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Pape Innocent X

Giambattista Pamphili (1574, à Rome - 07 janvier 1655, à Rome)
234ème pape - Pape du 15 septembre 1644 au 07 janvier 1655
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Innocent X, élu pape le 15 septembre 1644, succéda à Urbain VIII. Il se nommait le cardinal Panfili, était romain de naissance, d'une famille noble et ancienne : il avait été successivement avocat consistorial, auditeur de rote, nonce à Naples, dataire dans la légation du cardinal François Barberin en France et en Espagne, et enfin nommé cardinal, en 1629, par Urbain VIII. Son élection au saint-siège souffrit beaucoup de difficultés. La faction des Barberins y portait le cardinal Sachetti ; mais le parti espagnol s'y opposa. Elle mit alors sur les rangs Firenzola, cardinal de St-Clément ; mais les Français n'en voulurent point, parce qu'il était ennemi du cardinal Mazarin. Le choix d'Innocent X fut donc un de ces résultats imprévus, mais infaillibles dans les assemblées délibérantes qui se trouvent divisées en plusieurs partis.

      Le portrait d'Innocent X a été tracé d'une manière si diverse par les auteurs du temps, qu'ils ne se sont pas même accordés sur ses qualités extérieures. Les uns lui donnent une taille haute et majestueuse, une âme élevée, une pénétration merveilleuse ; les autres le représentent petit, laid, difforme, malin, artificieux, ignorant, et de plus hypocrite.

      Il commença du moins par se montrer ferme et très absolu dans l'affaire de l'évêque de Castro, qu'il avait nommé malgré les instances du duc de Parme, à qui appartenaient la ville et le territoire de l'évêché. Mais le pape, en sa qualité de seigneur suzerain, voulait être obéi, et il n'eut aucun égard à la résistance, aux prières de l'évêque nommé, qui craignait de déplaire au duc. Cet évêque partit et fut assassiné même avant de prendre possession. Les auteurs de ce crime demeurèrent inconnus ; mais Innocent ne manqua point de l'attribuer au prince. Sa vengeance fut prompte ; il fit démolir aussitôt la ville et élever sur les débris une pyramide revêtue de cette inscription : Qui Sù Castro. Il déclara le duc déchu de sa principauté, et la guerre ne tarda pas à éclater. Ce fut en vain que les puissances de l'Europe s'intéressèrent pour le duc de Parme. Dans la suite, le duché de Castro fut réuni à la chambre apostolique, et le duc en fut entièrement dépouillé.

      Une autre mésintelligence, d'un genre tout différent, causa bientôt d'autres chagrins au pape. Les Barberins, auxquels il devait son exaltation, voulaient mettre un trop haut prix à leurs services ; ils ne cessaient de demander des grâces ou des largesses, qui parurent importunes ou excessives : des reproches d'ingratitude frappèrent les oreilles du pape, qui résolut de punir ses détracteurs. Pour y parvenir, il imagina de faire des poursuites contre ceux qui possédaient les emplois les plus lucratifs dans la perception des revenus de l'Etat. Cette mesure devait atteindre surtout le cardinal Antoine Barberini, camerlingue ou trésorier général. Antoine, effrayé, se réfugia en France avec son troisième frère auprès du cardinal Mazarin, ennemi déclaré d'Innocent X. Le pape disposa aussitôt des charges et des dignités des deux fugitifs en faveur de ses parents ou de ses amis. Le premier ministre, de son côté, reçut les Barberins avec d'autant plus de faveur qu'ils lui apportaient de grandes sommes d'argent pour subvenir aux frais de la guerre entre les Français et la maison d'Autriche. Le cardinal Antoine devint même, par la suite, archevêque de Reims et grand aumônier de France. Cependant à Rome on poussait les choses jusqu'à la dernière extrémité. Le pape, en 1646, publia. une bulle dirigée particulièrement contre les deux frères cardinaux. Il y déclarait que tous les membres du sacré collège qui s'éloigneraient sans sa permission auraient d'abord tous leurs biens confisqués ; que, six mois après, s'ils n'obéissaient, ils seraient privés de l'entrée des églises et dépouillés de leurs bénéfices et de leurs emplois, et qu'enfin, s'ils persistaient, ils perdraient même le chapeau, sans pouvoir être rétablis autrement que par le pape lui-même, et non par le sacré collège, le siège vacant. Le parlement de Paris déclara cette bulle abusive et nulle. Un arrêt du conseil défendit d'envoyer de l'argent à Rome pour l'expédition des bulles ; on parla de s'emparer d'Avignon ; un armement de terre et de mer sembla menacer l'Italie. Le pape sentit alors qu'il fallait changer de système ; il négocia avec les Barberins. Il s'empressa de leur rendre leurs charges, et déclara qu'il le faisait à la considération du roi très chrétien qui les avait honorés de sa protection.

