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Mythologie grecque et romaine

Pierre Commelin
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LES LABDACIDES

Œdipe

      Labdacus, roi de Thèbes, était fils de Polydore et petit-fils de Cadmus et d'Harmonie. Il épousa Nyctis et fut le père de Laïus qui lui succéda. De celui-ci et de Jocaste, fille de Ménécée, prince de la famille royale de Thèbes, naquit Œdipe.
      Laïus, en se mariant, eut la curiosité de demander à Delphes si son mariage serait heureux. L'oracle lui répondit que l'enfant qui en devait naître lui donnerait la mort. Jocaste ayant donné le jour à un fils, Laïus inquiet fit exposer l'enfant sur le mont Cithéron. Le serviteur qu'il chargea de cette commission lui perça les pieds et le suspendit à un arbre ; de là son nom d'Œdipe (Rac. oidein, être enflé ; pous, pied). Par hasard, Phorbas, berger de Polybe, roi de Corinthe, conduisit en ce lieu son troupeau, accourut aux cris de l'enfant, le détacha et l'emporta. La reine de Corinthe voulut le voir, et, comme elle n'avait point d'enfant, elle l'adopta et prit soin de son éducation.
      Œdipe, devenu grand, consulta l'oracle sur sa destinée, et reçut cette réponse : « Œdipe sera le meurtrier de son père et l'époux de sa mère : il mettra au jour une race détestable. » Frappé de cette horrible prédiction, et pour éviter de l'accomplir, il s'exila de Corinthe, et, réglant son voyage sur les astres, prit la route de la Phocide.
      S'étant trouvé dans un chemin étroit qui menait à Delphes, il rencontra Laïus monté sur son char et escorté seulement de cinq personnes, qui ordonna d'un ton de hauteur à Œdipe de lui laisser le passage libre ; ils en vinrent aux mains sans se connaître, et Laïus fut tué.
      Œdipe, arrivé à Thèbes, trouva la ville désolée par le Sphinx. Ce monstre, issu d'Echidna et de Typhon, avait été envoyé par Junon irritée contre les Thébains. Il avait la tête et la poitrine d'une jeune fille, les griffes d'un lion, le corps d'un chien, la queue d'un dragon, et des ailes comme un oiseau. Il exerçait ses ravages aux portes de Thèbes, sur le mont Phicée, d'où, se jetant sur les passants, il leur proposait des énigmes difficiles, et mettait en pièces ceux qui ne pouvaient les expliquer.
      Voici l'énigme qu'il proposait ordinairement :
      « Quel est l'animal qui a quatre pieds le matin, deux sur le midi, et trois le soir ? » Sa destinée portait qu'il perdrait la vie, dès qu'on aurait deviné son énigme. Déjà beaucoup de personnes avaient été victimes du monstre, et la ville se trouvait dans de grandes alarmes.
      Créon, frère de Jocaste, qui avait pris le gouvernement après la mort de Laïus, fit publier dans toute la Grèce qu'il donnerait la main de sa sœur et sa couronne à celui qui affranchirait Thèbes du honteux tribut qu'elle payait au monstre. Œdipe se présenta pour expliquer l'énigme et fut assez heureux pour la deviner. Il dit que cet animal était l'homme, qui, dans son enfance, qu'on doit regarder comme le matin de la vie, se traîne souvent sur les pieds et sur les mains ; vers le midi, c'est-à-dire dans la force de l'âge, il n'a besoin que de ses deux jambes ; mais le soir, c'est-à-dire dans la vieillesse, il a besoin d'un bâton, comme d'une troisième jambe, pour se soutenir. Le Sphinx, outré de dépit de se voir deviné, se jeta dans un précipice et se cassa la tête contre les rochers.
      Jocaste, prix de la victoire, devint alors la femme d'Œdipe, et lui donna deux fils, Etéocle et Polynice, et deux filles, Antigone et Ismène.
      Plusieurs années après, le royaume fut désolé par une peste cruelle. L'oracle, refuge ordinaire des malheureux, est de nouveau consulté, et déclare que les Thébains sont punis pour n'avoir pas vengé la mort de leur roi, et pour n'en avoir pas recherché les auteurs. Œdipe fait faire des perquisitions pour découvrir le meurtrier : il parvient par degrés à dévoiler le mystère de sa naissance, et à se reconnaître parricide et incestueux. Jocaste, au désespoir, monte au plus haut de son palais, y attache son bandeau royal, dont elle fait un fatal lacet et se donne ainsi la mort. Œdipe s'arrache les yeux avec l'agrafe de son manteau, et, chassé par ses fils, il s'éloigne de Thèbes, sous la conduite d'Antigone, sa fille, qui ne l'abandonne pas dans son malheur.
      Il s’arrête près d’un bourg de l’Attique, nommé Colone, dans un bois consacré aux Euménides. Quelques Athéniens, saisis d’effroi à la vue d’un homme arrêté dans ce lieu où il n’est permis à aucun profane de mettre le pied, veulent employer la violence pour l’en faire sortir. Antigone intercède pour son père et pour elle, et obtient d’être conduite à Athènes, où Thésée les reçoit favorablement et leur offre son pouvoir pour appui, et ses États pour retraite. Œdipe se rappelle un oracle d’Apollon qui lui prédit qu’il mourait à Colone, et que son tombeau serait un gage de la victoire pour les Athéniens sur tous leurs ennemis.
      Créon, frère de Jocaste, vient à la tête des Thébains supplier Œdipe de revenir à Thèbes. L’infortuné prince, qui soupçonne Créon de vouloir lui ôter la protection des Athéniens, et le reléguer dans une terre inconnue, rejette ses offres. Délivré de l’importunité des Thébains par Thésée, il entend un coup de tonnerre, le regarde comme un présage de sa mort prochaine, et marche sans guide vers le lieu où il doit expirer.
      Arrivé près d’un précipice, dans un carrefour, il s’assied sur un siège de pierre, met bas ses vêtements de deuil, et, après s’être purifié, se revêt d’une robe telle qu’on en donnait aux morts, fait appeler Thésée, et lui recommande ses deux filles Antigone et Ismène qu’il fait éloigner. Ensuite la terre tremble et s’entr’ouvre doucement pour recevoir Œdipe sans violence et sans douleur, en présence de Thésée, qui seul a le secret du genre de sa mort et du lieu de son tombeau. Quoique la volonté, qui fait le crime, n’eût eu aucune part aux horreurs de sa vie, les poètes ne laissent pas de le placer dans le Tartare avec tous les fameux criminels.
      Telle est l’histoire de ce prince, suivant les poètes tragiques, et surtout suivant Sophocle qui, pour mieux inspirer la terreur et la pitié, a ajouté plusieurs circonstances à la légende traditionnelle. Car, selon Homère, Œdipe épousa bien sa mère, mais n’en eut point d’enfants parce que Jocaste se tua aussitôt après s’être reconnue incestueuse. Œdipe, après le mort de Jocaste, épousa Eurygamée, eut d’elle quatre enfants, régna à Thèbes avec elle, et y finit ses jours. Il est vrai qu’on montrait son tombeau à Athènes, mais il fallait que ses ossement eussent été portés de Thèbes.



