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Pape Innocent XII

Antonio Pignatelli (13 mars 1615, à Naples - 07 septembre 1700, à Rome)
240ème pape - Pape du 12 juillet 1692 au 07 septembre 1700
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Innocent XII, qui succéda à Alexandre VIII, s'appelait Antoine Pignatelli, était né à Naples en 1615, le 13 mars, et descendait d'une famille noble et très ancienne, originaire de Tropea en Calabre. Le conclave qui précéda son élection dura plus de cinq mois, à cause des intrigues dont il fut agité. Enfin les voix se réunirent en faveur de Pignatelli, qui fut élu le 12 juillet 1692. Il avait occupé successivement plusieurs places avec distinction. Urbain VIII le nomma vice-légat du duché d'Urbin ; Innocent X inquisiteur de Malte et nonce à Florence ; Alexandre VII nonce en Pologne et à Vienne ; Clément X évêque de Lucques, enfin Innocent XI lui donna le chapeau et l'archevêché de Naples. Ce fut par reconnaissance pour ce pape qu'il prit le nom d'Innocent XII, et il déclara en même temps qu'il voulait marcher sur ses traces. Il ne tarda pas à le prouver par ses actions.

      Son attention à réparer tous les désordres qu'avait fait naître une longue vacance du saint-siège, sa sévérité dans le choix des ecclésiastiques, et contre la cupidité des juges, ses vues d'économie, sa frugalité personnelle, ses largesses envers les pauvres, qu'il appelait ses neveux, la bulle qu'il fit souscrire à tous les cardinaux, afin d'abolir à jamais le népotisme, lui ont mérité l'estime des contemporains comme de la postérité, et même celle des ennemis de la religion catholique. La France ne manqua point de profiter de ces heureuses dispositions. Le pontificat d'Alexandre VIII avait été trop court pour terminer les différends qui régnaient entre les deux puissances. Cependant, quoique ce pape ne se fût pas montré fort conciliant dans les négociations, Louis XIV avait commencé par rendre Avignon ; le cabinet de Versailles se montrait disposé à céder sur l'article des franchises. De son côté, Rome gardait le silence sur la régale ; on voulait bien consentir tacitement à l'exécution des écrits du roi, appuyés de la délibération du clergé. Tel était l'état des choses à l'avènement d'Innocent XII. Ainsi les difficultés primitives paraissaient aplanies ; il restait à s'entendre sur les quatre articles. Innocent XII refusait de donner les bulles aux trente-cinq évêques non institués, à moins d'un acte de soumission. L'abbé Fleury nous apprend à ce sujet que Bossuet, qui n'avait pas été écouté pour prévenir l'orage, fut appelé pour l'apaiser. On le consulta sur la forme de la lettre que les évêques nommés devaient écrire, et qui subit trois rédactions consécutives. Elle fut envoyée enfin, en 1693, telle qu'elle est consignée dans tous les monuments historiques de cette époque, mais écrite en particulier par chacun des évêques désignés, qui n'étaient que députés du second ordre à l'assemblée de 1682, tandis que les évêques qui composaient le premier ordre de cette assemblée gardèrent le silence. Il n'est pas possible de douter que Bossuet n'eût participé à la rédaction de cette lettre, lorsqu'on voit, dans son ouvrage intitulé Gallia orthodoxa, le soin qu'il prend de la justifier. « Idcirco, dit-il, nec piguit Gallos ad episcopatum promovendos datis ad pontificem maximum litteris... Nihil enim decernere animus fuit », etc.
      Ainsi, le sens de cette lettre ne peut être équivoque aujourd'hui. En maintenant la doctrine qui appartient spécialement à l'Eglise gallicane, les évêques déclarent que l'intention de l'assemblée n'a pas été de l'ériger en décret universel. Cette opinion reçoit encore plus de certitude par la lettre particulière que Louis XIV adressa au pape le 14 septembre 1693. « J'ai donné, disait le roi, les ordres nécessaires afin que les choses contenues dans mon édit du 02 mars 1682, touchant la déclaration faite par le clergé de France..., ne soient pas observées, etc. » Dans cette lettre, qui est évidemment un acte concerté avec les évêques, et par conséquent avec Bossuet (1), il est à remarquer qu'il n'y a pas un mot qui annonce une rétractation de principes, mais seulement une modification dans l'exécution de l'édit. Pour prouver cette vérité, il faut rapporter tout de suite ce qui se passa postérieurement, sous le pontificat de Clément XI, relativement à l'affaire de l'abbé de Saint-Aignan. Ce jeune ecclésiastique, frère du duc de Beauvilliers, avait, en 1705, soutenu dans sa thèse les quatre articles du clergé. Sous ce prétexte, Clément XI lui refusait des bulles pour l'évêché de Beauvais, auquel il avait été nommé par le roi. Louis XIV écrivit à ce sujet, le 07 juillet 1713, une lettre au cardinal de la Trémoille, son ambassadeur à Rome (Voyez les Nouveaux opuscules de Fleury), dans laquelle il expose quelles étaient ses véritables intentions lorsqu'il avait écrit en 1693 à Innocent XII, et d'où il résulte que, « s'il a révoqué son édit de 1682, en ce qu'il prescrivait rigoureusement l'enseignement des quatre articles, il ne serait pas juste d'empêcher ses sujets de dire et de soutenir leurs sentiments sur une matière qu'il est libre de soutenir de part et d'autre, comme plusieurs autres questions de théologie, sans donner la moindre atteinte à aucun des articles de foi. » Clément XI se rendit à ces raisons, et donna des bulles à l'abbé de Saint-Aignan. Ainsi, il ne saurait y avoir aujourd'hui aucun doute sur le fond de la question. Par l'édit de 1682, il était enjoint d'enseigner ; depuis, il n'est pas défendu de soutenir ; c'est la seule différence. Le sort de la déclaration du clergé et de l'édit du roi n'a rien de commun avec la doctrine de l'Eglise gallicane. C'est le sentiment de Bossuet lui-même, qui conclut en ces termes dans l'ouvrage cité plus haut (Gallia orthodoxa) : Abeat ergo declaratio quo libuerit ; non enim eam, quod sæpe profiteri juvat, tutandam hic suscipimus. Manet inconcussa et censuræ omnis expers, prisca illa sententia Parisiensium. Innocent XII, satisfait de la lettre des évêques et du roi, accorda les bulles si longtemps désirées, et la paix se rétablit entre les deux cours.

