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Vie du cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen – T. 1

Mgr Besson
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CHAPITRE VI
(1/5)

Caractère de l'école de . – Ses erreurs. – Ses dissentiments avec l'évêque. – M. Bautain et ses disciples sortent du petit séminaire de Saint-Louis. – Fondation d'une école libre. – Ministère de M. l'abbé de Bonnechose. – Il publie les leçons de philosophie de son maître. – Mort de Mlle Humann. – Epreuves et consolations de M. l'abbé de Bonnechose. – Il forme l'abbé de Reinach. – Il convertit plusieurs protestants. – Son voyage à Rome avec l'abbé Bautain. – Lettres et impressions de voyage de M. de Bonnechose. – Examen de la doctrine de . – Accueil très bienveillant de Grégoire XVI. – Jugement du pape. – Soumission de l'abbé Bautain et de ses disciples. – Retour à . – Mgr Affre et Mgr Ræss, coadjuteurs de Mgr Lepappe de Trévern. – L'évêque rend ses bonnes grâces à M. Bautain et à ses disciples.


1834-1840

      Quand M. l'abbé de Bonnechose reçut la prêtrise, Mgr l'évêque de ne témoignait déjà plus à l'abbé Bautain une confiance entière, de vives discussions avaient eu lieu entre le prélat et le philosophe, on les connaissait au dehors, et le jour n'était pas éloigné où le maître et les disciples allaient tomber en disgrâce.

      Deux sortes de questions se mêlèrent l'une à l'autre dans cette grave affaire, des questions de personnes et des questions de doctrine. C'est le propre de la faiblesse humaine de les confondre ; le devoir de l'impartiale histoire est de les distinguer, pour apprécier les hommes en réservant les droits de la vérité.

      M. l'abbé Bautain avait été admis aux ordres sacrés sans une préparation suffisante. Si ses études de philosophie étaient profondes, ses études de théologie étaient incomplètes. L'Eglise ne se contente pas de la foi, de la bonne volonté, de la science profane élevée même au plus haut degré. Elle veut des connaissances spéciales pour faire un prêtre. Ce fut ce défaut de science théologique qui perdit Lamennais ; il aurait perdu l'abbé Bautain, si sa sincérité, son humilité, sa foi, ne lui eussent mérité la grâce de se soumettre.

      Devenu prêtre et placé avec ses disciples à la tête du petit séminaire de , M. l'abbé Bautain excita dans le clergé du diocèse une certaine jalousie. On reprocha aux professeurs de Saint-Louis leur mise élégante et recherchée ; la bienveillance que l'évêque avait pour eux, leur séjour à Molsheim, où ils vivaient avec lui comme en communauté, leurs examens passés devant lui en particulier, semblaient des faveurs imméritées. Etrangers au diocèse, on craignait qu'ils ne finissent par en envahir le gouvernement. On redoutait surtout que l'évêque, satisfait des succès obtenus au petit séminaire, ne leur donna le grand à diriger. Leur éducation distinguée, la naissance et la fortune de plusieurs, leurs grades conquis d'une façon si brillante, la facilité indiscrète avec laquelle ils parlaient des moyens nouveaux qu'il fallait chercher pour prêcher la foi en s'éloignant des voies battues, tout, jusqu'à leurs vertus, servait à leur créer des adversaires. On a peint d'un mot la situation en disant que c'était une lutte commencée entre le clergé de la ville et le clergé des campagnes. Enfin M. Bautain et la plupart de ses disciples entendaient peu l'allemand et ne parlaient que le français. La langue est le lien le plus sûr qui puisse exister entre les hommes. Ce lien manquait ici. On se défia involontairement les uns des autres, parce que la langue de la vie commune n'était pas la même.

      L'évêque de , qui s'était trop confié, dans le commencement, à l'inexpérience théologique de M. Bautain, ne se défia pas assez des insinuations de ses adversaires. Les embarras que M. Goschler rencontra à Besançon, les imprudences qu'il commit, donnèrent une arme puissante ; on examina la doctrine philosophique du maître et de ses disciples, elle cessa de paraître sûre, et les reproches se mêlèrent aux discussions, dans lesquelles le philosophe manqua de précision dans les termes et de modestie dans les sentiments. L'évêque lui demandait de signer six propositions sur lesquelles il voulut disputer au lieu de se soumettre. Les six propositions et les réponses furent rendues publiques dans un Avertissement condamnant la philosophie du professeur de l'Académie, qui fut adressé à tout l'épiscopat. Quelques jours après M. Bautain et ses amis furent congédiés du petit séminaire, et on leur ôtait tout pouvoir de prêcher et de confesser.

