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Bienheureux Robert d'Arbrissel

(1047, à Arbrissel, aujourd'hui Arbresec - 24 février 1117, au prieuré d'Orsan)
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevrault et de l'abbaye de ce nom, naquit, en 1047, dans le village d'Arbrissel, à sept lieues de Rennes, vint de bonne heure à Paris, où il fit des progrès rapides dans les lettres, et fut reçu docteur en théologie. Son évêque, Silvestre de la Guerche, le rappela auprès de lui, s'aida de ses lumières, lui conféra les dignités d'archiprêtre et d'official, et eut la satisfaction de le voir combattre avec succès la simonie, l'incontinence et les autres vices de son clergé. Après avoir travaillé pendant quatre ans à l'extirpation de ces désordres, Robert se vit exposé, par la mort de son protecteur, au ressentiment des ecclésiastiques qu'il avait humiliés ; et Marbodus, successeur de la Guerche, qui apparemment n'aimait pas autant que celui-ci les réformes et les réformateurs, le remercia de ses soins, et le laissa partir pour Angers, où il alla enseigner la théologie. Ce fut la qu'Urbain II, qui l'entendit prêcher, fut si content de ses sermons, qu'il lui conféra le titre de prédicateur apostolique, avec la permission de prêcher per universum mundum.

      A quelque temps de là, Robert, cédant à son goût pour la vie solitaire, se retira avec un compagnon dans la forêt de Cruon, en Anjou. Il s'y vit bientôt entouré d'une foule d'anachorètes attirés par la renommée de ses vertus et de la sainte austérité de sa vie. Il les partagea en trois colonies, se chargea d'en gouverner une, et confia les autres à Vital de Mortain et à Raoul de la Futaye. Robert quitta ensuite cette solitude et s'en alla prêchant partout la parole de Dieu, et partout entraînant après lui une foule d'auditeurs de tout âge et de tout sexe, que son éloquence attachait à sa personne. Ce mélange d'hommes et de femmes ne manqua pas d'éveiller la curiosité publique et de scandaliser quelques personnes. C'est ce dont on peut juger par deux lettres contemporaines qui nous sont restées, l'une de Geoffroy, abbé de Vendôme, qui, quoique lié avec Robert, l'accuse d'indiscrétion dans sa trop grande familiarité avec les femmes qu'il gouvernait. Voici un passage de cette lettre : Fæminarum quasdam, ut dicitur, nimis familiariter tecum habitare permittis, et cum ipsis etiam, et inter ipsas noctu frequenter cubare permittis… L'autre lettre est de Marbodus, évêque de Rennes, qui, outre les mêmes reproches, lui fait ceux de singularité dans sa conduite et d'excès dans son zèle, principalement contre les prêtres et les évêques ; il l'exhorte à la prudence et à la discrétion, « afin d'imposer silence à la calomnie, et de faire cesser des discours auxquels sa conduite donne lieu. »
      Robert prit alors une résolution bien extraordinaire : ce fut, comme dit Bayle, de fixer ses tabernacles dans les solitudes de Fontevrault, de soumettre les hommes à l'empire des femmes ; et tandis qu'il imposait à celles-ci l'obligation de prier, il voulut que ceux-là, leurs serviteurs perpétuels, fussent occupés à dessécher des marais, à défricher des landes, à labourer les terres qu'ils avaient conquises sur les eaux et sur le désert (1). L'abbaye de Fontevrault, fondée par ses soins en 1103, devint en peu de temps considérable et célèbre, quoi qu'en aient dit quelques prélats de son temps, dont il n'eût pas osé accuser les mœurs, si les siennes n'eussent pas été exemptes de reproche ; et les tristes échos de Bayle, qui ont trouvé plaisant de répéter après lui que Robert d'Arbrissel ne faisait qu'un même lit avec ses plus jolies prosélytes, afin de vaquer plus commodément à l'oraison. Il est certain que sa piété ne se démentit jamais ; que sa réputation fut attaquée et non flétrie par les accusations dont nous venons de parler ; que les papes, les rois et les prélats les plus distingués lui rendirent justice et le protégèrent contre toutes les interprétations malignes. Lorsqu'il crut que son établissement pouvait se passer de lui, il reprit son premier emploi de prédicateur ambulant, parcourut la France, exhortant les riches à la charité, les pauvres à l'humilité, les femmes à la continence, et les hommes à l'amour de Dieu. Il assista, en 1104, au concile de Beaugency, et prit place parmi les prélats. L'évêque de Poitiers fut si satisfait de sa doctrine et des lois qu'il avait données à ses disciples, qu'il sollicita auprès du saint-siège les bulles de confirmation ; et, en les délivrant, le pape Pascal II déclara qu'il prenait cet ordre sous sa protection spéciale.

