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Pape Benoît XII

Jacques de Nouveau, dit 'Jacques Fournier' (?, à Saverdun - 25 avril 1342, à Avignon)
195ème pape - Pape du 20 décembre 1334 au 25 avril 1342
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      Benoît XII fut élu pape à Avignon le 20 décembre 1334. Il s'appelait Jacques de Nouveau, surnommé Fournier. Il était né à Saverdun, dans le comté de Foix ; son père était boulanger, c'est de là sans doute que lui venait le surnom de Fournier. Etant jeune, il avait embrassé la vie monastique dans l'abbaye de Boulbonne, de l'ordre de Cîteaux. Il vint étudier à Paris, où il était bachelier quand il fut élu abbé de Fontfroide du même ordre. Parvenu au doctorat, il fut fait évêque de Pamiers en 1317, puis évêque de Mirepoix ; enfin, cardinal par le pape Jean XXII, auquel il succéda huit ans après. Benoît XII fut nommé au refus du cardinal de Comminge, à qui la faction française voulait imposer pour condition de ne point aller à Rome, ce qu'il rejeta, en disant qu'il renoncerait plutôt au cardinalat, parce qu'il croyait que la papauté était en danger. Tous les suffrages s'étant trouvés réunis, par une espèce de prodige, en faveur de Benoît, celui-ci dit aux électeurs : « Vous avez choici un âne. » Ce qui signifiait sans doute qu'il s'avouait très ignorant dans le manège de cour ; car il était d'ailleurs habile jurisconsulte et savant théologien.

      A peine élevé au siège pontifical, il reçut une députation des Romains, qui le pressaient de revenir en Italie. Il n'était pas éloigné de se rendre à ce vœu, et songeait à établir sa résidence à Bologne. Mais l'esprit de faction et de révolte qui troublait cette ville le fit renoncer à son dessein. Il s'occupa donc de gouverner l'Eglise au lieu où la Providence l'avait placé. Son premier soin fut d'ordonner la résidence aux évêques, et de leur défendre de paraître à la cour sans y être appelés pour affaires. Il écrivit au clergé de Castille pour exhorter les ecclésiastiques à réformer leurs mœurs scandaleuses, afin de ne pas exposer la religion chrétienne aux mépris des musulmans. Il révoqua ensuite toutes les expectatives dont son prédécesseur avait surchargé les églises, abolit la pluralité des bénéfices, et tâcha de bannir la faveur et la simonie dans la dispense des emplois ecclésiastiques. Les hérésies qui infectaient alors plusieurs pays, telles que celles des Vaudois en Lyonnais et en Dauphiné, celles des Fraticelles en Italie, et d'autres encore en Irlande et en Allemagne, fixèrent son attention et l'engagèrent à établir des inquisitions en plusieurs endroits, ou à invoquer le secours de la puissance séculière dans les Etats où l'inquisition n'était pas admise.

      Philippe de Valois, qui régnait alors en France, envoya proposer à Benoît XII de faire Jean, son fils aîné, roi de Vienne, de le faire lui-même vicaire de l'empire en Italie, de lui donner les décimes des dîmes pendant dix ans, et tout le trésor de l'Eglise pour le secours de la terre sainte. Le pape et les cardinaux, effrayés de ces prétentions, cherchèrent alors à négocier avec l'empereur Louis de Bavière, qu'il s'agissait de relever des censures dont l'avait frappé Jean XXII. Mais l'accommodement ne put avoir lieu. (Voyez l'Histoire ecclésiastique de Fleury.) Les rois de France et de Naples, d'un côté, le roi de Bohême et le duc de Bavière son gendre, de l'autre, s'y opposèrent pour divers motifs ; et de plus, Philippe avait saisi, dans tous ses Etats, les revenus des cardinaux. Les dispositions favorables de Benoît XII pour l'empereur Louis se trouvant ainsi paralysées par la crainte du roi de France, l'Empereur convoqua une diète à Francfort, où il fut décrété en principe que la puissance impériale ne venait point du pape, et établi en fait que les procédures de Jean XII étaient nulles, attendu qu'elles avaient été faites au préjudice de l'appel que l'Empereur avait interjeté au futur concile dans le cours de l'année 1337. Le roi Philippe de Valois vint visiter Benoît XII à Avignon, et lui faire part du dessein qu'il avait d'entreprendre une nouvelle croisade. Ce prétexte fournit ensuite à ce même monarque, ainsi qu'au roi d'Angleterre, un moyen pour lever sur le clergé de leurs Etats des décimes, dont ils employaient les deniers à la guerre qu'ils se faisaient l'un à l'autre. Benoît écrivit à Philippe pour se plaindre de cette infidélité. Cette lettre est du 04 avril 1337. Le pape articulait les mêmes griefs contre le roi du Portugal. Il formait encore d'autres plaintes contre le roi de France, au sujet de l'extension et de l'abus du droit de régale, à la faveur duquel les officiers royaux pillaient ou dégradaient les bénéfices vacants, ou bien dépouillaient les bénéficiers titulaires, avant que leur dépossession eût été légalement prononcée. L'extension du droit de régale, résultant de l'ordonnance appelée Philippine, excita la réclamation du pape. « Mais le roi y ayant persisté, Benoît ne crut pas, dit Bossuet, qu'il fût de la prudence d'un pape de pousser les choses à bout, ni qu'il fallût toujours, dans les affaires ecclésiastiques, s'arrêter si scrupuleusement aux moindres minuties, et la Philippine subsista dans toute sa vigueur. »

