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Mythologie grecque et romaine

Pierre Commelin
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LES MONTAGNES - LES BOIS - LES DIVINITÉS CHAMPÊTRES

Les Montagnes

      Les Montagnes étaient filles de la Terre. On les regardait presque partout comme des lieux sacrés, souvent même on les adorait comme des divinités. Les anciennes médailles les figurent comme des génies dont chacun est caractérisé par quelque production du pays.
      En Grèce, la chaîne du Pinde était tout entière consacrée à Mars et à Apollon, mais les poètes s'étudièrent à entourer de fables ou de légendes particulières les principaux sommets de cette montagne.
      Ainsi, comme le mont Œta, en Thessalie, s'étend jusqu'à la mer Egée située à l'extrémité orientale de l'Europe, on prétendait que le soleil et les étoiles se levaient à côté de cette montagne, et que de là naissaient le jour et la nuit. Hesperus (Vesper) y était honoré. Le mont Œta rappelle la mort et le bûcher d'Hercule.
      Le Parnasse, la plus haute montagne de la Phocide, a deux sommets fameux : l'un était consacré à Apollon et aux Muses, et l'autre à Bacchus. C'est entre ces deux sommets que sort la fontaine de Castalie. Ce fut sur cette montagne que Deucalion et Pyrrha se retirèrent du temps du déluge. Les anciens la croyaient placée au milieu de la terre : elle était du moins au milieu de la Grèce.
      Le Cithéron, en Béotie, était consacré aux Muses et à Jupiter, mais c'était sur la montagne voisine, l'Hélicon, que les Muses recevaient le plus d'honneurs. Cette montagne, disait-on, leur avait été consacrée, dès l'époque la plus reculée et presque dès l'origine du monde, par les deux géants Aloïdes, Otus et Éphialte. On y voyait un temple dédié à ces déesses, la fontaine d'Hippocrène, la grotte des nymphes Libéthrides, souvent confondues ou identifiées avec les Muses elles-mêmes, le tombeau d'Orphée et les statues des principaux dieux, œuvres des artistes les plus habiles de la Grèce. On y remarquait aussi un bois sacré où, chaque année, les habitants de Thespies célébraient la double fête en l'honneur des Muses et de Cupidon.
      L'Hymette, en Attique, est célèbre par l'excellence et l'abondance de son miel, et par le culte qu'on y rendait à Jupiter.
      Le Cyllène, le Lycée et le Ménale en Arcadie, ainsi que le Taygète en Laconie, sont, à divers titres, célébrés par les poètes. Les deux premières de ces montagnes étaient consacrées à Jupiter et au dieu Pan, le Ménale à Apollon et le Taygète à Bacchus. Mais c'était aussi dans le cirque formé par les montagnes d'Arcadie que Diane aimait à se livrer au plaisir de la chasse, et son culte n'y était pas négligé. La fable raconte que c'est sur le mont Ménale que le héros Hercule poursuivit la biche aux pieds d'airain et aux cornes d'or ; par respect pour Diane à qui elle était consacrée, il s'abstint de la percer de ses flèches et la captura vivante au moment où elle allait traverser le Ladon.
      En dehors de la Grèce, le mont Rhodope ou Hémus en Thrace est célèbre dans la Mythologie par le séjour d'Orphée. Hémus, fils de Borée et d'Orithyie d'Athènes et mari de Rhodope, était un roi de Thrace. Ce roi et cette reine, aspirant aux honneurs divins, voulurent se faire adorer sous les noms de Jupiter et de Junon. Cette folle prétention fut cause que les dieux indignés les changèrent l'un et l'autre en une seule montagne. C'est sur le sommet du Rhodope que les poètes placent le dieu Mars, lorsqu'il examine en quel endroit de la terre il exercent ses fureurs.
