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Pape Innocent XI (bienheureux)

Benedetto Odescalchi (1611, à Côme - 12 août 1689, à Rome)
238ème pape - Pape du 10 septembre 1676 au 12 août 1689
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Innocent XI, qui succéda à Clément X, s'appelait Benoît Odescalchi. Sa famille, originaire de Lombardie, s'était fort enrichie dans le commerce. il avait pris d'abord la profession des armes. On croit assez communément qu'il la quitta après avoir été blessé à l'épaule d'un coup de mousquet. D'autres racontent son changement d'état avec des détails trop ridicules pour n'en pas faire suspecter la vérité. Quoi qu'il en soit, Odescalchi prouva qu'il avait d'assez hautes qualités pour remplir dignement sa nouvelle vocation. Avant son élévation au saint-siège, Urbain VIII l'avait fait protonotaire apostolique, et, depuis, commissaire de la province de Macerata ; Innocent X l'avait nommé clerc de sa chambre, et ensuite cardinal en 1647. Il eut la légation de Ferrare et l'évêché de Novare, dont il se démit en faveur de son frère. Son honnêteté, sa douceur, sa modestie, lui firent partout des amis. Amelot de la Houssaye dit qu'il eût été élu dès le conclave précédent, si l'on n'eùt pas craint sa sévérité. Il ne le fut que le 10 septembre 1676, et prit le nom d'Innocent XI, par affection pour la mémoire de son principal bienfaiteur.

      Ses projets de réforme ne tardèrent pas à se manifester : il voulait faire revivre partout la science, le désintéressement et la discipline. Son neveu Livio eut défense de recevoir aucun présent, et ne fut point cardinal patron. Cette charge au contraire fut abolie ; et le cardinal Cibo fut nommé surintendant et secrétaire de l'Etat ecclésiastique. Innocent XI envoya ses nonces en France, en Espagne, en Pologne et en Portugal, pour exhorter ces couronnes à la paix. Il défendit aux juifs de Rome toute usure, renvoya tous les évêques dans leurs diocèses, donna ordre qu'on n'en sacrât aucun qui ne fût digne du ministère, et qu'on éloignât du sacerdoce tous les sujets ignorants ou déréglés. Il commit, pour opérer ces réformes, quatre théologiens, au nombre desquels était Recanati ; il pourvut libéralement aux besoins des pauvres, et assigna une pension considérable à la reine de Suède, Christine, réfugiée à Rome.

