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Le Christianisme ésotérique

ou Les Mystères mineurs
Annie Besant
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CHAPITRE XIII – LES SACREMENTS (suite)

Appliquons maintenant ces principes généraux à des exemples concrets et voyons comment ils expliquent et justifient les rites sacramentels qui se trouvent dans chaque religion.

      Il nous suffira de prendre comme exemples trois des Sept Sacrements en usage dans l'Eglise Catholique. Deux d'entre eux sont regardés comme obligatoires par tous les Chrétiens, bien que les Protestants les plus avancés les dépouillent de leur caractère sacramentel, leur refusent une valeur spéciale et y voient simplement une déclaration et une commémoration. Cependant, même ici, quand la dévotion est véritable, le cœur reçoit, dans une certaine mesure, la grâce sacramentelle que nie l'intellect. Le troisième n'est pas reconnu, même nominalement, par les Eglises Protestantes, bien qu'il présente les signes essentiels d'un Sacrement, tels que les définit le Catéchisme de l'Eglise Anglicane cité plus haut (336). Le Premier est le Baptême, le second l'Eucharistie, le troisième le Mariage. En retranchant le Mariage du rang des Sacrements, l'idéal élevé qu'il implique s'est trouvé dégradé ; c'est là, en partie, la cause du relâchement de ses liens, relâchement que déplorent tous les esprits réfléchis.

      Le Sacrement du Baptême se retrouve dans toutes les religions, non seulement au début de la vie terrestre, mais, plus généralement, comme une cérémonie de purification. La cérémonie qui marque l'entrée du nouveau-né ou de l'adulte dans une religion présente, comme partie essentielle du rite, une aspersion d'eau. Dans le passé, comme de nos jours, cette pratique était universelle. – « L'idée d'employer l'eau comme emblème d'une purification spirituelle », fait remarquer le docteur Gilse, « est trop naturelle pour que l'on puisse s'étonner de l'antiquité de ce rite. » – Le docteur Hyde, dans son traité sur La Religion des Anciens Persans, XXXIV, 406, nous affirme que le Baptême existait chez ce peuple. Ils n'ont pas, dit-il, l'habitude de circoncire leurs enfants, mais seulement de les baptiser ou de les soumettre à une ablution qui purifie l'âme. Ils portent l'enfant au prêtre, dans l'église, et le présentent devant le soleil et le feu, après quoi, ils considèrent l'enfant comme plus sacré qu'il n'était auparavant. Suivant Lord, ils apportent l'eau destinée au baptême dans l'écorce de l'Yeuse (Holm tree). Cet arbre est en réalité la Haum des Mages, dont nous avons parlé ailleurs. Quelquefois le baptême est pratiqué différemment et, au dire de Tavernier, l'enfant est plongé dans une grande cuve d'eau. Après ces ablutions ou ce baptême, le prêtre donne à l'enfant le nom choisi par les parents (337). – Quelques semaines après la naissance d'un enfant Hindou, une cérémonie est célébrée, dont une partie consiste à asperger l'enfant avec de l'eau ; cette aspersion se retrouve d'ailleurs dans tout le culte Hindou. Williamson cite des textes montrant que le baptême était pratiqué en Egypte, en Perse, au Tibet, en Mongolie, au Mexique, au Pérou, en Grèce, à Rome, en Scandinavie et parmi les Druides (338). Quelques-unes des prières citées sont d'une grande beauté : – « Je demande que cette eau céleste bleue et bleu clair, puisse entrer dans ton corps et y vivre. Je demande qu'elle puisse détruire en toi toutes les choses mauvaises et hostiles qui t'ont été données avant le commencement du monde. » – « Ô enfant ! Reçois l'eau du Seigneur du monde, qui est notre vie : elle lave et purifie ; puissent ces gouttes effacer le péché qui t'a été donné avant la création du monde, puisque nous subissons tous son empire. »

      Tertullien, dans un passage déjà cité (339), dit que chez les nations non Chrétiennes, le Baptême était un usage général. D'autres Pères de l'Eglise mentionnent ce fait.

