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Pape Martin Ier (saint)

(v. 590, à Todi, en Toscane - 15 septembre 655, à Cherson, en Crimée)
74ème pape - Pape de juillet 649 au 15 septembre 655
Fêté comme martyr le 12 novembre par l'Eglise romaine et le 14 avril comme confesseur par l'Eglise grecque
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Saint Martin Ier, élu pape en juillet 649, successeur de Théodore Ier, était de Tudertum ou Todi, en Toscane ; il avait été légat à Constantinople. Le monothélisme était toujours dominant en Orient (Voyez Honorius Ier et Jean IV) et combattu à Rome. Saint Martin Ier suivit les principes de ses prédécesseurs, et tint à Rome le concile dit de Latran, où il combattit les erreurs de ce système, avancé par Cyrus, évêque d'Alexandrie, ensuite par Sergius, patriarche de Constantinople, etc., et enfin par Pyrrhus et Paul, ses successeurs. Les discours du pape dans ce concile, où il explique d'une manière lumineuse toutes les opinions diverses, donnent une haute idée de son savoir et de son éloquence. Le résultat fut la condamnation de l'Ecthèse et du Type des Orientaux, qui défendait toute discussion sur l'article de foi relatif aux deux volontés et aux deux opérations. Les actes du concile furent envoyés dans toutes les Eglises d'Egypte et d'Orient, où les conquêtes des musulmans ajoutaient aux maux causés par les hérésies.

      Le Type était un édit de l'empereur Constant II, qui se trouva offensé de la manière dont il avait été traité dans le concile. Ce prince, animé encore par la plainte de Paul, chargea l'exarque Olympe de sa vengeance. Celui-ci forma d'abord le dessein d'attenter à la vie du pape au moment de la communion ; mais il n'eut pas la force d'exécuter son crime : il se sentit frappé de terreur et de remords, et la honte et le désespoir lui firent quitter l'Italie. Il passa en Sicile, où il fut tué en combattant contre les Sarrasins. L'empereur envoya un autre exarque, nommé Calliopas, qui se chargea d'arrêter le pontife et de le mener à Constantinople. Il commença par l'accuser d'avoir caché des armes pour se défendre. Il fut bien facile au pape de se justifier ; mais Calliopas ne s'était pas avancé ainsi pour reculer. A peine avait-il reçu la réponse du pape qu'il parut avec ses soldats, et trouva le saint pontife couché à la porte de l'église de Latran. Les soldats entrèrent dans l'intérieur, brisèrent les cierges, en jonchèrent le pavé, et portèrent le trouble dans le sanctuaire. Le clergé protestait hautement de l'innocence et de la pureté de la foi de son chef ; mais le pape se livra sans résistance, et, malgré les cris du peuple, il fut enlevé et conduit hors de la ville, dont on ferma les portes. Son voyage fut long et douloureux : on n'eut aucun égard à des incommodités dont il souffrait beaucoup. Après avoir traversé la Calabre, il erra quelque temps dans différentes des îles ioniennes ; il s'arrêta un an à Naxos, où on lui permit enfin de descendre du vaisseau qui jusqu'alors lui avait servi de prison ordinaire. Cependant l'empereur lui avait fait donner à Rome un successeur (Voyez Eugène Ier), qui n'en fut pas moins regardé dans la suite comme un pape légitime.

