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Les enseignements secrets de Martinès de Pasqually

Franz Baader
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      Deux lettres extraites de la correspondance du P. M. Satzac, de Versailles, vont nous montrer que notre interprétation est réellement la bonne ; car cette visite aux Elus-Coëns de Versailles, sur laquelle Saint-Martin glisse si rapidement dans les notes de son Portrait qu'il oublie de mentionner le nom même du frère Salzac, nous est racontée en détail par ce dernier dans une curieuse lettre dont voici la teneur :
      « Très Haut, Très Respectable et Très Puissant Maître, voici du travail de M. l'abbé, qui pourra vous présenter quelque intérêt. On ne sait encore quel volume cela aura, à cause du développement que l'on peut donner à une telle matière. Vous m'en donnerez votre avis et, si cela vous agrée, je pourrai vous faire passer quelque autre chose avec les instructions du 15 [Note de l'auteur : Ce premier alinéa n'a pas d'importance ici. Il a trait à quelques feuillets manuscrits du frère Fournié, dont nous reparlerons à l'occasion.].
      Je vous renvoie le billet de M. de Las Cases ; il a sa place marquée chez vous, tout de même que les petites histoires que je vous ai envoyées de Londres. Je n'en avais aucune explication quand M. de Saint-Martin est venu me voir, ce dont il faut que je vous fasse le conte. Comme il n'a pas cru devoir me confier qui l'a poussé dans ces vues, non plus qu'au frère Mallet qui était présent, je vous serai reconnaissant de nous instruire là-dessus, si toutefois je ne vous apprenais rien.
      Il paraît d'après ce T. P. M. que nous sommes dans l'erreur et que toutes les sciences que Don Martinès nous a léguées sont pleines d'incertitudes et de dangers, parce qu'elles nous confient à des opérations qui exigent des conditions spirituelles que nous ne remplissons pas toujours. Le frère Mallet a répondu que, dans l'esprit de Don Martinès, ses opérations étaient toujours de moitié pour notre sauvegarde, soit deux contre deux, pour parler comme notre maître, et que par conséquent si peu que nous fissions pour remplir la cinquième puissance que l'adversaire ne peut occuper, nous étions assuré de l'avantage. Mais le T. P. M. de Saint-Martin se tient à cette dernière puissance et néglige le reste, ce qui revient à placer le coche devant les quatre chevaux [Note de l'auteur : C'est en effet ce dont ne s'aperçoit pas Saint-Martin, chez lequel ces inconséquences sont assez fréquentes. Nous en retrouvons un exemple dans la deuxième de ses cinq règles : « Conduis-toi bien ; cela t'instruira plus dans la sagesse et dans la morale que tous les livres qui en traitent. » Règle qui, ainsi que l'a déjà fait remarquer M. Matter, paraît offrir une sorte d'inconséquence en demandant qu'on se conduise bien avant d'avoir appris Fart de se bien conduire.].
      Nous lui avons fait observer que rien n'autoriserait jamais des changements semblables ou plutôt suppressions ; que nous avions toujours opéré ainsi avec Don Martinès lui-même, et que pour le présent nous n'avions qu'à nous louer de ses instructions. Je vous fais grâce du reste et des remarques peu aimables du frère Mallet.
      M. de Saint-Martin ne donne aucune explication ; il se borne à dire qu'il a de tout ceci des notions spirituelles dont il retire de bons fruits ; que ce que nous avons est trop compliqué et ne peut être qu'inutile et dangereux, puisqu'il n'y a que le simple de sûr et d'indispensable. Je lui ai montré deux lettres de Don Martinès qui le contredisent là-dessus, mais il répond que ce n'était pas la pensée « secrète de D. M. ; que la lumière se fera en nous sans qu'il soit besoin de tout cela et que nos bonnes intentions sont les plus surs garants de sécurité.
      Qu'objecter à cela sinon ce qu'a toujours dit le Grand-Souverain, ce qu'il nous a prouvé par ses actes et ce que nous prouvent tous nos travaux. Pour conclure, nous lui avons fait entendre que nous étions peu déterminés à le suivre dans sa voie. Au bout de quatre heures, il est parti fort mal content [Note de l'auteur : Lettre inédite au frère Frédéric Disch, de Metz. Anciennes archives Villaréal. E. VI.]. »
      Cette lettre n'a pas besoin de commentaires. Elle éclaire suffisamment ceux de M. Matter sur l'initiation par les formes. Nous devons ajouter que nous ne saurions voir dans la démarche de Saint-Martin autre chose que le mouvement que lui dictait sa conscience. Ses idées ont fort peu varié à ce sujet puisqu'en 1792 il écrivait encore :
