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Saint Norbert

(~1092, à Santen - 06 juin 1134, à Magdebourg)
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      Saint Norbert, fondateur de l'ordre de Prémontré et archevêque de Magdebourg, naquit vers l'an 1092, d'une famille illustre, à Santen, ville du duché de Clèves. Son père, Héribert, était parent de l'empereur, et Hedwige, sa mère, appartenait à la maison de Lorraine. Il reçut une éducation soignée, et entra dans le monde avec tous les avantages qui peuvent rendre un jeune seigneur recommandable. Lorsqu'il eut l'âge compétent, il prit le sous-diaconat, moins par vocation que par des vues humaines. Ayant joint à un patrimoine considérable un canonicat de Santen et un autre de Cologne, il alla résider dans cette ville à la cour de l'archevêque, et y mena une vie dissipée et fastueuse. Ce théâtre lui parut même trop étroit pour son ambition. Il passa à la cour de l'empereur Henri V, auquel il avait l'honneur d'appartenir ; et ne manquant d'aucune des qualités qui font réussir auprès des princes, il sut tellement s'insinuer dans les bonnes grâces de Henri, qu'il fut mis au rang de ses aumôniers et admis dans les conseils de l'empereur, qui voulut qu'il fût de tous ses voyages. Henri ayant résolu d'aller se faire couronner à Rome, Norbert l'accompagna. Ils partirent au mois d'août 1110. C'était Pascal II qui occupait le saint-siège. Ce pontife ne s'étant point prêté aux vues de Henri au sujet des investitures, ce prince le fit arrêter avec tous les cardinaux. Norbert essaya d'adoucir l'empereur ; n'ayant pu y réussir, il témoigna du moins au pape la douleur que lui causait ce traitement cruel ; il lui donna même, quelque temps après, une preuve de son respect pour ses droits, en n'acceptant point l'évêché de Cambrai, que Henri V lui offrait. Il continuait cependant sa vie dissipée.

