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Proclus

(Proklos en grec)
(08 février 412, à Constantinople - 17 avril 485, à Athènes)
Philosophe grec néo-platonicien
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Proclus, philosophe grec, naquit le 08 février de l'an 412 de l'ère vulgaire ; on le conclut de divers renseignements et surtout de son thème natal, que son historien Marinus a rapporté et que Fabricius explique. Il mourut le 17 avril 485 ; il y avait eu, en l'année précédente, une éclipse de soleil, marquée en effet dans les tables astronomiques au 13 janvier 484. Selon ce même Marinus, Proclus a vécu soixante-quinze ans ; calcul qui, au premier coup d'œil, semblerait inexact ; mais il s'agit d'années lunaires, usitées alors chez les Grecs et un peu plus courtes que les années juliennes. On a commis, sur l'époque de sa naissance, deux erreurs plus graves. Les uns l'ont fait vivre au IIème siècle de l'ère chrétienne, trompés par le nom de Plutarque, l'un de ses maîtres, qu'ils ont mal à propos confondu avec Plutarque de Chéronée (1). Les autres, et particulièrement Lambecius, retardent au contraire sa naissance jusqu'à l'an 443, et sa mort jusqu'en 518 ou 519, parce qu'ils supposent, sur la foi de Zonaras, qu'il brûla la flotte de Vitalien avec des miroirs ardents, à la manière d'Archimède ; sur la foi de Théophane et de Cédrénus, qu'il prédit, en 518, la mort de l'empereur Anastase. Ou ces faits sont chimériques, où il faudrait les rapporter à quelque autre Proclus ; car celui dont nous parlons avait déjà eu, dans son école, deux successeurs, Marinus et Isidore, quand Anastase régnait.

      Proclus est souvent surnommé Lycien et considéré comme natif de Xanthe ; mais si nous en croyons Marinus, il naquit à Byzance, où ses parents étaient venus de Syrie fixer leur séjour et où il reçut la première éducation. Sa mère s'appelait Marcella, et son père Patricius, à moins que ce nom ne désigne une dignité. De Constantinople ou de Xanthe, il fut envoyé, fort jeune encore, à Alexandrie, où il suivit les leçons du grammairien Orion et du rhéteur Léonas, professeurs alors renommés. Il fréquenta aussi les écoles que les Romains avaient dans cette ville et y apprit la jurisprudence, étude que lui avait recommandée son père, à qui elle avait, dit-on, valu beaucoup de considération et de crédit. Léonas distingua le jeune Proclus : il l'admettait dans sa société la plus intime et à sa table ; il le traitait comme son fils. Obligé d'aller à Byzance, il le prit pour compagnon de voyage, et l'élève eut la satisfaction de revoir sa propre patrie sans cesser de profiter des leçons et des soins de son maître.

      De retour dans Alexandrie, Proclus y étudia la philosophie éclectique ou synthétique sous Olympiodore, dont il comprenait parfaitement la doctrine, inintelligible à presque tous les autres auditeurs ; il retenait et récitait une leçon entière, dont pas un seul mot n'avait pu se fixer dans la mémoire de ses condisciples. Héron, le second de ce nom, lui euseigna une plus véritable science, une philosophie plus réelle, les mathématiques. Cependant l'école alexandrine perdait son éclat ; Syrianus avait quitté cette ville et s'était retiré dans Athènes, l'antique patrie des arts et des sciences, et y allait succéder, pour l'enseignement du platonisme, à Plutarque, fils de Nestorius. Proclus, à peine âgé de vingt ans, s'y rendit, déjà précédé d'une réputation honorable ; on l'accueillit avec une faveur extrême. Plutarque lui expliqua le Phédon de Platon et quelques livres d'Aristote et le recommanda en mourant à Syrianus. Celui-ci le conduisit à l'aristotélisme et du platonisme à la théologie et à la science des mystères. Proclus, à l'âge de vingt-huit ans, écrivit un commentaire sur le Timée. Depuis, Asclépigénie, fille de Plutarque, lui apprit les arts magiques des Chaldéens, et il ne tarda point à se faire initier aux mystères d'Eleusis. Il s'occupait aussi d'études politiques et passait pour habile dans cette matière ; il donnait des consultations aux magistrats et aux cités.

