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La vraie langue celtique et Le Cromleck de Rennes-les-Bains

Henri Boudet
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CHAPITRE VI
LES VOLKES TECTOSAGES ET LE LANGUEDOC

VI - Les Aticini - L'Aude - Les radeaux sur l'Aude - Carcassonne

      Le bassin de l'Aude n'appartenait point aux Sordes, mais à d'autres producteurs de fer, habitant le pays d'Atax, aux Atacini ; ceux-ci, à la fabrication des épées, joignaient celle des haches, – to add, ajouter, – axe, hache –. Le village le plus rapproché des Sordes, et faisant partie de la contrée occupée par les Aticini, se nomme Axat, et cette appellation, qui est une simple inversion d'Atax, marque le point exact de division entre les deux tribus des Sordes et des Atacini. Axat est traversé par la rivière d'Aude, et possédait une fabrique d'acier fort estimé, dont les feux sont malheureusement éteints aujourd'hui. Les Atacini habitaient la pente du nord et aussi la pente occidentale et de ces montagnes dans lesquelles l'Aude et l'Ariège prennent leur source. Les forges catalanes étaient encore plus nombreuses dans cette région que dans les Pyrénées-Orientales ; il est juste de dire que le pays de production était plus étendu ; car il comprenait une partie du bassin de l'Aude et une partie du bassin de l'Ariège. [220]

      Les Atacini ne doivent donc point leur nom à la rivière d'Aude, et si les géographes latins l'appellent Atax, c'est uniquement parce que ses eaux traversent le pays des Atacini. Dans les manuscrits du moyen-âge, l'Aude porte le nom de flumen Aldœ. C'est bien là sa véritable dénomination ; Alda est le même terme que Alder, et dans le celtique, Alder désigne l'aune. Cette essence d'arbres croit naturellement sur les deux rives de l'Aude, sur un parcours de plus de quatre-vingts kilomètres, et quoique les propriétaires riverains aient abattu la majeure partie des aunes, il en reste encore assez pour prouver avec quelle vérité nos ancêtres avaient nommé cette rivière Alder.

      Le volume des eaux de l'Alder était considérable, et les Atacini en ont usé pour l'industrie de la radellerie, industrie qui tend tous les jours à disparaître, non seulement par la construction d'un chemin de fer sur les bords de l'Aude, mais surtout par la diminution des eaux et les atterrissements formés dans le lit de la rivière.

      L'industrie du flottage des bois de construction par les eaux de l'Alder, est la cause des noms que portent Roquefort-de-Sault et Espéraza.

      Le village de Roquefort, ou Roucafort, comme prononcent ses habitants, est situé sur un plateau [221] d'une altitude de mille mètres, et entouré de magnifiques forêts de sapins. Il est divisé en deux parties, dont l'une s'appelle Roquefort, et l'autre plus considérable, porte le nom de Buillac. Riche en troupeaux de moutons, pâturant sans cesse dans les prairies du col de Garabell, – gare, laine grossière, – bell, clochette –, Buillac élève encore en grand nombre des taureaux et des chevaux, – bull (boul), taureau, – hack, cheval –.

      Les habitants de Roquefort, moins favorisés du côté du sol, travaillent dans les forêts, et coupent les arbres destinés à être transportés vers Carcassonne par le flottage sur les eaux de l'Alder. Roquefort, ou Roucafort, indique clairement la profession traditionnelle de ces montagnards : en effet, Roucafort équivaut au celtique roughcast forth, tailler grossièrement à l'extérieur.

      Les arbres, dépouillés de leur écorce et de leurs branches, étaient traînés jusqu'à l'Aude, dont les eaux les amenait à quillan et à Espéraza. A Quillan, en latin Kilianus – Killow-hone, terre noire et pierre noire, – on pouvait commencer à faire flotter sur l'Alder les trains de bois réunis en radeaux portent le nom de carrascar, chariot, – raft, un train de bois sur l'eau, un chariot flottant –. La construction de ces radeaux avait lieu surtout [222] à Espéraza, et il y a à peine trente ans, la plus grande partie de la population de ce gros village appartenait à la corporation des radeliers. Il est vraiment prodigieux que les industries et les professions des Celtes se soient ainsi conservées intactes jusqu'à nos jours.

      Espéraza, que les habitants nomment avec raison Sparassa, est appelé Sperazanus, dans une bulle du pape Callixte II, en date de l'année 1119, citée par Dom Vaisette. La contexture de Sparassa renferme les mots suivants : – spar, poutre, – axe, hache, – hand, main ; la main des radeliers terminait, à l'aide de la hache, la construction des trains de bois, qui sous forme de radeaux, flottaient sur les eaux de l'Alder. Avec quelle sûreté les indigènes de ce village n'ont-ils pas conservé l'ancienne expression celtique, à peine adoucie lorsqu'ils prononcent Sparassa !

      Debout sur son carras, retenant de la main une longue rame placée sur l'avant, le radelier de Sparassa se laissait emporter par les eaux de l'Alder, en dirigeant avec habileté sa voiture flottante. Son adresse était bientôt mise à l'épreuve, en arrivant, à Couiza, dans le coude formé par la rivière, coude qui a fait donner son nom au village bâti sur ces bords. Couiza, Kousanus, dérive de Kove, petite baie, crique, [223] et de sand, sable ; kovesand dont on a fait Kousanus et plus tard Couiza.

      Ce coude offre, en effet, une véritable ressemblance avec une petite baie ; il se trouve en amont du pont de Couiza conduisant à la gare du chemin de fer. Les sables amoncelés par la Sals, à son confluent avec l'Aude, ont dû être la cause de cette disposition particulière du cours de la rivière.

      La longue rame du radelier, engagé avec son carras dans ce coude incommode, avait bientôt raison de la difficulté, et le train flottant poursuivait lentement son voyage jusqu'au point où il devait prendre terre.

      Carcassonne était le lieu où le carras abandonnait ordinairement les eaux de l'Alder, parce que le lit devenant plus étendu, les radeaux éprouvaient une difficulté plus grande à flotter. Cette ville pouvait donc être un entrepôt de bois de construction ; néanmoins, comme elle était aussi le marché destiné à la vente des épées, des haches, fabriquées par les Atacini, ce dernier motif a surtout pesé dans la balance du Neimheid gaulois, et lui a valu le nom de Carcassonne, cark, soin, souci, – axe, hache, – to own (ôn), posséder –.




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