      Se trouvant à Cologne en 1115, il se rendait à cheval, accompagné d'un seul valet, à un village nommé Freden, où l'appelait une partie de plaisir, lorsque tout à coup le tonnerre gronde, la foudre éclate et le précipite à terre privé de tout sentiment. Ayant repris ses sens, il se relève tout changé. Ce n'était plus cet ecclésiastique mondain, avide d'honneurs et de fortune ; il quitte la cour et se rend au monastère de Sigeberg, qui était alors gouverné par le saint abbé Conon, pour y faire l'apprentissage de la vie spirituelle. Après y avoir passé le temps convenable, il va rejoindre Frédéric, son archevêque, et le prie de l'ordonner. C'était le moment qu'il avait choisi pour rompre entièrement avec le monde. Le samedi saint de l'an 1116, il se présente à l'église vêtu de ses riches habits : il s'en dépouille publiquement pour prendre les livrées de la pauvreté et de la pénitence ; et, sous cet humble vêtement, il reçoit le diaconat et la prêtrise avec une dévotion qui édifie tous les assistants. Autant ce spectacle et la vie sainte et mortifiée que continua de mener Norbert avaient excité l'admiration des personnes pieuses, autant cela déplut à une partie du clergé, dont une telle régularité accusait la conduite. On voulut se débarrasser de cette censure importune : on imagina de déférer Norbert au concile de Fritzlar que venait d'assembler Conon, archevêque de Préneste, par ordre de Gélase II, successeur de Pascal (1118). Norbert y comparut ; ses ennemis le représentèrent comme un esprit inquiet, un homme singulier, qui prêchait sans mission et affectait de se vêtir d'une manière qui ne convenait ni à sa naissance ni à l'état clérical. Norbert répondit à tout avec tant de modestie et de sagesse, que non seulement Conon le renvoya absous, mais encore le combla de témoignages d'estime et de bienveillance. Néanmoins, autant pour se livrer tout entier aux travaux des missions que pour se soustraire aux poursuites des méchants, Norbert résolut de quitter l'Allemagne et d'aller trouver Gélase. Mais auparavant, il remit ses bénéfices à son archevêque, vendit son patrimoine et en distribua le prix aux pauvres. Il s'achemina ensuite, à pied et par un hiver rigoureux, vers St-Gilles, près de Nîmes, où le pape était alors, et il en obtint les pouvoirs les plus amples. Il se remit aussitôt en route, prêchant dans les villes et les villages, apaisant les querelles, réconciliant les ennemis. La veille du dimanche des Rameaux 1119, il était à Valenciennes ; il y perdit trois compagnons qui s'étaient associés à lui. Il allait s'éloigner de cette ville, lorsqu'il apprit que Burchard, évêque de Cambrai, s'y trouvait. Ils s'étaient vus à la cour de l'empereur ; et c'était sur le refus de Norbert que Burchard avait été pourvu de l'évêché de cambrai. Norbert crut lui devoir une visite ; Burchard eut peine à reconnaître son ami, à son visage exténué et sous son vil habillement ; mais dès que Norbert se fut nommé, il le combla d'honneurs et de caresses. C'est à cette occasion que Hugues de Fosse, aumônier de Burchard, ayant su que cet homme vêtu si pauvrement était d'une naissance illustre, et que, favori de l'empereur, il avait laissé des postes brillants pour se dévouer à un apostolat pénible, il voulut partager ses travaux. Ils parcoururent ensemble le diocèse de Cambrai, et ils se disposaient à visiter celui de Liège lorsqu'ils apprirent la mort de Gélase et l'exaltation de Calixte II. Un concile était indiqué à Reims pour le mois d'octobre, et le pape devait y assister. Norbert résolut de s'y rendre ; il arriva en effet au temps marqué ; mais le pape avait une cour si nombreuse, et l'équipage dans lequel Norbert et son compagnon se pérsentaient donnait d'eux une idée si peu avantageuse, qu'on ne voulût point les introduire. Ils quittaient Reims tristement et avaient pris le chemin de Laon, lorsque l'évêque de cette ville, Barthélémi, apprenant d'eux qu'ils n'avaient pu être admis auprès du pape, s'offrit de les reconduire et de les présenter lui-même. Calixte fut charmé de son entretien : il confirma ses pouvoirs et l'eût même retenu près de lui ; mais Norbert le supplia de lui permettre de continuer l'œuvre à laquelle il s'était dévoué. Il retourna à Laon avec l'évêque avec l'évêque Barthélémi. Plus ce prélat voyait Norbert, plus y désirait de le fixer près de lui. Il proposa d'abord de se charger de la réforme des chanoines réguliers de St-Martin dans un faubourg de la ville. Norbert l'essaya, mais sans succès. Barthélémi alors le conduisit dans différents lieux de son diocèse propres à un établissement religieux. Norbert choisit un vallon désert et marécageux nommé Prémontré. Ce fut là qu'en 1120 il jeta les premiers fondements de son ordre, qui avait pour objet la réforme des chanoines réguliers de St-Augustin. Hugues était encore son seul disciple. Une prédication qu'il alla faire dans l'école de Laon, dirigée par Raoul, frère du célèbre Anselme, lui gagna sept jeunes Lorrains, enfants de qualité et instruits dans les lettres. d'autres vinrent se joindre à eux ; et à la fin de cette année, ils étaient quarante, tous chanoines ou qui l'avaient été. Le jour de Noël, Norbert et eux firent profession solennelle de la vie canonique. Ce nouvel institut s'accrut avec rapidité. A peine un siècle était révolu que l'on y comptait 1000 abbayes, 300 prévôtés, 500 communautés de filles, 7 archevêchés et 9 évêchés, dont les sièges étaient occupés par des chanoines réguliers de l'ordre. De grands seigneurs, des dames de haute qualité, s'y engageaient [Note de l'auteur : Tels furent parmi les hommes le comte de Cappenberg et Othon, son frère ; Henri, comte d'Arnsberg ; Godefroi, comte de Namur ; Henri, cousin de Louis le Gros ; Robert, cousin du roi d'Angleterre ; deux Hayton, l'un roi, l'autre prince d'Arménie, etc., et parmi les femmes, Ermesende, comtesse de Namur ; Ermengarde, comtesse de Roussi ; Agnès de Baudemont, comtesse de Braine ; Béatrice, vicomtesse d'Amiens ; Anastasie, duchesse de Poméranie.] Ce n'était pas néanmoins les biens temporels que cherchait Norbert. Thibaut IV, comte de Champagne, touché de la vie sainte qu'on menait à Prémontré, accourut pour mettre aux pieds du fondateur les titres et le riche héritage qu'il venait de recueillir, le conjurant de le recevoir au nombre de ses religieux [Note de l'auteur : Histoire des comtes de Champagne, par le Pelletier, tome 1, p. 188 et suiv.]. Norbert, loin d'accueillir son offre, le dissuada de ce dessein et lui conseilla de se marier. Il alla lui-même à ratisbonne demander en mariage pour thibaut la comtesse Mathilde, nièce de l'archevêque. Cependant, il ne cessait de parcourir lui-même ou par ses disciples les villes et les villages, pour y annoncer le royaume de Dieu, ou y contribuer à de bonnes œuvres.

      En 1124, l'occasion se présenta de rendre un grand service à la ville d'Anvers. Une hérésie funeste avait pénétré. Tanchelin, son auteur, n'existait plus ; mais le poison qu'il avait répandu continuait d'exercer ses ravages. Norbert vint dans cette ville avec deux de ses disciples ; et tel fut l'effet de ses prédications, qu'en très peu de temps la religion y fut ramenée à sa première pureté. Jusque-là, l'institut de Prémontré n'avait été approuvé que par des légats du saint-siège [Note de l'auteur : Pierre de Léon et Grégoire, cardinal de St-Ange, à Noyon, le 28 juin 1126]. Norbert, étant à Ratisbonne, et ayant appris qu'Honorius II avait succédé à Calixte, se rendit à Côme, dans le Milanais, où ce pape tenait sa cour, et en obtint une bulle, en date du 14 des calendes de mars (16 février) 1126, confirmative de son ordre et de tous les établissements soumis à la même règle.