      « Je ne regarde tout ce qui tient à ces voies extérieures que comme les préludes de notre œuvre, car notre être, étant central, doit trouver dans le centre où il est né tous les secours nécessaires son existence. Je ne vous cache pas que j'ai marché autrefois par cette voie féconde et extérieure qui est celle par où l'on m'a ouvert la porte de la carrière ; celui qui m'y conduisait avait des vertus très actives, et la plupart de ceux qui le suivaient avec moi ont retiré des confirmations qui pouvaient être utiles à notre instruction et à notre développement. Malgré cela, je me suis senti de tout temps un si grand penchant pour la voie intime et secrète, que cette voie extérieure ne m'a pas autrement séduit, même dans ma plus grande jeunesse ; car c'est à l'âge de vingt-trois ans que l'on m'avait tout ouvert sur cela aussi, au milieu de choses si attrayantes pour d'autres, au milieu des moyens, des formules et des préparatifs de tout genre, auxquels on nous livrait, il m'est arrivé plusieurs fois de dire à notre maître : Comment, maître, il faut tout cela pour le bon Dieu ? et la preuve que tout cela n'était que du remplacement, c'est que le maître nous répondait : Il faut bien se contenter de ce que l'on a [Note de l'auteur : Extrait d'une lettre au baron de Liebisdorf publiée par MM. Schauer et Alp.Chuquet. Voyez : Correspondance inédite de Louis-Claude de Saint-Martin, Paris, Dentu, 1862, p. 15.]. »
      On ne peut donc reprocher à Saint-Martin que d'avoir trop facilement oublié que les voies extérieures lui avaient « ouvert la porte de la carrière ».
      La réponse à la lettre du frère Salzac est malheureusement perdue. Cependant la seconde lettre de ce frère va nous donner quelque idée de cette réponse et nous révéler en même temps le fâcheux résultat des tentatives de Saint-Martin auprès de certains Elus-Coëns. De cette lettre, qui est datée du 03 février de l'année suivante, nous extrayons le passage suivant :
      « ...En attendant, c'est avec une satisfaction bien vive que j'ai appris qu'il n'y avait rien de vous dans les propositions du T. P. M. de Saint-Martin. Il y a trois mois que j'ai reçu confirmation du P. M. de Calvimont et de quelques autres frères de L... que ce T. P. M. n'avait aucun droit ni pouvoir à cet égard. Ces frères sont très attristés de la méchante posture où les mettent depuis deux ans des nouveautés que j'ai toujours jugées peu convenables à notre bien.
      Tout est venu confirmer mes craintes, en ce que la reprise de leurs anciens travaux ne leur a donné aucun des fruits qui faisaient autrefois leur joie : Bien au contraire. Je n'ose écrire que nous avons été la risée de nos ennemis ; mais il me faut bien rendre l'évidence. Il semblerait que leur conduite ait profondément irrité nos majeurs et que les liens qui nous unissaient aient été rompus.
      Voici donc la belle besogne de M. de Saint-Martin. Ils ont été dans cette malheureuse affaire les victimes de leur confiance dans un frère dont tous nous louons la vertu, mais dont les grands avantages d'esprit prévalent trop sur une juste estimation de nos besoins et sur une naturelle équité. Aujourd'hui, il est notoire que les séduisantes propositions de ce T. P. Maître n'étaient que les fruits d'un esprit mieux intentionné que mûri, et que les intelligences qu'il en avait reçues n'étaient qu'une nouvelle machination de notre ennemi. Latet anguis in herba, et il a toujours une astuce prête, comme dans le récit que vous me faites si agréablement de votre cordeau dont j'aurais préféré une division par huit, ou par quarante-huit, ce qui est encore mieux à mon avis.
      Pour conclure, ils sont conseillés de s'adresser au Grand-Souverain [Note de l'auteur : Ce Grand-Souverain est le successeur de Caignet de Lestère, M. de Las Casas, dont le frère Salzac a cru devoir franciser le nom dans sa première lettre.], qui doit être de retour si j'en crois des nouvelles de Rouen, car le P. M. Substitut n'a rien voulu faire.
      Pensez à moi pour votre cordeau.

Votre très fidèle et dévoué frère.
SALZAC. »
[Note de l'auteur : Lettre inédite au frère Frédéric Disch, de Metz. Anciennes archives Villaréal, E. VII.]




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