      Le mont Niphate, entre le Pont-Euxin et la mer d'Hyrcanie, ou mer Caspienne, s'est appelé Caucase, du nom d'un berger tué par Saturne, à l'époque où, pour se dérober aux poursuites de Jupiter, il s'était réfugié sur cette montagne, après la guerre des Géants. C'est pour honorer et perpétuer la mémoire de ce berger que Jupiter voulut que la montagne prît son nom. Ce fut sur le Caucase que Prométhée fut enchaîné et déchiré par un aigle.
      A l'autre extrémité du monde connu des anciens, s'élevait, vers l'ouest, le mont Atlas dont les sommets couverts de neige se perdent dans les nues, tandis que ses pieds se prolongent et pénètrent profondément dans l'Océan qui porte son nom.
      Atlas, fils du Titan Japet et de l'Océanide Clymène, petit-fils d'Uranus et neveu de Saturne, prêta son concours aux Géants dans leur guerre contre Jupiter. En punition de cette complicité, le maure de l'Olympe, resté vainqueur, le changea en montagne, et le condamna à soutenir sur ses épaules la voûte du ciel.
      D'après une autre fable, Atlas, propriétaire du jardin des Hespérides, averti par un oracle de se défier d'un fils de Jupiter, refusa l'hospitalité à Persée qui lui présenta la tête de Méduse et le changea en montagne.
      On le représente comme un géant debout au milieu des eaux, supportant la sphère céleste, et gémissant sous un tel fardeau. Hercule un jour prit sa place, et lui permit de se reposer, mais depuis longtemps Hercule a quitté ce monde, et Atlas, le dos voûté, continue à endurer des fatigues séculaires sous le poids du ciel.
      Au-dessus de sa tête il aperçoit parfois les Atlantides ses filles qui, sous le nom de Pléiades, se groupent et brillent, parmi les étoiles. À ses pieds, du côté de la Mauritanie, il apercevait aussi les Hespérides, Eglé, Aréthuse et Hypéréthuse, trois filles que lui donna Hespéris ou la Nuit, son épouse, issue d'Hespérus (Vesper). Ces trois sœurs avaient dans leur jardin les pommiers aux fruits d'or, arbres fameux placés sous la garde d'un dragon aux cent têtes. Ces pommes d'or, sur lesquelles le terrible dragon tenait les yeux sans cesse ouverts, avaient une vertu surprenante. Ce fut avec une d'elles que la Discorde brouilla les trois déesses, Junon, Vénus et Minerve ; ce fut avec le même fruit qu'Hippomène vainquit à la course l'invincible Atalante et obtint sa main en récompense de la victoire. Afin de retarder Atalante dans sa course, l'adroit Hippomène lui jetait à quelque distance l'une de l'autre des pommes d'or qu'elle s'attardait à ramasser.
      Les Hespérides avaient la voix charmante et le don de se dérober aux yeux par des métamorphoses soudaines. Hercule au cours de ses travaux cueillit les pommes d'or, et tua le dragon de leur merveilleux jardin.
      La Mythologie, qui a consacré et déifié les montagnes, devait aussi réserver un culte aux volcans, et en particulier à l'Etna. Non seulement cette célèbre montagne de Sicile passait pour renfermer les forges de Vulcain et l'atelier des Cyclopes ; mais, persuadés qu'elle était en communication avec les divinités infernales, les peuples anciens se servaient de ses éruptions pour présager l'avenir. On jetait dans le cratère des objets d'or ou d'argent et même des victimes. Si le feu les dévorait, le présage était heureux, et, au contraire, il était funeste, si la lave venait à les rejeter.


