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La vraie langue celtique et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Henri Boudet
© France-Spiritualités™






CHAPITRE IV
FAMILLE DE JAPHETH

III - Langue basque

      Il n'est pas sans intérêt de remarquer, par la formation des mots basques, comment s'est faite à Babel la confusion du langage. Les mots nouveaux n'ont plus la même simplicité ; ils expriment par l'association des termes primitifs, des propositions tantôt figurées, tantôt relatant un fait historique et réel. Ces combinaisons nouvelles sont aussi faciles à observer dans [113] la langue Kabyle que dans la langue basque : néanmoins, celle-ci les reproduit dans une plus grande pureté et permet de saisir, pour ainsi dire, au passage, des pensées philosophiques surprenantes, des peintures de mœurs qui ne laissent rien à désirer.

      Dans la langue des descendans de Tubal, « les hommes, ghizônac », sont des êtres possédant des coutumes, c'est-à-dire, des lois non écrites, et comme la coutume, ou loi non écrite, est la manifestation de la volonté réglée par la raison, cette définition de l'homme par le terme « ghizônac » se rapporte parfaitement aux définitions les plus exactes qui en aient été faites, – guise (guaïse), coutume, – to own (ôn), posséder. – La syllabe ac n'est dans ce mot que la terminaison du pluriel.

      Ces êtres à coutumes conservaient précieusement le souvenir des actions hardies, courageuses et les confiaient à la mémoire de leurs enfants pour les transmettre à la postérité, et c'est là le sens de « histoire, kondera » ; – to con, apprendre par cœur, – to dare (dére), oser, avoir la hardiesse –.

      L'habitude d'apprendre par cœur les actions d'éclat faites par les guerriers, ne prouve pas cependant que l'écriture fut alors inconnue. Le basque possède le verbe « écrire, ichkiribatzia ». [114] L'existence de ce verbe dans la langue suppose évidemment l'emploi de caractères propres à fixer et à transmettre la parole. Nous ignorons sans doute la forme des caractères dont les Basques faisaient usage ; mais cette forme importe peu, puisqu'elle varie avec chaque nation. Nous ignorons encore sur quel papier ils traçaient les caractères de leur écriture ; toutefois, il serait injuste de leur refuser la connaissance et l'emploi d'une substance solide et légère telle qu'étaient les minces lames fournies par le papyrus d'Egypte. Les lames ou tuniques formant la tige du papyrus étaient au nombre de vingt environ. Chaque tunique faisant une feuille, on conçoit qu'une seule tige d'un arbuste de dix pieds de hauteur devait fournir de nombreuses feuilles de toute longueur. Ces feuilles pressées, battues, collées, et polies étaient l'objet d'un commerce important dans le monde ancien, et tous les peuples avaient la faculté d'user de papyrus pour écrire les contrats de vente et d'achat, les lettres et les conventions entre particuliers. Nous donnons ces détails à cause de l'expression fort curieuse « quire » renfermée dans le verbe basque écrire, « ichkiribatzia. » Quire se traduit en celtique par « une main de papier » et les mots réunis dans ichkiribatzia affirme qu'écrire, c'est avoir la [115] démangeaisons d'ajouter, d'accumuler, d'entasser les mains de papier, – to itch, démanger, – quire (qouaïre), une main de papier, – to heap (hip), entasser, accumuler, – to add, ajouter –.

      Le teint brun qui fait distinguer avec tant de facilité les Ibères des Celtes, est rappelé dans le mot « visage, bisaiya » ; – bice (baïce), vert pâle, – high (haï), fort foncé en parlant d'une couleur.

      Parmi les Celtes on comptait trois classes distinctes de personnes : les prêtres, les nobles et le peuple. Cette constitution se retrouve aussi dans la nation Tubalienne, puisque, à la mort d'un Ibère, l'héritier vassal payait une redevance au seigneur du fief : cette particularité est dévoilée par le terme « heriotzea, la mort », car heriot en langue celtique, signifie la redevance payée par l'héritier au seigneur du fief à la mort du vassal. Au reste, les usages des Celtes semblent revivre dans la langue basque ; ainsi un mort s'exprime par « hilbat », c'est-à-dire une éminence, hill, un tumulus : la syllabe bat dans hilbat est un article indéfini répondant en français à un et une. L'expression hilbat annonce que les Ibère confiaient leurs morts à la terre, et cependant il est certain que, au moins pendant quelque temps, ils les ont livrés aux flam- [116] mes. L'usage de brûler les morts sur un bûcher a bien pu s'introduire parmi les Ibères d'Espagne, tandis que à l'époque de la formation de leur langue ils suivaient la pratique des autres peuples qui les ensevelissaient.

