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Faust Socin / Fausto Sozzini

(05 décembre 1539, à Sienne - 03 mars 1604, à Luclavie)
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      Faust Socin, neveu de Lélius Socin, naquit à Sienne le 05 décembre 1539. Sa première éducation fut négligée, et dans le cours de ses études, il ne se distingua point. Les lettres qu'on recevait de son oncle entretenaient dans la famille le goût des réformes religieuses et donnaient lieu à des discussions auxquelles il prenait part. A l'époque où ses parents furent poursuivis par l'Inquisition, ne se sentant pas tout à fait innocent, il prit la fuite comme les autres et vint chercher un asile en France. Il apprit à Lyon la mort de son oncle et se rendit sur le champ à Zürich pour se mettre en possession de ses écrits. Les motifs qui l'avaient forcé de s'éloigner de l'Italie ne substituaient plus ; il y rentra et fut accueilli par le grand duc de Toscane, qui le retint à sa cour par des emplois honorables. Au milieu des plaisirs et des dissipations, il oublia douze ans les questions théologiques qui l'avaient si vivement intéressé dans sa première jeunesse. Il se reprocha enfin la négligence coupable qu'il mettait à s'instruire, et, malgré les instances du grand duc, il partit pour l'Allemagne dans l'intention de se livrer tout entier à la recherche de la vérité. Il étudia la théologie à Bâle pendant trois ans, cachant avec soin ses opinions particulières. Une dispute qu'il eut à Zürich, au commencement de 1578, contre Fr. Pucci, l'obligea de quitter la Suisse. Georg Blandrata l'appela dans la Transylvanie pour l'opposer à Fr. Davidi, dont les principes séditieux et l'éloquence emportée excitaient sans cesse de nouveaux troubles. Socin passa, l'année suivante, en pologne. Les antitrinitaires y possédaient beaucoup d'églises ; mais n'étant pas uniformes dans leur croyance, ils formaient en quelque sorte autant de sectes différentes. Il voulut d'abord se faire associer à l'une de ces églises ; mais, ayant éprouvé un refus, il ne chercha point à entrer dans une autre et se montra l'ami de toutes, en prenant leur défense contre leurs ennemis communs. Il acquit bientôt de cette manière une grande influence sur l'esprit de ces sectaires, et il en profita pour obtenir la permission de prêcher sa doctrine. En convenant que Luther et Calvin avaient rendu de grands services à la religion, il prétendait que ni eux ni ceux qui s'étaient bornés à leur système n'avaient rien fait pour rebâtir le vrai temple et rendre à Dieu seul le culte qui lui est dû. Le moyen d'y parvenir était, disait-il, de débarrasser la croyance de tous les dogmes que la raison ne peut concevoir, en d'autres termes des mystères. L'éclat des prédications de Socin alarma les protestants. Les plus habiles d'entre eux annoncèrent qu'ils réfuteraient publiquement ses erreurs dans des thèses qui seraient soutenues au collège de Posna. Socin ne manqua pas de se rendre à cet appel et réduisit tous ses adversaires au silence, en se servant contre eux des raisonnements qu'ils employaient contre l'Eglise romaine. Honteux de cette défaite, les protestants eurent recours, pour se débarrasser de Socin, à un moyen qui, pour être employé souvent par les partis, n'en est pas moins odieux. Socin avait publié un écrit pour réfuter la doctrine de Jacques Paléologue ; cet ouvrage, dans lequel il défendait les droits des princes, fut présenté par ses ennemis comme un libelle séditieux ; et pour se mettre à l'abri des poursuites que la calomnie faisait diriger contre lui, il fut contraint de se cacher dans les terres d'un seigneur polonais, l'un de ses disciples. Tandis qu'il errait en proscrit dans les forêts de la Pologne, Socin se maria ; mais, après quelques années d'une union heureuse, il perdit, en 1587, son épouse, dont les soins et la tendresse avaient adouci la rigueur de sa position. Jusqu'alors, il avait touché régulièrement les revenus des domaines qu'il possédait en Italie ; mais, après la mort du grand duc, qui s'était montré constamment son protecteur, tous ses biens furent confisqués, et il se trouva réduit à la misère la plus affreuse. Il supporta ce revers avec résignation et trouva d'ailleurs dans la générosité de ses disciples tous les secours dont il avait besoin. La persécution n'avait point ralenti les progrès de son système religieux. Adopté successivement par un grand nombre de seigneurs polonais, il le fut enfin par les différentes sectes d'unitaires, qui formèrent dès lors une seule Eglise, qui prit le nom de socinienne.