      Saint Martin Ier arriva à Constantinople le 17 septembre 654. Pendant son séjour à Naxos, il avait reçu des secours de tous les fidèles qui pleuraient son absence et son infortune ; mais ses gardes pillaient tout ce qui lui était envoyé. Ils maltraitaient ceux qui apportaient les présents et les chassaient en disant : « Quiconque aime cet homme est ennemi de l'Etat. » Avant d'entrer à Constantinople, il avait été annoncé à l'empereur. On le laissa au port, dans le vaisseau, couché sur un grabat, tourmenté de la goutte, exposé aux insultes de tous ceux qui voulurent en approcher. Vers le soir, un scribe, nommé Sagolère, accompagné de quelques gardes, le fit tirer de la barque et renfermer ensuite dans la prison appelée Prandearia, où il demeura trois mois sans parler à personne. Le procès commença le 15 décembre. Le pape parut devant le sacellaire Bucoléon. On l'avait apporté sur une chaise ; car les fatigues du voyage et de la prison avaient augmenté ses infirmités et l'empêchaient de se tenir debout. Du plus loin que le sacellaire l'aperçut, il lui commanda de se lever ; les officiers représentèrent qu'il ne pouvait pas se soutenir : « Qu'on le soulève ! » s'écria le sacellaire, et cela fut exécuté. La procédure qui suivit ces préliminaires ne fut pas moins odieuse. On accusait le saint pape d'avoir conspiré avec Olympe, qui avait voulu lui arracher la vie. On produisit contre lui vingt témoins subornés, tirés de la plus vile populace ou de la plus brutale soldatesque ; on l'interrogea d'une manière insultante et féroce : le pape répondait en latin aux questions qui lui étaient faites en grec, par l'intermédiaire d'un interprète nommé Innocent. Le sacellaire s'emporta jusqu'à la fureur, parce que les réponses du pontife ne laissaient pas de l'embarrasser. Quand on fut las de cette indigne scène, qui n'était qu'un supplice anticipé, le sacellaire se retira pour aller faire son rapport à l'empereur. On fit sortir Martin de la chambre du conseil, et on le plaça sur une terrasse pour qu'il pût être vu de la cour et du peuple. Le sacellaire parut alors, et, après avoir adressé au pape les paroles les plus outrageantes, il ordonna à l'un des gardes de lui déchirer son manteau et la courroie de sa chaussure. Ensuite il le livra au préfet, avec ordre de le mettre en pièces. Il commanda aux assistants de l'anathématíser. Vingt voix au plus crièrent anathème. Tous les autres assistants gardaient un morne silence et baissaient la tête de douleur. Les bourreaux se saisirent alors de lui, arrachèrent son pallium, le dépouillèrent du reste de ses vêtements et ne lui laissèrent qu'une tunique sans ceinture ; encore la déchirèrent-ils aux deux côtés, en sorte qu'on voyait son corps à nu. Ils lui mirent un carcan de fer au cou, et le traînèrent ainsi depuis le palais par le milieu de la ville, avec le geôlier, pour montrer qu'il était condamné à mort ; un autre portait devant lui l'épée avec laquelle il devait être exécuté. On l'amena chargé de chaînes au prétoire, et de là il fut jeté en prison avec des meurtriers. On le traînait si violemment qu'en montant les degrés, qui étaient hauts et rudes, il s'écorcha les jambes et teignit l'escalier de son sang. Il semblait près d'expirer ; il tomba épuisé : on le releva pour le poser sur un banc, enchaîné comme il était et mourant de froid, car l'hiver était insupportable, et tout cela se passait, ainsi qu'on l'a vu, au milieu du mois de décembre. Deux femmes, préposées au soin de la prison, eurent compassion du malheureux pontife : elles voulaient le soulager ; mais il fallut attendre que le geôlier, qui était enchaîné avec lui, en fût séparé. Alors elles le mirent dans un lit et firent tout pour le réchauffer ; mais il demeura jusqu'au soir sans pouvoir parler. Cependant l'eunuque Grégoire, qui était devenu préfet de la ville, lui envoya quelques aliments par un de ses officiers, en l'invitant à reprendre quelque espérance. Le saint pape ne désirait que le martyre : il fut presque affligé de ces soins. Néanmoins on lui ôta ses fers. Ces indignes traitements révoltèrent toutes les âmes sensibles : il n'y eut pas jusqu'au patriarche Paul qui n'en fût affligé. Le pape était mourant. L'empereur le vint voir ; mais il ne put lui dissimuler ses regrets, quoiqu'il fût un des dissidents condamnés par le concile de Rome. Les tourments du saint pontife n'étaient point encore à leur terme. Il resta près de trois mois dans la prison où il venait d'être enfermé. Le 10 mars 655, on vint lui annoncer qu'il allait étre exilé. Ses adieux à ceux qui l'entouraient furent admirables et touchants. Il demanda à l'un d'eux le baiser de paix ; il dit à un autre qui fondait en larmes : « Pourquoi vous affliger ainsi ? Tout ceci est une épreuve salutaire ; vous devriez plutôt vous réjouir de mon état. » Alors il les salua, se sépara d'eux, et se résigna à son sort.

      Il fut embarqué secrètement le 26 du même mois, et transporté à Cherson, dans la Tauride, où il arriva le 15 mai. Une lettre qu'il écrivit à un de ses amis, à Constantinople, donne les détails les plus douloureux sur sa position. Il manquait de blé, de vin et d'huile. Il se plaint d'avoir été oublié par les gens qui devaient lui étre attachés : « Je ne crois pas, dit-il, avoir si maltraité les saints qui sont à Rome ou les ecclésiastiques, qu'ils doivent ainsi mépriser à mon égard le commandement du Seigneur. » Il finit en réitérant la demande de quelques secours qui lui étaient indispensables dans ses fréquentes maladies. Une autre lettre du commencement de septembre contient à peu près les mêmes plaintes, mais d'une manière si douce qu'elles pénètrent jusqu'au fond de l'âme. Il la termine en priant le ciel de conserver dans la foi chrétienne tous ses frères de Rome, et principalement celui qui gouvernait alors l'Eglise, c'est-à-dire le pape Eugène Ier. Il offre de nouveau le sacrifice de sa vie, dont il hâte le moment de tous ses vœux. Ils furent bientôt exaucés. Martin mourut le 15 septembre de la même année (655). A compter depuis son ordination jusqu'à sa mort, son pontificat avait duré six ans un mois et vingt-six jours. L'Eglise grecque honore sa mémoire comme confesseur le 14 avril, et l'Eglise latine comme martyr le 12 novembre. On prétend que ses reliques ont été transportées à Rome, dans l'église dédiée depuis longtemps à saint Martin de Tours. Il eut pour successeur Eugène Ier. On a de lui dix-huit Epitres dans la Bibliothèque les Pères et dans les Conciles de Labbe.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 27 - Pages 113-115)



Dictionnaire universel d'histoire et de géographie de Bouillet

      Saint Martin Ier, pape de 659 à 654, était toscan. Il condamna l'hérésie des Monothélites, et encourut par là la colère de l'empereur Constant II, qui le fit enlever de Rome et traîner à Constantinople, puis l'envoya en exil à Cherson, dans la Tauride, où il mourut. On le fête le 12 novembre.  Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, 20ème édition (1866), p. 1201.




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