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Arius

(~ 280, à Alexandrie - 336)
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Dictionnaire M. Bescherelle

      Hérésiarque originaire de Lybie et attaché comme prêtre à l'Eglise d'Alexandrie ; il osa soutenir que le Fils de Dieu est fait et créé, c'est-à-dire tiré du néant ; qu'il n'est point égal à son Père, ni de la même substance ; qu'il n'a pas toujours existé ; que, quoique la plus parfaite des créatures, il a été capable du vice et de la vertu par son libre arbitre ; qu'enfin il n'était Dieu que par participation, comme on peut le dire des hommes. Fut excommunié dans le concile œcuménique de Nicée, en 325.  M. Bescherelle, aîné, Dictionnaire national ou Dictionnaire universel de la langue française - Volume I (A-F) (1856), p. 232.



Biographie universelle ancienne et moderne

      Arius, le plus fameux hérésiarque qui ait paru dans les premiers siècles de l'Eglise, était natif de la Lybie cyrénaïque. C'était un homme d'une taille avantageuse, d'une figure imposante, d'un maintien grave qui inspirait le respect. Son abord affable et gracieux, sa conversation douce et agréable appelaient la confiance. Des mœurs austères, un air pénitent, un zèle apparent pour la religion, soutenu par des connaissances assez étendues dans les sciences profanes et ecclésiastiques, et par un rare talent pour la dialectique, faisaient espérer que l'Eglise trouverait en lui de grands secours contre ses ennemis. Malheureusement tout cela couvrait un fond de mélancolie, d'inquiétude, d'ambition, et un goût secret pour les nouveautés, qui, joints à tant de qualités éminentes, n'en firent qu'un dangereux chef de parti.

      Ces qualités en imposèrent à trois saints patriarches qui se succédèrent immédiatement sur le siège d'Alexandrie ; à Pierre, qui l'ordonna diacre, et fut ensuite obligé de l'interdire, à cause de ses liaisons avec les méléciens ; à Achillas, qui, touché de son repentir hypocrite, l'éleva au sacerdoce ; et à Alexandre, qui lui donna le premier rang dans son clergé, et le chargea du soin d'une église considérable.

      Après la mort de saint Achillas, Arius, qui s'était mis sur les rangs pour le remplacer, avait conçu une violente jalousie de la préférence donnée à Alexandre, bien résolu de saisir la première occasion de s'en venger. Un jour que le patriarche, conférant avec son clergé, dit qu'il y avait unité de substance dans les trois personnes divines, Arius l'accusa hautement de donner dans l'erreur de Sabellius qui avait confondu ces trois personnes, et il soutint que le Fils était une pure créature tirée du néant ; que le nom de Dieu ne lui convenait que par participation, comme à toutes les autres créatures douées de grâces extraordinaires. Ebion, Artémas et Théodote avaient bien nié, avant Arius, la divinité de Jésus-Christ ; mais il était le premier qui eût dit que le fils de Dieu est tiré du néant et sujet au péché.

      Il commença d'abord à insinuer sa nouvelle doctrine dans des assemblées particulières, et ne la produisit en public qu'après s'être assuré d'un grand nombre de sectateurs. Alors il la débita dans le monde, la prêcha dans l'église, et la propagea dans les campagnes ; pour l'insinuer plus facilement dans les dernières classes du peuple, il la mit en chansons et en cantiques burlesques, dont le plus fameux, connu sous le nom de Thalie, était sur la mesure et sur l'air des chansons que Sotade avait autrefois composées pour les festins et les danses profanes.

      Saint Alexandre, après avoir inutilement cherché à le ramener par toutes les voies de douceur que sa charité put lui suggérer, le cita en plein concile. Arius y soutint sa doctrine avec tant d'obstination, que les Pères furent obligés de le condamner, et d'anathématiser sa personne et celle de ses partisans, au nombre desquels se trouvaient deux évêques, des prêtres, des diacres et des vierges. Dès ce moment, Arius se mit à courir les provinces voisines, cherchant partout à apitoyer sur son sort, à jeter de l'odieux sur Alexandre, déguisant ses erreurs sous des formes équivoques, n'annonçant que des dispositions pacifiques. Plusieurs évêques se laissèrent séduire par ses discours hypocrites. Eusèbe de Nicomédie l'absout, dans un concile de Bithynie, de l'excommunication lancée contre lui par le concile d'Alexandrie, et il écrivit à tous les évêques d'Orient, au nom de son concile, pour les engager à le recevoir dans leur communion. Ce prélat courtisan, consulté par l'empereur Constantin, qui commençait à s'alarmer des troubles que causait la division entre Arius et Alexandre, voulut lui faire entendre qu'il ne s'agissait que d'une querelle particulière sur une question de mots, qui ne touchait point au fond de la religion ; que le plus grand mal venait de l'aversion de l'évêque Alexandre pour le prêtre Arius, et qu'il fallait employer l'autorité impériale pour imposer silence au premier ; mais les procédés séditieux se multipliant chaque jour à Alexandrie, Constantin chargea le célèbre Osius d'aller faire des informations sur les lieux : elles ne furent pas favorables à Arius, qui, plein de confiance dans le crédit de l'évêque de Nicomédie, son zélé protecteur, présenta à l'empereur une confession de foi captieuse, pour infirmer le rapport d'Osius ; mais ce prince jugea, d'après ce rapport, que le sujet de la dispute était assez important pour avoir besoin d'être sérieusement examiné dans un concile par tous les évêques de son empire.

