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La vraie langue celtique et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Henri Boudet
© France-Spiritualités™






CHAPITRE II
LANGUE HÉBRAÏQUE

II - Les premiers hommes - Adam jusqu'à Noé

      Après avoir tenté d'interpréter les noms divins par la langue celtique, nous essaierons aussi cette même langue dans la décomposition des noms propres d'hommes et de lieux.

      La souche du genre humain, le premier être possédant une âme raisonnable, unie à une substance corporelle, porte le nom d'Adam. Sous ce nom, il faut entendre l'homme et la femme, « car Dieu les créa mâle et femelle ; il les bénit et il leur donna le nom d'Adam au jour qu'ils furent créés. » (18) Ce nom était donc commun à Adam et à Eve, et Dieu lui-même l'avait imposé. Les hébraïsants veulent qu'Adam dérive de adama, terrestre, parce que Dieu l'avait formé du limon de la terre.

      Interprété par la langue celtique le terme Adam, composé de deux mots, présente pour ainsi dire, un résumé de la création de nos premiers parents. Parmi les êtres créés, Adam n'en avait point trouvé qui lui fût semblable. « Et [39] le Seigneur dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; faisons-lui une aide semblable à lui » (19) Dieu fit donc la femme et l'amena à Adam. D'après l'Écriture Sainte, la femme était une créature ajoutée à l'homme, semblable à lui et son aide pour la multiplication du genre humain, c'est à dire, la mère ajoutée au père, et c'est là l'idée offerte par la décomposition du nom d’Adam, – to add, ajouter, dam, la mère.

      L'Ecriture Sainte donne au premier des enfants d'Adam, le nom de Caïn. A sa naissance, Eve, sa mère, s'écria : « Je possède un homme par la grâce de Dieu. »

      Caïn, en hébreu, implique l'idée de possession, et il vient de la racine Kana, posséder. Adam et Eve regardaient donc leur fils comme leur bien et leur acquisition particulière ; au reste, la puissance du père sur son enfant n'est-elle pas de droit naturel ? Eve a eu grandement raison d'appeler son premier fils, Caïn, sa possession.

      La langue celtique retient, non pas le verbe Kana, posséder, mais le verbe Can, pouvoir. La signification du nom de Caïn serait alors le pouvoir, la faculté de posséder un homme par la grâce de Dieu, et cette différence n'est point [40] sensible dans la pensée qu'Eve a dû attacher aux paroles prononcées par elle à la naissance de son fils.

      Dans le texte hébraïque, Caïn est écrit Qin : en langue celtique to coin (coïn) se traduit par battre monnaie, inventer. Ne serait-ce pas là le sens véritable de Caïn qui aurait imaginé, inventé la valeur conventionnelle des monnaies ? L'amour trop vif de l'or et de l'argent étouffe sûrement les sentiments généreux, et arme ordinairement du fer meurtrier la main des assassins. Caïn avait cent seize ans lorsqu'il commit le crime affreux qui le fit maudire. On peut croire avec juste raison que les hommes étaient déjà nombreux, puisque Caïn répondant à la menace divine, disait : « Quiconque donc me trouvera, me tuera. » La multiplication rapide du genre humain a dû faire naître, dans l'esprit de Caïn, la pensée de remplacer les échanges par une valeur conventionnelle attachée aux métaux précieux, or et argent.

      Abel est le second fils d'Adam et d'Eve, mais sa mère ne lui a point donné ce nom. Josèphe le fait dériver du mot hébreu ebel deuil ; car, par la mort d'Abel, le deuil a fait sa première apparition sur la terre. Pour bien saisir le sens du mot Abel, tel que l'indique Josèphe, il ne faut point perdre de vue une [41] expression très fréquente dans les livres saints désignant la mort et le tombeau ; c'est l'expression inferi, les enfers, tandis que le lieu du supplice des réprouvés et des maudit est l'infernus ; et c'est dans le premier sens que David, étant près de mourir, recommanda à Salomon, son fils de punir Joab de se crimes : « Vous ferez, dit-il, à son égard, selon votre sagesse ; et vous ne permettrez pas qu'après avoir vieilli dans l'impunité de son crime, il descende en paix dans le tombeau ; et non deduces canitiem ejus ad inferos. » (20)

      Abel présente la première image de la mort par le crime affreux de son frère aîné, – to ape (épe), imiter, présenter, l'image de..., hell, enfers. – Le terme ebel ou épel serait ainsi appliqué au second fils d'Adam seulement après le fratricide de Caïn, et la désignation de leur fils par une telle expression a dû, pendant de longues années, raviver dans l'âme de ses malheureux parents la douleur de sa perte.