      Syrianus, en mourant, le désigna pour son successeur ; l'école qu'il lui léguait était devenue fort lucrative, à ce que nous apprend Damascius, dans Photius. Outre cinq leçons par jour, Proclus tenait encore des soirées littéraires, en sorte qu'il lui restait fort peu de temps à consacrer à la composition de ses livres ; il en écrivit néanmoins un grand nombre, où il associait ses propres doctrines à celles d'orphée, de Pythagore, de Platon, d'Aristote, de Plotin, de Porphyre et de Jamblique. On distingue entre ses nombreux élèves Hiérius, fils de Plutarque, Asclépiodote, Zénodote, Hégius et Marinus, qui a écrit sa vie et qui lui a succédé dans sa chaire de philosophie. C'était sans doute en la prenant après Syrianus, vers l'an 450, que Proclus avait reçu le surnom de successeur. Il ne paraît pas qu'il l'ait constamment occupée durant les trente-cinq années suivantes ; car son historien parle de persécutions qui l'obligèrent de sortir d'Athènes ; il fit un voyage en Asie et en profita pour étudier les rites de ces contrées. Après un an de séjour en Lydie, il revint en Grèce et recommença d'instruire les Athéniens. Il mourut dans leur ville à l'âge de 75 ans, comme nous l'avons dit ; il avait été souvent malade, particulièrement de la goutte, et ne s'était jamais marié.

      Tels sont les faits les plus vraisemblables de sa vie ; nous avons cru devoir les séparer des contes que Marinus y entremêle. L'opuscule de Marinus est moins une notice biographique qu'uine sorte de panégyrique, calqué sur le système des vertus platoniques, non seulement de celles qui sont connues sous le titre de cardinales, mais de celles encore que l'école d'Alexandrie avait distinguées par les noms de physiques, morales, théorétiques et théurgiques. Il suit de là que la succession chronologique des faits n'est pas toujours bien établie dans cette notice, et c'est par conjecture seulement que nous avons, à l'exemple de Brucker, placé entre la mort de Syrianus et celle de Proclus le voyage de celui-ci en Asie et son séjour en Lydie. Du reste, les fables racontées par Marinus sont aussi à recueillir, parce qu'elles servent, ainsi que l'a observé le même Brucker, à expliquer et à caractériser les doctrines de ces philosophes. Il faut donc savoir que Proclus, attaqué dans sa jeunesse d'une maladie jugée incurable, en fut guéri par Apollon, qui lui apparut et lui toucha la tête ; qu'avant de repartir de Byzance avec Léonas, il eut des entretiens nocturnes avec Minerve, qui lui conseillait d'aller à Athènes ; qu'il retourna peurtant, quelque religieux qu'il fût, à Alexandrie ; mais que, peu de temps après, il se souvint de l'avis de la déesse et déserta les leçons d'Olympiodore pour se transporter auprès de Plutarque et de Syrianus ; qu'au moment où il entrait dans Athènes, le portier de la ville lui dit : « J'allais fermer les portes si vous n'étiez venu », paroles qui présageaient évidemment qu'il rétablirait l'éclat de l'école socratique. Il se préparait par des jeûnes aux apparitions d'Hécate et de plusieurs autres divinités ; il jeûnait surtout le dernier jour de chaque mois et célébrait les nouvelles lunes. ll avait une petite sphère, au moyen de laquelle il attirait la pluie, tempérait la chaleur, empêchait les tremblements de terre et opérait des guérisons miraculeuses, pour lesquelles néanmoins il employait aussi des hymnes et des prières. Un jour, ayant mal au pied, il y mit un emplâtre qu'un oiseau vint enlever : il comprit que c'était un heureux présage ; mais il osa demander un oracle plus rassurant, et pendant son sommeil un dieu vint lui baiser les genoux et lui rendre la santé. Une autre fois, sans qu'il fût malade, Dieu lui-même se montra à ses regards, tendit vers lui la main droite et le déclara, d'une voix haute et sonore, l'honneur de la ville d'Athènes. Aussi arriva-t-il qu'un personnage important, nommé Rufin, survenant au milieu d'une leçon de Proclus, vit une auréole autour de sa tête et se prosterna religieusement devant lui. Ce Rufin lui offrit des trésors, qu'il refusa ; et Marinus admire ce désintéressement plus qu'il ne convient peut-être, car Proclus était né de parents riches ; Nestorius lui avait fait un legs considérable, et son école lui rapportait beaucoup d'argent. Brucker a relevé plusieurs autres contradictions dans cette légende : Proclus méprise la douleur ; et dès qu'il ressent l'indisposition la plus légère, il a recours à des remèdes de bonne femme, à des enchantements, à des formules. On le loue de son célibat, et l'on avoue qu'il n'observe point une continence parfaite. Il est exempt de toutes les faiblesses humaines, et cependant colérique, emporté, insatiable de louanges. Il n'aime que la vérité, et il mêle au culte de la mère des dieux, à celui des autres divinités, les superstitions les plus grossières. Mais enfin son visage resplendit de rayons célestes ; il est sobre, et il renoncerait à l'usage des viandes si Plutarque ne lui avait conseillé d'en user pour fortifier son tempérament et pour vivre avec plus de sainteté ; telle est, en un mot, la vénération que ses lumières et ses vertus inspirent que, lorsqu'on l'enterre dans le tombeau de son maître Syrianus, toute la ville d'Athènes assiste à ses funérailles et le proclame le plus heureux des mortels.

