Bretagne, et les curieux admirent sous ce rapport les prétendus autels druidiques si répandus dans cette ancienne province de France. Mais la Bretagne est loin d'avoir le privilège des constructions mégalithiques. On en a trouvé dans cinquante-huit de nos départements, appartenant pour la plupart aux régions de l'ouest et du sud-ouest...

      Les menhirs étaient d'énormes blocs de pierres brutes, que l'on fichait en terre aux environs des tombeaux. Ils étaient plantés isolément, ou par rangées, c'est-à-dire en cercle ou en avenue.

      Quand les menhirs sont rangés en cercle, uniques ou multiples, on les nomme cromlechs. Ce sont de vastes enceintes de pierres, ordinairement disposées autour d'un dolmen. Le culte dû aux morts parait avoir converti ces enceintes en lieux de pélerinage où se tenaient, à de certains jours, des assemblées publiques. Ces enceintes sont tantôt circulaires, comme en Angleterre, tantôt rectangulaires, comme en [164] Allemagne ; elles comprennent un ou plusieurs rangs.

      « ...Ces monuments de pierre, nous l'avons déjà dit, ne sont pas plus celtiques que druidiques. Les Celtes, peuples qui occupèrent une partie de la Gaule, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, sont tout à fait innocents des constructions mégalithiques.

      Ils les trouvèrent toutes faites lors de leur immigration, et, sans doute, ils les considérèrent avec autant d'étonnement que nous. Ils en tirèrent parti, lorsqu'ils leur parut avantageux de les utiliser. Quant aux prêtres de ces peuples anciens, quant aux druides qui cueillaient le gui sacré sur le chêne, ils accomplissaient leurs cérémonies dans le fond des forêts. Or, jamais dolmen ne fut bâti au fond des forêts ; tous les monuments de pierre qui existent aujourd'hui se dressent dans la partie découverte du pays. Il faut donc renoncer à l'antique et poétique aperçu qui fait des dolmens les autels du culte religieux de nos ancêtres. » (71)

      L'opinion de la science moderne touchant les dolmens, diffère étrangement des idées suscitées par l'interprétation des noms que portent les grandes pierres, si abondantes en Armorique, surtout chez les Redones (Rennes). [165]

      Les Redones formaient la tribu religieuse, savante, possédant le secret de l'élévation des monuments mégalithiques disséminés dans toute la Gaule ; c'était la tribu des pierres savantes,– read (réd) savant,– hone, pierre taillée. – L'étude et la science étaient indispensables pour connaître le but de l'érection des mégalithes, et ceux-là seuls en possédaient l'intelligence et le sens qui l'avaient appris de la bouche même des Druides.

      Il est utile de remarquer que le département d'Ille-et-Vilaine comprend la plus grande partie du territoire des anciens Redones ; il reçoit son nom des deux rivières l'Ille et la Vilaine qui y prennent leurs sources. Ille, hill, signifie colline ; Vilaine – to will (ouill), vouloir, – to hem, entourer –, se rattache aux pierres levées placées sur les collines et entourant la tribu des Redones. Le rapport et la convenance entre le nom des deux rivières et celui de Redones sont-ils purement fortuits ? N'est-ce pas une confirmation frappante de l'interprétation donnée à Redones et suggérée par la langue des Tectosages ?
      « Les pierres isolées, dit H. Martin, se nomment men-hir, pierre longue, ou peulvan, pilier de pierre ; les grottes factices, leckh, roche, ou dol-men pierres levées, (de tol ou dol, élévation) ou table de pierre, (de taol, table) : les [166] cercles, crom-leckh (pierres de crom ou cercles de pierres). Les fameuses tours rondes d'Irlande sont aussi des monuments gaëliques, d'un caratère religieux, comme l'atteste bien leur nom traditionnel, Feid-Neimheidh. »

      Neimheid, nous l'avons déjà vu, désigne le corps savant qui composait les dénominations. Ces hommes d'élite distribuaient-ils aussi au peuple le fondement principal de leur nourriture, c’est-à-dire le blé et le pain ? Feid le déclare positivement, puique le verbe to feed (fid) signifie, nourrir, donner à manger. Les termes ménir, dolmen, cromleck, se rapportent encore à ce fait important, qui consistait pour les Druides, à distribuer au peuple Celte, d'abord la science religieuse, essentielle à la vie morale, et en second lieu, le blé et le pain, essentiels à la vie matérielle.

      Le ménir, par sa forme aiguë et en pointe, représentait l'aliment de première nécessité, le blé, – main (mén), principal, – ear (ir), épi de blé. – Chose étrange ! Dans tous nos villages du Languedoc, on trouve toujours un terrain auquel est attaché le nom de Kaïrolo, – key, clef, – ear (ir), épi de blé, – hole, petite maison des champs–. – Dans ce terrain, probablement, était construit le grenier à blé des villages celtiques. La répartition du blé était faite par la main des Druides, [167] comme les divers auteurs l'ont bien constaté et comme le témoigne avec évidence l'expression attachée au dolmen, qui était, d'ailleurs, construit comme une table de distribution, to dole, distribuer, – main (mén), essentiel –.