      Nous nous sommes attaché dans cette interprétation à suivre le sens donné par Josèphe : toutefois, comme les premiers hommes étaient souvent connus sous plusieurs noms présentant des significations différentes, nous croyons pou- [42] voir voir expliquer d'une autre manière le nom d'Abel, en conservant avec rigueur la prononciation donnée par l'Ecriture Sainte.

      Il est indubitable pour tout esprit sérieux qu'Adam avait reçu de Dieu les communications les plus précieuses, non seulement sur les vérités religieuses, mais encore sur les industries humaines nécessaires à l'état social, et Adam transmettait à ses enfants et la science religieuse et en même temps les principes des arts industriels. « Le monde disait Origène à Celse, ayant été créé par la Providence, il faut nécessairement que le genre humain ait été mis, dans les commencements, sous la tutelle de certains esprits supérieurs, et qu'alors Dieu se soit manifesté aux hommes. C'est aussi ce que l'Ecriture Sainte atteste... et il convenait, en effet, que dans l'enfance du monde, l'espèce humaine reçut des secours extraordinaires, jusqu'à ce que l'invention des arts l'eût mise en état de se défendre elle-même et de n'avoir plus besoin de l'intervention divine. » (21)

      Abel était pasteur ; il offrait à Dieu des sacrifices, choisissant à cet effet les agneaux les plus beaux et les plus gras de son troupeau, et le Seigneur regardait favorablement ses présents. (22) [43] L'Ecriture Sainte, en marquant avec soin la profession pastorale d'Abel, semble indiquer la provenance de son nom. Abel recueillait les belles toisons de son magnifique troupeau ; sa main filait la laine soyeuse, et ces fils entrelacés, formant et la chaîne et la trame, lui donnaient un excellent tissu dont il se pouvait vêtir, – abb, trame de laine, – to ell, mesurer.

      Un châtiment juste et sévère suivit de près le crime horrible de Caïn. Le Seigneur avait dit au fratricide : « Vous serez fugitif et vagabond sur la terre », et le coupable avait répondu : « Vous me chassez aujourd'hui de dessus la terre et j'irai me cacher de devant votre face, et je serai fugitif et vagabond sur la terre. Donc quiconque me rencontrera, me tuera. » Le Seigneur lui répondit : « Non, cela ne sera pas ainsi ; mais quiconque tuera Caïn sera puni sept fois plus. » Et le Seigneur « mit un signe sur Caïn, afin que ceux qui le trouveraient ne le tuassent point. »

      Caïn, s'étant retiré de devant la face du Seigneur, habita en fugitif sur la terre vers la région orientale d'Eden. » (23)

      Le texte hébraïque, au lieu de ces paroles : Caïn habita en fugitif sur la terre, porte : Caïn [44] habita dans la terre Nod. Josèphe fait de Nod un nom propre de lieu, parce qu'il n'a pu arriver à découvrir le sens exact de cette expression de la langue primitive. Le terme nod existe dans l'anglo-saxon et il donne la connaissance du signe de la malédiction divine attaché à Caïn ; to nod signifie faire un signe de tête, saluer en baissant la tête. La note d'infamie, marquée sur la personne du fratricide, devait donc consister en un mouvement nerveux et convulsif de la tête, obligeant Caïn à la baisser honteusement devant tous ceux qu'il rencontrerait. D'après la tradition, le signe de malédiction porté par Caïn était un tremblement continuel du corps, tremblement révélateur de son forfait.

      Abel, l'enfant pieux et pur fut remplacé par Seth, et Eve disait : « Le Seigneur m'a donné un autre fils au lieu d'Abel que Caïn a tué. » (24) En hébreu suth signifie mettre et placer : dans la langue des Tectosages, le verbe to set retient le même sens de mettre et placer. Seth était le remplaçant d'Abel et destiné à devenir le père des hommes fidèles à leur Créateur.