      Cette notice de Marinus a pour second titre De la félicité ; elle est destinée à montrer que le platonisme perfectionné est le souverain bien. Elle n'avait été qu'incomplètement publiée avant l'édition que Fabricius en donna en 1700 ; on en doit à Boissonade, depuis 1814, une édition plus correcte et plus savante. Cette vie fournit la clef des doctrines professées par Proclus, par ses maîtres, par ses disciples, et imaginées surtout pour être mises en opposition au christianisme, dont ils étaient ennemis déclarés. Proclus est un hiérophante plutôt qu'un philosophe : il aspire à être le pontife de toutes les religions de l'univers ; il chante tous les dieux, excepté celui des chrétiens. Il puise, le plus qu'il peut, dans les livres d'Homère, d'Orphée, de Zoroastre, productions évidemment supposées, qu'il prend ou donne pour authentiques. Il s'efforce d'y rattacher les institutions de Pythagore, les dogmes de Platon, et même quelques-unes des observations d'Aristote, et d'en composer un système, qui néanmoins demeure si confus qu'on n'a point réussi encore à en présenter un exposé complet, clair et méthodique. Ce qu'on y voit d'abord de plus positif, c'est, comme l'a remarqué Fréret, la résolution de faire descendre des Orphiques et non des Egyptiens les doctrines de Pythagore, de Timée de Locres et de Platon. Il répète après les Orphiques que le sceptre de l'univers fut d'abord entre les mains de Phanès, c'est-à-dire de Bacchus, passa dans celles de la Nuit, puis d'Uranus, puis de Saturne, ensuite de Jupiter, qui règne depuis qu'il a, dit-on, détrôné son père, mais qui sera forcé de céder la place à Bacchus, premier et dernier souverain du monde. Cette mythologie est du moins fort claire : il s'en faut que la métaphysique de Proclus le soit autant.

      On sait que la philosophie alexandrine fait tout dériver d'un principe unique ; en conséquence, Proclus enseigne que la pluralité ne saurait précéder l'unité ; que l'une et l'autre n'ont pu commencer d'exister en même temps ; que l'unité est essentielle et produit d'abord la dualité, puis toutes les pluralités, le fini et l'infini. De là proviennent toutes choses, par voie de mélange ; de là diverses triades, tant réelles que rationnelles : l'être, la vie et l'intelligence ; ou bien la vie, l'intelligence et l'âme ; l'infini, le fini et la vie ; ou bien l'essence, l'identité et la variété ; ou bien encore la limite, l'illumination et le mélange : car on rencontre çà et là ces différentes expressions dans les livres de Proclus, soit qu'elles répondent aux mêmes conceptions, soit qu'elles aient chacune un sens particulier.