      On sait combien ce peuple se plaisait aux combats : le bruit des armes le faisait sourire, et mourir sur le champ de bataille était la seule ambition d'un guerrier : aussi il n'y a rien de surprenant à ce que le terme mourir « hiltzia ou hiltzea » présente l'image de l'épée, – hilt, poignée d'une épée.

      Le « fer, burdina », ce métal pesant, – to burden, charger embarrasser, – redoutables dans leurs mains guerrières, n'était lourd qu'au bras du lâche ; pour celui-là seul c'était un fardeau, une charge et un embarras.

      Soldat invincibles, ils ne pouvaient supporter le déshonneur d'une défaite ; être vaincus, c'était pour eux avoir à subir, honteusement assis sur un banc de leur demeure, les huées outrageantes de l'ennemi : telle est la signification pittoresque de « vaincu, benzutua » – to bench, asseoir sur un banc, – hut, cabane – hue (hiou), huée –.

      Quelle ignominie pour des hommes valeureux de se voir exposés, impuissants, aux insultes et à la dérision, pendant que passe légèrement et fièrement au milieu d'eux le triomphant « vain- [117] queur, benzutzaïla » – to bench, asseoir sur un banc, – hut, cabane, – to sail (sél), passer légèrement –.

      Aussi bien les vainqueurs devaient-ils être sans grande pitié, puisque le « massacre, sackaïla » n'était pour eux qu'un orgueilleux saccagement, – to sack, saccager, piller, – highly (haïli), avec orgueil –.

      La langue basque présente dans la composition de ses mots des connaissances matérielles qu'on n'oserait même soupçonner ; ainsi elle assure que la partie des ports où ils amarraient les vaisseaux était fermée par une écluse : c'est là la signification de la « mer, itxasoa » – to hitch, amarrer, – sasse, écluse, – to owe (ô), être obligé de –.

      Hardis marins, les Basques étaient exposés à des naufrages désastreux et ils avaient renfermé dans l'expression elle-même de « naufrage, urigaldua », ce fait certain ; se hâter de courir directement devant le vent, – to hurry, se hâter, – to gale, courir devant le vent, – due (diou), directement –.

      Les Ibères avaient leurs jours de travail et aussi leurs jours de fête : travailler, c'était exciter à prendre les armes en toute hâte ; tel était le « jour ouvrable, haste eguna », – to haste, se hâter, – to egg, exciter, – [118] gun, arme –. Mais lorsque arrivait le « jour de fête, besta eguna », malheur à celui qui courait aux armes, car il était violemment maltraité par le bâton – to baste (béste) bâtonner, maltraiter, – to egg, exciter, – gun, arme.

      L' « obscurité, ilhuntasuna » seule interrompait les fatigues de la chasse journalière – to heal (hil), apaiser, – to hunt, chasser –, et lorsque, dans leurs courses vagabondes, la lassitude les obligeait à prendre un repos momentané dans l'ombreuse profondeur des bois, cette « ombre, itzala » dévorait l'excès de leur chaleureuse ardeur – to eat (it) dévorer, – zeal, ardeur, – et plaçant sous leur tête une pierre ou un tronc d'arbre, ils appelaient à eux le « sommeil, loghitea » – log, bûche, billot, – to hit, toucher, atteindre –.

      Les demeures des Ibères étaient ce qu'elles sont encore aujourd'hui, du moins pour la partie de la population la plus indigente. Ils habitaient des cavernes qu'ils perçaient pendant les jour de pluie et de « mauvais temps, dembora tcharra » – den, caverne, to bore, percer, – shower (chaoueur) ondée, giboulée –.

      Ils les garnissaient de branches d'arbres lorsque revenait le « beau temps, d'embora ederra » – den, caverne, – to bore, percer, – to edder, garnir de fagots –. [119]

      Qu'on ne soit point surpris de ces affirmations de la langue basque, puisque dans notre siècle encore, en Espagne, les familles les plus pauvres vivent dans les cavernes ou grottes creusées de leurs mains. La correspondance suivante insérée dans le journal l'Eclair, numéro du 7 juin 1885, donne à ce sujet quelques détails qui ne sont pas sans importance. Le correspondant se rendant à Burjasot, à la suite de la commission officielle envoyée pour étudier les mesures à prendre contre le terrible fléau du choléra, écrit à la date du 6 juin :

      « En arrivant, nous avons appris que dans les dernières vingt-quatre heures, il y avait eu dix cas et six décès. Vous savez que ce village compte à peine 2.500 habitants. Nous allâmes visiter quelques cholériques.

