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Pape Etienne II

(? - avril 757)
92ème pape - Pape du 26 mars 752 à avril 757
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      Etienne II fut élu pape le 26 mars 752. Il succéda au pape Zacharie, mais non immédiatement : un autre avait été élu sous le nom d'Etienne ; mais comme il mourut au bout de quatre jours, sans avoir été sacré, il n'est point compté dans la liste des souverains pontifes. Celui-ci était romain de naissance. Après avoir passé par tous les ordres ecclésiastiques dans le palais de Latran, où il avait été élevé auprès des papes, il fut nommé lui-même leur successeur, et sa haute piété lui valut tous les suffrages. Son premier soin, en montant sur le Saint-Siège, fut de rétablir quatre hôpitaux abandonnés dans Rome, et d'en fonder un cinquième ; il en établit deux autres hors de la ville, près l'Eglise de St-Pierre, et les dota richement.
      Son pontificat est remarquable par le commencement d'une grande révolution, qui changea la face de l'Europe entière. Pépin était monté sur le trône de France avec l'assentiment du pape Zacharie, qu'il avait sollicité. Astolphe, roi des Lombards, après avoir détruit l'Exarchat de Ravenne, menaçait Rome elle-même. Rien ne pouvait le fléchir, ni prières, ni présents ; il venait de rompre, au bout de quatre mois, une trêve qu'il avait accordée pour quarante ans.

      Dans cette détresse, Etienne II s'adressa d'abord à l'empereur d'Orient, Constantin Copronyme, qui ne lui envoya aucun secours, parce qu'il était occupé lui-même d'une guerre en Orient, où la division entre les Omniades et les Abbassides lui avait procuré quelques avantages momentanés, qui lui donnaient l'espoir de s'opposer avec succès à la puissance naissante des Musulmans. Ce prince d'ailleurs protégeait hautement les iconoclastes, dont il fit triompher la doctrine dans le concile de 754, et prenait ainsi peu d'intérêt à la destinée du pontife romain. Cependant, Astolphe menaçait de passer tous les Romains au fil de l'épée, s'ils ne se soumettaient à se puissance. Etienne ordonna une procession publique, où il porta lui-même nu-pieds une image de Jésus-Christ qui passait pour n'avoir pas été travaillée de main d'homme. Il était suivi de tout le peuple, qui avait la cendre sur la tête et poussait de grands gémissements. A la croix était attaché le traité rompu par Astolphe ; mais rien n'arrêtait le Lombard irrité par une longue résistance. Ce fut alors que le pape eut recours au monarque français ; il le fit prier par ses émissaires secrets de l'engager à aller le trouver ; Pépin consentit à toutes les demandes d'Etienne, qui sortit en effet de Rome le 14 octobre 753, et se rendit en Lombardie auprès d'Astolphe. Ce monarque voulut, mais inutilement, s'opposer au voyage du pape. Pépin l'attendait à Pontyon, en Champagne ; il alla à sa rencontre, et l'ayant joint, il descendit de cheval et se prosterna devant lui avec sa femme, ses enfants et les seigneurs de sa cour ; il marcha même quelque temps à côté du cheval du pape, en lui servant d'écuyer. Mais, le lendemain, Etienne parut devant le roi sous la cendre et le cilice, et se prosterna à son tour pour implorer le secours de ses armes contre son persécuteur. Pépin lui promit son appui ; mais l'hiver qui s'approchait alors ne permit de s'occuper que de négociations avec Astolphe, qui rejeta toutes les propositions du monarque français. Le pape passa tout ce temps à l'abbaye de St-Denis, et ce fut pendant son séjour que les clercs de sa suite apprirent aux Français à mieux chanter l'office divin.