      Le triomphe qu'il venait d'obtenir accrut la haine de ses ennemis. Dans le courant de 1598, ils ameutèrent contre lui la populace de Varsovie. Il fut arraché demi-nu de son lit et traîné dans les rues, au milieu des vociférations et des cris les plus sinistres, qui retentissaient à ses oreilles. Il aurait fini sans doute par être la victime de ces furieux, sans la charité d'un professeur qui le tira de leurs mains. En rentrant dans sa chambre, il trouva que ses meubles et sa bibliothèques avaient été pillés ; mais il ne regretta que la perte de ses manuscrits et, entre autres, d'un traité contre les athées, qu'il regardait comme son meilleur ouvrage. Dans la crainte de voir se renouveler une pareille scène, il se retira chez un de ses amis, dans le village de Luclavie, où il mourut le 03 mars 1604.

      Les ouvrages de Socin ne sont plus recherchés depuis longtemps. Bauer en indique les éditions originales dans sa Biblioth. libror. rariorum ; ils forment les deux premiers volumes de Biblioth. fratrum Polonorum, Irenopolo (Amsterdam), 1656, 8 vol. in-folio ; le tome 1er est précédé d'une vie détaillée de Socin, par Samuel Przipcow. Le Dictionnaire de Bayle contient un article curieux et très étendu sur ce réformateur. Après la mort de son chef, le socinianisme, loin de s'affaiblir, devint encore plus puissant par le grand nombre de nobles et de savants qui en adoptèrent les principes. Ils obtinrent de la diète la liberté de conscience et établirent leur métropole à Racovie, où ils fondèrent un collège et une imprimerie. En 1638, ces deux établissements furent supprimés mais les sociniens conservèrent des églises en Pologne jusqu'en 1658, que les catholiques s'unirent aux protestants pour les chasser du royaume. Il leur fut défendu d'y rentrer sous peine de mort, et, quoiqu'on leur eût accordé un délai pour vendre leurs biens, ils éprouvèrent tant d'obstacles que leurs historiens regardent cette mesure comme équivalant à une confiscation. Plusieurs, pour échapper à des mesures si rigoureuses, se firent catholiques ou protestants ; mais le plus grand nombre se retirèrent dans la Transylvanie, les Etats de Prusse et d'Autriche, la Hollande et l'Angleterre. Ils rencontrèrent partout des ennemis qui les repoussèrent, et partout ils furent condamnés par les lois de l'Eglise et de l'Etat. Mais, comme l'observe judicieusement Pluquet, les lois qui proscrivaient les sociniens ne réfutèrent pas leurs principes, et beaucoup de réformés les ont adoptés en Angleterre et surtout en Hollande. Les opinions de Socin et de ses disciples sont nées du principe posé par Luther que le Nouveau Testament contient toute la doctrine de Jésus-Christ et que chaque homme a le droit de l'interpréter d'après sa raison et les règles de sa critique. Socin ne fit donc qu'user d'un droit reconnu par le chef de la réforme, en repoussant tout ce que sa raison n'admettait pas, tels que le dogme de la Trinité, le péché originel, la divinité de Jésus-Christ, la nécessité de la grâce, la prédestination, etc. Toutes ses opinions sont celles de Sabellius, de Pélage, d'Arius, de Nestorius. On peut consulter à cet égard le Dictionnaire des hérésies de Pluquet et L'histoire du socinianisme, par le Professeur Guichard (Cf. ce nom). Outre les auteurs déjà cités, on trouvera des détails sur Socin dans la Biblioth. anti-trinitarior. de Chr. Sand. Voyez, pour les autres sources, l'Onomasticon de Sax, tome 3, p. 501 et 605. Parmi les ouvrages relatifs à Socin, nous signalerons ceux de Joshua Toulmin, Memoirs of the life, sentiments and writings of Socinus, Londres, 1778, in-8 ; de J.-P. Burmeister, Commentatio de systemate Socinianorum dogmatico, Rostochée, 1830, in-4 ; de H. Amphouz, Essai sur la doctrine socinienne, Strasbourg, 1850, in-8.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 39 - Pages 513-514)




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