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La vraie langue celtique et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Henri Boudet
© France-Spiritualités™






CHAPITRE IV
FAMILLE DE JAPHETH

IV - Les Cantabres - Les Ibères - Les kjoekken-moeddings du Danemark

      Le langage des Ibères était de nature à surprendre vivement les Celtes : aussi, tout étonnés de n'en point saisir le sens, ils décorèrent les descendans de Tubal du nom de Cantabres, – to cant, parler un certain jargon, – abroad (abraud), à l'extérieur, – enveloppant ainsi dans une expression parfaite le langage fort curieux de ce peuple et son arrivée par mer dans la péninsule Hispanique.

      Les Ibères, en s'établissant dans le Sud-Ouest de l'Europe, ont choisi pour demeure les Pyrénées en souvenir de leur séjour dans les montagnes du Caucase. Ce choix avait bien sa raison ; car en changeant de pays, ils n'entendaient point changer de manière de vivre. Placés dans la région pyrénéenne, qui était pour eux comme un point central, ils avaient, en se dirigeant du côté du Nord, un magnifique terrain de chasse [127] comprenant toute la terre gauloise encore déserte, où les fauves ne leur feraient point défaut. Du reste, ils possédaient tout ce qui est nécessaire pour de longues courses. Une santé de fer, un courage à toute épreuve et l'habitude de chasser toute espèce de bêtes sauvages. Ils n'avaient point à s'embarrasser de provisions ; le gibier tué à la chasse suffisait à des jours nombreux. Une seule chose était indispensable, lorsque, rencontrant une caverne propre à servir d'abri temporaire, ils désiraient préparer, à un ardent foyer, le repas nécessaire ; c'était le silex, dont le nom basque est suarria, c'est-à-dire, un trait de lumière ou étincelle courant çà et là par l'effet du choc de deux objets dont l'un, le silex, est penché de côté, et l'autre, acier ou fer, est brandi, – to sway (soué), faire pencher de côté, brandir, – to hare, courir çà et là, – ray (), trait de lumière.

      Les armes employées dans leurs chasses lointaines ne différaient guère sans doute de celles qu'ils avaient plus tard à la main dans la lutte soutenue contre les Gaulois, et on ne peut, sans injustice, leur refuser les armes de fer, puisque ce mot existe dans leur langue. De longs mois pouvaient s'écouler entre le départ des chasseurs Ibères et le retour au foyer domestique, et ils mesuraient leur éloignement au [128] moyen de certains objets comme lamelles de pierre tendre, ou bien morceaux de bois de renne, sur lesquels ils marquaient par des lignes ou des encoches les jours déjà écoulés depuis qu'ils avaient quitté leur demeure habituelle. Dans la caverne de Bize (Aude) un explorateur, M. C. Cailhol, a recueilli une lamelle de pierre assez tendre portant nombre d'encoches sur les bords ; dans la grotte d'Arignac (Haute-Garonne), M. Edouard Lartet en fouillant le sol (1860), « y trouva quantité d'ossements de l'ours des cavernes, de l'aurochs, du renne, du cheval, etc., » et dans une plate forme placée au devant de la grotte, au milieu de débris très intéressants, « une lame de bois de renne accidentellement coupée aux deux bouts, dont l'une des faces, parfaitement polie, offre deux séries de lignes transversales également distancées entre elles, et dont les bords latéraux sont marqués d'encoches plus profondes, assez régulièrement espacées. M. Lartet voit dans ces lignes et ces entailles des signes de numération, et M. Steinhauer a émis l'idée que ce sont des marques de chasse. » (58)

      Des accidents multipliés survenaient sans doute aux Ibères dans la poursuite des fauves, plu- [129] sieurs n'ont point revu le foyer et ont été ensevelis dans les cavernes bien connues des chasseurs. Dans la grotte d'Aurignac fermée par une dalle, « le terrassier Bonnemaison découvrit, en 1852, les restes de dix-sept squelettes humains. » (59) L'abri de Cro-Magnon (Dordogne), fouillé par M. Louis Lartet en 1868, lui a livré plusieurs squelettes humains.

      « Cet abri, dit M. Louis Figuier, aurait servi, suivant M. Louis Lartet, de rendez-vous de chasse, d'habitation et enfin de lieu de sépulture. Sept morts y avaient été inhumés ; on a pu recueillir les restes de ces squelettes, mais trois crânes seulement sont à peu près intacts.