      A ses yeux, les idées sont des essences pures et immortelles, subsistantes en elles-mêmes et non en autre chose ; leur mixtion exprime le grand hyménée des êtres (2) ; mais la substance universelle, genre de toutes les substances, est l'être absolu, le point culminant de tous les êtres réels. Bien avant Proclus, on avait recommandé à l'homme de se connaître lui-même ; c'est le commencement de toute étude ; en s'emparant de cette maxime, Proclus dit que la parfaite connaissance de nous-mêmes consiste à juger des facultés par l'essence et des actes par les facultés. Il distingue cinq ordres de fonctions dans l'âme : les sensations, puis le sentiment que l'âme acquiert d'elle-même comme unie au corps et comme distincte de lui ; ensuite les lumières supérieures par lesquelles elle corrige les notions imparfaites ; en quatrième lieu, le retour de l'âme sur elle-même pour considérer sa propre essence et y découvrir l'image du monde ; enfin ses rapports avec les autres âmes quelconques.

      Les connaissances se divisent aussi en cinq ordres, selon qu'elles ont pour objet ou les choses matérielles, ou les caractères communs aux objets sensibles ; ou l'unité, autrement dit l'absolu, conduisant à la recherche des causes par déduction de conséquences ; ou la contemplation immédiate des êtres et des essences ; ou en dernier lieu les choses supérieures à l'entendement. Cette cinquième science est la plus élevée ; aussi prend elle le nom d'exaltation ou de μανια. Ce dernier progrès a manqué, dit-on, à plusieurs philosophes, par exemple, à Aristote ; mais Platon y tendait ; Ammonius Saccas, Plotin et surtout Proclus, y sont parvenus.

      Cet aperçu général de la doctrine de ce dernier auteur nous dispensera d'entrer dans un examen particulier de chacun de ses livres. L'énumération seule en serait déjà fort longue, si nous l'étendions à tous ceux qui sont aujourd'hui perdus ; ils sont au nombre de plus de vingt, entre lesquels nous ne rappellerons que des traités sur la mère des dieux, sur la théologie d'Orphée, sur les oracles ; des commentaires sur les deux poèmes d'Homère, sur les Ennéades de Plotin et sur le Phædon, le Phœdrus et les Lois de Platon. Les livres de Proclus contre le christianisme ont aussi disparu, à l'exception de ce qu'on a transcrit Jean Philopon, en les réfutant. Le commentaire sur les Harmoniques de Ptolémée subsiste ; mais il est resté manuscrit. Quant aux ouvrages dont on a publié ou le texte grec, ou seulement des versions latines ou de simples extraits, quelques-uns appartiennent aux belles-lettres, la plupart à la philosophie. Dans la première classe se présentent d'abord des hymnes au Soleil, aux Muses, et deux à Vénus. Brunck, en les insérant au tome 2 de ses Analecta, y a joint deux petites pièces, l'une de huit vers, l'autre de quatre. Les hymnes avaient paru à la suite des poèmes attribués à Orphée, chez les Juntes, à Florence. en 1500, in-4° ; chez les Aldes, à Venise, en 1517, in-8°, etc. Proclus avait composé beaucoup d'autres poésies qui ne se retrouvent plus. Sa Chrestomathie grammaticale et poétique n'est connue que par les extraits qu'en a donnés Photius. On les a imprimés à part avec la version latine d'André Schott, à Francfort, en 1590, in-4° ; ils contiennent une notice sur la vie d'Homère, que Léon Allatius a insérée dans son livre De patria Homeri, Lyon, 1646, in-8°. Ce qui reste des Scholies de Proclus, sur le poème des œuvres et des jours d'Hésiode, a été publié à Venise, en 1537, in-4° ; à Bâle, en 1541, in-8° ; et à Leyde, en 1603, in-4°. En imprimant le livre de George Chæroboscus sur les figures poétiques, Frédéric Morel y joignit une dissertation de Proclus sur la poésie (grec-latin, Paris, 1615, in-12). Le même Morel a mis au jour, en 1577, in-4°, le texte grec, sans nom d'auteur, d'un traité du style épistolaire, que depuis, en 1597, Commelin a imprimé in-8° sous le nom de Libanius avec une version latine ; les intitulés de quelques manuscrits attribuent à Proclus cet opuscule, qui ne vaut guère la peine d'être revendiqué pour lui ni pour personne.