      Ce fut ce qui produisit la convocation du célèbre concile de Nicée, en 325. Arius, appelé dans des conférences préliminaires, exposa sa doctrine sans détour, et la soutint avec impudence. Il comparut ensuite dans le concile, où elle fut examinée contradictoirement en présence de Constantin. Plusieurs formules de profession de foi y furent proposées. Arius rejeta toutes celles où la divinité de Jésus-Christ et la consubstantialité du Verbe étaient exprimées. N'ayant voulu, ni céder à l'autorité des Pères, ni se rendre à leurs pressantes sollicitations, il fut anathématisé par le concile, et exilé en Illyrie par l'empereur, avec les deux seuls évêques qui lui étaient restés attachés.

      Après trois ans d'exil, Constantin, gagné par un prêtre arien, qui était l'agent secret d'Eusèbe de Nicomédie, le rappela sur une confession de foi équivoque, où il semblait adhérer aux décisions du concile de Nicée, et le renvoya à Alexandrie pour y reprendre possession de son église ; mais le grand Athanase, successeur de saint Alexandre, qui connaissait la fourberie d'Arius, ne voulut jamais l'admettre. Il eut plus de succès dans les conciles de Tyr et de Jérusalem, où les eusébiens qui y dominaient, le reçurent sans difficulté à leur communion, et le recommandèrent à saint Athanase, qui connaissait trop bien ses ruses et celles de ses partisans pour se laisser prendre à une semblable recommandation. Arius, mandé à Constantinople pour rendre raison des troubles que sa présence excitait à Alexandrie, présenta à l'empereur une troisième confession de foi, rédigée avec tant d'artifice, que l'hérésie n'y paraissait point. Il protesta même, avec serment, de sa soumission au concile de Nicée. Le patriarche Alexandre fit de vains efforts pour détromper l'empereur. Il eut ordre de recevoir Arius. Les eusébiens menacèrent de l'introduire de force dans l'Eglise, si le patriarche entreprenait de s'y opposer : alors le saint vieillard, prosterné au pied de l'autel, fondant en larmes, le visage contre terre, adressa cette prière à Dieu : « Seigneur, si Arius doit être reçu dans l'Eglise, retirez votre serviteur de ce monde ; mais si vous avez encore pitié de votre troupeau, ne permettez pas que votre héritage soit livré à l'opprobre, ne souffrez pas qu'il soit souillé par la présence de l'hérésiarque. » Cependant les eusébiens s'avaçaient en triomphe. Arius, à leur tête, haranguait le peuple qui le suivait en foule. Comme il s'approchait du temple, où on lui avait préparé une réception solennelle, il sentit tout à coup les douleurs d'une colique violente, qui lui déchirait les entrailles. Pressé par un besoin naturel, il alla dans un lieu retiré, et l'histoire rapporte que, lorsque étonné de ce qu'il ne paraissait plus, on alla le chercher, il fut trouvé mort dans une affreuse attitude, et ayant rendu ses entrailles. Ses sectateurs dirent qu'il avait été empoisonné, et les catholiques regardèrent cet événement, vraiment extraordinaire dans la circonstance, comme un effet miraculeux des prières d'Alexandre, et, pendant longtemps, ils n'approchèrent qu'avec horreur du lieu où il était arrivé, en 336.

      On peut consulter, sur les détails de l'histoire d'Arius, la vie qu'en a publiée à Venise, en 1746, le père Travasi, théatin, auteur des Vies des hérésiarques des trois premiers siècles. L'Eglise ne fut point délivrée, par la mort de cet hérésiarque, des maux qu'il lui avait causés. Tant que les ariens furent unis entre eux, ils formèrent une secte dangereuse dans l'Eglise et une faction redoutable dans l'Etat, et ils firent éprouver aux catholiques des vexations de tout genre. Forcés, sous l'empire de Théodose le Grand, de se replier sur eux-mêmes, ils agitèrent entre eux diverses questions subtiles qui les divisèrent. Tous ces partis ne communiquèrent bientôt plus les uns avec les autres ; ils se donnèrent des noms odieux, se rendirent ridicules, tombèrent dans le mépris, et s'éteignirent insensiblement, de sorte qu'au commencement du Vème siècle, les ariens n'avaient plus ni évêques, ni églises, et ne formaient plus corps dans l'empire. Cependant, l'arianisme subsista encore parmi les Vandales, chez les Goths, qui les communiquèrent aux Bourguignons, et même chez les Francs, où il disparut insensiblement après la conversion de Clovis.

      Plusieurs siècles après, il ressuscita, du principe de la réforme qui soumet tous les dogmes de la religion à l'examen particulier. Capitor, Cellarius, Servet, guidés par ce principe, combattirent la consubstantialité du Verbe. L'arianisme se répandit en Allemagne, en Pologne, en Hollande, en Angleterre, à Genève, et forma une infinité de sectes dans ces différents pays. Parmi les noms illustres inscrits sur la liste des nouveaux ariens, on distingua les Locke, les Newton, les Clarke, les Whiston, les Leclerc, les Sandius, les Zuickerfi. Heureusement, l'arianisme moderne, réduit à n'être qu'une erreur systématique, n'a point fait de fanatiques comme l'ancien : néanmoins ses progrès ont paru si alarmants pour la religion en Angleterre, qu'on y a fait, dans le dernier siècle, pour le combattre, une fondation semblable à celle que Boyle avait faite pour combattre l'athéisme.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 28 - Pages 225-226)




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