      Nous avons trouvé un vieillard dans une de ces grottes qui servent de demeure à une partie de la population pauvre. C'est là une particularité fâcheuse dans les circonstances actuelles. On se sert d'abord des excavations qui se trouvent déjà faites au-dessus du sol ; puis on les agrandit suivant les besoins et l'augmentation de la famille.. etc. »

      On peut voir là qu'il n'est point nécessaire de recourir aux siècles passés pour rencontrer des troglodytes, et qu'il est bien inutile d'imagi- [120] ner à grand frais des systèmes de civilisation progressive pour l'humanité.

      Il ne faudrait pas croire que les Basques fussent exclusivement chasseurs. L'agriculture était certainement en honneur parmi eux, et le terme « hildua » qui désigne la terre que soulève la charrue en creusant le sillon – hill, éminence, – due (diou), convenable, – montre que le labour soigné et profond ne leur était pas inconnu. Ils préféraient d'ailleurs les productions du sol aux métaux précieux existant abondamment dans leur pays, puisqu'ils fermaient les yeux au lieu de les ouvrir avidement, lorsque en hersant les champs, leurs regard étaient frappés par l'éclat de « l'argent, cilharra » que leur travail amenait à la surface de la terre cultivée, – to seel (sil), fermer les yeux, – to harrow, herser –.

      Les noms de quelques mois de l'année se rapportent aussi aux productions du sol et aux travaux essentiels qu'on devait exécuter. Nous pouvons examiner brièvement la composition et le sens de ces noms.

      « Janvier, Urtharrilla. » Le mauvais temps du mois de janvier arrête les travaux de ceux qui voudraient passer la herse dans leurs champs, – to hurt, nuire, – to harrow, herser, – to will (ouil) désirer, vouloir –. [121]

      « Février, Otsaïla. » La chaleur est suffisante pour déterminer la débâcle des glaces des côtes du Pont-Euxin et permet de mettre à la voile – hot, chaud, – to sail (séle), mettre à la voile –.

      « Mars, Martchoa. » Les pluies continuelles de mars changent forcément les terrains en marécages – marsh, marais, un lieu marécageux, – to owe (ô), devoir –.

      « Avril, Aphirila. » Désirer que les céréales présentent bientôt l'image de l'épi – to ape, présenter l'image, – ear (ir) épi de blé, – to will (ouill), désirer.

      « Mai, Maiyatza. » Aux épis souhaités viennent s'adjoindre, en mai, les brillantes fleurs des champs – to may (), cueillir des fleurs, – to add, ajouter –.

      « Juin, Erearoa. » S'agiter pour passer la herse dans les champs – to hare (hère), s'agiter, – to harrow, passer la herse –.

      « Juillet, Uztaïla. » Différer les grandes réunions, les assemblées, sans doute à cause de la chaleurto hustle, remuer ensemble, – to while (houaïle), différer –.

      « Août, Agorilla. » Les ruisseaux cessent de couler – ago, passé – to rill, couler, ruisseler –.

      « Septembre, Bûruïla. » Désirer de se terrer, de s'enfermer dans les cavernes affectées à [122] l'habitation, – to burrow (beurrô), se terrer, se retirer sous terre – to will (ouill) vouloir, souhaiter –.

      « Octobre, Urria. » Se hâter dans les travaux des champs – to hurry (heurri), se presser.

      « Novembre, Hazila. » La brume se traîne sur les collines – to haze, faire un temps brumeux, – hill, colline –.

      « Décembre, Abendoa. » Se couvrir de vêtements de laine – abb, trame de laine, – to endue (endiou), se revêtir.

      Les périphrases employées dans la langue basque sont plus sensibles encore dans l'expression de certains faits naturels comme le lever et le coucher du soleil, le lever et le coucher de la lune.

      « Le lever du soleil, iruzki atheratzea » présente le sens suivant : celui qui est fatigué, déteste d'entendre bourdonner dans l'airto hear (hir), entendre, – to huzz (heuzz), bourdonner, – sky (skaï) air, – to hatter, harasser, – to hate, détester –.