      Les tissus de laine fabriqués par Abel ne reparaissent plus dans le nom des premiers hommes et cèdent la place à la mention des ouvrages de [45] fer et de bronze. Il ne faut pas descendre fort longuement dans la généalogie des enfants d'Adam pour y rencontrer la science des métaux, car Malaleel, – to mall frapper avec un maillet, – to allay (allé) mélanger les métaux, – to ell, mesurer, – était l'arrière petit-fils de Seth. Suivant la chronologie ordinaire, lorsqu'à l'âge de soixante-dix ans Malaleel est devenu père de Jared, les hommes habitaient le monde depuis seulement trois cent quatre-vingt-quinze ans. Adam était encore au milieu de ses descendans pour les aider de ses conseils et les initier aux travaux industriels. Parce que la science des métaux est inscrite dans Malaleel, est-ce à dire que ceux qui l'avaient précédé ignoraient l'usage du fer et les alliages de cuivre et d'étain constituant le bronze ? Nous sommes bien loin de le croire ; Adam assistait aux travaux de ses enfants, et sa présence indique suffisamment d'où venaient les connaissances acquises et d'où partait l'impulsion donnée aux diverses industries.

      Il n'était pas possible d'écrire dans le nom d'un seul homme la somme des sciences possédées à l'origine du monde et on les a gravées peu à peu dans le nom des chefs de famille. Malaleel nous dénote les ouvrages de fer et de bronze, et afin que les générations futures ne se méprennent pas et ne voient pas en lui un artisan unique, il [46] appelle son fils Jared, – to jar (djar), tinter, cliqueter, – to head (hèd) être à la tête de, commander, – prouvant ainsi qu'il était à la tête de nombreux ouvriers en métaux.

      Ces noms propres d'hommes, renfermant la mention des connaissances matérielles des premiers temps du monde créé, indiquent ainsi que la marche de la civilisation humaine n'a point été ascendante et que l'âge de pierre et de bronze n'ont aucunement précédé l'âge de fer au berceau de l'humanité.

      Le petit-fils de Jared, Mathusalem dont la longévité a surpassé celle des autres hommes, nous initie à une autre branche d'industrie : les lits moelleux n'étaient guère alors en usage, et ces produits d'une civilisation trop avancée étaient remplacés par des nattes sur lesquelles on prenait un repos nécessaire dans sa demeure, – to mat, couvrir de nattes, – to use (iouse) se servir de, – hall, salle, maison.

      Les enfants de Seth ne sont point seuls à dévoiler les secrets des arts parmi les premiers hommes, et en parcourant la brève lignée des descendans de Caïn, nous remarquons Tubalcaïn « qui fut habile en toutes sortes d'ouvrages d'airain et de fer. » (25) Néanmoins cette habi- [47] leté à travailler le fer et le bronze n'est point écrite dans son nom ; elle y est remplacée par la mention d'une autre connaissance, celle de l'art nautique.

      Les hommes étaient en état de construire de bons vaisseaux et on comprend ainsi comment ils ont prêté une médiocre attention à l'arche destinée à Noé et faite suivant la forme et les dimensions données par Dieu lui-même. Peut-être même ont-ils compté sur eux pour tenter de se soustraire aux effets des menaces divines. Il y avait cependant une différence bien sensible entre la construction de leurs vaisseaux et celle de l'arche dont disposerait Noé. Celle-ci était un vrai navire ponté, protégé contre la pluie du ciel et les grandes lames de la mer, tandis que les vaisseaux ordinaires, complètement découverts, n'étaient point défendus contre les grandes pluies ni contre les hautes lames. Le premier mot qui entre dans la composition du nom de Tubalcaïn retrace la forme de ces premiers bâtiments, – tub, vaisseaux découvert, cuve, baquet, – hall, maison, – to coin (coïn), inventer. [48]


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(18)  Bible de Carrières, Genèse, chap. V. 2. Nous donnons ordinairement la traduction de l'Ecriture Sainte d'après cette bible, parce qu'elle est fort exacte et très appréciée. Nous faisons ici cette remarque afin de n'avoir pas à y revenir dans toutes nos citations.

(19)  Genèse, Chap. II. 18.
(20)  Troisième livre des Rois, chap. II. 6.
(21)  Les Soirées de Saint-Petersbourg, 2ème entretien, note VI.

(22)  Genèse, Chap. IV. 2-4.
(23)  Genèse, Chap. IV. 14-16.
(24)  Genè, Chap. IV. 25.

(25)  Genèse, Chap. IV. 22.




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