Etéocle et Polynice

      Etéocle, fils aîné d'Œdipe et de Jocaste, après la déposition, la retraite ou la mort de son père, convint avec son frère Polynice qu'ils régneraient alternativement chacun son année, et que, pour éviter toute contestation, celui qui ne serait point sur le trône s'absenterait de Thèbes. Étéocle régna le premier, mais, l'année révolue, il refusa de céder le trône à son frère. Frustré dans ses espérances, Polynice eut recours aux Argiens dont Adraste, son beau-père, était roi.
      Celui-ci, pour venger son gendre, et le rétablir dans ses droits, lève une armée formidable qui marche contre Thèbes. Cette guerre fut appelée l'Entreprise des sept chefs, parce que l'armée était commandée par sept princes, savoir : Polynice, Tydée, Amphiaraüs, Capanée, Parthénopée, Hippomédon et Adraste. La lutte fut acharnée ; tous les chefs, excepté Adraste, périrent sous les murs de Thèbes. Les deux frères ennemis, Etéocle et Polynice, pour épargner le sang des peuples, demandèrent à terminer leur querelle par un combat singulier, et, en présence des deux armées, ils s'entre-tuèrent mutuellement.
      On ajoute que leur division avait été si grande pendant leur vie, et leur haine si irréconciliable, qu'elle persista même après leur mort. On crut avoir remarqué que les flammes du bûcher sur lequel on faisait brûler leurs corps se séparèrent, et que le même phénomène se produisait dans les sacrifices qu'on leur offrait en commun ; car, malgré leurs dissensions et leur méchanceté, on ne laissa pas de leur rendre les honneurs héroïques dans la Grèce.
      Virgile, avec plus de justice, les place dans le Tartare, avec Tantale, Sisyphe, Atrée, Thyeste, et tous les fameux scélérats de l'antiquité.
      Créon, qui succéda à la couronne, fit rendre les honneurs de la sépulture aux cendres d'Etéocle comme ayant combattu contre les ennemis de la patrie, et ordonna que celles de Polynice seraient jetées au vent, pour avoir attiré sur sa patrie une armée étrangère.
      D'après une autre tradition, suivie par plusieurs poètes tragiques, le corps de Polynice resta étendu dans la plaine sous les murs de Thèbes, et défense fut faite par Créon de lui rendre les moindres honneurs, sous peine de mort.
      Dix ans plus tard, les fils des chefs grecs tués devant Thèbes entreprirent une nouvelle guerre pour les venger. Ce fut la guerre dite des Epigones ou des Descendants.
      La ville fut ravagée, et les Epigones firent un grand nombre de prisonniers qu'ils emmenèrent avec eux.
      Au nombre de ces captifs était le devin thébain Tirésias qui, dit-on, vécut sept générations d'hommes. Ce devin, vieux et aveugle, avait prédit à Jocaste et à Œdipe tous les malheurs qui les frappèrent, eux et leurs enfants.