      Ses livres de philosophie ont excité beaucoup plus de curiosité, même ceux qui ne sont connus que par des traductions en latin. Tel est d'abord son Traité de la Providence, du destin et de la liberté, traduit au XIIIème siècle par Guillaume de Morbeka et dont Fabricius a transcrit cinquante-trois chapitres dans sa Bibliothèque grecque (t. 9 de l'édition de Harles). C'est le premier article du Recueil des œuvres de Proclus, que M. Cousin a entrepris en 1820, dont le dernier et sixième volume a paru en 1827. Cette édition, dont M. Daunou a rendu compte dans le Journal des savants (janvier 1828), est d'ailleurs loin de contenir tous les ouvrages connus de Proclus. Proclus, après avoir distingué la Providence de la destinée, distingue aussi la sensibilité organique et passive de l'intelligence, qui s'élève par degrés jusqu'à l'enthousiasme ; et il ne veut pas non plus que l'on confonde avec les notions imparfaites. acquises par les sensations, ni la science qui procède par analyse ou par synthèse, ni surtout les extases ou illuminations intellectuelles par lesquelles on aperçoit immédiatement la vérité. Intermédiaire entre Dieu, qui ne choisit pas, parce qu'il est absolument bon, et la matière qui ne peut choisir, parce qu'elle est inerte, l'homme jouit d'une liberté véritable, quoique limitée. Le même Guillaume de Morbeka a traduit les réponses de Proclus à dix objections ou questions sur la Providence ; opuscule dont Fabricius n'a donné qu'un sommaire et qui est imprimé pour la première fois en entier dans le tome 1 de l'édition de M. Cousin. Il en est de même du traité des maux, intitulé par le traducteur du XIIIème siècle De subsistentia malorum. Selon Proclus, ce qu'on appelle mal physique est un bien, un résultat de l'ordre général. Le mal n'existe ni dans les dieux, ni dans les anges, ni dans les démons, ni dans les héros. Il ne consiste, à l'égard des âmes, que dans la faiblesse qui les fait descendre vers les choses matérielles. Les biens dérivent d'une cause unique, nécessaire, éternelle ; ils sont réels, ils ont une hypostase ; les maux naissent de mille causes indéterminées et ne sont que des privations. On peut s'étonner que l'orthodoxe Guillaume de Morbeka ait aussi traduit l'Instituion théologique de Proclus ; car, en certains articles, elle se rapproche beaucoup des dogmes d'Arius ; et ce n'est point la seule occasion où l'on remarque des ressemblances entre l'arianisme et le néo-platonisme. La version de Guillaume est demeurée manuscrite ; celle d'Emile Portus accompagne le texte grec dans l'édition in-folio de Hambourg, en 1618 ; et l'on a de plus une traduction latine de Fr. Patrizi, imprimée sans le texte, dès 1583, à Ferrare, in-8°. L'ouvrage contient les preuves de deux cent onze propositions, dont la plupart sont fort obscures ou très inexactes. Il ne faut pas le confondre avec une théologie platonique, en six livres, qui toutefois offre à peu près les mêmes idées : c'est un tissu de vaines controverses auxquelles Platon n'a jamais songé ; on y reconnaît les traces des disputes qui venaient d'agiter l'orient, au IIIème et au IVème siècle. Lambecius assure qu'il existe une version manuscrite de ces livres, par le même Guillaume de Morbeka ; mais ils ont été retraduits par Emile Portus et ont paru ainsi en latin en même temps qu'en grec à Hambourg, en 1618, avec l'ouvrage précédent. C'est dans le troisième de ces livres que se trouve un passage sur l'âme des bêtes, que Bayle a discuté (Dic., article Pereira), et qui accorde aux brutes non pas une âme raisonnable, mais une âme sensitive, capable de mémoire et d'imagination. Le commentaire sur le Timée de Platon, que Proclus chérissait comme son meilleur ouvrage, quoique ce fût, à ce qu'il semble. son premier essai, a péri en grande partie. Les cinq livres qui en restent sont joints aux Œuvres de Platon, dans les éditions de 1534 et 1566, in-folio. Ce commentaire est fort savant : beaucoup d'anciens auteurs y sont cités. De tous les livres de Platon, le Timée est celui où il a le plus développé son système sur la nature des choses, sur l'univers sensible et sur l'univers intelligible ; mais l'explication de Proclus s'arrête au tiers de ce livre et y ajoute plus de difficultés qu'elle n'en éclaircit. Dans les deux éditions qui viennent d'être citées, on a mis à la suite de ce commentaire ce qui reste des observations de Proclus sur le Traité de la république. Son travail sur le premier Alcibiade n'était connu que par des extraits et par une version latine, très incomplète, de Marsile Ficin ; M. Cousin en a publié le texte grec dans les tomes 2 et 3 de son édition de Proclus. Des manuscrits de la bibliothèque de Paris lui ont fourni ce texte ; il a recueilli des variantes dans ceux de Venise et de Milan ; il y a joint les extraits latins de Marsile Ficin et ce qui se retrouve d'une version latine d'Hermann Gogava, que Lambecius avait indiquée et qui était inédite. Dans son quatrième volume, M. Cousin a donné les deux premiers livres du commentaire de Proclus sur le Parménide, d'après quatre manuscrits de la bibliothèque de Paris, avec des fragments de la traduction latine de Gogava, tirés de la bibliothèque de Vienne ; rien encore n'avait été publié de ce commentaire, ni en grec ni en latin. Le savant Fr. Creuzer a publié à Francfort-sur-Mein. 1820-1825, 4 vol. in-8°, intitulés Initia philosophiæ ac theologiæ ex Platonicis fontibus ducta, sive Procli diadochi et Olympiodori in Platonis Alcibiadem commentarii ; il y a joint l'Institution théologique de Proclus (texte revu et amélioré) et l'ouvrage de Nicolas de Methone : Refutatio theologicæ institutionis a Proclo compristæ ; cet écrit, juqu'alors inédit, a été édité par J.-T. Voemel, qui y ajoint une version latine et des notes. M. Cousin a consacré à ces quatre volumes divers articles dans le Journal des savants (avril, juin et juillet 1827). Le commentaire de Proclus sur le Timée, publié par M. Schneider, Breslau, 1847, in-8°, forme un gros volume de 884 pages ; l'édition antérieure, Bâle, 1534, fourmillait de fautes de tout genre. On doit mentionner encore le travail qu'on doit aux recherches de Boissonade et qui a paru à Leipsick en 1820, in-8°, sous le titre d'Extrait des scholies de Proclus sur le Cratyle de Platon, scholies dont il n'avait été rien imprimé jusqu'alors ; le savant éditeur les a tirées de trois manuscrits, l'un du Vatican et les deux autres de la bibliothèque de Paris, tous trois peu anciens.
      Les autres livres de Proclus tiennent aux sciences physiques et mathématiques et ne sauraient offrir aujourd'hui aucune notion profitable. Deux livres, intitulés Du mouvement, sont principalement extraits de la physique d'Aristote ; ils ont été imprimés en grec à Bâle en 1531, in-8°, et avec la version latine de Velsius en 1545, in-8°, dans la même ville ; il en existe une traduction française par Forcadel, à Paris, 1565. Proclus a laissé sur le premier livre des Eléments d'Euclide des scholies que Barocci a traduites en latin (Padoue, 1560, in-fol.) et Th. Taylor en anglais (Londres, 1788 et 1789, 2 vol. in-4°), et dont le texte grec accompagne celui d'Euclide dans l'édition de Bâle, 1533, in-fol., et dans celle d'Edouard Bernard, qui y joignit une version latine (Voyez le Journal des savants, 1707, p. 394) (3). Le Traité de la sphère, de Proclus (qui n'est qu'une copie littérale de plusieurs chapitres de Geminus), a paru, réuni à d'autres anciens livres d'astronomie, dans le volume in-folio imprimé par Alde à Venise en 1499 ; il a eu pour traducteurs, en latin, Th. Linacer, Elie Vinet, Jean Lauremberg, M. Hopper, Jean Bainbridge (Londres, 1620, in-4°) ; en italien, Ignace Danti (Florence. 1523, in-4°) et Tito Scandianese (Venise, 1556, in-4°). Son livre des Positions astronomiques, avant de paraître en grec à Bâle en 1540, in-4°, était connu par une version latine de George Valla, imprimée in-folio à Venise en 1498 (4). On lui attribue de plus un écrit sur les éclipses, qui n'a été publié qu'en latin, à la suite des tables astronomiques de Jean Schrœter, à Vienne, 1551, in-4°. Enfin l'on a un monument de son goût pour l'astrologie dans une paraphrase du Tétrabible attribué à Ptolémée ; Mélanchthon a mis au jour le texte grec de cette paraphrase en 1554 à Bâle, in-8°.

