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La vraie langue celtique et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Henri Boudet
© France-Spiritualités™






CHAPITRE VII
CROMLECK DE RENNES-LES-BAINS

IV - La pierre de Trou ou hache celtique

      Les grandes pierres érigées dans toute la Gaule, renfermaient un sens religieux d'une vérité incontestable. Elles étaient le symbole de la pure science religieuse en évoquant le souvenir de Dieu qui crée le monde, ordonne à la terre de produire le grain de blé, dont sa créature privilégiée sera nourrie, distribue par sa providence vigilante les biens nécessaires à l'homme, le gouverne et le régit par les lois de l'infinie justice.

      Si le système religieux des Gaulois se fût borné à ces connaissances d'un Dieu créateur et rémunérateur, sans en déduire aucune conséquence pratique pour les actions ordinaires de la vie, [256] il n'aurait pas été complet. Les Druides étaient trop instruits pour ignorer, ou laisser dans l'ombre les conclusions conformes aux principes émis. Aussi ont-ils résumé, en quelque sorte, les conséquences rigoureuses de leur doctrine dans la signification imposée à la pierre polie.

      La pierre polie, dite hache celtique, faite de jade, de serpentine ou de diorite, affecte diverses formes. Le dialecte languedocien la nomme pierre de Trou. Elle représente ce qu'il faut croire, c'est-à-dire, les enseignements nécessaires inscrits dans les grandes pierres levées – to trow (trô), croire –. La pierre de Trou figure avec honneur sur les manteaux de cheminées, dans les maisons de nos montagnes. Une vague idée religieuse s'attache encore à cette pierre, dans la pensée de quelques-uns, elle préserve de la foudre, d'autres inclinent à croire qu'elle écarte certains malheurs.

      Ces imaginations diverses sont, en réalité, un reste fidèle de la signification première de la pierre de Trou.

      Les pierres polies trouvées en abondance dans le cromleck de Rennes-les-Bains et déposées au musée de Narbonne, sont généralement faites de jade et présentent un tranchant toujours émoussé. Les silex ne sont point estimés dans nos montagnes, si ce n'est comme pierres propres à [257] tirer des étincelles et à allumer du feu. Nous avons en notre possession un silex de quatorze centimètres de longueur sur trois centimètres de largeur, offrant de nombreuses dentelures sur les bords, trouvé dans le terrain de l'Haum-moor, tout près de l'emplacement d'une ancienne maison gauloise. Ce n'est point là, pour nous, une pierre de Trou.
      Les pierres polies de jade, n'étant pas très connues partout, il est fort possible que l'idée religieuse attachée à la pierre de Trou ait aussi affecté le simple silex taillé, qui de son côté, aurait représenté encore à l'esprit les croyances religieuses essentielles. Cette pensée nous est suggérée par la découverte à Pressigny-le-Grand, département d'Indre-et-Loire, du centre de fabrication des silex. Cette découverte est due au docteur Léveillé, médecin de la localité. (96)

      « A vrai dire, écrit M. Louis Figuier, c'est moins un centre de fabrication qu'une suite d'ateliers répandus dans toute la région circonvoisine de Pressigny.

      A l'époque de cette découverte, en 1864, les silex se trouvaient par milliers à la surface du sol, dans l'épaisseur de la couche végétale, sur une étendue de cinq à six hectares. [258] M. l'abbé Chevalier, rendant compte de cette curieuse trouvaille à l'Académie des sciences de Paris, écrivait : « On ne peut faire un pas sans marcher sur un de ces objets. »

      Les ateliers du Grand-Pressigny présentent une assez grande variété d'instruments. On y voit des haches à tous les degrés de la mise en œuvre, depuis l'ébauche la plus grossière jusqu'à l'arme parfaitement polie. On y voit aussi de longs éclats, ou des silex couteaux, enlevés d'un seul coup avec une habileté surprenante.

Une étrange objection a été élevée contre l'ancienneté des haches, des couteaux et armes de Pressigny. M. Eugène Robert a prétendu que ces silex n'étaient autre chose que des masses siliceuses ayant servi à la fin du dernier siècle, et surtout au commencement du siècle actuel, à la fabrication des pierres à fusil ! M. l'abbé Bourgeois, M. Penguilly l'Haridon et M. John Evans n'ont pas eu beaucoup de peine à démontrer le peu de fondement d'une telle critique. Dans le département de Loir-et-Cher, où l'industrie de la pierre à fusil existe encore, les résidus de la fabrication ne ressemblent en aucune façon au nuclei de Pressigny ; ils sont beaucoup moins volumineux, et ne présentent pas les mêmes formes constantes et régulières. En outre, ils ne sont jamais retaillés sur les [259] bords, comme un grand nombre d'éclats des ateliers de la Touraine.

      Mais un argument tout à fait péremptoire, c'est que le silex de Pressigny-le-Grand, en raison même de sa texture, serait impropre à la fabrication des pierres à fusil. Aussi les archives du dépôt d'artillerie, comme l'a fait remarquer M. Penguilly l'Haridon, bibliothécaire du Musée d'artillerie, ne mentionnent-elles pas que la localité de Pressigny ait jamais été exploitée dans ce but. »

      Cette dernière remarque de M. Louis Figuier empêche d'attribuer aux silex de Pressigny-le-Grand l'usage vulgaire d'une pierre à fusil. Quelle était donc leur destination ? Quel était leur usage ?