      « Le coucher du soleil, iruzki sartzea » accuse une formation semblable : le cultivateur arrivé au soir, déteste d'entendre bourdonner dans l'air, – to hear (hir) entendre, – to huzz, bourdonner, – sky, airsart, terrain cultivé –. [123]

      « Le lever de la lune, ilhargi atheratzea. » L'homme harassé de fatigue déteste de vouloir prêter l'oreille aux cris, – to will (ouill), vouloir, – to harck, prêter l'oreille, – hue (hiou), cri, – to hatter, harasser, – to hate, détester –.
      « Le coucher de la lune, ilhargi sartzea. » Le cultivateur désire de prêter l'oreille aux cris, – to will (ouill) désirer, – to harck, prêter l'oreille, – hue (hiou), cri, – sart, terrain cultivé –.

      Examinons encore d'autres expressions dont l'explication servira à placer la langue basque dans tout son jour, c'est à dire, comme dérivant pleinement de la langue primitive.

      « Le matin, goïza » ; marcher avec facilité – to go, marcher, – ease (ize) ; aise, facilité –.

      « Midi, eghuerdi » ; moment où cesse la croissance de la lumière solaire et où commence sa décroissance – to egg, pousser, – hour (haour), moment, heure, – day (), jour –.

      « Le soir, arratxa » ; courir en hâte vers le logis – to hare, courir – rath, en hâte –.

      « Minuit, gaûherdi » ; aller vers l'heure, le moment du jourto go, aller, – hour (haour), heure, – day (), jour –.

      « Un champ, landa bat. » – Land, terre, – bat correspond à un.

      « Une source, ithurri beghi bat. » Commencer [124] à hâter sa course – heat (hit), course, – to hurry, hâter, – to begin (biguin), commencer.

      « Une fontaine, ithurri bat. » Précipiter sa course, – heat (hit), course, – to hurry, précipiter.

      « Cabane, etchôla. » Une foules de têtes sous le même toit, – head (hèd), tête, – shoal (chôl), une foule, une troupe.

      « Epingle, ichkilin. » L'extrême propreté était bien loin de briller dans les hôtelleries où s'arrêtaient d'infortunés voyageurs consciencieusement armés d'une épingle : on comprend aisément de quels insectes dégoûtants et agaçants il est ici question, – to itch, démanger, – to kil, tuer, – to inn, loger dans une auberge.

      « Maison, etchea. » Une tête qui médite, – head (hèd), tête, – to chew (tchou), méditer.

      « Cave, sotua. » Partie de la maison où l'on pourrait devenir hébété à force de boire, – to sot, devenir hébété à force de boire, – how (haou), de quelle manière.

      « Le tonnerre, ihurtzuria. » Voir en haut l'éclair qui est sûr de faire du mal, – high (haï), haut, – to hurt, faire du mal, – sure (choure) sûr, – to eye (), voir.

      « Les ténèbres, ilhumbeak. » Apaiser les bourdonnements, les aboiements et les bêlements, [125] – to heal (hil), apaiser, – hum, bourdonnement, – to bay (), aboyer, bêler –.

      « S'aveugler, itxutzea. » L'œil se referme par l'effet d'un coup, – to hit, donner un coup, to shut (cheut) se refermer –.

      « Se casser une jambe, zango bat aûstea. »

      Gâter l'os de la jambe, – shank, l'os de la jambe, – bat, une – to waste (oueste), gâter –.

      « Pleurs, nigarrac. » Refuser le nécessaire, – to niggard, refuser le nécessaire –.

      « Rival, yelosstarria. » Pousser des cris d'horreur à la vue de l'ennemi et l'attaquer pour le piller, – to yell, pousser des cris d'horreur, – to host, attaquer, to harry, piller –.

      « Famille, maïnada. » Ajouter l'essentiel, c'est-à-dire les enfants, – main, essentiel, – to add, ajouter –.

      « L'honneur, ohorea. » Etre obligé d'avoir les cheveux blancs, – to owe (ô), être obligé, – hoar (hôre), qui a les cheveux blancs –.

      Nous pourrions ainsi interpréter une foule d'autres termes pris dans la langue basque, mais comme ils sont moins intéressants que ceux que nous avons cités, nous les passerons sous silence, et nous terminerons cette série déjà assez longue par une expression prouvant que de tout temps la grande instruction et la [126] doctrine élevée ont conduit les hommes à la « gloire, loria, – lore, doctrine, instruction, – to eye (), avoir l'œil sur –.




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