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Pape Innocent II

Gregorio Papareschi (?, à Rome - 13 septembre 1143)
162ème pape - Pape du 11 février 1130 au 13 septembre 1143
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      Innocent II fut élu pape le 11 février 1130, au moment même de la mort d'Honorius II, auquel il succéda. Cette précipitation, dont le motif très louable était de prévenir toute espèce de brigue et de cabale, fut précisément ce qui décrédita la mesure en elle-même ; car tous les cardinaux étaient convenus ensemble de faire l'élection à un certain jour fixe, dans l'église de St-Marc, et celle d'Innocent Il venait de se faire subitement au palais de Latran, sans qu'on eût réuni la totalité des cardinaux. Ce fut, à la vérité, la plus grande partie qui nomma Innocent II : l'autre choisit Pierre de Léon, à St-Marc, comme on en était d'abord convenu, et c'est ainsi que le schisme s'établit (Voir l'antipape Anaclet).

      Le pape Innocent II s'appelait Grégoire, cardinal de St-Ange, avait été d'abord moine de St-Jean de Latran, puis abbé d'un monastère de St-Nicolas. Urbain II, après l'avoir fait cardinal-diacre, l'avait envoyé légat en France avec Pierre de Léon, celui qui était maintenant son compétiteur et son rival déclaré. Anaclet, qui était le plus fort dans Rome par ses richesses et son crédit, obligea Innocent de se retirer dans les maisons fortifiées des Frangipane, et bientôt à sortir de Rome. Anaclet fut reconnu par le duc de Calabre, auquel il avait marié sa sœur ; mais le roi Lothaire, ceux d'Espagne et d'Angleterre, et celui de France surtout, se déclarèrent pour Innocent II. Le pape, après s'être d'abord réfugié à Pise, trouva un asile auprès de Louis le Gros, qui indiqua un concile à Etampes, où la question serait examinée. Saint Bernard fut appelé pour y donner son avis, et se déclara pour Innocent II. Il convenait que l'élection pouvait présenter quelques irrégularités ; mais il soutenait qu'on n'en avait pas pu faire une autre avant d'avoir prononcé sur la nullité de la première. Ce fut à Cluny que le pape et les cardinaux de son parti reçurent d'abord l'hospitalité et les honneurs qui leur étaient destinés. Aussitôt que le pape quitta Cluny, le roi de France, accompagné de la reine et des princes ses enfants, vint à sa rencontre jusqu'à St-Benoît-sur-Loire, se prosterna à ses pieds et lui offrit ses services, à lui et à l'Eglise. De là, Innocent visita plusieurs monastères de France, et fut accueilli à St-Denis par le fameux abbé Suger, qui alla au-devant de lui en procession avec son chapitre, et lui prodigua les plus grandes marques de vénération. Le pape y fit une entrée magnifique, ayant sur la tête une tiare brodée, ornée d'un cercle d'or, et monté sur un cheval blanc que les barons vassaux de l'abbaye tenaient par la bride. Les Juifs mêmes étaient venus de Paris pour prendre part à cette cérémonie. Ils présentèrent au pape le livre de la loi en rouleau, couvert d'un superbe voile : « Plaise au Tout-Puissant, leur dit le pape, d'ôter le voile de vos cœurs ! » Le pape célébra la Pâque à St-Denis ; après la messe, on servit au pape un dîner où l'on mangea d'abord un agneau, en se couchant à la mode des anciens ; le reste du repas se fit suivant l'usage du temps. La réception fut plus modeste et plus simple à Clairvaux : une croix de bois, des moines vêtus pauvrement, des cloîtres dénués de tout ornement, un repas frugal où l'on servit du pain bis, des légumes, des herbes, et à peine quelques petits poissons pour le pape, tel fut l'accueil que le vicaire de Jésus-Christ reçut dans l'asile de saint Bernard. Le spectacle de ces austérités religieuses n'en fut pas moins touchant et du plus grand effet sur l'esprit des peuples.

      Quelque temps auparavant, le pape était passé en Lorraine, puis à Liège, où le roi Lothaire se trouva, avec la reine son épouse, pour le recevoir et le faire reconnaître dans une assemblée solennelle d'évêques et de seigneurs qu'il avait convoquée. Ce prince s'avança à pied dans la place devant l'église cathédrale, tenant d'une main une verge pour écarter la multitude, et de l'autre la bride du cheval blanc que le pape montait. Lothaire voulut profiter de la circonstance pour se faire rendre les investitures; mais saint Bernard, qui était présent, s'y opposa fortement et tira le pape de cette fâcheuse perplexité.

