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Pape Innocent III

Giovanni Lotario, comte de Segni (1160, à Anagni - 16 juillet 1216, à Pérouse)
174ème pape - Pape du 08 janvier 1198 au 16 juillet 1216
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Innocent III, élu pape le 08 janvier 1198, succéda à Célestin III. Il portait le nom de cardinal Lothaire, était fils de Trasimond, des comtes de Segni, et n'avait que trente-sept ans lorsqu'il fut nommé d'une voix unanime ; mais il le fut à cause de ses vertus et de ses talents ; Fleury ajoute : malgré sa résistance, ses larmes et ses cris. Il avait étudié à Paris (Voyez Pierre de Corbeil), ensuite à Bologne, et s'était distingué de la manière la plus brillante dans la philosophie et dans la théologie. Comme il n'était que diacre, il fut d'abord ordonné prêtre, ensuite sacré évêque dans l'église de St-Pierre.

      Un des premiers soins d'Innocent III fut de recouvrer les domaines de l'Eglise, dont la rentrée en possession étendit sa souveraineté d'une mer à l'autre, sur un aussi grand espace de pays qu'en avaient conquis les Romains dans les quatre premiers siècles de la république. Le nouveau sénat fut subjugué, le consulat aboli, et le préfet de Rome reçut des mains du pontife l'investiture de sa charge, que l'empereur lui avait toujours donnée. Innocent III s'attacha ensuite à détruire la vénalité qui régnait à la cour de Rome d'une manière scandaleuse. A cet effet, il tenait souvent le consistoire, dont l'usage était presque oublié ; il écoutait toutes les plaintes, renvoyait à d'autres juges les moindres affaires, et prononçait lui-même sur les plus importantes. Les plus habiles jurisconsultes venaient s'instruire à ses audiences. Il introduisit dans la jurisprudence ecclésiastique des règles, des formes que les tribunaux civils imitèrent depuis en beaucoup de points.

      Innocent III voulut aussi ranimer partout le zèle pour la croisade. Il la fit prêcher dans tous les Etats de l'Europe, imposa, pour y subvenir, le clergé au quarantième, mais se taxa lui et les cardinaux au dixième des revenus. Tous ces sacrifices aboutirent au siège de Zara, ensuite à la prise et au pillage de Constantinople, contre lesquels Innocent III n'opposa que de vaines remontrances.

      Les vues politiques du pape se portèrent en même temps sur d'autres objets non moins importants. Le cardinal de Capoue, envoyé par lui en France, eut ordre de mettre tout le royaume en interdit (1199), parce que Philippe-Auguste avait répudié Ingelburge pour épouser Agnès de Méranie. Cet interdit dura huit mois, et fut levé lorsque le roi reprit Ingelburge, qu'il avait fait enfermer à Etampes, après avoir renvoyé Agnès, qui en mourut de douleur.

      L'Allemagne attira bientôt l'attention du pape. Sur la fin du XIIème siècle, l'empire se trouva partagé entre trois compétiteurs, à savoir : Frédéric, enfant de deux ans, héritier de la Sicile, fils du dernier empereur Henri VI, et que son père avait fait couronner avant de mourir ; Philippe de Souabe, son oncle, et Othon, duc de Brunswick. Innocent III appuyait ses prétentions à l'élection de l'empereur sur le droit qu'il devait avoir de nommer celui qu'il consacrait, confondant ainsi la cérémonie de l'onction des rois avec l'imposition sacramentelle des mains, essentielle au sacerdoce. Cette doctrine causa beaucoup d'agitation, produisit quelques écrits et fit peu de prosélytes. Philippe de Souabe fut élu par un parti de seigneurs et d'évêques allemands, et couronné roi des Romains. Mais Innocent prétendit que l'élection était nulle, parce que ce prince était antérieurement excommunié, et, après avoir écarté le jeune Frédéric à cause de son bas âge, le pape se déclara pour Othon, quoique Philippe-Auguste l'avertît fortement de s'en défier. Peu de temps après, Philippe de Souabe fut tué par le comte palatin de Bavière. Othon, débarrassé de ce concurrent, ne trouva plus aucune opposition pour être reconnu par tous les partis. Il fut donc couronné empereur à Rome (1209), après avoir fait serment au pape de rétablir le domaine de St-Pierre, dont faisait partie la donation de Mathilde à Grégoire VII. Othon, dirigé par des conseils qui lui firent entendre que cette donation était abusive, ne se pressa point d'accomplir sa promesse. Il fit plus : il attaqua la terre de la Pouille et de la Sicile, qu'il revendiquait comme fiefs de l'empire. Le pape s'aperçut alors qu'il avait été joué, et en fit l'aveu dans une lettre qu'il écrivit à ce sujet à Philippe-Auguste (1211). Il excommunia Othon et se tourna de nouveau vers le jeune Frédéric, qu'il reconnut et couronna roi des Romains (1212).

