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La vraie langue celtique et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Henri Boudet
© France-Spiritualités™






CHAPITRE VII
CROMLECK DE RENNES-LES-BAINS

IX - Le gui sacrée

      Le traitement de certaines maladies par les eaux des Redones était trop simple et trop facile pour n'être point familier aux Druides. La science druidique comprenait la connaissance des remèdes en rapport avec le nombre restreint d'infirmités de ces hommes pleins de vigueur et de santé, et les bains étaient pour eux une ressource précieuse, dont certainement ils se servaient avec intelligence. Néanmoins, les bains n'auraient point été, pour les Druides, un remède bien usité, s'il fallait ajouter foi aux écrits de Pline, [283] qui suppose en eux assez peu de science médicale pour croire qu'ils auraient raison de toutes les maladies humaines par le seul emploi du gui, omnia sanantem. (100)

      Le gui, conservant au cœur de l'hiver ses feuilles d'un vert foncé, alors que les arbres en sont dépouillés, était-il simplement aux yeux des Druides le symbole de l'immortalité de l'âme et de la vie future, ou bien possédait-il réellement dans leur pensée une certaine efficacité pour la guérison des maladies ? Son nom celtique nous l'apprendra, tout en rejetant bien loin les appréciations hasardées et singulières des auteurs latins.

      « C'était ordinairement en Février que les Druides en faisaient la recherche. A la nouvelle que la plante précieuse avait frappé les regards le peuple entrait en foule dans la forêt, on entourait l'arbre privilégié pour le garder avec vigilance ; et le sixième jour de la lune de Mars, (le sixième jour de la lune chez les Gaulois ouvrait toujours le mois, l'année et le siècle) un druide en robe blanche coupait, avec une serpette d'or, le végétal sacré, de peur qu'il ne touchât la terre en tombant et ne fût souillé par un contact profane. Cette cérémonie se reproduisait dans chaque tribu. » [284]

      « Le vieil usage de courir les rues, le premier jour de l'an, au cri de au gui l'an neuf, se rattachait au culte des Gaulois. » (101)

      Alors on immolait des victimes (deux taureaux blancs) en priant Dieu de rendre son présent salutaire à ceux qui auraient l'avantage de le posséder (102) Le festin commençait ensuite, et le reste du jour était consacré aux réjouissances.

      « On retrouve, dit l'abbé Monlezun, (103) une partie de cet antique usage dans l'arrondissement de Lectoure. Seulement, en traversant des temps et des pays chrétiens, il a dû s'empreindre de christianisme. Peu de jours avant la Noël, des jeunes gens se présentent durant la nuit devant chaque maison, en chantant Aguillouné, au gui l'an neuf. »

      Les réjouissances de l'aguillouné ont lieu aussi en Provence et se confondent dans la fête de Noël. En Angleterre, le jour de Noël (Christmas), on présente sur toutes les tables le fameux plum-pudding orné d'une branche de gui.

      Dans la Bretagne, le cri fameux était eguinané qui est le synonyme d'étrennes, parce qu'il est le signal de la distribution des étrennes. (104) « Ce cri, [285] dit Henri Martin, (105) s'est conservé avec le même sens, dans des parties de la France d'où la langue celtique a disparu depuis bien des siècles. M.Augustin Thierry nous a raconté qu'à Blois, il avait encore entendu les enfants nommer l'aguilanlé un jour de fête où ils quêtaient des pièces de monnaie sur une pomme fichée au bout d'une baguette enrubanée. »

      D'après l'auteur des Derniers Bretons, Eguinané ou plutôt enghin-an-eit, signifierait le blé germe. Le terme aguilanlé, entendu à Blois ne présente aucune idée à l'esprit, tandis que l'aguillouné chanté à Lectoure nous donne, malgré une légère altération dans la prononciation, la véritable expression celtique dont se servaient nos ancêtres.