Les Oréades - Les Napées

      Du grec oros, "montagne", et napos, "vallon", sont formés les deux mots Oréades et Napées. Les Oréades, nymphes des montagnes, ne se plaisaient pas seulement à parcourir les cimes rocheuses et les pentes escarpées, elles se livraient aussi à la chasse. Elles sortaient de leurs grottes en troupes alertes et joyeuses pour lancer le cerf, poursuivre le sanglier et percer de leurs flèches les oiseaux de proie. Au signal de Diane, elles accouraient prendre part à ses exercices et lui former un brillant cortège.
      Les Napées, nymphes moins hardies, mais aussi gracieuses et aussi belles, préféraient les pentes boisées des collines, les frais vallons, les vertes prairies. Elles sortaient parfois de leurs bocages pour venir assister aux ébats des Naïades, sur le bord des ruisseaux solitaires qui les charmaient par leur murmure et leur gazouillement.


Les Bois

      Les grands bois, autant que les mers, les lacs, les eaux courantes et profondes, inspirèrent aux premiers hommes une terreur religieuse : le mugissement ou le murmure du vent dans les grands arbres leur causait une émotion qui reportait leur pensée vers une puissance supérieure et divine. Ainsi les forêts, les bois ont été les premiers lieux destinés au culte de la divinité. C'était d'ailleurs dans les bois que les premiers hommes fixaient de préférence leur demeure, et il était naturel qu'ils fissent habiter les dieux là où ils habitaient eux-mêmes. Mais ils choisissaient les lieux les plus sombres pour l'exercice de leur religion. Il leur semblait que, dans le demi-jour, sous les ombrages presque impénétrables aux rayons du soleil, la divinité se rapprochait plus facilement d'eux, se communiquait plus librement, et prêtait plus d'attention à leurs prières. Dans la suite, lorsque, réunis en société, les hommes élevèrent des temples, l'architecture de ces édifices, par leurs hautes colonnes, leurs voûtes, leur demi-obscurité, rappelait encore la forêt des temps primitifs.
      En souvenir de ces vieux âges, on plantait toujours, autant qu'il était possible, autour des temples et des sanctuaires, au moins quelques arbres aussi respectés que les temples mêmes. Souvent ces arbres étaient assez nombreux pour former tout un bois sacré. C'est dans ces bois qu'on se rassemblait aux jours de fête : on y faisait des repas publics, accompagnés de danses et de jeux. On y suspendait de riches offrandes. Les plus beaux arbres étaient ornés de festons et de bandelettes, comme les statues des dieux. Les bois sacrés étaient comme autant d'asiles où l'homme et les bêtes inoffensives mêmes avaient part à la protection de la divinité.
      A Claros, île de la mer Egée, « il y avait, dit Elien, un bois consacré à Apollon, où n'entrait jamais de bête venimeuse. On voyait aux environs beaucoup de cerfs, qui, poursuivis par les chasseurs, se réfugiaient à l'intérieur du bois ; les chiens, repoussés par la force toute-puissante du dieu, aboyaient vainement, et n'osaient entrer, tandis que les cerfs paissaient sans plus rien craindre ».
      A Epidaure, le temple d'Esculape était entouré d'un bois sacré de tous côtés ceint de grosses bornes. Dans cette enceinte on ne laissait mourir aucun des malades venus pour consulter le dieu.
      Les forêts les plus vénérées de la Grèce étaient celle de Némée, en Argolide, où se célébraient, en l'honneur d'Hercule, les jeux néméens, et celle de Dodone, en Epire, où, par une faveur de Jupiter, les chênes rendaient des oracles.


Les Dryades et Hamadryades

      Du mot grec drus, "chène", vient le nom de Dryades. C'étaient les divinités protectrices des forêts et des bois. Robustes autant que fraîches et légères, elles pouvaient errer en liberté, former des chœurs de danse autour des chênes qui leur étaient consacrés et survivre aux arbres placés sous leur protection. Il ne leur était pas interdit de se marier, Ainsi Eurydice, femme d'Orphée, était une Dryade.
      La croyance des peuples à l'existence réelle de ces divinités forestières les empêchait de détruire trop facilement les grands bois. Pour couper les arbres, il fallait d'abord consulter les ministres de la religion, et obtenir d'eux l'assurance que les Dryades les avaient abandonnés.
      On représente ces nymphes sous la forme de femmes dont le corps, dans sa partie inférieure, se termine en une sorte d'arabesque, exprimant par ses contours allongés un tronc et les racines d'un arbre. La partie supérieure sans aucun voile est ombragée d’une abondante chevelure qui flotte sur les épaules au gré des vents. La tête porte une couronne de feuilles de chêne. Parfois on met une hache entre leurs mains parce qu’on croyait que ces nymphes punissaient les outrages faits aux arbres dont elles avaient la garde.
      Les Hamadryades étaient des nymphes dont le destin dépendait de certains arbres avec, lesquels elles naissaient, et mouraient, ce qui les distinguait des Dryades. C'était principalement avec les chênes qu'elles avaient cette union. Elles n'en étaient cependant pas absolument inséparables. Dans Homère, on les voit s'échapper des arbres où elles sont enfermées, afin d'aller sacrifier à Vénus dans les grottes avec les Satyres. Selon Sénèque, elles quittaient aussi leurs chênes pour entendre le chant du divin Orphée.
      Reconnaissantes pour ceux qui les garantissaient de la mort, elles punissaient sévèrement ceux dont la main sacrilège osait attaquer les arbres, dont elles dépen;daient. Témoin Erésichton, qui osa porter une hache criminelle dans une forêt consacrée à Cérès.
      On verra plus loin comment la Famine se chargea de son châtiment.
      Les Hamadryades n'étaient donc pas immortelles ; mais la durée de leur existence était au moins égale à la vie des arbres sous l'écorce desquels elles demeuraient.
      Sous le nom de Méliades on désigne aussi les nymphes qui habitaient les bois ou bosquets de frênes. Ces divinités passaient pour étendre plus particulièrement leur protection sur les enfants qui, à cause de leur naissance furtive, étaient abandonnés ou quelquefois suspendus aux branches des arbres.
      D'autres mythologues considèrent, les Méliades ou Epimélides comme des nymphes auxquelles était spécialement dévolu le soin des troupeaux.
      Leur mère, Mélie, fille de l'Océan, fut aimée d'Apollon dont elle eut aussi deux fils, Térénus et le devin Isménus


