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Vie du cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen – T. 1

Mgr Besson
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AVANT-PROPOS

      Mgr le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, a, par testament, légué à l'auteur de ce livre tous ses papiers, le priant d'en faire le dépouillement et d'en tirer les matériaux nécessaires pour écrire sa vie, s'il était utile de la publier.

      Cette humble prière était un ordre, car nous sommes lié par la reconnaissance envers la mémoire de ce grand prélat, et la reconnaissance ne recule ni devant les obstacles ni devant le travail. Il nous était facile d'ailleurs d'accepter un tel legs et de remplir les intentions de l'illustre défunt. Nous n'avons eu qu'à consulter le livre-journal qu'il a écrit de sa main, sa volumineuse correspondance, ses impressions de voyage, les souvenirs de sa famille, ses relations d'étude, d'affaires, de politique, d'amitié ou de zèle, soit en France, soit à l'étranger. Les matériaux surabondaient ; il ne restait que l'embarras du choix. Enfin, ceux qui ont connu Mgr de Bonnechose dans l'intimité nous ont communiqué des documents pleins d'intérêt. Nous nommerons seulement M. l'abbé Julien Loth, sur qui le cardinal avait jeté les yeux pour composer cet ouvrage à notre défaut, et M. l'abbé Périer, son secrétaire, qui fut, pendant les quatorze dernières années de sa vie, le compagnon de ses voyages et l'un de ses plus chers confidents.

      Notre héros a été mêlé, comme témoin ou comme acteur, à tous les événements de son siècle. Après trente ans passés dans le monde comme gentilhomme et comme magistrat, il s'en est séparé pour entrer dans l'Eglise, non sans garder du gentilhomme toute la distinction, et du magistrat toute la dignité. On le voit, dans le cours de ses destinées ecclésiastiques, étudiant et professeur à , prédicateur à Paris, supérieur de Saint-Louis des Français à Rome, évêque à Carcassonne et à Evreux, archevêque à Rouen, partout pénétré de l'esprit et des devoirs de son nouvel état, et à mesure qu'il avance en âge, avançant dans la vertu et la perfection. Enfin l'élu de Pie IX devient l'électeur de Léon XIII, et ces deux grands papes l'honorent de leur confiance et de leur amitié. Ce trait, qui suffirait à faire son éloge, accuse assez l'importance de son histoire.

      Mgr de Bonnechose posséda aussi, presque au même degré, la confiance des pouvoirs publics qui se succédèrent en France pendant cinquante ans, sous des noms si divers et avec une politique plus différente encore. Nos rois, nos empereurs, nos présidents, nos hommes d'Etat de tous les régimes, l'ont accueilli et entendu. Plus heureux s'ils l'avaient mieux écouté, et s'ils s'étaient souvenus, en temps utile, des conseils de sa sagesse et de sa prévoyance. Le diplomate que l'on a appelé le grand cardinal voulait, en servant l'Eglise, servir aussi la France, sa patrie. L'habileté qu'il déploya dans ce double service ne fut pas inutile soit pour prévenir, soit pour retarder les conflits entre les deux puissances qui se partagent le monde, et ce n'est point sa faute si le concordat, dont il se fit l'intrépide avocat, est dénoncé tous les jours, avec une nouvelle fureur, par les passions révolutionnaires. Le prélat est mort à la peine, mais cette peine sera une des gloires de son nom.

      Si ce livre trouve des lecteurs, les hommes de zèle et de foi en profiteront aussi bien que les politiques et les sages. On ne trouvera dans la vie du cardinal que le respect de l'autorité, le souci de la justice et du droit, le sentiment d'une profonde indépendance toujours contenu, avec une grande dignité, par la politesse et la modération, la passion du bien toujours guidée par l'expérience de la vie et la connaissance des hommes.

      Mais quelque délié qu'ait été le négociateur dans les affaires du temps, Mgr de Bonnechose avait, dans le négoce sacré des âmes, une habileté plus merveilleuse encore. Ce fut avant tout un apôtre. A peine a-t-il reçu la prêtrise qu'il commence l'œuvre de ses conversions. Evêque et cardinal, il n'en devint que plus ardent pour procurer le salut de ses frères, et il les prêcha avec d'autant plus de zèle qu'il pouvait prêcher de plus haut. Les schismatiques, les protestants, les incrédules, partout où il les rencontrait, Français ou étrangers, appartenaient, pour ainsi parler, à sa mission, et formaient comme un autre diocèse confié à son apostolat. Il entreprenait aussitôt leur conversion, ou de vive voix ou par écrit, et de même qu'ils avaient eu les premières pensées de son sacerdoce, ils eurent, dans la dernière saison qu'il passa aux eaux d'Aix, les dernières ardeurs d'un zèle qui ne pouvait s'éteindre qu'avec la vie.

      Nous apportons dans cet ouvrage des documents précieux pour l'histoire contemporaine. Ce sont des pièces sorties du cabinet des papes et des souverains, des lettres de leurs ministres, des confidences des hommes d'Etat. Ce sont aussi des impressions utiles à retenir. Mgr de Bonnechose fut, de tous les prélats de son siècle, celui qui toucha le plus souvent à la politique ; mais il y toucha comme il convient au prêtre, d'une main qui peut la guider et qui saurait la guérir. Les affaires dont il s'est occupé, ou en vertu de quelque mission, ou par l'effet de son zèle officieux, s'éclairaient à ses yeux de cette lumière vive et sereine que donne l'amour de l'Eglise. Elles paraissent sous leur vrai jour et sortent, sous sa plume, des préoccupations et des ombres du temps. C'est pourquoi ses impressions, recueillies à mesure que les événements les provoquent, sont toujours sincères, toujours mesurées. On y verra souvent des jugements qui seront ratifiés par l'histoire.

      Il a été dit que les évêques avaient formé la France, comme les abeilles forment leur ruche. Dans un siècle où l'on s'applique à la défaire, il est intéressant d'apprendre comment le cardinal de Bonnechose s'est efforcé de la sauver. Jamais abeille n'a travaillé à sa ruche avec une industrie plus soutenue. On n'y recueillera guère que le miel exquis de la science, de la douceur, de la piété, de la charité, et si le dard y apparaît quelquefois, ce n'est point celui de l'attaque, mais celui de la défense : Spontè favos, ægrè spicula. Plaise à Dieu que le rôle de l'épiscopat se soutienne à cette hauteur pour la gloire de l'Eglise et l'intérêt de la France !




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