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Le Monde occulte

Alfred Percy Sinnett
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PHÉNOMÈNES OCCULTES (2/4)

      M. X... avait souvent été avec nous pendant la semaine ou la quinzaine qui s'étaient déjà écoulées depuis l'arrivée de Mme Blavatsky. Tout ce qu'en présence de cette dernière il avait vu se produire l'avait, comme la plupart de nos amis, grandement impressionné. Il était frappé de la bonne influence exercée sur les indigènes par la Société Théosophique et il avait, à plusieurs reprises, exprimé devant moi son opinion dans des termes enthousiastes. Il avait aussi témoigné l'intention de suivre mon exemple en entrant dans cette Société. L'épisode de la tasse nous avait beaucoup impressionnés et tout particulièrement X... ; au cours de la conversation qui s'engagea à ce sujet, on émit l'idée qu'il pourrait circ;tre reçu membre de la Société sur l'heure. Je n'aurais pas avancé cette proposition – car je crois qu'elle vint de moi – si X..., de sang-froid, n'avait déjà décidé d'en faire partie. La démarche, d'ailleurs, n'entraîne aucune responsabilité, elle témoigne simplement d'un intérecirc;t pour l'étude de la science occulte et d'une adhésion aux principes philanthropiques généraux qui préconisent des sentiments de fraternité envers toute l'humanité sans distinction de race ni de Credo.

      J'ai tenu à donner cette explication à cause des légères tracasseries qui suivirent.

      L'offre de se joindre à la société fut aussitôt acceptée par X... Mais quelques pièces manquaient : le diplôme spécial conféré au nouveau membre, après l'avoir initié à certains signes adoptés par la société comme moyens de reconnaissance. Comment avoir ce diplôme ? L'occasion parut favorable pour demander à Mme Blavatsky d'exercer encore une fois ses pouvoirs. Ce diplôme, pouvait-elle nous le faire envoyer d'une manière magique ? Elle se mit en communication occulte avec l'Adepte qui s'était intéressé à nos recherches, et nous dit que le document allait arriver. Mme Blavatsky nous décrivit son apparence : un rouleau de papier entouré d'une immense quantité de ficelle, le tout enveloppé par les feuilles d'une plante grimpante. Nous le trouverions non loin, dans le bois où: nous étions. Nous pouvions tous le chercher, mais ce serait X... – auquel il était destiné – qui le découvrirait. Ainsi fut fait. Nous cherchâmes aux environs, selon notre fantaisie, sous ou sur les arbres, et X... seul vit et prit le rouleau arrangé comme il a été dit. Entre temps nous avions déjeuné. X... fut reçu membre de la Société Théosophique par le colonel Olcott, et nous changeâmes de place pour aller plus bas dans le bois, nous rapprochant du petit temple Tibétain ou maison de repos, dans lequel l'Initié – qui, d'après Mme Blavatsky, avait traversé Simla – s'était arrecirc;té la nuit précédente. Nous nous amusâmes à examiner le petit édifice à l'intérieur et au dehors, « baignant dans le bon magnétisme », selon le mot de Mme Blavatsky, et nous étendant auprès, sur l'herbe ; quelqu'un déclara qu'il serait plus agréable d'avoir plus de café. L'eau filtrée que nous avions apportée était consommée, et celle des bois de Simla n'est pas buvable. La seule chose à faire était d'en envoyer chercher à une brasserie distante d'un mille. J'écrivis un billet au crayon et un coolie partit avec les bouteilles vides. Mais, à notre vif désappointement, il revint sans eau. Aucun Européen n'était à la brasserie – à cause du dimanche – pour lire mon billet, et le coolie était sottement revenu, les bouteilles vides sous le bras, au lieu de tenter de trouver quelqu'un susceptible de fournir l'eau désirée.

      A ce moment notre groupe s'était un peu dispersé. X... et un autre homme s'étaient éloignés. Ceux qui restaient ne s'attendaient à aucun nouveau phénomène quand Madame se leva soudain et se dirigea vers les paniers gisant à quinze ou vingt pas. Elle ramassa une bouteille, une de celles, je crois, rapportées vides par le coolie, et revint à nous en la tenant sous les plis de sa robe, puis elle nous la présenta, en riant, remplie d'eau. Un vrai tour de prestidigitateur, dira-t-on. Exactement, sauf les conditions. Car le prestidigitateur définit la chose à faire. Dans notre cas, le manque d'eau était aussi imprévu que celui de la tasse. La brasserie fermée et l'anormale stupidité de notre coolie étaient des accidents exceptionnels qui ne pouvaient vraiment pas avoir été préparés en vue d'amener la scène de la bouteille. Tous les paniers avaient été examinés, et nous ne nous étions résignés à envoyer chercher de l'eau qu'après avoir constaté qu'il n'y en avait plus une goutte. On ne peut donc insinuer qu'une bouteille avait pu passer inaperçue au fond d'un panier. De plus, je goûtai l'eau apportée par Mme Blavatsky. Elle ne ressemblait en rien à celle de nos filtres. C'était une eau ayant goût de terre, également dissemblable de notre boisson ordinaire de Simla et du breuvage répugnant fourni par le seul ruisseau courant dans ces bois.