      A ces qualités généreuses, Innocent XI joignait une fermeté de caractère qui allait jusqu'à l'inflexibilité, lorsqu'il croyait son opinion ou ses intérêts d'accord avec la justice ; et ce caractère, il le déploya tout entier dans les démêlés célèbres qu'il eut avec la France. Trois objets de la plus haute importance divisèrent les deux cours : la régale, les quatre articles de l'assemblée du clergé de 1682, et le droit de franchise des ambassadeurs. On sait que la régale était, entre les mains du roi, le droit de jouir des revenus des évêchés, et de conférer les bénéfices qui n'avaient point charge d'ames pendant la vacance des sièges. Ce droit était exercé dans presque toutes les églises de France, à l'exception de quelques-unes de Languedoc, Guyenne, Provence et Dauphiné : mais le second concile de Lyon, en 1274, en reconnaissant le droit de régale dans toutes les églises où il était alors établi, avait défendu de l'étendre, sous peine d'excommunication. Cependant Louis XlV, par deux édits successifs, l'un de 1673, et l'autre de 1675, avait jugé à propos d'étendre et d'établir la régale d'une manière uniforme par tout son royaume. Les évêques d'Alet et de Pamiers réclamèrent hautement ce qu'ils appelaient l'immunité de leurs églises. Ils en écrivirent au pape, qui se déclara leur défenseur. Le roi fit saisir le revenu de ces évêques. Le parlement, toujours opposé aux volontés de la cour de Rome, avait enregistré les deux édits, et soutenait leur exécution. La plus grande partie du clergé était dans les mêmes sentiments. Le pape, de son côté, attaquait dans ses brefs l'autorité de tous les tribunaux de France qui ordonnaient l'exécution des édits. Dans un de ces brefs, entre autres, rendu au sujet d'une affaire relative au couvent de Charonne, il avait supprimé un arrêt du parlement de Paris, avec défense de le lire sous peine d'excommunication, et, de plus, injonction aux évêques d'en brûler tous les exemplaires. Ces actes révoltèrent le parlement et les évêques qui se trouvaient alors assemblés à Paris (1681). L'archevêque de Reims, le Tellier, releva ces entreprises avec beaucoup de véhémence : on crut qu'il fallait enfin fixer, d'une manière solennelle et légale, la doctrine de l'Eglise gallicane sur la puissance temporelle des papes, sur l'indépendance particulière des rois de France, et sur l'infaillibilité du chef de l'Eglise. Ce fut ainsi que l'affaire de la régale amena l'assemblée de 1682, et prépara les fameux articles qui en furent le résultat. Il est inutile d'en exposer de nouveau les motifs, après l'immortel ouvrage de l'évêque de Meaux, qui est un chef-d'œuvre d'érudition et de discussion.
      Bornons-nous à rappeler quelques particularités historiques, trop peu répandues peut-être, et trop peu remarquées jusqu'ici. S'il faut en croire le témoignage de l'abbé Fleury (Voyez ses Nouveaux opuscules, Paris, 1807), Bossuet n'était point d'avis qu'on attaquât ouvertement l'autorité du pape, malgré le sentiment de Colbert, du chancelier le Tellier, de l'archevêque de Reims son frère ; et, malgré les vives impatiences du P. Lachaise, il leur disait, « que cette question serait hors de saison ; que ce serait augmenter la division qu'on voulait éteindre ; qu'on avait pour soi la possession ; et qu'enfin il fallait se contenter d'obtenir la régale, sans y mêler des propositions capables de déplaire à la cour de Rome. » Ce fut dans cet esprit que l'évêque de Meaux prononça, à l'ouverture de l'assemblée, ce discours sur l'unité de l'Eglise, qui est un des plus beaux morceaux sortis de sa plume. Il proposa d'examiner la tradition, avant de rien statuer sur le fond de la question. Mais Louis XIV ne goûta point ces tempéraments dilatoires : il fallut aller en avant. L'assemblée, après avoir reconnu formellement le droit de la régale, tel qu'il était établi par les édits du roi, se hâta de décider la question des deux puissances. Bossuet lui-même fut chargé de la rédaction des quatre articles, qu'il réduisit aux termes les plus simples, les plus précis et les moins équivoques (1). Le roi non seulement approuva par un édit la déclaration du clergé, comme l'expression de la véritable doctrine de l'Eglise gallicane ; mais il ordonna de l'enseigner expressément dans toutes les universités, de ne recevoir aucun professeur qui ne l'eût souscrite, et de n'admettre au grade de licencié, ou de docteur en théologie ou en droit canon, aucuns postulants qu'après qu'ils auraient soutenu cette doctrine dans leurs thèses publiques. Le pape alors prit le parti de refuser des bulles à tous les ecclésiastiques du second ordre qui avaient assisté à cette assemblée du clergé, et que le roi nommait évêques. Louis XIV, de son côté, fit défense de se pourvoir en cour de Rome pour obtenir des bulles, et se rendit appelant au futur concile par le ministère de son procureur général au parlement de Paris, de tout ce que le pape pourrait entreprendre au préjudice du roi de France et de ses sujets, et des droits de sa couronne.

      Les esprits s'aigrirent encore davantage au sujet des franchises. Les premières étincelles de cette dispute avaient paru sous Clément X, qul avait conçu le projet de faire exécuter à cet égard la bulle de Sixte-Quint. Il faut savoir, pour bien entendre la question, que le droit de franchise ne se bornait point à Rome au simple privilège d'asile dans le palais d'un ambassadeur, mais qu'il s'étendait encore aux maisons adjacentes, et presque dans tout un quartier ; en sorte que les malfaiteurs trouvaient souvent un moyen assuré d'échapper à la justice. Les représentations faites par le gouverneur romain avaient été écoutées par la plupart des puissances qui avaient consenti à de justes restrictions. On citait ces exemples à Louis XIV, qui répondit avec hauteur qu'il n'était point accoutumé à se régler sur la conduite d'autrui, et donna ordre à son ambassadeur de soutenir son droit avec le plus grand éclat. En conséquence, le marquis de Lavardin fit son entrée dans Rome le 16 novembre 1687, avec un cortège de huit cents personnes, gentilshommes d'ambassade, officiers, gardes-marine, en un mot, avec un appareil plutôt hostile que diplomatique. Les douaniers s'étant présentés, on menaça de couper le nez et les oreilles à quiconque s'aviserait de vouloir visiter les bagages de Son Excellence. L'ambassadeur prit possession du palais Farnèse ; sa suite se logea dans le quartier environnant, et fit la ronde jour et nuit. Le pape excommunia Lavardin, fit cesser le service dans l'église de St-Jean de Latran, où il allait habituellement, et interdit celle de St-Louis, où l'ambassadeur avait communié. Le roi, à qui Lavardin se plaignit, lui commanda de redoubler de fermeté pour soutenir son caractère. En France, on refusa de donner audience au nonce ; on le retint comme prisonnier ; enfin le roi se saisit d'Avignon, comme il l'avait fait du temps d'Alexandre VII. Trente-cinq églises cathédrales étaient privées de pasteurs. Les suites fusnestes de ces brouilleries ne cessèrent que sous le pontificat d'Innocent XII.
      Celui d'Innocent XI, après les grandes affaires dont nous venons de parler, n'a plus rien de très remarquable, que l'affaire du cardinal de Furstemberg qui postulait l'archevêché de Cologne, et à qui le pape prétéra le prince Clément de Bavière. On crut que dans cette occasion Innocent avait voulu mortifier Louis XIV qui protégeait le cardinal. Ce pontife passa toujours pour ne pas aimer les Français (2). Ce fut lui qui proscrivit, par une bulle du 19 novembre 1687, les erreurs de Molinos, premier auteur du quiétisme, dont le système de Fénélon ne paraît être qu'une copie mitigée. Molinos fut livré à l'inquisition, rétracta ses erreurs, et fut reconduit en prison, où il mourut.