      Dans la plupart des Eglises, une forme secondaire du Baptême accompagne toute cérémonie religieuse. Dans ce cas, l'eau est employée comme symbole de purification, impliquant l'idée que nul ne doit prendre part au culte sans avoir purifié son cœur et sa conscience. L'ablution extérieure symbolise la lustration intérieure. Dans les Eglises Grecque et Romaine, un petit bassin contenant l'eau bénite est placé près de chaque porte ; tout fidèle, en entrant, y trempe le doigt et se signe avant de s'avancer vers l'autel. Robert Taylor dit à ce sujet : « Les fonts baptismaux de nos Eglises Protestantes – et plus spécialement encore, bien entendu, les petits réservoirs placés à l'entrée de nos chapelles Catholiques – ne sont pas des imitations, mais se rattachent directement aux aqua minaria ou amula que le savant Montfaucon, dans ses Antiquités, nous montre avoir été des vases remplis d'eau sainte placés par les païens à la porte de leurs temples, afin de s'asperger en pénétrant dans ces édifices sacrés (340). »

      Dans le Baptême administré le jour de l'admission première dans l'Eglise, comme dans ces lustrations secondaires, l'agent employé est l'eau, le fluide purificateur par excellence et, par conséquent, le meilleur symbole de la purification morale. Un mantra est prononcé au-dessus de cette eau, mantra représenté dans le rituel Anglais par la prière : « Sanctifie cette eau pour l'effacement mystique du péché », suivie de la formule – « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen ». – Telle est la « Formule d'Autorité » qu'accompagne le « Signe d'Autorité », le Signe de la Croix fait au-dessus de la surface de l'eau.

      La « Formule » et le « Signe » donnent à l'eau, comme nous l'avons expliqué plus haut, une propriété qu'elle ne possédait pas auparavant : elle prend dès lors, et à juste titre, le nom d'eau « Sainte » ; les puissances ténébreuses n'en approcheront point ; jetée sur le corps, elle communique un sentiment de paix et une vie spirituelle nouvelle. Dans le Baptême d'un enfant, l'énergie spirituelle donnée à l'eau par la « Formule » et par le « Signe » renforce la vie spirituelle de l'enfant. La « Formule d'autorité » est ensuite prononcée de nouveau, et cette fois sur l'enfant ; le « Signe » est tracé sur son front ; en même temps, dans ses corps subtils, les vibrations se font sentir, et la sommation d'avoir à protéger la vie ainsi sanctifiée se propage dans le monde invisible. Car le « Signe » est à la fois purificateur et protecteur ; il purifie la vie dont il amène l'effusion ; il protège par les vibrations qu'il éveille dans les corps subtils. Ces vibrations forment un rempart protecteur contre les attaques d'influences hostiles venant des mondes invisibles et, chaque fois que l'eau est touchée, que la « Formule » est prononcée, que le « Signe » est fait, il se produit un renouvellement des énergies et une recrudescence des vibrations ; les unes et les autres exercent leur énergie sur les mondes invisibles et sont une aide pour l'officiant.

      Dans l'Eglise Primitive, le Baptême était précédé d'une préparation très sérieuse, car les personnes reçues dans l'Eglise étaient, pour la plupart, des convertis venus des religions environnantes. Un converti devait passer par trois stades d'instruction successifs et n'en quittait aucun sans avoir assimilé les enseignements donnés ; il était ensuite, par le Baptême, reçu dans l'Eglise. Après cette cérémonie, et alors seulement, il apprenait le Credo, qui se transmettait toujours oralement et n'était jamais prononcé qu'en présence des croyants. Le Credo permettait ainsi aux Chrétiens de se reconnaître entre eux ; il constituait, pour l'homme capable de le réciter, une preuve de sa position dans l'Eglise et de sa qualité de membre baptisé. L'habitude du Baptême in extremis, qui finit par se généraliser, montre à quel point on avait alors foi dans la grâce communiquée par ce Sacrement. Convaincus des réalités du Baptême, des hommes et des femmes du monde, ne se souciant point de renoncer aux plaisirs temporels, ni de mener une vie pure, remettaient leur Baptême jusqu'à l'heure où la mort descendait sur eux, afin de pouvoir profiter de la grâce sacramentelle et franchir les portes de la Mort sans souillures et remplis de force spirituelle. Plusieurs des plus célèbres Pères de l'Eglise ont lutté avec énergie, et souvent avec succès, contre cet abus. L'un d'eux, saint Athanase, je crois, raconte à ce sujet une histoire pittoresque ; c'était un homme d'un esprit caustique qui, parfois, ne dédaignait pas d'employer la plaisanterie pour mieux faire comprendre à ses auditeurs la folie ou la perversité de leur conduite. Il leur fit donc connaître, un jour, qu'il s'était élevé, dans une vision, jusqu'aux portes du ciel, gardées par saint Pierre. Celui-ci, loin d'accueillir le visiteur avec un sourire bienveillant, lui marqua son mécontentement par un regard plein de sévérité. « Athanase, lui dit-il, pourquoi toujours m'envoyer ces sacs vides, soigneusement cachetés, mais qui ne renferment rien ? » Nous trouvons de ces paroles mordantes dans l'antiquité Chrétienne, car ces questions répondaient alors, pour les Chrétiens, à des réalités et n'étaient pas de simples formes, comme elles le sont trop souvent aujourd'hui.