      Les affaires du midi de l'ltalie ne furent pas étrangères à la politique d'Innocent X. Naples et Palerme s'étaient soustraites à la domination des Espagnols. Le duc de Guise, qui poursuivait à Rome la cassation de son mariage (1647), fut invité par les rebelles à se mettre à leur tête ; mais il ne voulut rien faire sans le consentement du pape, qui l'exhorta à poursuivre son entreprise. Innocent X présumait qu'elle devait plaire au cardinal Mazarin, et comme il avait un grand intérêt à se réconcilier avec lui, il imagina aussi de donner le chapeau au frère de ce premier ministre, espérant par là obtenir la restitution de Piombino en faveur de son neveu, le prince Ludovisi. Mazarin ne fut pas très sensible à toutes ces avances, ne donna point de secours au duc de Guise, ne rendit rien au neveu du pape, et parut tout aussi peu disposé à favoriser les desseins du saint-père qu'à reconnaître ses bienfaits.

      La vieillesse d'Innocent X fut tourmentée par des chagrins domestiques. Sa belle-sœur, dona Olympia, gouvernait despotiquement sa maison et les affaires du dehors. Elle recevait les requêtes, faisait accorder les places, décernait les peines et les récompenses ; c'était l'âme des conseils et le canal des grâces. Cette autorité exorbitante excita des murmures et des accusations graves. On prétendit que toute la conduite de cette dame n'offrait que des traits d'orgueil, d'avidité et de corruption. Le pape, importuné de ces clameurs, éloigna pour un temps dona Olympia de sa maison ; mais il lui substitua la princesse de Rossano, sa nièce, ce qui ne répara point le mal et occasionna de nouvelles satires.

      Dès l'année 1649, on avait vu commencer la fameuse affaire des cinq propositions, sur lesquelles on a tant écrit, et qui ont amené tant de troubles. Il est inutile de répéter ici ce qui appartient au fond même de la question ; il suffit de dire que le fait sur lequel on ne s'accordait point était de savoir si les propositions se trouvaient ou ne se trouvaient pas dans le livre de Jansénius. Déjà une bulle d'Urbain VIII, en renouvelant la loi du silence au sujet des matières de la grâce, avait déclaré que le livre de l'évêque d'Ypres contenait plusieurs propositions erronées. Les jésuites et la plus grande partie des évêques de France, au nombre de quatre-vingt-onze, renouvelèrent en 1650 leurs plaintes contre les propositions, sans former encore explicitement des dénonciations contre les auteurs. Alors Innocent X nomma une congrégation pour examiner l'affaire et tâcher de terminer la dispute. En 1652, il sollicita vivement le roi d'Espagne de faire publier la bulle d'Urbain VIII, et ce monarque y consentit. Enfin, le 30 mai 1653, après plus de deux ans d'examen, et quarante-cinq à cinquante congrégations tenues devant le pape ou devant les cardinaux commissaires, après avoir entendu les défenses et lu les mémoires des partisans des cinq propositions, le pape donna la bulle Cum occasione, par laquelle il condamnait ces cinq propositions qu'il citait comme étant de Jansénius, ajoutant même qu'il ne prétendait pas par là approuver les autres opinions de ce livre. La suite de tous ces actes, qui produisirent le trop célèbre formulaire, appartient au pontificat d'Alexandre VII, dont nous nous sommes déjà occupés.

      Le pape ne survécut pas longtemps à cette affaire. Son grand âge, ses infirmités, les divisions établies entre ses parents, le déterminèrent à laisser le soin du gouvernement à ses ministres, et celui de sa personne à sa belle-sœur, qu'il rappela auprès de lui : celle-ci eut bientôt repris son ancien ascendant. Elle réussit à consolider la réconciliation de sa maison avec les Barberins en mariant une petite-nièce du pape avec dom Maffée Barberin, alors abbé, et depuis prince de Palestrine. Tous ses soins furent dès lors employés à veiller sur la santé du pape. Soit qu'elle craignît pour lui quelque tentative d'empoisonnement, soit qu'elle crût nécessaire d'assujettir un vieillard valétudinaire à un régime rigoureux, elle assistait à tous ses repas et ne laissait entrer personne dans les offices qu'elle ne fût présente.

      A la fin de décembre 1654, le pape se sentit plus faible qu'à l'ordinaire, et les médecins désespérèrent de sa vie. Son confesseur se chargea de lui annoncer sa fin prochaine. Innocent X reçut cette nouvelle avec plus de fermeté qu'on ne s'y attendait. « Vous voyez, dit-il au cardinal Sforce, où vont aboutir toutes les grandeurs du souverain pontife. » Il fit appeler ses neveux et nièces, leur donna sa bénédiction, et mourut le 07 janvier 1655, âgé de plus de 80 ans, dans la onzième année de son pontificat. Il avait comblé de biens ses parents et fait bâtir deux superbes églises à Rome. Il laissa de grandes sommes d'argent, qui ne furent pas inutiles à son successeur Alexandre VII.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 20 - Pages 349-350)




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