      En 1689, la santé d'Innocent XI déclina sensiblement. Pour détruire ou diminuer les humeurs catarrheuses dont il était tourmenté, les médecins imaginèrent de lui faire des incisions aux jambes, où il souffrait de grandes douleurs. Ce remède fut inutile dans un corps usé de vieillesse et d'infirmités. Le 08 août, la fièvre devint si violente, qu'on désespéra de sa vie. Se sentant près de sa fin, il fit appeler son neveu Livio, et lui recommanda de ne point se mêler des intrigues du conclave qui allait s'ouvrir. Il voulut que les généraux et deux religieux de tous les ordres vinssent lui donner leur bénédiction, et fussent présents à sa mort : elle arriva le 12 août 1689. Il avait tenu le saint-siège pendant treize ans, et en avait vécu 78. Il eut pour successeur Alexandre VIII.


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(1)  Voici ces quatre articles, tels qu'ils furent rédigés par l'évêque de Meaux et adoptés par l'assemblée, pour former sa déclaration du 16 mars 1682 : « La puissance que Dieu a donnée à saint Pierre et à ses successeurs, vicaires de Jésus-Christ, et à l'Eglise même, n'est que des choses spirituelles et concernant le salut éternel, et non des choses civiles et temporelles ; donc les rois et les princes, quant au temporel, ne sont soumis, par l'ordre Dieu, à aucune puissance ecclésiastique et ne peuvent directement ni indirectement être déposés par l'autorité des clefs, ni leurs sujets être dispensés de l'obéissance ou absous du serment de fidelité. – La pleine puissance des choses spirituelles qui réside dans le Saint-Siège et les successeurs de saint Pierre n'empêche pas que les décrets du concile de Constance ne subsistent touchant l'autorité des conciles généraux, exprimée dans les quatrième et cinquième sessions ; et l'Eglise gallicane n'approuve point que l'on révoque en doute leur autorité ou qu'on les réduise au seul cas du schisme. – Par conséquent, l'usage de la puissance apostolique doit être réglée par les canons, que tout le monde révère ; on doit aussi conserver inviolablement les règles, les coutumes et les maximes reçues par le royaume et l'Eglise de France, approuvées par le consentement du Saint-Siège et des Eglises. – Dans les questions de foi, le pape a la principale autorité, et ses déclarations regardent toutes les Eglises, et chacune en particulier ; mais son jugement peut être corrigé si le consentement de l'Eglise n'y concourt. » (Traduction de l'abbé Fleury, pp. 10 et 11 des Nouveaux Opuscules.)

(2)  Il a paru sous le nom d'Innocent XI une prophétie commençant pas ces mots : Quando Marcus Pascha dabit. Un père Querck, jésuite, mort en 1743 à Vienne, a publié en 1734, où Pâques tombait le jour de saint Marc, un écrit pour tranquilliser les Viennois sur les événements qu'elle semblait prédire pour l'Europe à cette époque. La même prophétie a été publiée, Paris, 1816, ainsi qu'une autre, plus ancienne et anonyme, dont elle est la paraphrase, avec une explication par M. V... (Viguier), qui applique l'une et l'autre à la révolution opérée en France en 1791, époque où saint Marc tombait aussi l'une des fêtes de Pâques.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 20 - Pages 351-353)




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