Episode de Narcisse et de la nymphe Echo

      Narcisse, fils de la nymphe Liriope et de Céphisse, fleuve de la Phocide, ayant méprisé la nymphe Echo, fut puni par la déesse Némésis. Le devin Tirésias avait prédit à ses parents qu'il vivrait tant qu'il ne se verrait pas. Un jour qu'il se promenait dans les bois, il s'arrêta au bord d'une fontaine où il aperçut son image. Il devint amoureux de sa ressemblance, et, ne se lassant pas de contempler son visage dans l'eau limpide, il se consuma d'amour au bord de cette fontaine. Insensiblement, il prit racine dans le gazon baigné par la source et toute sa personne se changea dans la fleur qui porte son nom.
      D'autres racontent qu'il se laissa simplement mourir, refusant de boire et de manger, et que, après sa mort, son fol amour l'accompagna jusque dans les Enfers, où il se contemple encore dans les eaux du Styx.
      Aux environs de Thespies, il y avait une fontaine devenue fameuse, disait-on, par cette aventure. Elle s'appelait fontaine de Narcisse.
      Echo, fille de l'Air et de la Terre, nymphe de la suite de Junon, favorisait les infidélités de Jupiter, en amusant la déesse par de longues histoires, lorsque le maître de l'Olympe s'absentait pour vaquer à ses amours. Junon, s'étant aperçue de son artifice, la punit en la condamnant à ne plus parler sans qu'on l'interrogeât, et à ne répondre aux questions que par les derniers mots qu'on lui adresserait.
      Eprise du jeune et beau Narcisse, elle s'attacha longtemps à ses pas, sans pourtant se laisser voir. Après avoir éprouvé les mépris de celui qu'elle aimait, elle se retira au fond des bois, et n'habita plus que les antres et les rochers. Là elle se consuma de douleur et de regrets. Insensiblement ses chairs s'amaigrirent, la peau s'attacha à ses os, ses os mêmes se pétrifièrent, et de la nymphe il ne resta plus que la voix. Partout elle écoute, nulle part elle n'est visible, et toujours, si elle entend quelques phrases, elle n'en répète que les derniers mots.
      Selon quelques auteurs, Pan devint amoureux de la nymphe Echo, et en eut une fille appelée Syringe.