      Telles sont les diverses productions de Proclus (5). A considérer l'étendue de ses connaissances et la variété de ses travaux, il occupe un rang distingué dans l'histoire littéraire du Vème siècle. Peut-être à une époque plus heureuse eût-il recueilli et répandu de vives lumières. Il eût donné des directions plus utiles à ses vastes études, à l'activité de son imagination, à la puissance de sa pensée. Il a excité, parmi ses contemporains, un enthousiasme qui, plus tard, semble s'être renouvelé en Allemagne, en Ecosse et même en France. M. Cousin l'a éloquemment loué ; MM. de Gérando, Buhle, Tennemann, Tiedemann, etc., ont exposé ses doctrines et les ont jugées dignes d'attention. Diderot, au contraire, l'avait déclaré le plus fou de tous les éclectiques ; et auparavant, le judicieux et savant Brucker n'avait guère vu dans ses livres qu'un tissu de visions ou d'impostures. Burigny, qui a écrit (Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. 31) une notice sur sa vie et sur trois de ses ouvrages, ceux qu'on ne possède que traduits en latin, par Guillaume de Morbeka, trouve que son style est obscur, sa manière d'écrire très confuse, l'ensemble de ses livres un chaos de matières mal digérées, sa science fausse et son système absurde. Mais ni la sévérité de ses censeurs, ni le désordre de ses propres livres, ne font autant de tort à la mémoire de Proclus que l'histoire de sa vie, telle que l'a écrite Marinus, son élève et son successeur ; elle ne laisse en doute que la question de savoir si les syncrétismes, depuis Ammonius Saccas jusqu'à Proclus, ont été des fourbes ou seulement des illuminés.

