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Pape Innocent VIII

Giovanni Battista Cybo (1432, à Gênes - 25 juillet 1492, à Rome)
211ème pape - Pape du 24 août 1484 au 25 juillet 1492
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Innocent VIII, élu pape le 24 août 1484, après la mort de Sixte IV, auquel il succédait, était noble gênois d'origine grecque, et s'appelait Jean-Baptiste Cibo. Il avait été élevé avec soin, était devenu cardinal évêque de Melfe, et les papes précédents avaient contribué successivement à sa fortune. On l'avait d'abord envoyé à Naples, où il vécut assez longtemps à la cour d'Alphonse et de Ferdinand. Revenu à Rome, il s'était attaché au cardinal de Bologne, frère du pape Nicolas V. Paul II lui avait donné l'évêché de Porto, et Sixte IV celui de Melfe avec la pourpre. Les troubles, les violences dont la ville de Rome avait été le théâtre aussitôt que Sixte IV eut fermé les yeux, rendaient l'élection d'un pape extrêmement importante. Celle-ci fut l'effet de l'intrigue, et cette intrigue fut principalement l'ouvrage du vice-chancelier Borgia, si connu depuis sous le nom d'Alexandre VI. Cibo était âgé de cinquante ans : il avait été marié avant d'entrer dans les ordres ; il était père de deux enfants, qu'il combla de richesses pendant la durée de son pontificat. Le continuateur de Platine, Panvini, dit assez de bien de ce pape ; il loue sa douceur et sa bonté, et ne lui reproche que son avarice. Quoi qu'il en soit, aussitôt après son élévation, le nouveau pontife, pour justifier son nom plutôt que sa conduite, prit pour devise ces paroles du psaume 25 : Ego autem in innocentia mea ingressus sum.

      Les affaires publiques occupèrent bientôt tous ses soins. Apaiser les divisions qui régnaient entre les princes d'Italie, en rattachant au saint-siège tous ceux que son prédécesseur en avait éloignés, et soulever tous les souverains de l'Europe contre les Turcs, tel fut le double but de sa politique. Il envoya partout des légats pour exhorter les princes à oublier leurs querelles particulières et à se liguer contre l'ennemi commun, sinon par des levées de troupes, du moins par des tributs considérables. Il ne put réussir à procurer la paix ; mais il obtint de l'argent. La guerre était trop vive alors entre l'empereur et le roi de Hongrie d'une part, et Albert de Brandebourg et Othon de Bavière de l'autre, pour espérer une réunion universelle, et quant aux sommes considérables qui furent versées à Rome, Innocent VIII fut bientôt obligé de les employer contre le roi de Naples, Ferdinand, qui exerçait une violente tyrannie contre les sujets des Etats ecclésiastiques, et qui, d'ailleurs, refusait de payer le tribut accoutumé de quarante mille écus d'or, en alléguant que le comtat d'Avignon n'avait été cédé au pape, par la reine Jeanne, que sous la condition expresse de l'affranchissement de cette redevance.

      Le pape leva des troupes, dont il donna le commandement à Robert de San-Severino. Le roi de Naples fit d'abord sa paix avec les seigneurs qu'il avait maltraités, arma de son côté, et tâcha en outre d'exciter une guerre civile contre le pape dans le sein de Rome même, sous prétexte de l'irrégularité de son élection. Ces moyens eurent quelques succès. Les environs de la ville furent ravagés par les ennemis, et déjà les esprits fermentaient dans l'intérieur, lorsque San-Severino obtint un avantage assez considérable sur les troupes napolitaines. Ferdinand fut forcé de ralentir ses poursuites, et, par la médiation de quelques cardinaux, fit une paix dont il oublia bien vite les conventions. Il recommença ses violences et ses exactions et se moqua du pape. Innocent irrité l'excommunia, et le déclara privé de son royaume au profit de Charles VIII, roi de France, qui prétendait y avoir des droits. Cette menace n'arrêta point sur-le-champ Ferdinand, qui ne conclut sa paix que deux ans après, lorsqu'il vit Charles VIII disposé à faire valoir ses droits par la force des armes.

      Avant ce démêlé entre le pape et Ferdinand, la cour de Rome avait été occupée du refus que l'on faisait en France de recevoir le cardinal Balue en qualité de légat : mais l'espoir dont le pape flatta depuis l'ambition de Charles VIII aplanit les difficultés et délivra même Innocent VIII de la crainte que l'assemblée du clergé de 1485 ne songeât à rétablir la pragmatique sanction.