Pan

Pan et Olympe      Le dieu Pan, ainsi nommé, dit-on, du mot grec "pan", "tout", était fils, suivant les uns, de Jupiter et de la nymphe Thymbris, suivant les autres, de Mercure et de la nymphe Pénélope. Selon d'autres traditions, il était fils de Jupiter et de la nymphe Calisto, ou peut-être de l'Air et d'une Néréide, ou enfin du Ciel et de la Terre. Toutes ces origines diverses trouvent une explication, non seulement dans le grand nombre de dieux portant ce nom, mais encore dans les attributions multiples que la croyance populaire prêtait à cette divinité. Son nom semblait indiquer l'étendue de sa puissance, et la secte des philosophes stoïciens identifiait ce dieu avec l'Univers ou du moins avec la nature intelligente, féconde et créatrice.
      Mais l'opinion commune ne s'élevait pas à une conception si générale et si philosophique. Pour les peuples, le dieu Pan avait un caractère et une mission surtout agrestes. Si, dans les temps les plus reculés, il avait accompagné les dieux de l'Egypte dans leur expédition des Indes, s'il avait inventé l'ordre de bataille et la division des troupes en aile droite et en aile gauche, ce que les Grecs et les Latins appelaient les cornes d'une armée, si c'était même pour cette raison qu'on le représentait avec des cornes, symbole de sa force et de son invention, l'imagination populaire, de bonne heure ayant restreint et limité ses fonctions, l'avait placé dans les campagnes, près des pasteurs et des troupeaux.
      Il était principalement honoré en Arcadie, pays de montagnes, où il rendait des oracles. On lui offrait en sacrifice du miel et du lait de chèvre. On célébrait en son honneur les Lupercales, fête qui, dans la suite, se répandit en Italie, où l'Arcadien Evandre avait porté le culte de Pan. On le représente ordinairement fort laid, les cheveux et la barbe négligés, avec des cornes, et le corps de bouc depuis la ceinture jusqu'en bas, enfin ne différant pas d'un faune ou d'un satyre. Il tient souvent une houlette, et une flûte à sept tuyaux qu'on appelle la flûte de Pan, parce que, dit-on, il en fut l'inventeur, grâce à la métamorphose de la nymphe Syrinx en roseaux du Ladon.
      On le regardait aussi comme le dieu des chasseurs ; mais, quand il se livrait à la chasse, il était moins la terreur des bêtes fauves que celle des nymphes qu'il poursuivait de ses ardeurs amoureuses. Il est souvent aux aguets derrière les rochers et les buissons : la campagne pour lui n'a pas de mystères. C'est ainsi qu'il découvrit et put révéler à Jupiter le lieu où Cérès s'était cachée après l'enlèvement de Proserpine.
      Pan a été souvent confondu dans la littérature latine avec Faunus et Sylvain. Plusieurs auteurs les ont considérés comme une même divinité sous ces différents noms. Les Lupercales même étaient célébrées en leur triple honneur confondu. Cependant, Pan est le seul des rois qui ait été allégorisé, et regardé comme le symbole de la Nature, suivant la signification de son nom. Aussi lui met-on des cornes, pour marquer, disent les mythologues, les rayons du soleil ; la vivacité de son teint exprime l'éclat du ciel ; la peau de chèvre étoilée qu'il porte sur l'estomac représente les étoiles du firmament ; enfin, ses pieds et ses jambes hérissés de poils désignent la partie inférieure du monde, la terre, les arbres et les plantes.
      Ses amours lui ont suscité des rivaux parfois redoutables. L'un d'eux, Borée, voulut lui enlever violemment la nymphe Pitys, que la Terre, émue de compassion, changea en pin. Voilà pourquoi cet arbre, conservant encore, dit-on, les sentiments de la nymphe, couronne Pan de son feuillage, tandis que le souffle de Borée excite ses gémissements.
      Pan est aimé aussi de Séléné, c'est-à-dire de la Lune, ou Diane, qui, pour venir le visiter dans les vallons et les grottes des montagnes, néglige le beau et éternel dormeur Endymion.
      La fable du grand Pan donna lieu, sous le règne de Tibère, à un événement qui intéressa vivement la ville de Rome et mérite d'être raconté. Dans la mer Egée, dit Plutarque, le vaisseau du pilote Thamus étant un soir dans les parages de certaines îles, le vent cessa tout à fait. Tous les gens à bord étaient bien éveillés, la plupart même passaient le temps à boire les uns avec les autres, lorsqu'on entendit tout à coup une voix qui venait des îles et appelait Thamus. Thamus se laissa appeler deux fois sans répondre, mais à la troisième il répondit. La voix lui commanda que, quand il serait arrivé dans un certain lieu, il criât que le grand Pan était mort. Il n'y eut personne dans le navire qui ne fût saisi de frayeur et d'épouvante. On délibéra si Thamus devait obéir à la voix, et Thamus conclut que, quand ils seraient arrivés au lieu indiqué, s'il faisait assez de vent pour passer outre, il ne fallait rien dire ; mais que, si un calme les arrêtait là, il fallait s'acquitter de l'ordre qu'il avait reçu. Il ne manqua point d'être surpris d'un calme en cet endroit-là, et aussitôt il se mit à crier de toute sa force : « Le grand Pan est mort ! » A peine avait-il cessé de crier que l'on entendit de tous côtés des plaintes et des gémissements, comme d'un grand nombre de personnes surprises et affligées de cette nouvelle.
      Tous ceux qui étaient sur le navire furent témoins de cette étrange aventure. Le bruit s'en répandit en peu de temps jusqu'à Rome. L'empereur Tibère voulut voir Thamus lui-même ; il le vit, l'interrogea, assembla des savants pour apprendre d'eux qui était ce grand Pan, et il fut conclu que c'était le fils de Mercure et de Pénélope.
      D'autres mythologues, interprétant ce fait, ont préféré y voir la mort de l'ancien monde romain et l'avènement d'une société nouvelle.