      Il est tout à fait curieux et intéressant de rapprocher des termes ménir et dolmen, le nom du dernier chef des Druides armoricains, qui vit fermer les collèges druidiques en vertu d'un décret des états généraux, présidés par l'Evêque Modéran, sous le premier roi d'Armorique, Conan Meriadech, et tenus à Rennes, en l'année 396 après Jésus-Christ. Ce chef suprême de l'ordre druidique se nommait Eal-ir-bad>, – to heal (hil), rémédier à, – ear (ir), épi de blé, – bad, gâté, mauvais – : rémédier au blé gâté. Il était donc obligé, par ses fonctions d'archidruide, non seulement de répartir le blé en temps ordinaire, mais encore, dans les années malheureuses, de rémédier aux accidents survenus aux récoltes, en distribuant, sans doute, le blé prudemment tenu en réserve dans les greniers spéciaux.

      Le cercle de pierres, ordinairement de forme ronde, représente le pain : Cromleck, en effet dérive de Krum (Kreum), mie de pain, et de to like (laïke), aimer, goûter. Dans le Cromleck de Rennes-les-Bains, on voit de fortes pierres rondes, figurant des pains, placées au sommet de roches énormes. [168]

      Les pierres branlantes sont nommées roulers par les Bretons, – ruler (rouleur), gouverneur, – Elles sont le signe des gouvernements divin et druidique.

      On a pu croire, par les récits de César et la forme des dolmens, que ces tables servaient d'autel où les Druides immolaient des créatures humaines ; mais l'interprétation des noms de toutes les pierres levées celtiques, interprétation facile et lumineuse par l'idiome des Tectosages, fait perdre à ces mégalithes les caractères odieux qu'on leur attribuait, et les fait rentrer dans la classe de monuments très simples, possédant néanmoins une splendide signification religieuse, que nous essaierons d'exposer avec clarté en parlant du Cromleck de Rennes-les-Bains.

      La plus grande indécision règne sur le peulven et le lichaven. On rapporte généralement le peulven au ménir et le lichaven au dolmen. En réalité, les peulvens et les lichavens présentent une idée semblable à celle qui est renfermée dans le nom des Vénètes, car peulven exprime un sentiment de répulsion pour les temples, – to pull (poull), arracher, – vane (véne), temple –, et lichaven représente un peuple manquant d'édifices religieux, – to lack, manquer de, – vane (véne), temple – : ce dernier devrait être écrit lackven au lieu de lichaven. [169]

      On pourrait faire observer, au sujet de lichaven, que, dans l'idiome des Tectosages, le verbe to like (laïke) signifie aimer, ce qui attribuerait au lichaven un sens contraire à celui que nous avons cru devoir lui donner ; mais il ne faut point perdre de vue que les lichavens existent dans la tribu des Vénètes aussi bien que dans la tribu des Redones, qu'il y aurait une contradiction tout à fait flagrante dans la présence de ces lichavens (aimant les temples) au milieu du territoire occupé par les Vénètes (détestant les temples), et le Neimheid était trop savant pour commettre une méprise aussi grande.

      D'après Strabon, la ville la plus importante des Redones était Condate. Elle devait être très fréquentée par la jeunesse studieuse des Gaules, car on y apprenait par cœur, les sciences communiquées par les Druides, – to con, apprendre par cœur, – death (dèth), la mort et ses suites ; ou bien encore – date (dète) époque –.

      Avant de citer les affirmations de César sur l'enseignement druidique, il sera avantageux de rechercher le sens du mot Druide, lequel a reçu des interprétations si diverses.

      On est persuadé communément que Druide signifie l'homme du chêne, et Pline n'a pas peu contribué à faire prévaloir cette explication. Chêne, en dialecte languedocien, s'exprime par [170] garrik ; en anglo-saxon par oak (ok) ; en breton, par derò, derv ; en gallois, par derw ; en écossais et en irlandais par dair ; en latin, par quercus, et en grec par drus. Pline, après avoir remarqué l'expression grecque, croit que Druide vient de drus : « Point de sacrifice, dit-il, sans les rameaux du chêne » (72)

      Le rameau ou la branche de chêne se traduisant, en grec, par o druïnos clados, cette consonnance a dû certainement le jeter dans une erreur inévitable, s'il ignorait, comme c'est probable, le langage prétendu barbare des Gaulois.

      Le mot Druide, en anglo-saxon druid (drouid), renferme un sens bien autrement sérieux et remarquable. Il faut considérer que César, en rapportant le nom des Druides, a cherché à adoucir les sons durs et gutturaux de la langue celtique et il a écrit Druides (drouides) au lieu de trouides. Ce dernier terme permet de trouver aisément la clef de l'énigme.

      Il se compose du verbe to trow (trô), imaginer, penser, croire, et d'un autre verbe to head (hid), prendre garde, faire attention, – trowhead (trôhid).