      Ce fut au milieu de ses travaux apostoliques que Robert tomba malade ; il fut obligé de s'arrêter au prieuré d'Orsan, diocèse de Bourges, et il y mourut, le 24 février 1117. L'archevêque de cette ville, son clergé, la noblesse des environs et une foule de laïcs, accompagnèrent son corps jusqu'à l'abbaye de Fontevrault, où on lui fit des obsèques magnifiques. En 1633, Louise de Bourbon, abbesse de Fontevrault, fit placer les restes de Robert dans un superbe tombeau de marbre, sur lequel on lisait l'épitaphe qu'Hildebert, évêque du , avait faite en son honneur, et dont voici quelques vers :

Attrivit lorica latus, sitis arida fauces,
Dura fames stomachum, lumina cura vigil.
Indulsit raro requiem sibi, rarius escam.
Guttura pascebat gramine, corda Deo.
Legibus est subjecta caro dominaæ rationis ;
Et sapor unus el, sed sapor ille Deus.

      L'ordre de Fontevrault, supprimé avec tous les autres, par suite de la révolution, était divisé en quatre provinces, à savoir : la province de France, dans laquelle il y avait quinze prieurés ; la province d'Aquitaine, quatorze prieurés ; la province d'Auvergne, quinze prieurés ; la province de Bretagne, treize prieurés. L'habit des hommes consistait en une robe noire, une chape, un chaperon ou grand capuce, auquel étaient attachées par derrière et par devant deux petites pièces de drap nommées roberts. L'habit des femmes consistait en une robe blanche, une cuculle noire, un surplis blanc et une ceinture de laine noire. En prononçant leurs vœux, les hommes et les femmes promettaient stabilité, conversion de mœurs, chasteté pure, pauvreté nue et obéissance. Le P. de Soris a publié pour la défense de Robert d'Arbrissel l'ouvrage suivant : Dissertation apologétique pour le bienheureux Robert d'Arbrissel, sur ce qu'en a dit M. Bayle dans son Dictionnaire, Anvers, 1701, petit in-8°.


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(1)  Tout en proclamant en principe l'émancipation de la femme, le christianisme, par une contradiction qu'explique suffisamment son mépris pour la nature et la vie, pour leurs jouissances et pour leurs joies, laissait planer sur cette moitié du genre humain d'injurieuses prétentions qui la maintenaient dans une condition d'infériorité. Cet état de choses change au XIIème siècle, et la femme obtient enfin une une complète réhabilitation. Après avoir été si longtemps considérée comme une cause de péché, comme l'auxiliaire du démon, elle devient pour l'homme un puissant mobile de vertu et d'héroïsme ; elle récompense la valeur, dispense et consacre la gloire. Les plus puissants barons, les guerriers les plus illustres briguent ses suffrages, avouent sa suprématie, lui jurent obéissance, respect, dévouement, et la placent, dans leurs devises héraldiques, après Dieu et avant le roi. Deux faits ont exercé une grande influence sur cette révolution sociale ; d'abord le dévouement de la célèbre comtesse Mathilde envers Grégoire VII et les services rendus par elle à la puissance pontificale ; puis la fondation de l'ordre de Fontevrault par Robert d'Arbrissel. « Le libre mysticisme. dit M. Michelet, entreprit alors de relever ce que la dureté sacerdotale avait traîné dans la boue. Ce fut surtout un Breton, nommé Robert d'Arbrissel, qui remplit cette mission d'amour. Il rouvrit aux femmes le sein du Christ, fonda pour elles des asiles, leur bâtit Fontevrault, et il y eut bientôt des Fontevrault par toute la chrétienté. L'aventureuse charité de Robert s'adressait de préférence aux grandes pécheresses ; il enseignait dans les plus odieux séjours la clémence de Dieu, son incommensurable miséricorde. Un jour qu'il était venu à Rouen, il entra dans un mauvais lieu, et s'assit au foyer pour se chauffer les pieds. Les courtisanes l'entourent, croyant qu'il est venu pour faire folie ; lui, il prêche les paroles de vie, et promet la miséricorde du Christ. Alors celle qui commandait aux autres lui dit : Qui es-tu, toi qui dis de telles choses ? Tiens pour certain que voilà vingt ans que je suis entrée en cette maison pour commettre des crimes, et qu'il n'y est jamais venu personne qui parlât de Dieu et de sa bonté. Si pourtant je savais que ces choses fussent vraies !... » A l'instant il les fit sortir de la ville ; il les conduisit, plein de joie, au désert, et là, leur ayant fait faire pénitence, il les fit passer du démon au Christ. C'était chose bizarre de voir le bienheureux Robert d'Arbrissel enseigner, la nuit et le jour, au milieu d'une foule de disciples des deux sexes qui reposaient ensemble autour de lui. Les railleries amères de ses ennemis. les « désordres même auxquels ces réunions donnaient lieu, rien ne rebutait le charitable et courageux Breton. Il couvrait tout du large manteau de la grâce. ».  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 2 - Pages 149-150)


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