        Au printemps suivant, Pépin célébra la fête de Pâques, qui était le 14 avril 754, à Carisiac ou Quiercy-sur-Oise. Il y tint, en présence du pape, l'assemblée des seigneurs de son royaume, où il annonça son dessein de passer en Italie. Il y fit donation au pape de plusieurs villes et territoires usurpés par les Lombards, et qui étaient en grande partie les propriétés conquises sur les domaines de l'empire d'Orient, tel que l'Exarchat de Ravenne. Le 28 du même mois, Etienne, après avoir accordé à Pépin l'absolution qu'il lui avait demandée, pour s'être rendu criminel en manquant de fidélité à son roi légitime, lui donna l'onction royale qu'il avait déjà reçue prcédemment de saint Boniface, archevêque de Mayence. Il sacra en même temps la reine Bertrade et les deux fils de pépin, Charles et Carloman. Il défendit aux seigneurs français, de l'autorité de saint Pierre, et sous peine d'excommunication, de se donner, ni à eux ni à leurs descendants des rois d'une autre race. Il conféra en même temps au roi et à ses deux fils le titre de patrices des Romains. Pépin, fidèle à ses engagements, passa les Alpes, et essaya d'abord, sur les instances du pape, la voie des remontrances auprès d'Astolphe ; mais il se vit obligé d'en venir aux hostilités. Bientôt, pressé dans Pavie, où Pépin le tenait assiégé, le prince lombard fut réduit à traiter avec le vainqueur. Il s'obligea, par écrit, ainsi que ses principaux seigneurs, de restituer Ravenne et plusieurs autres villes. Content de cette soumission, Pépin se retira et repassa en France, malgré les prières du pape, qui l'exhortait à ne pas se fier aux promesses du Lombard.

      Ce qu'Etienne avait prévu ne manqua point d'arriver. Astolphe, débarrassé de la présence de Pépin, loin de faire la restitution promise, marcha de nouveau contre Rome, où Etienne était retourné. Pressé par les mêmes dangers, le pape implora le même protecteur qui l'avait déjà sauvé des fureurs de son ennemi. Il écrivit à Pépin avec les instances les plus vives. Il le conjura « par le Seigneur notre Dieu, par sa glorieuse mère, par toutes les vertus célestes ; par saint Pierre qui l'avait sacré roi, de faire tout rendre à la sainte Eglise de Dieu, suivant la donation qu'il en avait faite à saint Pierre. Vous rendrez compte, ajoutait-il, à Dieu et à saint Pierre, au jour terrible du jugement, de la manière dont vous les aurez défendus. C'est vous que Dieu a choisi pour cette grande oeuvre, par sa préscience de toute éternité ; car ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés, et ceux qu'il a appelés, il les a justifiés. » C'est ainsi que le bon pape appliquait les paroles de saint Paul à des affaires temporelles. Astolphe, cependant, continuait ses ravages autour de Rome, et la menaçait de nouveau de toute sa colère. Etienne redoubla ses prières à Pépin ; il lui peignit avec force toutes les horreurs exercées par les Lombards, dans une lettre écrite dans le même sens, qu'il imagina de composer au nom de saint Pierre lui-même, mais qu'il ne faut pas regarder comme une supercherie ; c'est une prosopopée, de mauvait goût, à la vérité. Quoi qu'il en soit, la politique et la gloire de Pépin ne lui permettaient pas de balancer. Il repassa les Alpes. Bientôt Astolphe, pressé de nouveau dans Pavie, fut obligé de demander quartier ; et cette fois, le vainqueur prit des mesures irrévocables pour assurer la restitution déjà promise et inexécutée. Elle composa la donation définitive et à perpétuité que Pépin fit à saint Pierre, à l'Eglise romaine et au pape, et l'acte en fut gardé dans les archives de cette église. Le bibliothécaire Anastase, qui l'avait lue, nomme les 22 villes qui y étaient comprises, et, quoique ce titre ait été perdu depuis, il n'est plus permis de le révoquer en doute. Telle fut, du reste, l'origine de la seigneurie temporelle de l'Eglise romaine.

      Un an après ce traité, en 753, Astolphe mourut ; et Didier, duc de Toscane, se fit élire pour lui succéder, au préjudice de Rachis, frère d'Astolphe. Etienne s'empressa de reconnaître Didier, qui promit de confirmer le traité de restitution, et obtint aussi, aux mêmes conditions, le consentement et l'appui de Pépin.

      Le pape Etienne II mourut vers la fin avril 757, après un pontificat de cinq ans et vingt-huit jours. Il assembla souvent son clergé dans le palais de Latran, et l'exhortait fortement à l'étude de l'Ecriture sainte et aux lectures spirituelles, pour avoir de quoi répondre victorieusement aux ennemis de l'Eglise. Il avait accordé à Fulrad, abbé de St-Denis, le privilège d'avoir un évêque particulier qui serait élu par l'abbé et les moines, et consacré par les évêques du pays, pour gouverner ce monastère et les autres que Fulrad avait fondés, et qui étaient tous sous la protection du Saint-Siège. Il eut pour successeur Paul Ier.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 24 - Page 546)


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