Marsyas

      Le satyre Marsyas, originaire de Célènes en Phrygie, était fils d'Hyagnis qui passe pour l'inventeur de l'harmonie phrygienne. A l'école et sous la direction d'un père qui composa des nomes ou cantiques pour la mère des dieux, Bacchus, Pan et les autres divinités de son pays, Marsyas ne tarda pas à exceller dans la musique ; et il cultiva son art avec une ardente passion. Il joignait à beaucoup d'esprit, de goût et d'industrie une sagesse et une vertu à toute épreuve.
      Son génie parut surtout dans l'invention de la flûte où il sut rassembler tous les sons qui se trouvaient auparavant répartis entre les divers tuyaux du chalumeau ; et il partage avec son père l'honneur d'avoir, pour la première fois, mis en musique les hymnes consacrées aux dieux.
      Attaché à Cybèle, il l'accompagna dans tous ses voyages qui les conduisirent l'un et l'autre à Nysa, où ils rencontrèrent Apollon. C'est là que, fier de ses nouvelles découvertes, Marsyas osa porter au dieu un défi qui fut accepté.
      Ce ne fut pas sans peine qu'Apollon l'emporta sur son concurrent, et la cruauté avec laquelle il traita le vaincu fit voir combien il avait été surpris et indigné d'une si habile résistance. On a vu que l'infortuné satyre, trop confiant dans son savoir, fut attaché à un arbre et écorché vif. Mais on ajoute que, la chaleur de son ressentiment passée, Apollon, se repentant de sa barbarie, rompit les cordes de sa guitare ou de sa lyre, et la déposa avec les flûtes de Marsyas dans un antre de Bacchus auquel il consacra ses instruments.
      Ce satyre fit école et eut des disciples nombreux. L'un de ceux-ci, le plus célèbre, fut Olympus ou Olympe, qui reçut aussi les leçons du dieu Pan.
      Les représentations de Marsyas décoraient plusieurs édifices. On voyait dans la citadelle d'Athènes une statue de Minerve qui châtiait le satyre pour s'être approprié les flûtes que la déesse avait rejetées avec mépris. Pour les Grecs, la lyre avait sur la flûte une indiscutable supériorité.
      Les villes libres avaient dans la place publique une statue de Marsyas, symbole de leur indépendance, à cause de la liaison intime de Marsyas, pris pour Silène, avec Bacchus surnommé Liber ; car les poètes et les peintres le représentent quelquefois avec des oreilles de faune ou de satyre et une queue de silène.
      A Rome, il y avait dans le Forum une de ses statues, voisine d'un tribunal. Les avocats qui gagnaient leur cause avaient soin de la couronner pour le remercier du succès de leur éloquence, et le rendre favorable à leur déclamation, en sa qualité d'excellent joueur de flûte. On voyait aussi à Rome, dans le temple de la Concorde, un tableau représentant Marsyas garrotté, œuvre de Zeuxis.
      Quelques poètes ont dit qu'Apollon, dans son repentir, métamorphosa en fleuve le corps de Marsyas. D'autres prétendent que les nymphes et les satyres, privés des accords de sa flûte, versèrent tant de larmes qu'elles formèrent le fleuve de Phrygie qui porte son nom.


Priape

      Priape était fils d'une nymphe appelée Naïas ou Chioné, ou, selon d'autres auteurs, de Vénus et de Bacchus qui avait été accueilli avec empressement par cette déesse, à son triomphant retour des Indes. Jalouse de Vénus, Junon s'efforça de nuire à Priape, et le fit naître avec une difformité extraordinaire. Aussitôt qu'il fut venu au monde, sa mère le fit élever loin d'elle, sur les bords de l'Hellespont, à Lampsaque où, par son libertinage et ses impudentes hardiesses, il devint un objet de terreur et de répulsion. Mais, une épidémie étant survenue, les habitants consternés crurent y voir une punition du peu d'égards qu'ils avaient eu pour le fils de Vénus ; ils le prièrent de rester parmi eux, et, dans la suite, il devint à Lampsaque l'objet de la vénération publique : de là le surnom, qui lui est donné par les poètes, de Lampsacène ou Hellespontique.
      Priape est souvent pris, comme Pan, pour l'emblème de la fécondité de la nature. En Grèce, il était particulièrement honoré de ceux qui élevaient des troupeaux de chèvres ou de brebis, ou des ruches d'abeilles. A Rome, il était considéré comme un dieu protecteur des jardins. C'était lui, croyait-on, qui les gardait et les faisait fructifier. Mais il ne doit pas être confondu avec Vertumne.
      On le représente le plus souvent en forme d'Hermès ou de Terme, c'est-à-dire en buste sur un socle, avec des cornes de bouc, des oreilles de chèvre, et une couronne de feuilles de vigne ou de laurier. Les anciens avaient coutume de barbouiller ses statues de cinabre ou minium. Quelquefois on place à côté de lui des instruments de jardinage, des paniers pour contenir les fruits, une faucille pour moissonner, une massue pour écarter les voleurs ou une verge pour faire peur aux oiseaux.
      On voit aussi sur des monuments de Priape des têtes d'ânes, animaux que les habitants de Lampsaque offraient en sacrifice à ce dieu. Ovide prétend qu'on lui en sacrifiait, en mémoire de la nymphe Lotis qui, étant un jour poursuivie par ce dieu, lui échappa en se changeant en lotus.
      Les artistes et les poètes sont dans l'usage de traiter Priape assez cavalièrement. Les uns le représentent parfois avec une crête de coq, une bourse dans la main droite, une clochette dans la main gauche ; les autres le menacent, de le jeter au feu, s'il laisse enlever quelques pieds d'arbres confiés à sa garde. On le plaisante même sous prétexte qu'il se laisse insulter par des oiseaux que son aspect ne parvient pas à effaroucher.
      On célébrait à Rome les Priapées ou fêtes de Priape. C'étaient surtout des femmes qui y prenaient part : beaucoup d'entre elles s'habillaient en bacchantes, ou en danseuses jouant de la flûte ou d'un autre instrument de musique. La victime offerte était un âne, et une prêtresse faisait la fonction de victimaire.