      L'habitude de baptiser les enfants en bas âge s'établit graduellement dans l'Eglise ; par suite, l'instruction, qui tout d'abord précédait le Baptême, devint la préparation à la confirmation, par laquelle l'intelligence, dans la plénitude de ses moyens, renouvelle les promesses baptismales. L'admission d'un enfant dans l'Eglise est évidemment logique lorsqu'on admet que la vie humaine s'écoule simultanément dans trois mondes et qu'on sait que l'Esprit et l'Ame venus pour habiter le corps nouveau-né sont, non pas inconscients et inintelligents, mais conscients, intelligents et actifs dans les mondes invisibles. Il est bon et il est juste que l'homme invisible caché dans le cœur (341) soit accueilli en commençant cette étape nouvelle de son pèlerinage et que les influences les plus salutaires s'exercent sur le véhicule qu'il vient habiter et qu'il doit approprier à ses besoins. Si les yeux des hommes étaient ouverts, comme l'étaient jadis les yeux du serviteur d'Elisée, ils verraient les chevaux et les chariots de feu rassemblés autour de la montagne où se tient le prophète de l'Eternel (342).

      Passons maintenant à l'autre Sacrement que nous nous proposons d'étudier, le Sacrifice de l'Eucharistie, symbole du Sacrifice Eternel dont nous avons parlé plus haut, sacrifice quotidiennement célébré dans le monde entier par l'Eglise Catholique, image du Sacrifice par lequel les mondes ont été appelés à l'existence et sont maintenus à travers les siècles. Il doit être offert chaque jour, son archétype étant perpétuel. Par cette célébration, les hommes mettent eux-mêmes en action la Loi du Sacrifice, s'identifient avec elle, reconnaissent son caractère d'unification et s'associent volontairement à elle dans l'action qu'elle exerce dans les différents mondes. Pour que cette identification soit complète, il faut recevoir la substance matérielle du Sacrement, mais les adorateurs sincères peuvent, dans une large mesure, en recevoir les bienfaits et contribuer à la propagation de son influence en s'associant mentalement et physiquement à l'acte sacramentel.

      C'est affaiblir la cérémonie principale du culte Chrétien, c'est diminuer sa portée, que de se borner à voir en elle la commémoration d'un sacrifice ancien, une simple allégorie pittoresque ne renfermant point de vérité profonde qui en soit l'âme, un simple rite consistant à rompre le pain et à verser le vin sans s'associer en même temps au Sacrifice éternel. Envisager ainsi l'Eucharistie, c'est la réduire à une apparence, à une représentation inerte, au lieu d'y voir une réalité vivante. – La coupe de bénédiction que nous bénissons n'est-elle pas une communion (ne nous communique-t-elle pas – ne nous fait-elle pas partager) avec le sang du Christ ? – demande l'Apôtre. Le pain que nous rompons n'est-il pas une communion avec le corps du Christ (343) ? L'Apôtre montre ensuite que toutes les personnes mangeant d'un sacrifice participent à une même nature et forment un seul corps, qui est uni à l'Etre présent dans le sacrifice et partage son essence. Il est question ici d'un fait du monde invisible, et saint Paul en parle avec l'autorité que donne le savoir. Les Etres Invisibles font passer leur essence dans les substances invariablement employées dans un rite sacramentel ; toutes les personnes absorbant ces substances, substances qui sont assimilées par le corps et dès lors en font partie, se trouvent en même temps unies à Ceux dont l'essence est renfermée dans les substances et acquièrent ainsi une nature commune. C'est vrai quand nous recevons des mains d'un autre homme notre nourriture ordinaire : sa nature, jusqu'à un certain point, et son magnétisme vital se mêlent aux nôtres. A plus forte raison est-ce le cas lorsque la nourriture a été solennellement et intentionnellement imprégnée de magnétismes supérieurs affectant à la fois les corps subtils et le corps physique. Il faut, pour comprendre le sens et l'objet de l'Eucharistie, réaliser ces faits des mondes invisibles ; il faut y voir un lien entre la terre et le ciel et, de plus, un acte de culte universel, une manière de coopérer, de s'associer à la Loi du sacrifice ; sinon l'Eucharistie perd la plus grande partie de son sens.