      Au retour de Norbert en France, le comte Thibaut exigea encore de lui qu'il l'accompagnât en Allemagne, où il allait épouser la comtesse Mathilde. C'est dans ce voyage que, passant à Spire, il y trouva Lothaire II, nouvellement élu empereur, et deux légats du saint-siège qui délibéraient sur le choix d'un archevêque, au sujet duquel le chapitre de Magdebourg ne pouvait s'accorder. On désira que Norbert parlât sur cette affaire. Il le fit avec tant d'éloquence et d'une manière si touchante, qu'à son grand étonnement tout le monde s'écria que c'était lui qu'on devait choisir. Il eut beau s'en défendre, il fallut céder ; on l'entraîna et on le conduisit en triomphe à Magdebourg, où il fut sacré le 25 juillet 1126. Son premier soin, lorsqu'il fut installé, fut de régler sa maison ; il en bannit toute somptuosité. Des abus s'étaient glissés dans son diocèse ; il les réprima et y rétablit l'ordre et une bonne discipline. Ces réformes firent des mécontents : on attenta deux fois à sa vie ; une providence marquée le déroba aux coups des assassins. Son élection à un archevêché laissait sa colonie de Prémontré sans chef ; il invita ses frères à en nommer un. Son vœu était pour Hugues de Fosse, son premier disciple ; mais il ne voulait point gêner les suffrages. Hugues fut élu d'une commune voix (1129). La même année, Norbert introduisit des chanoines réguliers dans son ordre, dans l'église de Ste-Marie de Magdebourg, à la tête desquels il mit Evermode, depuis évêque de Ratzbourg et canonisé.

      Le zèle de Norbert eut bientôt à s'exercer dans une de ces grandes calamités dont Dieu permet quelquefois que son église soit affligée. Après la mort d'Honorius II, une double élection donna naissance à un schisme ; et Pierre de Léon, sous le nom d'Anaclet, aidé de Roger, roi de Sicile, et du crédit que ses richesses lui donnaient à Rome, disputa la tiare à Innocent II. Au milieu de cette perplexité, on s'en rapporta à saint Bernard, dans un concile tenu à Etampes par ordre de Louis le Gros. Bernard décida en faveur d'Innocent. Norbert partagea et fit aprtager ce sentiment à l'empereur Lothaire. Etant venu au concile assemblé à Reims à cette occasion en 1131, il y remit dans la deuxième session des lettres de ce prince, par lesquelles il promettait d'employer toutes ses forces pour faire descendre l'intrus du trône pontifical et y palcer le véritable pape. En effet, ce prince ramassa une petite armée à la tête de laquelle il marcha vers l'Italier. Norbert, par son ordre, le suivit et fit les fonctions d'archichancelier. Il entra à Rome avec Innocent, qui y prit possession du trône pontifical, et qui y couronna Lothaire et Richilde, son épouse, en qualité d'empereur et d'impératrice. Pour reconnaître les services que Norbert venait de rendre à l'Eglise, Innocent attacha au siège de Magdebourg la primatie des deux Saxes.

      Norbert ne jouit pas longtemps de cet honneur. Usé de fatigues et d'austérités, il tomba malade en retournant dans cette ville, et y expira le 06 juin 1134 dans de grands sentiments de dévotion. Les écrits contemporains rendent les témoignages les plus honorables aux vertus et à la sainteté de Norbert. Saint Bernard, avec lequel il était lié d'amitié, consulté sur des questions difficiles, les lui renvoyait comme à un homme éclairé de l'esprit de Dieu et habile à pénétrer les voix secrètes du ciel.

      Il n'est pas douteux que Norbert n'ait composé beaucoup d'ouvrages ; mais la plupart périrent dans un incendie. Il ne reste de lui qu'une Exhortation à ses frères, insérée dans la Bibliothèque des Pères, et le discours qu'il adressa à son peuple au retour de son exil. On lui attribue :

       De visionibus suis libri tres ;

       De obitu sanctorum sermones ad populum ;

       des Commentaires sur l'Ecriture sainte, conservés dans l'abbaye de Cappenberg, en Westphalie ;

       un Office de l'immaculée Conception.

      Il fut mis au rang des saints par Grégoire XIII, le 28 juillet 1582. L'Eglise célèbre sa fête le 06 juin et son ordre le 11 juillet, en vertu d'un bref d'Urbain VIII. Il avait voulu être inhumé dans l'église de Ste-Marie de Magdebourg. Cette collégiale ayant passé à des chanoines luthériens après la réformation, ses reliques, furent, en 1626, transférées à Prague. Saint Norbert a été mis au rang des saints protecteurs et tutélaires de la Bohême. Un grand nombre d'auteurs ont écrit sa vie en diverses langues, en prose et en vers. La plus estimée est celle de Louis-Charles Hugo, abbé d'Estival, Luxembourg, 1704, in-4°. On trouve un Panégyrique de saint Norbert parmi ceux de l'abbé de la Tour du Pin.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 31 - Pages 26-29)


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