      Est-il permis, ajoute M. Louis Figuier, de savoir à quelle race appartenaient les hommes de la sépulture de Cro-Magnon et de se faire, par conséquent, une idée de la race humaine qui a vécu dans nos contrées aux temps du grand ours et du mammouth ? La race de Cro-Magnon n'est pas aussi différente de toutes les races anciennes ou modernes que le pense M. Broca. Selon M. Pruner-Bey, tous les crânes décrits jusqu'ici, et se rapportant à l'époque du grand ours et du mammouth, sont [130] analogues à ceux des esquimaux et des lapons de nos jours. M. Pruner-Bey appelle race mongoloïde primitive ces premiers habitants de notre sol. Nous verrons plus loin que des crânes et d'autres débris retrouvés en Belgique, par M. Dupont, à Solutré, dans le Mâconnais, par M. de Ferry, et à Bruniquel par M.Brun, enfin les mâchoires provenant d'Aurignac et d'Arcy-sur-Cure, confirment cette conclusion.

      Les hommes appartenant à la race mongoloïde primitive avaient la tête généralement arrondie, le visage taillé en losange, les mâchoires et les dents un peu dirigés en avant, enfin, selon toute probabilité, le teint brun et les cheveux noirs et durs... Il existe encore des restes de cette race mongoloïde primitive : ce sont les Basques... » (60)

      Les Ibères ont donc laissé des traces non équivoques de leurs habitudes de chasseurs et les restes de grand ours et de mammouth retrouvés abondamment dans les cavernes attestent que la chair de ces animaux entrait dans leur alimentation. Le nom porté par les Ibères confirme pleinement toutes ces appréciations, en déclarant qu'ils étaient chasseurs d'ours et que la chair des ours étaient leur nourriture habituelle – to eat (it), manger, – bear (bér), ours. [131]

      Le peuple Ibère n'est point le seul qui ait laissé dans le sol des traces sensibles de ses mœurs. Un autre peuple de notre Europe, non seulement chasseur mais encore pêcheur a abandonné la connaissance de son alimentation aux investigations patientes des savants. Les détails donnés, à ce sujet, par M. Louis Figuier sur les amas coquilliers du Danemark, présentent un si grand intérêt que nous ne saurions résister au désir d'en citer la partie la plus importante.

      « Placée au dernier rang, dit M. Louis Figuier, par l'étendue de son territoire et le nombre de ses habitants, la nation Danoise est pourtant l'une des plus grandes de l'Europe par la place qu'elle a su conquérir dans les sciences et les arts. Ce vaillant petit peuple possède une foule d'hommes distingués qui font honneur à la science. Les patientes recherches de ses archéologues et de ses antiquaires ont fouillé la poussière des âges pour ressusciter un monde disparu. Leurs travaux, contrôlés par les observations des naturalistes, ont jeté un jour éclatant sur les premières étapes de l'humanité.

      Aucune terre n'est d'ailleurs plus propre que le Danemark à de pareilles investigations. Les antiquités s'y rencontrent à chaque pas : il ne s'agit que de savoir les interroger pour en tirer d'importantes révélations touchant les [132] mœurs, les coutumes et l'industrie des populations antéhistoriques. Le Musée de Copenhague, qui renferme des antiquités de divers états scandinaves, est sans rival dans le monde.

      Parmi les objets classés dans ce riche musée, on remarque un grand nombre provenant des Kjoekken-moeddings.

      Et d'abord, qu'est-ce que ces Kjoekken-moeddings, dont le nom est si rude à prononcer pour une bouche française, et qui nous apprend suffisamment qu'il s'agit ici de l'âge de la pierre ?

      Sur différents points des côtes danoises, particulièrement dans la partie septentrionale, où la mer a découpé ces criques étroites et profondes connues sous le nom de fiords, on remarque d'énormes accumulations de coquilles. En général, ces dépôts ne sont élevés que d'un mètre au-dessus du niveau de la mer ; mais, dans quelques lieux escarpés, leur altitude est assez grande...

      Que rencontre-t-on dans ces amas ? Une énorme quantité de coquilles marines, et surtout de coquilles d'huîtres, des ossements brisés de mammifères, des restes d'oiseaux et de poissons, enfin des silex grossièrement taillés.

      On avait pensé d'abord qu'il ne s'agissait là [133] que de quelque banc de coquilles fossiles, terrain autrefois submergé et qui aurait été rendu apparent par un soulèvement du sol, dû à une cause volcanique. Mais un savant danois, M. Steenstrup combattit cette opinion en se fondant sur ce fait, que les coquilles proviennent de quatre espèces qui ne vivent jamais ensemble, et qu'elles ont dù, par conséquent, être rassemblées par l'homme. M. Steenstrup faisait également remarquer que ces coquilles avaient appartenu, pour la plupart, à des individus arrivés à leur pleine croissance, qu'on n'y en voyait presque jamais de jeunes. Une telle singularité indiquait évidemment une intention raisonnée, un acte de la volonté humaine.