      L'emploi du pain et du vin dans ce Sacrement est très ancien et très général ; il en est de même de l'eau, dans le Sacrement du Baptême. Les Perses offraient à Mithra le pain et le vin. Des offrandes analogues étaient en usage au Tibet et en Tartarie. Jérémie mentionne les gâteaux et la boisson offerts en Egypte à la Reine du Ciel par les Juifs qui prenaient part au culte Egyptien (344). La Genèse nous dit que Melchisédec, le Roi-Initié, se servit de pain et de vin lorsqu'il bénit Abraham (345). Le pain et le vin étaient encore employés dans les Mystères de la Grèce, et Williamson retrouve cet usage parmi les Mexicains, les Péruviens, et les Druides (346).

      Le pain symbolise, d'une manière générale, la nourriture qui entre dans la formation du corps ; le vin symbolise le sang envisagé comme le fluide vital. Car l'âme de la chair est dans le sang (347). Voilà pourquoi les membres d'une même famille sont dits « du même sang ». « Etre du même sang » qu'une autre personne signifie, de même, être son parent. De là aussi les vieilles cérémonies de « l'alliance du sang ». Quand un étranger se trouvait admis dans une famille ou dans une tribu, l'une des personnes de la famille donnait quelques gouttes de son sang ; celles-ci étaient transfusées dans les veines de l'étranger, ou bien celui-ci les buvait, généralement mélangées à de l'eau, après quoi il était considéré comme membre-né de la famille ou de la tribu, comme étant du même sang. Dans l'Eucharistie, les fidèles partagent, de même, le pain, symbole du corps, de la nature du Christ, et le vin, symbole de Son sang et de Sa vie et par là s'allient et s'unissent à Lui.

      La « Formule d'Autorité » est : « Ceci est Mon Corps ; Ceci est Mon Sang. » C'est elle qui amène la modification dont nous parlerons tout à l'heure et transforme les substances en véhicules d'énergies spirituelles. « Le Signe d'Autorité » consiste à étendre la main au-dessus du pain et du vin ; le Signe de la Croix devrait être fait en même temps, bien que parfois les Protestants l'omettent. Tels sont les caractères extérieurs essentiels du Sacrement de l'Eucharistie.

      Il est important de comprendre la modification qui se produit dans ce Sacrement, car elle est plus profonde que la magnétisation dont nous avons parlé plus haut, celle-ci, d'ailleurs, ayant lieu simultanément. Nous nous trouvons en présence d'un cas particulier d'une loi générale.

      Pour l'occultiste, un objet visible est l'expression ultime, physique, d'une vérité invisible. Tout, ici-bas, est l'expression physique d'une pensée. Un objet n'est qu'une idée manifestée au-dehors sous une forme dense. Tous les objets de ce monde sont des idées Divines qui s'expriment dans la matière physique. Cela posé, la réalité d'un objet ne dépend pas de sa forme extérieure, mais bien de sa vie intérieure, de l'idée qui a façonné et moulé la substance, de manière à s'exprimer par elle. Dans les mondes supérieurs, la matière, étant très subtile et très plastique, répond très rapidement à l'idée ; elle change de forme en même temps que la pensée se modifie. En devenant de plus en plus dense et lourde, la pensée change de forme plus difficilement et plus lentement, jusqu'à ce qu'enfin, dans le monde physique, les modifications atteignent leur maximum de lenteur, à cause de la résistance de la matière épaisse dont se compose le monde physique. Néanmoins cette lourde matière elle-même se modifie, avec le temps, sous la pression de l'idée qui en est l'âme ; nous en trouvons la preuve dans l'empreinte que laissent sur le visage les pensées et les émotions habituelles.