      Remarquons que ces silex étaient fabriqués chez les Turones, et le nom seul de cette tribu – tour, voyage, – hone, pierre taillée –, indique déjà qu'ils étaient taillés d'après une forme déterminée et dans le but de les emporter avec soi dans les voyages. Néanmoins, le mot Turones ne dévoile pas la raison pour laquelle les silex de Touraine devaient entrer dans l'équipage du voyageur.

      La localité de Pressigny, à laquelle la tradition populaire a attaché une idée de grandeur paraissant tout à fait hors de cause, en la nom- [260] mant Pressigny-le-Grand, la localité de Pressigny disons-nous, déclare ouvertement ce que n'expriment pas les Turones, c'est à dire, que la pierre taillée des voyages faite à Pressigny, représente, signifie la demande et la prière s'élevant vers les hauteurs des cieux – to pray (pré), prier, demander, – to sign, représenter, signifier, – high (haï), haut, élevé –.

      Les silex de Pressigny-le-Grand, aussi bien que nos pierres polies de jade, méritaient excellemment le nom de pierre de Trou ou pierres de la croyance ; parce qu'elles renfermaient dans leur signification l'acte le plus essentiel de religion par lequel l'homme reconnaît sa dépendance entière de Dieu, le souverain Dominateur.

      Il ne suffisait pas aux Gaulois de croire l'immuable vérité : leur croyance devait éclater dans les actions extérieures de la vie, en s'adressant par la prière à son éternel principe. Les Celtes n'auraient point toujours et dans tous les pays, sous leurs yeux, les grandes pierres levées pour exciter leur volonté à la reconnaissance envers le Créateur, les porter à demander et à remercier, tandis que les pierres de Trou, d'un port facile, les avertissaient avec persistance des devoirs religieux à remplir, de l'assistance divine à implorer sans cesse, surtout dans les voyages pleins d'aventures et de dangers qu'ils aimaient à entreprendre. [261)

      Il n'est guère étonnant que la prière ait formé comme le point central de la religion chez les Celtes, puisqu'elle est un acte de la raison pratique, et par suite, le propre de l'homme raisonnable. Les Druides se piquaient de science et de logique dans leur enseignement, et n'hésitaient point à mettre leurs actions en harmonie avec les principes constants de leur philosophie religieuse et des vérités traditionnelles.

      La présence des silex et des pierres polies dans les tombeaux des Celtes, confirme pleinement l'idée religieuse attachée aux pierres de Trou. Dans la tombelle de la presqu'île de Rhuis (Morbihan), à côté d'un squelette humain, sans doute celui d'un archi-druide, et sous les pierres d'un dolmen, on a recueilli trente pierres polies en jade. Nous pouvons, à ce sujet, invoquer un passage fort intéressant du Mémoire de M. Leguay, sur les sépultures des Parisii, mémoire cité par M. Louis Figuier. (97) « Toutes ces pierres, dit M. Leguay, communes aux trois genres de sépultures, ont pour moi une attribution votive, c'est à dire qu'elles représentent, pour cette époque, les couronnes d'immortelles ou les autres objets qu'aujourd'hui encore nous déposons sur les tombes de nos parents et de [262] nos amis, suivant un usage qui se perd dans la nuit des temps.

      Et que l'on ne rie pas trop de cette idée que je crois assez juste. Les hommes peuvent changer, ils peuvent disparaître, mais ils transmettent toujours à leurs remplaçants, à ceux qui les suivent, les usages de leur époque, qui ne se modifient qu'en même temps que disparaissent les causes qui les ont produits. Il n'en est pas ainsi de la fin de l'homme, qui ne change pas, et qui arrive toujours avec son cortège de chagrins et de regrets. A quelque époque que ce soit, à quelque degré de civilisation qu'il soit arrivé, il éprouve le besoin de témoigner ses regrets ; et si aujourd'hui un peu d'argent suffit pour exprimer les nôtres, à ces époques éloignées chacun façonnait son offrande, taillait un silex, et le portait lui-même.

      C'est ce qui explique cette diversité de formes des silex placés autour et dans les sépultures, et surtout la rusticité d'un grand nombre de pièces qui, toutes fabriquées avec la même matière, décèlent une façon unique, pratiquée diversement par un grand nombre de mains plus ou moins exercées.

      C'est sans doute à cette idée votive qu'on doit attribuer le dépôt, dans les sépultures, [263] de ces belles pièces qui ornent les collections ; seulement, les grandes haches taillées brutes, ainsi que les couteaux de la seconde époque, sont, à la troisième époque, remplacées par des haches polies, souvent même emmanchées, ainsi que par des couteaux beaucoup plus grands et bien mieux travaillés. »

      Ces explications de M. Leguay sont vraiment remarquables. Pour nous, nous allons beaucoup plus loin dans la signification des pierres taillées ou polies des tombelles celtiques. A nos yeux, les silex de Pressigny et les pierres polies de Trou, placées dans un tumulus à côté des restes humains, proclament hautement la croyance inébranlable des Gaulois, à l'immortalité de l'âme, et à l'excellence de la prière adressée à Dieu pour ceux qui les avaient précédés dans l'éternité.


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(96)  L'homme primitif, par M. Louis Figuier.

(97)  L'homme primitif, p. 302.




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