      Dès ce moment, le pape, fidèle allié de la France, chercha tous les moyens de forcer l'empereur de faire sa paix avec elle. Il procura des secours au roi d'Angleterre pour tâcher de le rétablir, et en donna aussi aux Vénitiens.

      L'importante affaire du quiétisme fut terminée sous ce pontificat. D'après la décision d'une congrégation établie pour examiner la question, le livre de l'Explication des Maximes des Saints fut condamné par un bref du 12 mars 1699. Bossuet triompha, et l'archevêque de Cambrai se soumit (Voyez Fénelon).

      Innocent XII donna, en 1694, une nouvelle preuve de sa droiture et de sa prudence, en adressant à l'archevêque de Malines un bref par lequel il lui défendit d'inquiéter aucunes personnes sur des accusations vagues de jansénisme et d'hérésie, sans les avoir juridiquement convaincues d'attachement aux erreurs condamnées. Cette mesure servit depuis de règle de conduite à Benoît XIV, ainsi qu'on l'a déjà vu.

      Innocent XII mourut le 07 septembre 1700, dans la 86ème année de son âge, et dans la 9ème de son pontificat. Sa vie fait son éloge. Il eut pour successeur Clément XI.


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(1)  N'est-il pas étonnant, d'après cela, que dans un écrit moderne, intitulé Essai historique sur la puissance temporelle des papes, etc., Paris, 1811, on ait cru pouvoir qualifier d'ignominieuse la lettre de Louis XIV ? D'Alembert s'est permis de blâmer aussi ce qu'il appelle la faiblesse de Louis XIV en cette occasion ; mais il l'impute aux suggestions perfides du P. Letellier, confesseur du roi. Or, il est bon de savoir, pour se convaincre de l'absurdité d'une telle imputation, que la lettre de Louis XIV à Innocent XII est de l'année 1693, et que le P. Letellier n'est devenu confesseur du roi qu'en 1709. (Voyez les Nouveaux Opuscules de Fleury, p. 42 et suiv. des additions et corrections.) Par conséquent, le P. Letellier n'aurait pu influer, au contraire, que sur l'accommodement fait en 1713 avec Clément XI.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 20 - Pages 353-354)



Dictionnaire universel d'histoire et de géographie de Bouillet

       Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, 20ème édition (1866), p. .




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