Aristée

      Aristée, fils d'Apollon et de Cyrène, fut élevé par les nymphes qui lui apprirent à cailler le lait, à cultiver les oliviers, et à élever des abeilles. Amant de la nymphe Eurydice, il fut cause de sa mort, en la poursuivant le jour de ses noces avec Orphée : comme elle fuyait devant lui, la malheureuse n'aperçut pas sous ses pieds un serpent caché dans les hautes herbes. La piqûre du serpent lui ôta la vie. Pour la venger, les nymphes, ses compagnes, firent périr toutes les abeilles d'Aristée. Sa mère Cyrène, dont il implora le secours afin de réparer cette perte, le mena consulter Protée, dont il apprit la cause de son infortune, et reçut ordre d'apaiser les mânes d'Eurydice par des sacrifices expiatoires. Docile à ses conseils, Aristée, ayant immolé sur-le-champ quatre jeunes taureaux et autant de génisses, en vit sortir une nuée d'abeilles qui lui permirent de reconstituer ses ruches.
      Il épousa Autonoé, fille de Cadmus, dont il eut Actéon. Après la mort de ce fils déchiré par ses chiens, il se retira à Céos, île de la mer Egée, alors désolée par une peste qu'il fit cesser en offrant aux dieux des sacrifices ; de là, il passa en Sardaigne qu'il poliça le premier, ensuite en Sicile où il répandit les mêmes bienfaits, et enfin en Thrace où Bacchus l'initia aux orgies. Etabli sur le mont Hémus qu'il avait choisi pour son séjour, il disparut tout à coup pour jamais. Les dieux le placèrent parmi les étoiles, et, selon certains auteurs, il est devenu le signe du Verseau.
      Les Grecs l'honorèrent depuis comme un dieu, surtout en Sicile ; il fut une des grandes divinités champêtres, et les bergers lui rendaient un culte particulier.
      Hérodote raconte qu'Aristée apparut à Cyzique, après sa mort, qu'il disparut une seconde fois, et, après trois cents ans, reparut encore à Métaponte. Là il enjoignit aux habitants de lui ériger une statue auprès de celle d'Apollon, injonction à laquelle ceux-ci se conformèrent après avoir consulté l'oracle. Aristée, suivant Plutarque, quittait et reprenait son âme à volonté, et, quand elle sortait de son corps, les assistants la voyaient sous la figure d'un cerf.


Daphnis

      Daphnis, berger de Sicile, fils de Mercure et d'une nymphe, apprit de Pan lui-même à chanter et à jouer de la flûte, et fut protégé des Muses qui lui inspirèrent l'amour de la poésie. Il fut le premier, dit-on, qui excella dans la poésie pastorale. Avant lui, les bergers menaient une vie sauvage ; il sut les civiliser, leur apprit à respecter et à honorer les dieux ; il propagea parmi eux le culte de Bacchus qu'il célébrait solennellement. Remarquable par sa beauté et sa sagesse, il était à la fois chéri des dieux et des hommes. A sa mort, les nymphes le pleurèrent, Pan et Apollon, qui suivaient ses pas, désertèrent les campagnes, la terre elle-même devint stérile ou se couvrit de ronces et d'épines.
      Mais Daphnis fut admis dans l'Olympe, et, une fois reçu parmi les dieux, il prit sous sa protection les pasteurs et les troupeaux. La campagne changea d'aspect, elle se couvrit de verdure, de fleurs et de moissons. Dans les montagnes, on n'entendit plus que des cris d'allégresse et des chants joyeux. Les rochers, les bosquets retentissaient de ces mots : « Daphnis, oui, Daphnis est un dieu ».
      Ce dieu champêtre avait ses temples, ses autels ; on lui faisait des libations comme à Bacchus et à Cérès, et, pour les habitants des campagnes, c'était presque un autre Apollon.
      On dit que, non content de garder ses beaux troupeaux, il allait aussi à la chasse ; et tel était le charme que ce chasseur divin répandait autour de lui que, lorsqu'il mourut, ses chiens se laissèrent aussi mourir de douleur.