      Benoît XII s'occupa aussi de la situation du roi d'Arménie, qui avait été obligé de se soumettre au soudan d'Egypte, et de lui prêter serment de fidélité. Il lui écrivit pour lui représenter que ce serment, extorqué par la violence, était contraire à la volonté de Dieu, à la justice et à la dignité royale. En conséquence, il l'en déchargea par l'autorité apostolique, dans sa lettre du 1er mai 1338. « Mais, après de telles dispenses, observe judicieusement Fleury, quel fond pouvaient faire les infidèles sur les serments des chrétiens ? »

      Vers ce même temps, Benoît XII reçut à Avignon une ambassade du grand khan des Tartares, et des lettres de quatre princes de la nation des Alains, qui demandaient à renouveler plus intimement leur alliance religieuse avec le pape. Benoît reçut avec honneur ces ouvertures, fit des présents aux députés, répondit d'une manière affectueuse à leurs princes, et envoya quatre frères mineurs, en qualité de nonces, en Tartarie.

      L'affaire de Sicile occupa également ses soins. Ce royaume, occupé par Pierre d'Aragon, lui était disputé par Robert, roi de Naples. Le pape se déclara pour celui-ci : attendu son droit de disposer de la Sicile, comme fief de l'Eglise ; à cause de l'injuste invasion de Pierre Ier en 1282 ; et enfin parce que Frédéric avait fait couronner de son vivant Pierre II, son fils, au mépris du traité qu'il avait fait avec Charles le Boîteux ; traité confirmé par Boniface VIII en 1303. Pour régler cette contestation, Benoît envoya deux nonces en Sicile, d'où ils furent écartés, et qui se virent forcés de borner tous leurs efforts à lancer des sentences d'excommunication contre Pierre et ses adhérents. Le clergé de Hongrie formait des plaintes contre les vexations des officiers du roi et des seigneurs. Ces plaintes supposaient au pape un droit sur le temporel des souverains, suivant les prétentions de Boniface VIII et la doctrine d'Augustin Triomfe. Benoît XII se contenta d'écrire au roi de Hongrie une lettre d'exhortation, en date du 20 septembre 1338.

      Au nord de l'Europe, d'autres affaires attirèrent aussi son attention. L'ordre teutonique avait envahi quelques domaines appartenant au roi de Pologne, entre autres Culm et la Poméranie. Benoît envoya deux nonces pour informer sur cette invasion qui intéressait l'Eglise, dont le roi de Pologne était regardé comme tributaire. L'ordre fut condamné par contumace à restitution, à une indeminté de 194.500 marcs et à 1600 marcs de dépens, avec excommunication contre les auteurs du délit. Le roi de Suède, Magnus, après l'expulsion de Christophe, roi de Danemark, s'était emparé de la Scanie, et demandait au pape de lui confirmer la possession de cette province. Benoît XII lui répondit qu'il ne pouvait faire ce qu'il désirait, attendu que l'usage de tous ses prédécesseurs était de ne faire aucune concession de ces sortes de biens temporels, sans avoir cité ceux qui peuvent y être intéressés.

      Les objectifs de discipline et de dogme occupèrent pareillement les soins de Benoît XII. Il réforma les moines noirs et les frères mineurs. Il fut question de son temps de la réunion des Eglises grecque et latine ; mais cette tentative n'eut point de succès. Le pontificat de Benoît XII, qui dura 7 ans et 4 mois, fut dénué de grands événements, mais remplis de travaux utiles à la religion. Benoît différait de son prédécesseur et dans l'extérieur et dans la conduite morale. Jean XXII avait le visage pâle, la taille petite, la voix faible ; Benoît était fort grand, avait le visage sanguin et la voix sonore. Jean s'appliqua à enrichir ses parents ; Benoît disait au contraire : « A Dieu ne plaise que le roi de France m'asservisse tellement par les parents, qu'il me porte à faire tout ce qu'il désire comme mon prédécesseur. »

      Benoît XII mourut le 25 avril 1342, et fut inhumé à Avignon. La statue de ce pape, que l'on voit au Vatican, porte deux couronnes à la tiare. Quelques auteurs pensent que ce fut Clément V ou Jean XXII qui ajouta la seconde. Ce fut Boniface VIII, ainsi qu'il résulte du petit ouvrage de Jos. Garampi, intitulé : Illustrazione di un antico Sigillo della Garfagnana, Rome, 1762, in-4°. Benoît laissa plusieurs écrits qui ne sont pas imprimés ; mais on conservait à Rome son traité de la Vision béatifique, qui paraît avoir été son principal ouvrage.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 3 - Pages 650-651)




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