      Telle est donc la vérité qui sert de base à la doctrine de Transsubstantiation, si extraordinairement incomprise en général, des Protestants ; mais c'est le sort des vérités occultes lorsqu'elles sont présentées aux ignorants. La « substance » transformée est l'idée qui constitue l'objet. Le « pain » n'est pas un simple composé de farine et d'eau. L'idée qui préside au mélange, la manipulation de la farine et de l'eau, voilà la « substance » dont est fait le « pain ». La farine et l'eau sont, pour employer une expression technique, les « accidents » ou combinaisons matérielles qui donnent forme à l'idée. Supposez que l'idée, que la substance soient autres, la farine et l'eau prendraient une forme différente, ce qui est d'ailleurs le cas quand le corps les assimile. De même, les chimistes ont découvert qu'un même nombre d'atomes chimiques de même nature peuvent être combinés de différentes manières et devenir, par là, des objets doués des propriétés les plus différentes, bien que les éléments ne changent point. La découverte de ces composés « isomériques » est une des plus intéressantes de la chimie moderne. L'arrangement d'atomes similaires suivant des idées différentes donne des corps différents.

      Qu'est dont le changement de substance qui se produit dans les Espèces Eucharistiques ? L'idée qui fait l'objet à été changée. Dans leur état normal, le pain et le vin sont des aliments exprimant les idées divines de substances nutritives, de substances propres à former les corps. L'idée nouvelle, c'est la nature et la vie du Christ, propres à former la nature et la vie spirituelles de l'homme. Voilà le changement de substance. L'objet reste le même en ses « accidents », en sa matière physique, mais la matière subtile qui l'accompagne s'est modifiée sous la pression de l'idée transformée, ayant acquis, par le fait de ce changement, des propriétés nouvelles ; celles-ci affectent les corps subtils des communiants et les harmonisent avec la nature de la vie du Christ. Mieux les communiants réalisent en eux-mêmes cette harmonie, et plus ils sont « dignes » du sacrement.

      Le participant indigne, soumis aux mêmes influences, s'en trouve mal, car sa nature, résistant à la pression, est meurtrie et déchirée par les forces auxquelles elle est incapable de répondre. Un objet peut, de même, être mis en pièces par des vibrations qu'il lui est impossible de reproduire (348).

      L'homme digne de participer au Sacrement s'unit donc au Sacrifice, au Christ, et par là s'identifie et s'unit à la Vie divine qui est le père du Christ. Au point de vue de la forme, le Sacrifice consiste à céder la vie qu'elle gardait jusque-là pour elle-même et à rendre à la Vie commune, à offrir le canal séparé, afin qu'il devienne le canal de la Vie Unique ; ce sacrifice a dés lors pour résultat l'union avec Dieu. La nature inférieure se donne afin de se fondre dans la nature supérieure ; le corps cesse d'être un instrument de la volonté séparée, pour devenir l'instrument de la Volonté divine. C'est bien là offrir le corps en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu (349). L'Eglise enseigne donc, avec raison, que les Communiants dignes de l'Eucharistie reçoivent une partie de la vie du Christ répandue pour les hommes. La transmutation des principes inférieurs en principes supérieurs, tel est l'objet de ce Sacrement, comme de tous les autres. Les participants cherchent à transformer les forces inférieures en les unissant à des forces plus exaltées. Il est possible, en connaissant la vérité intérieure et en croyant à la vie d'en haut, d'entrer en contact plus direct et plus complet, par les Sacrements de toute religion, avec la Vie divine qui maintient les mondes. La seule condition est d'apporter au rite la nature réceptive, l'acte de foi, le cœur ouvert, dont dépendra la réalisation des possibilités sacramentelles.

      Dans le Sacrement du Mariage, les caractères sacramentels se retrouvent d'une manière aussi claire et aussi évidente que dans le Baptême et dans l'Eucharistie. Il n'y manque ni le signe extérieur, ni la grâce intérieure. L'objet matériel est l'Anneau, le cercle, symbole de l'éternité. La « Formule d'autorité » est la formule traditionnelle : « Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Le « Signe d'Autorité » est l'union des mains, symbolisant l'union des vies. Les caractères extérieurs essentiels du Sacrement sont donc tous présents.

      La grâce intérieure est l'union des intelligences et des cœurs, rendant possible l'union spirituelle, sans laquelle le Mariage n'est plus le Mariage, mais une simple union physique et temporaire. Le don et la réception de l'anneau, la formule prononcée, les mains jointes, tout cela forme l'image allégorique. Si la grâce intérieure n'est pas reçue, si les participants ne se prêtent point à son action par le désir que leur union soit parfaite, le Sacrement perd ses propriétés bienfaisantes et devient une pure formalité.