      On peut encore consulter : Simon, Histoire de l'école d'Alexandrie, t. 2, pp. 382-583 ; Vacherot, Histoire de l'Ecole d'Alexandrie, t. 2, pp. 210-384 ; Ritter, Histoire de la philosophie, t. 4, p. 536-556 ; Daunon, Cours d'études, t. 19, p. 141 ; le Dictionnaire des sciences philosophiques, t. 5, p. 235 ; une thèse de M. Berger : Proclus, exposition de sa doctrine, 1840.


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(1)  Il s'agit de Plutarque, fils de Nestorius ; il avait écrit un commentaire sur les trois livres d'Aristote, De anima, cité par Simplicius, mais qui est perdu. Il était Athénien.

(2)  Cette expression et celles qu'on lira en caractères italiques dans les lignes suivantes sont employées par de Gérando dans un exposé de la doctrine de Proclus.

(3)  Ce commentaire, divisé en quatre livres, est d'une prolixité fatigante, mais on y apprend plusieurs choses curieuses concernant l'histoire des mathématiques ; on y voit, par exemple, qu'Euclide est le quatorzième, chez les Grecs, qui ait donné des éléments de géométrie.

(4)  Dans cet ouvrage, plus considérablé que le précédent, quoique assez médiocre, Proclus expose la doctrine de Ptolémée sur les parallaxes, les éclipses et les orbites des planètes. Il y paraphrase la description que Ptolémée nous a laissée de ses instruments. L'édition grecque, que M. l'abbé Halma a donnée en 1820 avec une traduction française, a été faite sur les manuscrits 2363 et 2392 de la bibliothèque de Paris. La traduction latine, donnée par Valla, est fort inexacte, défigurée par des fautes grossières, et surtout par la licence qu'il a prise de changer plusieurs passages, par exemple, lorsqu'il a substitué à la description de l'astrolabe, qui servait aux observations astronomiques, celle d'un autre astrolabe qui est une projection stéréographique de la sphère céleste sur un plan. C'est, comme l'autre astrolabe, une invention d'Hipparque : et Valla nous en enseigne la construction d'après un ouvrage de Philoponus, mathématicien d'Alexandrie.

(5)  Harles cite de plus un traité des vertus morales et civiles et des facultés de l'âme, dont on a imprimé à Rome, en 1542, in-8°, non le texte, mais une version latine. par Raphaël Mambla, composée d'extraits des livres philosophiques de Proclus.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 34 - Pages 385-389)


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