      Pendant le cours des affaires de France et d'Allemagne, avait commencé à s'élever, entre Innocent et Jean sans Terre, cette discussion célèbre, qui occupe tant d'espace dans cette époque de l'histoire. La cause première fut l'élection de l'archevêque de Cantorbéry (1207). Le roi Jean désirait cette place pour l'évêque de Norwich. Le pape, au contraire, força les moines d'élire Etienne de Langton, homme de mérite à la vérité, et déjà promu au cardinalat. Le roi, en apprenant le procédé du pape, se livra aux plus furieux emportements, et lui écrivit une lettre injurieuse, dans laquelle il le menaçait d'empêcher ses sujets d'aller porter leurs richesses à Rome. Innocent répondit en menaçant à son tour de mettre le royaume en interdit. Le roi, outré de colère, chassa les évêques qui étaient venus lui signifier les résolutions du pape. Aussitôt l'interdit fut lancé contre toute l'Angleterre ; il dura deux ans. Au bout de ce temps, le pape chargea les évêques de déclarer le roi excommunié s'il n'obéissait à l'Eglise. Ils n'osèrent exécuter cette commission ; néanmoins, on en eut connaissance, et ce fut bientôt un bruit public dans toute la ville de Londres. Le roi, ayant appris que l'archidiacre de Norwich en avait parlé, le fit mettre en prison, chargé de fers et revêtu d'une chape de plomb, dont le poids, joint au défaut de nourriture, le fit mourir en peu de jours. Le pape, informé de cet acte de cruauté si nouveau et si atroce, déclara le roi déposé, ses sujets absous du serment de fidélité, et voulut donner à Jean un successeur plus digne de la couronne. Il écrivit donc au roi de France pour le charger du soin de déposer Jean, et Philippe-Auguste résolut de tenter l'entreprise. Le roi d'Angleterre se préparait à une vigoureuse défense ; mais un sous-diacre de Rome, nommé Pandolfe, vint à bout de lui faire sentir le péril où il allait se jeter par une telle résistance. Jean craignait de se voir abandonné par la plupart des seigneurs s'il en venait à une bataille. Il céda et fit avec le pape un traité de paix dont on lui avait envoyé le modèle. En conséquence de ce traité, il déclara, deux jours après, qu'il donnait à l'Eglise de Rome les royaumes d'Angleterre et d'Irlande, avec tous leurs droits (1213) ; qu'il ne les tiendrait plus que comme vassal du pape, et qu'il payerait tous les ans, outre le denier de St-Pierre, 1000 marcs sterling. Il promit, en outre, qu'après l'arrivée de celui qui devait l'absoudre, il remettrait 8000 livres sterling pour dédommagement des pertes qu'avaient supportées l'archevêque de Cantorbéry et les autres intéressés dans cette affaire. Après quoi, en présence de Pandolfe et de tous les assistants, il fit hommage au pape et lui prêta serment de fidélité.

      Pandolfe repassa aussitôt en France et voulut engager Philippe-Auguste à se désister de son entreprise et de ses armements hostiles contre le roi Jean. Philippe s'y refusa, en disant que cette guerre avait été commencée par ordre du pape et que les préparatifs lui avaient déjà coûté 60.000 livres, ce qui ferait aujourd'hui 1 million. De son côté, le roi Jean se prépara à la défense ; mais les seigneurs, avant de l'aider, exigèrent qu'il fit lever l'excommunication, ce qui fut exécuté par les évêques dans la cathédrale de Winchester. Innocent lui écrivit pour le féliciter, en lui disant « que son royaume était devenu un royaume sacerdotal, suivant les paroles de l'Ecriture. » Innocent eût été fort embarrassé de donner une interprétation raisonnable de ces mêmes paroles. Quoi qu'il en soit, il envoya un légat qui fut reçu avec solennité et qui leva l'interdit, dont la durée, depuis six ans, avait causé des maux infinis. Quelque temps après, les seigneurs obtinrent du roi Jean la confirmation de leurs libertés, parmi lesquelles se trouvait le droit d'élection dans les églises cathédrales. Le pape fut très irrité de ces concessions et cassa par une bulle tout ce que le roi avait fait. Mais les habitants de Londres se révoltèrent contre ces actes, en se plaignant de la cupidité romaine qui voulait tout envahir. Le roi Jean, devenu odieux à ses sujets, contre lesquels il faisait la guerre à outrance, fut déclaré incapable de régner par une grande partie des seigneurs, indignés de la soumission honteuse de leur monarque au pontife romain. Ils jetèrent en conséquence les yeux sur Louis, fils de Philippe-Auguste, pour remplacer Jean ; ils lui envoyèrent des ambassadeurs, et il fut donné des otages de part et d'autre. Les commissaires du pape excommunièrent les barons d'Angleterre et les seigneurs français. Le pape fit défense au jeune Louis de poursuivre son entreprise ; mais, ayant appris que ce prince avait déjà passé la mer et obtenait des succès, il en fut inconsolable et prit pour texte d'un sermon qu'il fit à ce sujet ces paroles d'Ezéchiel : Glaive, glaive, sors du fourreau et aiguise-toi pour tuer. Il excommunia ensuite le jeune prince et tous ceux qui l'avaient suivi, et il se préparait à des mesures semblables contre Philippe, lorsqu'il fut attaqué d'une fièvre tierce qui en suspendit l'exécution. Cependant le roi Jean se défendait contre ses sujets révoltés et contre les armes du jeune Louis ; mais, ayant, au passage d'une rivière, perdu son bagage et son trésor, il fut saisi d'un tel chagrin qu'il en mourut la même année.