      Mais le Mariage présente encore une signification plus haute : d'une seule voix les religions le proclament l'image, ici-bas, de l'union entre le terrestre et le céleste, entre l'homme et Dieu. Plus encore : le Mariage représente la relation entre l'Esprit et la Matière, entre la Trinité et l'Univers. Telles sont la profondeur et la portée de l'union, dans le Mariage, de l'homme et de la femme.

      L'homme représente ici l'Esprit ou Trinité de la Vie, et la femme la Matière ou Trinité de la substance, base de la forme. L'un donne la vie, l'autre la reçoit et la nourrit. Etres complémentaires, moitiés inséparables d'un seul tout, ils ne sauraient exister l'un sans l'autre. Si l'Esprit implique la Matière et la Matière l'Esprit, le mari implique de même la femme, et la femme le mari. L'Existence abstraite se manifeste sous deux aspects, comme une dualité d'Esprit et de Matière qui dépendent l'un de l'autre et se manifestent simultanément ; de même, l'humanité se manifeste sous deux aspects, l'épouse et l'époux, incapables de vivre séparés et formant un tout. Le Mariage est l'image de Dieu et de l'Univers. Tel est le lien étroit unissant le mari et la femme. Nous l'avons dit plus haut, le Mariage symbolise également l'union entre Dieu et l'homme, entre l'Esprit universel et les Esprits individualisés. Cette image se retrouve dans tous les grands livres sacrés de ce monde, dans les Ecritures Hindoues, Hébraïques et Chrétiennes ; par extension, elle a été appliquée à une Nation ou à une Eglise, réunion d'Esprits individualisés formant un ensemble. – Celui qui t'a formée sera ton Epoux – dit Esaïe à la nation Israélite – l'Eternel des armées est son nom (350)... – Ton Dieu se réjouira de toi, de la joie qu'un époux a de son épouse (351). De même saint Paul nous dit que le mystère du Mariage représente le Christ et l'Eglise (352).

      Tant que l'Esprit et la Matière restent latents et ne se manifestent point, aucune production n'apparaît ; se manifestent-ils ensemble, l'évolution commence. De même, il n'y a point de production de vie nouvelle tant que les deux moitiés de l'humanité ne se sont point manifestées comme mari et femme. Leur union est encore nécessaire, afin de produire dans chacun des époux une évolution plus prompte, des progrès plus rapides. Grâce à la moitié qu'ils peuvent se donner réciproquement, ce que l'un ne possède point l'autre le lui apporte. Le couple ne devrait plus former qu'un seul être, manifestant les possibilités spirituelles de l'humanité. Leur union représente enfin l'Homme parfait, en qui l'Esprit et la Matière sont à la fois complètement développés et parfaitement en équilibre, l'Homme divin qui unit en Lui-même l'époux et l'épouse, le principe mâle et le principe féminin dans la nature – comme « Dieu et l'Homme sont un seul Christ (353) ».

      On comprend, en étudiant à ce point de vue le Sacrement du Mariage, pourquoi les religions ont toujours regardé le Mariage comme indissoluble et pourquoi elles ont préféré voir quelques couples mal assortis en souffrir, que de permettre à l'idéal du véritable Mariage de subir, pour tous, un abaissement permanent. Les peuples sont libres de choisir : ils peuvent adopter comme idéal national un lien conjugal spirituel ou un lien conjugal terrestre, y chercher une unité spirituelle ou n'y voir qu'une simple union physique ; dans le premier cas, ils adoptent l'idée religieuse que le Mariage est un Sacrement ; dans le second, l'idée matérialiste qu'il se borne à être un contrat ordinaire, susceptible de résiliation. L'étudiant des Mystères Mineurs y verra toujours un rite sacramentel.


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(336)  Ante, p. 334.

(337)  Christian Records, p. 129.

(338)  The Great Law, pp. 161-166.

(339)  Ante, p. 155.

(340)  Diegesis, p. 219.

(341)  I St Pierre, III, 4 (Version Le Maistre de Sacy).

(342)  II Rois, III, 17.

(343)  1 Cor., X, 16.

(344)  Jér., XLIV.

(345)  Gen., XIV, 18, 19.

(346)  The Great Law, pp. 177-181, 185.

(347)  Lévit., XVII, 11.

(348)  Voilà pourquoi il y a chez vous beaucoup de malades et d'infirmes, et bon nombre de personnes meurent. I Cor., XI, 30. (N. d. T.)

(349)  Rom., XII, 1.

(350)  Es., LIV, 5.

(351)  Es., LXII, 5.

(352)  Ephés., V, 23-32.

(353)  Credo d'Athanase.




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