      Aux Druides, d'après la signification de leur nom, était imposée l'obligation d'imaginer, de construire, par des expressions sûres, pleines de [171] vérité et d'à-propos, les dénominations convenant aux tribus, aux cités et à toutes les parties du territoire celtique ; et c'était une fonction qu'ils remplissaient sous le nom de Neimheid. Ils devaient encore porter leur attention sur ce qu'il fallait penser et croire, chargés qu'ils étaient d'enseigner les sciences divines et humaines.

      Les Druides n'écrivaient point les mystères de leur science : leur nombreux disciples en obtenaient la connaissance, en appliquant leur mémoire à retenir le grand nombre de vers dans lesquels la doctrine druidique était renfermée. En obligeant les jeunes gens à apprendre ainsi par cœur les sciences qui leur étaient communiquées, « ils les empêchaient de se reposer sur l'écriture et aussi de négliger l'exercice de la mémoire. Il arrive ordinairement en effet, que l'on s'applique moins à retenir par cœur ce que l'on peut apprendre au moyen des livres. Le fondement de leur doctrine est que les âmes ne périssent pas... Ils traitent aussi du mouvement des astres, de la grandeur de l'univers et du monde, de l'essence des choses, de la puissance des dieux immortels, et enseignent ces doctrines à la jeunesse. » (73) [172]

      On voit, par ces paroles de César, que le Neimheid avait donné, avec grande justesse, à la ville des Redones, le nom de Condate, ce nom rappelant à l'esprit le souvenir des doctrines enseignées, par les Druides, à la jeunesse gauloise, dont ils cultivaient l'intelligence et la mémoire.

      Il n'est pas nécessaire d'insister sur les connaissances matérielles possédées par le peuple Celte. Le nom des tribus et des villes exprimant des professions diverses, la magnifique organisation établie dans la Celtique entière, faisant ressembler les tribus à des corporations ouvrières avec une industrie particulière à chaque tribu et appropriée aux produits du sol, suffisent amplement à démontrer, non seulement la supériorité de civilisation des Celtes, mais aussi l'intelligence parfaite de leur gouvernement, qui savait ainsi diriger toutes les productions, distribuer tous les ouvrages nécessaires à la conservation et à la prospérité de la société gauloise.

      César nous donne encore quelques détails sur la hiérarchie et certaines fonctions druidiques. Ce corps enseignant était présidé par un Druide revêtu de l'autorité suprême. Après la mort de ce chef, on lui donnait pour successeur le Druide le plus méritant, et, si plusieurs étaient également dignes de cet honneur, le plus grand nombre de suffrages obtenus par l'un d'eux, le portait au [173] pouvoir : quelquefois cependant, les armes pouvaient seules décider du choix définitif. Les Druides se réunissaient à une époque fixe de l'année, dans un lieu consacré, sur les confins des Carnutes, parce que ce pays des Carnutes est considéré comme le point central de toute la Gaule. Là, s'assemblaient de toutes parts ceux qui avaient des différends, et ils se soumettaient aux jugements et aux arrêts prononcés par les Druides. (74)

      La science du droit, des jugements à rendre, et des châtiments à infliger aux coupables, était aussi transmise par l'enseignement purement oral : Condom (Gers) en fait foi, – to con, apprendre par cœur, – to doom (doum), juger, condamner –.

      Les Carnutes occupaient le pays dont Chartres est aujourd'hui le chef-lieu. En désassemblant les mots qui forment Carnutes, nous serons à même d'apprécier l'habileté des Druides dans la composition des noms celtiques des tribus. Carnutes signifie : chariot rempli d'avoine nouvelle et fraîche, – car, chariot, – new (niou), nouveau, frais, – oats (ôst), avoine –.

      Le pays des Carnutes a-t-il jamais vu faiblir son immense production en céréales ? Et Chartres [174] peut-il citer, dans les siècle passés, une époque où son prodigieux commerce de grains ait été momentanément suspendu ? Le nom celtique de Chartres, tel que le livrent les auteurs, est Autricum. Cet Autricum est simplement une affirmation positive du lieu où se faisaient les achats et les ventes des avoines nouvelles, – oatrick, monceau d'avoine –.

      Nous ignorons si l'explication des noms propres armoricains par le langage des Tectosages, portera dans l'esprit une conviction suffisante pour détruire tous les doutes. On pourrait alléguer que c'est là, peut-être, la langue kimrique, bien différente de la langue gaëlique, en usage parmi les tribus de l'est et du centre de la Gaule.

      Examinons donc encore la valeur de l'idiome des Volkes, dans l'interprétation de quelques noms propres, pris dans la partie de la Gaule possédée par la confédération dite gaëlique.


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(71)  L'Homme Primitif, par M. Louis Figuier.

(72)  Pline. XVI. C. XLIV.

(73)  César, de bell. gall., lib. VI. 14. L'explication de César touchant l'obligation d'apprendre par cœur les sciences druidiques, est loin d'être satisfaisante. Cette obligation doit renfermer un motif plus important qui nous échappe.

(74)  César, de Bell. Gall., lib. VI. 13.




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