      Le gui est une plante parasite nommée viscum par les Latins et mistletoe (mizzlto) par les Anglo-Saxons. Gui n'est qu'une partie du mot aguillouné, et dans cette dernière expression est renfermée toute la croyance des Druides sur les vertus de cette plante célèbre. Ils lui attribuaient, à tort ou à raison, la faculté de prévenir ou de guérir la fièvre intermittente, et cette qualité précieuse la faisait entourer d'une faveur particulière. Aguillouné se décompose ainsi : – ague [286] (éguiou), fièvre intermittente, – nay (), non, adverbe négatif, – éguiouné –. D'après cette interprétation, le gui était un préservatif absolu de la fièvre intermittente, et on l'employait en infusion dans l'eau, infusion, sans doute, fortement prolongée.

      Le gui ne délivrait donc pas de tous les maux, comme l'avance Pline, mais seulement d'une maladie singulièrement redoutable pour les Gaulois ; car les fatigues de la guerre préparaient, pour ainsi dire, leurs corps à l'invasion de la fièvre intermittente. Grâce à la faveur dont jouissait cette plante, et cette faveur n'était peut-être pas imméritée, nous avons conservé d'éguiouné la seule syllabe gui qui désigne aujourd'hui le mistletoe des Celtes.

      Qu'il nous soit permis de faire une simple observation sur tout ce que Pline raconte au sujet du gui sacré. Cet auteur, fort préoccupé du terme grec drus signifiant le chêne d'où il faisait dériver sans doute le nom de Druides, ne voit que des chênes dans toutes les cérémonies druidiques. Les Druides sont les hommes du chêne, leurs sacrifices ont lieu sous les branches de cet arbre, excepté dans les pays où les chênes sont remplacés par des sapins ou des hêtres, et le gui doit absolument croître sur un chêne, quoique personne, pas même le célèbre botaniste Decandolle, n'ait jamais pu l'y découvrir. [287]

      De plus, la relation de Pline sur le viscum se heurte à une impossibilité matérielle. Dés lors que cette plante délivrait de tous les maux, et qu'une plante de gui croissant sur le chêne était une rareté telle, qu'on instituait des réjouissances publiques et des sacrifices pour le jour de la cueillette de ce gui extraordinaire, qu'il fallait d'ailleurs trouver dans chaque tribu, puisque dans chacune avaient lieu les mêmes cérémonies, les Celtes étaient inévitablement condamnés à ne jamais guérir de leurs maladies ; évidemment, une seule plante de gui par tribu, ne pouvait suffire aux millions d'habitants enfermés dans la Gaule. Il est donc nécessaire de rechercher une autre explication des rites druidiques concernant le gui, dit sacré.

      Les cérémonies dont parle Pline, les réjouissances, étaient réservées par les Druides à un jour fixé, le sixième jour de la lune de Mars. Elles paraissent ainsi se rapporter d'abord à l'ouverture d'une année nouvelle, et en second lieu, à la cueillette du gui. Le druide en robe blanche, qui coupait le gui de sa serpette d'or, ne faisait autre chose que donner le signal d'une récolte très précieuse, et alors, les Gaulois pouvaient, dans l'étendue du pays, le chercher, le cueillir sur tous les arbres qui le nourrissent, et en faire une provision pour les cas malheureux où la fièvre inter- [288] mittente viendrait les saisir et les réduire à l'impuissance la plus désolante.

      Cette interprétation fait perdre au gui son caractère sacré, mais lui conserve la vertu que les Gaulois attribuaient à son infusion pour la guérison ou la préservation de la fièvre intermittente.

      Nous n'examinerons point, si la science médicale des Druides était en défaut, lorsqu'ils traitaient la fièvre intermittente par la liqueur gluante obtenue en faisant longuement macérer le gui dans l'eau ; il nous suffit de voir que cette plante célèbre n'était point, comme l'affirme Pline, une panacée universelle, et que les Druides savaient fort bien appliquer à une maladie particulière un remède particulier, en opposant le gui à la fièvre intermittente, et les bains à d'autres maladies tout aussi redoutables.


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(100)  Pline. lib. 16.

(101)  Histoire de France, par Emile Lefranc.

(102)  Pline, lib. 26. cap. 44.

(103)  Histoire de la Gascogne.

(104)  Emile Souvestre, Les Derniers Bretons.

(105)  Histoire de France, note 1, page 72.




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