      Lorsqu'on eut découvert dans les kjoekken-moeddings tous les débris que nous avons énumérés, lorsqu'on y eut trouvé des restes de foyers, sortes de petites plates-formes qui conservaient encore la trace du feu, on devina l'origine de ces immenses amas coquilliers. Il y avait eu là des peuplades qui vivaient de pêche et de chasse, et qui jetaient autour de leurs cabanes les restes de leur repas, consistant surtout en coquillages. Peu à peu ces débris s'étaient accumulés, et avaient constitué les bancs considérables dont il s'agit. De là le nom de kjoekken-moeddings, composé de deux mots : [134] kjoekken, cuisine, et moedding, amas de rebuts. Les kjoekken-moeddings sont donc les rebuts des repas des populations primitives du Danemark.

      ...Il est bon de faire remarquer que le Danemark n'a pas le privilège des amas de coquilliers. On en a découvert en Angleterre, dans le pays de Cornouailles et le Devonshire, en Ecosse, et même en France, près d'Hyères (Bouches-du-Rhône).

      Les espèces de mollusques dont les coquilles forment la masse presque entière des kjoekken-moeddings sont l'huître, le cardium, la moule et la littorine.

      Les arêtes des poissons se trouvent en grande abondance dans les amas coquilliers. Elles appartiennent au hareng, au cabillaud, à la limande et à l'anguille. On peu en inférer que les habitants primitifs du Danemark ne craignaient pas de s'aventurer sur les flots dans de frêles esquifs : le hareng et le cabillaud ne se pêchent en effet qu'à une assez grande distance des côtes.

      Les ossements des mammifères sont aussi fort répandus dans les kjoekken-moeddings. Les plus communs sont ceux du cerf, du chevreuil et du sanglier, qui, au dire de M. Steenstrup, y figurent pour les 97 centièmes. Les autres proviennent de l'urus, de l'ours brun, du loup, [135] du renard, du chien, du chat sauvage, du lynx, de la martre, de la loutre, du marsouin, du phoque, du rat d'eau, du castor et du hérisson.

      De quelques espèce d'oiseaux dont on recueille les restes dans les kjoekken-moeddings, la plupart sont aquatiques, fait qui s'explique naturellement par la situation de l'homme sur les bords de la mer. » (61)

      L'interprétation par la langue celtique de kjoekken-moeddings confirme et éclaire puissamment l'exposé de M. Louis Figuier sur les amas coquilliers du Danemark. Ces amas sont vraiment des rebuts de repas, et le mot savamment combiné de kjoekken-moedding indique avec assurance, que l'on rejetait tout ce qui aurait été douloureux à la bouche, c'est-à-dire, les arêtes aiguës, les entrailles et la tête des poissons – jaw (djâu), bouche, – to ake (éke), être douloureux, – keen (kin), aigu, – maw (mâu), panse, – head (hèd), la tête, – to ding (digne), jeter avec violence, – jawakekeen-mawheadding –.
      Le peuple dont les rebuts de repas ont produit les amas coquilliers est-il tellement primitif que l'histoire n'en ait conservé aucun souvenir ? M. Louis Figuier signale avec juste raison des [136] amas semblables en Angleterre, dans le pays de Cornouailles et le Devonshire, et cela n'est guère surprenant, puisque la tribu de pêcheurs qui a fait les kjoekken-moeddings du Danemark, a pu, du moins pendant quelque temps, conserver ses mœurs anciennes, quand elle s'est emparée de l'Angleterre d'une manière définitive. Cette tribu appartenait aux Tectosages établis entre le Rhin et l'Oder ; c'était celle des Angles, – to angle, pêcher à la ligne, – et ce nom significatif dit trop haut les occupations habituelles de ce peuple, pour que l'on puisse sérieusement refuser de le reconnaître comme l'auteur des kjoekken-moeddings.

      Cette digression sur les amas coquilliers du Danemark ne doit point nous faire perdre de vue les Ibères et leurs chasses dangereuses au grand ours des cavernes. L'habitude de la chasse à l'ours n'est pas encore disparue des mœurs des Basques, et, chose remarquable, dans les contrats de mariage, les pères de famille, aujourd'hui même, attribuent en dot à leurs enfants une part de possession d'ours, soit un quart, un tiers ou une moitié, suivant le nombre des enfants à doter. Les receveurs français de l'enregistrement connaissent très bien cette particularité, et ne négligent point de percevoir les droits de l'Etat sur cet apport en valeur d'ours.

      On ignore l'époque précise où les Ibères vinrent [137] aborder sur la terre d'Espagne. Quelques historiens fixent leur émigration dans l'année 523 après le déluge, c'est-à-dire, 1824 ans avant jésus-Christ. Ce serait ainsi dans le même siècle où Inachus, le plus ancien de tous les rois connus par les Grecs, fonda le royaume d'Argos, tandis qu'en Orient, Abraham laissait par sa mort (1821 avant Jésus-Christ) son fils Isaac héritier de sa foi, de sa puissance et des promesses divines.


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(58)  L'homme primitif, par M. Louis Figuier.

(59)  L'homme primitif, par M. Louis Figuier.

(60)  L'homme primitif, par M. Louis Figuier, page 113.

(61)  L'homme primitif, par M. Louis Figuier.




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