      Quelques mois après, il survint au pape une fièvre très violente, qui ne fit que s'augmenter par le défaut de diète ; enfin il tomba en paralysie et mourut le 16 juillet 1216, après un pontificat de dix-huit ans et six mois. On a reproché à ce pontife trop de hauteur, de l'ambition et de l'avarice. Il faut néanmoins convenir que c'était le plus savant homme et le plus habile jurisconsulte de son siècle, qu'il avait beaucoup de courage, de grandes lumières, des vues vastes, une dextérité et une intelligence peu communes dans les affaires. Il se mêlait de tout, agissait partout et n'abandonnait jamais aucune affaire qu'elle ne fût poussée à son dernier période. Il montra un grand zèle pour la restauration des mœurs, et ce fut dans ce dessein qu'il tint le quatrième concile de Latran, dont il rédigea lui-même les décrets, qui furent lus aux pères sans qu'ils eussent la faculté de délibérer. Ses prétentions ultramontaines ne furent pas cependant portées au dernier degré : il se reconnaissait soumis au jugement de l'Eglise en matière de foi, et déclara en conséquence à Philippe-Auguste qu'il ne pouvait de lui-même décider l'affaire de son divorce sans un concile, parce qu'il s'exposerait au danger de perdre sa dignité. C'est dans ce concile que fut fait le fameux canon Omni utriusque sexus. On y défendit aussi d'ériger de nouveaux ordres religieux ; et cependant il s'en est plus établi depuis cette époque qu'il n'y en avait eu auparavant. Innocent lui-même approuva ceux des dominicains, des franciscains et des trinitaires.

      Ses ouvrages ont été recueillis à Cologne en 1552 et 1575 ; à Venise en 1578. Les principaux sont des discours, des homélies et un commentaire allégorique sur les sept psaumes de la pénitence ; un traité de controverse, en six livres, sur les sacrements, spécialement sur l'Eucharistie, où la question est approfondie et où l'on trouve beaucoup de considérations mystiques sur les cérémonies de la messe ; un traité De contemptu mundi seu de miseria hominis libri III, composé par l'auteur sous son diaconat. Le titre, le sujet, les citations analogues de l'Ecriture ont pu faire croire qu'il était dans le goût de l'Imitation de Jésus-Christ, avec laquelle il se trouve joint dans plusieurs éditions anciennes ; mais il en diffère extrêmement par l'abus continuel du style antithétique et figuré. Le plus important de ses ouvrages consiste dans ses Lettres. Laporte-Dutheil, dans les Notices et extraits des manuscrits, les porte au delà de quatre mille. L'édition la plus complète qui eût paru était celle de Baluze, Paris, 1682, 2 vol. in-fol. Ce recueil était divisé en dix-neuf livres. L'éditeur a suppléé les 3ème et 4ème livres par la première collection des décrétales de ce pape. Les 6ème, 7ème, 8ème et 9ème étaient restés en manuscrit au Vatican. Les trois derniers sont perdus. On avait annoncé à Rome, en 1745, une édition de celles qui ne se trouvent pas dans Baluze. Cette lacune a été remplie par M. Dutheil dans le 5ème volume des Diplomata, charta et alia instrumenta ad res Francorum spectantia, qu'il a publié en commun avec Brequigny, Paris, 1791, in-fol. Ces lettres sont curieuses par les faits historiques qu'elles contiennent et par les points de discipline dont on y traite. La plupart sont en style de pratique. C'est cet ouvrage qui a mérité à Innocent III le titre de Père du nouveau droit. On conserve dans quelques bibliothèques des manuscrits de ce pape sur le Maître des sentences, sur le baptême, sur le purgatoire, etc. Le style de l'auteur est concis, mais trop chargé de figures. L'antithèse surtout y domine, et ce n'est souvent qu'un tissu de passages de l'Ecriture fondus suivant le goût du temps, spécialement dans les Discours. Innocent III est encore auteur de la belle prose Veni, sancte Spiritus, attribuée mal à propos à Robert, roi de France, par quelques historiens. Il a passé aussi pour avoir composé la prose touchante du Stabat mater dolorosa, revendiquée par les franciscains au Bienheureux Jacques de Benedictis (Voyez Jacopone).

      Innocent III eut pour successeur Honorius III.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 20 - Pages 342-344)



Dictionnaire universel d'histoire et de géographie de Bouillet

       Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, 20ème édition (1866), pp. 923-924.




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