Antigone

      Antigone, fille d'Œdipe et de Jocaste, fut à la fois un modèle de piété filiale et de dévouement fraternel. Après avoir servi de guide à son père aveugle et assisté à ses derniers moments, elle revint à Thèbes, et fut témoin de la lutte si triste et si acharnée entre Etéocle et Polynice. Après la mort de ces deux princes, Créon, leur oncle, devenu roi, défendit expressément d'enterrer le corps de Polynice, mort les armes à la main contre son pays. Antigone résolut d'enfreindre cet ordre pour accomplir un devoir qu'elle considérait comme sacré. Elle s'efforça d'obtenir l'assentiment et le concours de sa sœur Ismène. Mais celle-ci, d'un caractère faible, tremblant devant le pouvoir du roi, n'eut pas le courage de s'associer à son noble et pieux dessein. Elle chercha même à détourner Antigone d'une entreprise si périlleuse et si téméraire.
      Mais Antigone, ayant des sentiments bien élevés au-dessus des appréhensions pusillanimes d'Ismène, sortit de Thèbes pendant la nuit, et, bravant la surveillance de Créon, rendit à son frère Polynice les derniers devoirs. En ce moment elle est surprise et arrêtée par un garde qui la conduit au roi, et celui-ci la condamne impitoyablement à mort. Elle écoute avec fermeté sa condamnation, et répond fièrement au tyran qu' « il vaut mieux obéir aux dieux qu'aux hommes ».
      On conduit cette courageuse princesse dans un antre qui doit être refermé sur elle et où elle doit mourir de faim. Pendant qu'elle marche au supplice, elle ne peut se défendre de s'apitoyer elle-même sur son sort. Hémon, le fils de Créon, qui l'aime, qui a rêvé de devenir son époux, est impuissant à la délivrer et se tue de désespoir. On ajoute qu'Antigone, pour se soustraire à la mort affreuse à laquelle Créon l'avait condamnée, s'étrangla dans son obscur cachot.



Tirésias

      Tirésias, l'un des plus célèbres devins de la Mythologie, était fils d'Evère et de la nymphe Chariclo. Il rapportait son origine à Udée, l'un des héros qui étaient nés des dents du serpent, semées en terre par Cadmus. C'est à Thèbes surtout qu'il rendait des oracles. Non seulement il connaissait le passé, le présent et l'avenir, mais il interprétait encore le vol et même le langage des oiseaux.
      Jupiter lui accorda, dit-on, une vie sept fois plus longue que celle des autres hommes. Il prédit aux Thébains et aux rois de Thèbes leur destinée ; enfin, même aux Enfers, après sa mort, Pluton, par une faveur particulière, lui laissa le pouvoir de rendre des oracles. Ainsi, dans Homère, Circé conseille à Ulysse de descendre aux Enfers consulter Tirésias ; et le héros, après avoir appris du devin ce qu'il désirait, promet de l'honorer comme un dieu, dès qu'il sera de retour à Ithaque.
      Cependant Tirésias était aveugle, et les mythologues donnent plusieurs causes à cette triste infirmité. Selon les uns, les dieux l'avaient rendu aveugle, parce qu'ils lui en voulaient de révéler aux mortels des secrets qu'ils auraient voulu garder pour eux ; selon d'autres, cette cécité avait une bien plus extraordinaire origine.
      Un jour Tirésias ayant rencontré, sur le mont Cyllène, deux serpents entrelacés, les sépara avec son bâton ; et aussitôt il devint femme ; au bout d'un certain temps, il rencontra les deux mêmes serpents encore entrelacés, et il reprit sa première forme. Or, comme il avait connu les deux sexes, il fut choisi pour juge d'un différend qui s'éleva plus tard entre Jupiter et Junon. Tirésias prononça contre la déesse qui en fut si irritée, qu'elle le priva de la vue ; mais il en fut dédommagé par le don de prophétie qu'il reçut de Jupiter. Du reste, Minerve lui donna un bâton avec lequel il se con­duisait aussi facilement que s'il avait eu d'excellents yeux.
      Tirésias trouva la mort au pied du mont Tilphuse, en Béotie : il y avait là une fontaine dont l'eau fut mortelle pour lui. Il fut enterré près de, cette fontaine et, à Thèbes, on lui rendit des honneurs divins.