      Cependant les succès de Bajazet devenaient inquiétants pour tous les princes de l'Europe et surtout pour l'Italie. Les subsides que le pape avait obtenus ne suffisaient pas pour mettre sur pied des forces capables de résister à l'ennemi commun. Au milieu des incertitudes occasionnées par la position respective de toutes les puissances, Zizim, frère de Bajazet, avait été remis entre les mains du pape par le grand maître de Rhodes, qui l'avait jusque-là retenu prisonnier dans une commanderie de France. Bajazet (1490) envoya des ambassadeurs au pape afin de s'allier avec lui, et de l'engager, moyennant une somme de six vingt mille écus d'or, à reléguer Zizim dans une prison. Un autre ambassadeur était venu, de la part du soudan d'Egypte, avec des propositions bien différentes. Cet ambassadeur était Antoine Milan, gardien des cordeliers de Jérusalem. Il demandait Zizim pour le mettre à la tête de l'armée qui marchait contre Bajazet. A ce prix, le soudan promettait de bien traiter tous les chrétiens qui étaient encore en Palestine, et de leur rendre toutes les conquêtes qui seraient faites sur les Turcs, fût-ce même la ville de Jérusalem. Pendant le cours de ces négociations, on arrêta dans Rome un scélérat appelé Macrin, qui avait offert à Bajazet d'empoisonner le pape et Zizim. Il avoua son crime et fut puni du dernier supplice. Quoi qu'il en soit, il paraît qu'Innocent VIII prêta l'oreille aux propositions de Bajazet et qu'il reçut une pension de quarante mille écus d'or pour garder Zizim, dont la destinée s'accomplit sous le pontificat suivant. C'est ainsi qu'on négociait à Rome avec l'ennemi du nom chrétien, tandis que d'autre part on levait des tributs pour lui faire la guerre.

      Innocent VIII donna aussi quelques soins aux affaires religieuses. Il réussit à retarder les progrès que les hussites faisaient en Bohême. Il écrivit à l'archiduc d'Autriche pour l'engager à réprimer, par son autorité, les sortilèges, maléfices et autres superstitions magiques. Il le pria également de défendre dans ses Etats l'épreuve par le fer chaud. Ferdinand, roi d'Aragon, obtint de lui, en 1485, la continuation d'une levée de décimes pour faire la guerre aux Maures. L'année suivante il confirma le mariage de Henry VII, roi d'Angleterre, avec Elisabeth, et ordonna aux Anglais, par son autorité apostolique, de ne plus contester la couronne à la maison de Lancastre. En 1489, en vertu de cette puissance que les papes conservaient encore sur le temporel des rois, Innocent VIII se mêla comme arbitre d'un différend entre Dorothée, reine de Suède, et Stenon, gouverneur du royaume, au sujet d'une forteresse. Les négociateurs que le pape avait chargés de la conciliation (c'étaient les archevêques de Lunden et d'Upsal, avec les évêques de Roschild et de Strengnès), ayant échoué dans leurs démarches, l'affaire fut évoquée au saint-siège et jugée en faveur de la reine, et Stenon fut menacé des censures s'il refusait d'obéir.

      En 1491, Innocent fut frappé d'une attaque d'apoplexie qui le laissa près de vingt-quatre heures sans connaissance. Les cardinaux profitèrent de ce moment pour mettre en sûreté un million d'or provenant des subsides qui devaient être employés à la guerre contre les Turcs. Depuis ce moment, la santé du pape parut altérée au point qu'il n'avait plus la même liberté d'esprit pour s'appliquer aux affaires. Au mois de janvier 1492, il conclut la paix définitive avec Ferdinand, roi de Naples, et ce fut le dernier acte de son pontificat. Bientôt il ne s'occupa plus que des pensées de l'autre vie, et reçut ses sacrements avec tous les témoignages d'une grande piété.

      Il mourut le 25 juillet de cette même année après avoir occupé le saint-siège pendant près de huit ans. Il eut pour successeur Alexandre VI.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 20 - Page 349)



Dictionnaire universel d'histoire et de géographie de Bouillet

       Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, 20ème édition (1866), p. 924.




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