Egipans - Satyres - Silènes

      A côté des divinités champêtres, protectrices de la Nature, gardiennes vigilantes de la vie, des biens, des intérêts de l'homme, les poètes avaient imaginé une infinité d'êtres moins divins que fantastiques qui semblent n'avoir eu, dans la fable, d'autre rôle que celui de peupler, d'égayer et parfois de troubler les solitudes des montagnes et des bois. Les Egipans, dont le nom en grec signifie chèvre-pan, étaient de ce nombre. C'étaient de tout petits hommes velus avec des cornes et des pieds de chèvre. Les pâtres croyaient voir ces petits monstres humains bondir dans les rochers, sur le flanc des coteaux, et disparaître dans des cavités ou des grottes mystérieuses.
      On raconte aussi que le premier Egipan était fils de Pan et de la nymphe Ega. Il inventa la trompette, faite d'une conque marine, et, pour cette raison il est représenté avec une queue de poisson. Il y avait, dit-on, en Libye, certains monstres auxquels on donnait aussi le même nom. Ces êtres hybrides, avaient une tête de chèvre et une queue de poisson. C'est ainsi qu'on représente le Capricorne.
      Les Satyres, éparpillés dans les campagnes, avaient avec l'Egipan une ressemblance frappante ; peut-être s'en distinguaient-ils par une taille moins raccourcie. Mais ils étaient, comme lui, fort velus, avec des cornes, des oreilles de chèvre, la queue, les cuisses et les jambes du même animal ; quelquefois on les représente avec la forme humaine, n'ayant de la chèvre que les pieds. Ces êtres étaient doués de toutes les malices et de toutes les passions : cachés derrière les arbres, ou couchés dans les vignobles et dans les herbes, ils surgissaient inopinément pour effrayer les nymphes et les poursuivre en riant de leur effroi.
      On fait naître les premiers Satyres de Mercure et de la nymphe Iphtimé, ou bien de Bacchus et de la naïade Nicée qu'il avait enivrée, en changeant en vin l'eau d'une fontaine où elle buvait ordinairement.
      Quelques poètes disent que primitivement les Satyres avaient la forme tout humaine. Ils gardaient Bacchus ; mais comme Bacchus, malgré tous ses gardes, se changeait tantôt en bouc, tantôt en jeune fille, Junon, irritée de toutes ces métamorphoses, donna aux Satyres des cornes, des oreilles et des pieds de chèvre.
      Persuadés que les campagnes étaient remplies de ces divinités malicieuses et malfaisantes, les bergers et les bergères tremblaient pour leurs troupeaux et pour eux-mêmes : ce qui fit qu'on chercha à les apaiser par des sacrifices et par les offrandes des premiers fruits et des prémices des troupeaux.
      On a vu que Silène, compagnon et précepteur de Bacchus, était un petit vieillard chauve, corpulent, au nez retroussé, au rire béat, à la démarche chancelante, et presque toujours en état d'ivresse. Il est vrai que quelques poètes, Virgile entre autres, songeant que Silène non seulement est vieux, mais que, dieu lui-même, il a suivi un dieu dans ses lointains voyages, lui prêtent une longue expérience et un profond savoir. Mais c'est la première conception surtout qui s'était établie dans l'opinion et la mémoire des peuples. Aussi donnèrent-ils les noms de Silènes aux Satyres lorsqu'ils étaient vieux. On supposait en effet que ces êtres aux appétits grossiers n'avaient sur leurs vieux jours d'autre plaisir que l'ivresse, et que c'était par là que se terminait leur existence. Les Silènes en effet étaient considérés comme mortels : aux environs de Pergame on montrait même un grand nombre de leurs tombeaux.




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