      A son retour en France (1131), Innocent II tint un concile à Reims, où il sacra le jeune Louis, fils de Louis le Gros. Cependant la présence du pontife, qui ne tirait aucun secours de Rome, était onéreuse aux peuples obligés de le défrayer, ainsi que sa nombreuse suite : il fallut donc songer aux moyens de retourner en Italie. Le roi Lothaire voulut le conduire et le protéger, et reçut de sa main la couronne impériale dans l'église de Latran, celle de St-Pierre étant encore dans les mains de Pierre de Léon. Cet antipape, déjà excommunié, le fut encore dans un concile tenu à Pise (1131), où saint Bernard assista pour achever son ouvrage et mettre le sceau à la légitimité de l'élection d'Innocent II. Cependant le schisme divisait toujours l'Italie : plusieurs évêques nommés par Pierre de Léon, ainsi que le roi de Sicile, tenaient pour l'antipape. Lothaire repassa les Alpes (1137) et vint avec une armée nombreuse appuyer le parti d'Innocent. L'infatigable abbé de Clairvaux déploya encore en cette occasion toute l'ardeur de son zèle, et réussit à ramener beaucoup de dissidents. Lothaire, après avoir, de son côté, obtenu des succès contre Roger, mourut près de Trente, en retournant en Allemagne. Cet événement releva les espérances des partisans de Pierre de Léon. Saint Bernard, appelé de nouveau par Innocent II, négociait avec le roi de Sicile, lorsque la mort de l'antipape, arrivée au commencement de l'année 1138, vint aplanir les plus grandes difficultés. Cependant les dissidents élurent encore un autre intrus, qui prit le nom de Victor et qui portait auparavant celui de cardinal Grégoire ; mais ils ne prirent cette mesure que pour gagner du temps et tâcher d'obtenir des conditions plus favorables. Le prétendu Victor vint trouver saint Bernard, qui reçut son abdication et le mena aux pieds du pape. Ainsi finit le schisme, le 29 mai 1138.

      Dès lors Innocent reprit toute son autorité dans Rome. Il répara tous les désordres commis pendant l'usurpation, tint un concile dans le palais de Latran, où se trouvèrent mille évêques. On y appela tous ceux qui avaient été illégalement ordonnés. Le pape leur reprocha leur faute avec indignation et leur arracha leur crosse, leur anneau et leur pallium. Saint Bernard n'approuva point ces excès de rigueur, surtout envers Pierre de Pise, à qui l'on avait déjà pardonné (Histoire Ecclésiastique, de Fleury). Cependant Roger, qui avait été excommunié dans ce même concile, se tint en état de guerre et porta ses armes dans la Pouille, dont toutes les villes se rendirent à lui. Le pape rassembla promptement toutes les troupes qui se trouvèrent sous sa main, et marcha contre Roger. On négocia ; mais, dans l'intervalle des pourparlers, le fils du roi de Sicile se porta sur les derrières de l'armée pontificale, surprit le pape et l'amena prisonnier à son père.

      Roger envoya vers son captif des députés qui le traitèrent avec toute sorte d'égards et de respects. Innocent, se voyant ainsi trahi par la fortune, consentit à la paix. Les principaux articles furent que le pape accorderait à Roger le royaume de Sicile, à l'un de ses fils le duché de la Pouille, et à l'autre la principauté de Capoue. Après la signature du traité (1139), Roger et ses fils vinrent trouver le pape, se jetèrent à ses pieds, lui demandèrent pardon et le laissèrent retourner à Rome. Ce fut à cette époque environ que la condamnation des erreurs d'Abailard et d'Arnaud de Bresse, son disciple, occupa les soins d'Innocent II, qui fut si puissamment secondé par l'éloquence et l'activité de saint Bernard.

      Un événement d'une autre nature causa une vive dissension entre le roi de France et le pape. Après la mort d'Albéric, archevêque de Bourges, le pape lui avait donné pour successeur Pierre de là Châtre. Louis le Jeune, irrité de ce que le pape avait fait cette nomination sans son consentement, jura qu'elle n'aurait jamais d'effet, et empêcha le nouvel élu d'entrer dans la ville. Pierre alla se plaindre à Rome, et le pape, en disant qu'il fallait corriger ce jeune prince, jeta l'interdit sur toutes les terres de son obéissance dont l'archevêque était exclu ; mais Thibaud, comte de Champagne, qui possédait de grands fiefs en Berry, prit Pierre sous sa protection et le fit reconnaître dans les églises de ses domaines. Louis le Jeune se détermina alors à porter la guerre en Champagne, et ce fut dans cette occasion que la ville de Vitry fut brûlée avec une grande partie de ses habitants. Ce fut encore saint Bernard qui s'interposa pour apaiser ce différend, quoiqu'il parût avoir déjà perdu un peu de son crédit auprès du pape, sans doute pour avoir été trop utile. Ces événements se passaient en 1142. L'année suivante, le pape fit la guerre aux Tiburtins, qu'il avait précédemment excommuniés ; ils se soumirent et il leur accords la paix. Les Romains, mécontents des conditions, se révoltèrent, montèrent au Capitole, rétablirent le sénat et reprirent les hostilités. Dans ces entrefaites, Innocent II mourut, le 13 septembre 1143, après treize ses et sept mois de pontificat. Il eut pour successeur Célestin II.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 20 - Page 342)




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