Amphiaraüs

      Un autre devin fameux, dont la légende est étroitement liée à la Guerre des Sept contre Thèbes, c'est Amphiaraüs, fils d'Apollon et d'Hypermnestre, arrière-petit-fils de Mélampus. Pour un service important rendu aux femmes du pays, il avait reçu une portion du royaume d'Argos. Ce partage donna lieu à de longues querelles entre ce devin et Adraste, héritier présomptif du royaume.
      Celui-ci, n'étant pas en état de tenir tête aux partisans d'Amphiaraüs qui avait usurpé la couronne en tuant Talaüs, père d'Adraste, fut obligé de quitter sa patrie. Enfin le mariage de l'usurpateur avec Eriphile, sœur d'Adraste, apaisa les dissensions, et rétablit Adraste sur le trône.
      Ayant prévu, par son art divinatoire, qu'il devait périr dans la guerre de Thèbes, Amphiaraüs se cacha ; nais sa femme Eriphile, séduite par le don d'un collier, révéla le lieu de sa retraite à Polynice. Obligé de partir, Amphiaraüs chargea son fils Alcméon du soin de sa vengeance.
      Devant Thèbes, la veille de sa mort ; comme il était à table avec les chefs de l'armée, un aigle fondit sur sa lance, l'enleva, puis la laissa tomber dans un endroit où elle se convertit en laurier. Le lendemain, la terre s'ouvrit sous son char, et l'engloutit avec ses chevaux. Selon d'autres, ce fut Jupiter lui-même qui, d'un coup de foudre, le précipita lui et son char dans les entrailles de la terre, ou qui le rendit immortel. Apollodore est le seul qui le mette au rang des Argonautes. Il eut de sa femme Eriphile, outre Alcméon, un fils, le devin Amphiloque, et trois filles, Eurydice, Démonasse et Alcmène.
      Les Grecs prétendaient qu'il était revenu des Enfers, et montraient même le lieu de sa résurrection. Il reçut les honneurs de la divinité : il avait un temple à Argos, un autre en Attique, où il rendait des oracles. Ceux qui allaient le consulter, après avoir immolé un mouton, en étendaient la peau à terre, et s'endormaient dessus, attendant que le dieu les instruisit en songe de ce qu'ils souhaitaient savoir.
      Alcméon, son fils, le vengea impitoyablement en tuant sa mère, Eriphile. Longtemps vagabond et poursuivi par les Furies, à cause de son parricide, il fut enfin admis à l'expiation, à la cour de Phégée, roi d'Arcadie. Ayant épousé Arsinoé, fille de ce prince, il lui donna le fatal collier qui avait causé la mort à sa mère ; puis, infidèle à ses engagements, il contracta un nouveau mariage avec Callirhoé, fille d'Achéloüs. Il reprit même d'Arsinoé le collier pour en faire présent à sa nouvelle épouse, sous prétexte de le consacrer à Apollon pour être délivré des Furies. Les frères de la princesse délaissée vengèrent son outrage par la mort d'Alcméon. Il laissa deux fils qui tuèrent non seulement ses meurtriers, mais même Phégée et Arsinoé. Le collier d'Eriphile, portant malheur, semblait perpétuer les parricides dans la famille d'Alcméon. Le tombeau de ce triste prince, à Psophis, en Arcadie, était entouré de cyprès assez hauts pour ombrager la colline qui commandait à la ville. Ces arbres, appelés Vierges, étaient regardés comme inviolables : il était interdit de les couper.




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