      La principale question débattue entre l'évêque et le philosophe était le criterium de la certitude. Lamennais l'avait placé dans le témoignage des hommes ; l'abbé Bautain le mit tout entier dans la foi divine. L'un avait oublié que le témoignage des hommes ne peut être attesté que par la raison ; l'autre, que c'est la raison elle-même qui reconnaît l'autorité de la foi et qui s'y soumet. L'erreur du second était aussi manifeste que celle du premier.

      Ainsi M. Bautain, revenu de l'incrédulité, péchait par l'excès même de sa foi. Son premier tort fut de refuser de voir dans la raison la lumière même de Dieu, car Dieu est l'auteur de l'ordre naturel aussi bien que de l'ordre surnaturel. La raison est, comme la foi, un don de Dieu. L'usage de la raison précède la foi et y conduit l'homme par la révélation et la grâce. Le second tort que se donna M. Bautain fut de disputer avec l'évêque, ne voyant en lui que le docteur de Sorbonne et non le juge de la foi. Une publication datée du 25 novembre 1834 aggrava le débat.

      Sous le titre de Philosophie du christianisme, M. l'abbé de Bonnechose se fit l'éditeur de la correspondance qui avait eu lieu entre le professeur et ses premiers élèves, pour répondre à leurs difficultés sur les principaux mystères de la foi. Il composa l'introduction de l'ouvrage et fit précéder les lettres par le récit de la conversion de MM. Ratisbonne, Goschler et Jules Lewel, écrite par eux-mêmes. L'introduction était, comme l'ouvrage entier, empreinte et pénétrée de la doctrine du maître. L'auteur disait en rendant compte des principaux sujets de la correspondance :

      « On y verra traiter les questions les plus intéressantes sur l'état présent et futur de l'homme dans ses rapports avec Dieu et avec la nature ; l'origine et l'autorité de l'Eglise ; le mystère de la sainte Trinité, fondement de la doctrine chrétienne ; les vicissitudes philosophiques de l'humanité ; la liberté de l'homme ; le dogme du péché originel, la rédemption ; tels sont les sujets principaux dont le développement remplira les deux volumes de cette correspondance.

      Elle rendra témoignage aussi de la méthode employée dans son enseignement par le professeur de philosophie de . On n'y trouvera point de discussion, point de débat établi, point d'arguments qui se croisent et qui, en agitant l'esprit, ne lui laissent ordinairement que l'inquiétude et la perplexité. Telle n'est point la manière dont procède M. Bautain en instruisant ses disciples.

      Il expose d'abord les vérités sous leur forme la plus simple, et ensuite il les développe et les explique de manière à en manifester les rapports, l'ensemble et l'unité. Il déploie ainsi successivement la magnifique économie de la religion chrétienne ; et pour en faire mieux ressortir l'évidence, il appelle à son secours toutes les connaissances naturelles ; il montre, au moyen des analogies qu'elles lui fournissent, la correspondance et l'union du monde supérieur avec le monde inférieur qui en est le symbole, où l'idéal se manifeste sous des formes sensibles, où les choses visibles racontent les invisibles, où le terrestre révèle le céleste, et l'humain glorifie le divin. Il fait voir enfin comment les dogmes chrétiens sont les formules les plus parfaites des lois universelles de l'homme et du monde, et justifie ainsi dans l'intelligence ce que le besoin du cœur avait admis par la foi. »

      Vingt ans après, M. l'abbé de Bonnechose, recueillant ses souvenirs, explique comment il fut entrainé dans cette affaire :

      Une discussion philosophique et théologique s'engagea entre l'évêque et l'abbé Bautain. Monseigneur reprochait à ce dernier d'anéantir les droits de la raison et de se jeter ainsi dans un mysticisme dangereux. J'eus le tort de ne pas attacher une assez grande importance à ce dissentiment. Comme je vivais habituellement avec l'abbé Bautain et Mlle Humann, j'intervins avec raison à l'appui du système qu'ils défendaient. Leur but était d'éviter les excès du rationalisme moderne et de lui ôter ses armes. Mais ils dépassaient ce but et allaient trop loin.





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