      Comment était-elle venue là ? Le comment, en pareilles occurrences, est le grand mystère que je suis, naturellement, incapable d'expliquer ; il faut s'en tenir aux termes généraux ; mais l'impossibilité de comprendre de quelle façon les Adeptes manipulent la matière est un aspect de la question, et l'impossibilité de nier qu'ils la manipulent par des procédés que l'ignorance occidentale qualifierait de miraculeux, en est un autre. Le fait est là, que nous puissions ou non l'expliquer. Le rade dicton populaire : « You cannot argue the hind leg off a cow » – vous ne pouvez pas, par la discussion, détacher la jambe de derrière d'une vache – renferme une réflexion sensée, que nos prudents sceptiques sont trop disposés à oublier par rapport au sujet dont je m'occupe ici. Vous ne pouvez pas supprimer un fait en soutenant que d'après les lumières de votre esprit, il devrait ecirc;tre différent de ce qu'il est. Encore moins pouvez-vous escamoter une masse de faits, tels que ceux que je rappelle, en appliquant à chacun une série d'hypothèses extravagantes et contradictoires. Ce qu'oublie si souvent l'incrédule déterminé, c'est que le scepticisme qui peut, jusqu'à un certain point, dénoter un esprit perspicace, révèle une intelligence obtuse quand elle s'obstine à nier, sans examen, certaines évidences.

      Je me souviens d'un savant officier, au service du gouvernement indien, qui m'envoya un article qu'il venait d'écrire après avoir entendu parler de la découverte du phonographe, et avoir reçu les premiers renseignements sur son usage ; il concluait à une mystification, parce que, disait-il, scientifiquement l'instrument était impossible à réaliser. Il avait fait des calculs sur le nombre et la durée des vibrations nécessaires pour reproduire le son, et en avait déduit ses conclusions d'une manière très habile. Mais quand les phonographes furent importés dans l'Inde, il ne persista pas à dire qu'ils étaient impossibles, et qu'il devait y avoir un homme enfermé dans chaque machine, mecirc;me s'il n'y avait pas de place. Maintenir sa thèse initiale eût été adopter l'attitude des présomptueux qui écartent la difficulté concernant la cause des phénomènes occultes et spirituels en niant que ces phénomènes aient lieu, malgré l'expérience de milliers de personnes et en dépit d'innombrables témoignages écrits qu'ils ne lisent pas.

      Je dois ajouter ici que, par la suite, X... changea d'opinion, ne trouvant pas de garanties scientifiques suffisantes au phénomène de la tasse à thé, auquel il opposait la théorie du tunnel, citée plus haut ; j'ai discuté ce point, et je ne mentionne la volte-face de X... – qui n'altère aucune des circonstances déjà narrées – que pour éviter d'ecirc;tre accusé, par des lecteurs renseignés sur ces épisodes de Simla, d'avoir cherché à déguiser le revirement de X... comme si j'y attachais de l'importance. En vérité, les conclusions auxquelles je suis défnivement arrivé sont elles-mecirc;mes le résultat d'expériences que j'ai encore à raconter, et il me serait difficile de dire quelle est la part prise par chacune d'elles pour établir ma solide conviction de la réalité du pouvoir occulte.

      Le soir mecirc;me de la journée « de la tasse de thé », il se produisit un fait qui souleva d'interminables discussions dans la presse anglo-indienne. C'est le célèbre « incident de la broche ». A cette époque, le récit de la scène fut publié, et les neuf témoins signèrent le procès-verbal qui va ecirc;tre mis sous les yeux du lecteur, mais je vais le compléter par quelques détails, car il donna lieu à des commentaires qui prouvèrent son insuffisance. Je puis citer librement les noms puisqu'ils sont apposés sur le document publié.

      Il avait été convenu que nous, c'est-à-dire ma femme, nos hôtes et moi, dînerions sur la colline, chez Mr et Mme Hume. Nous étions onze autour d'une table ronde. Mme Blavatsky, assise à côté du maître de la maison, fatiguée et paraissant abattue, était exceptionnellement silencieuse, et dit à peine un mot pendant les premiers services. Mr Hume causait avec son autre voisine. Il est d'usage, dans l'Inde, de placer devant chaque convive un petit chauffe-plat métallique contenant de l'eau chaude, sur lequel il pose son assiette pendant qu'il mange. Nous avions de ces chauffe-assiettes ce soir-là, et, au-dessus du sien, à un moment où: les plats avaient été enlevés, Mme Blavatsky se chauffait les mains d'un air distrait. Nous avions remarqué que la production des coups ou des sons paraissait quelquefois facilitée quand Mme Blavatsky avait ainsi chauffé ses mains ; quelqu'un voyant son geste lui posa une question qui contenait une allusion indirecte à ses pouvoirs. J'étais fort loin de m'attendre à quoi que ce soit de ce genre, et Mme Blavatsky était également éloignée de s'attendre à faire quelque chose par elle-mecirc;me ou sous l'impulsion d'un Adepte. Néanmoins, au : « Pourquoi vous chauffez-vous les mains ? Elle répliqua légèrement – Faites-en tous autant, et on verra ce qui arrivera. – Là-dessus, quelques personnes échangèrent des plaisanteries, et Mme Hume fit rire en élevant ses mains et en disant : – Je les ai chauffées ; qu'est-ce qu'il y a ? » Mme Blavatsky, je l'ai dit, n'était pas du tout disposée à produire le moindre phénomène occulte. Seulement, je l'ai appris plus tard, à ce moment, ou un peu avant, elle perçut soudain – par ce sens occulte, ignoré en général de l'humanité – la présence « en corps astral » de l'un des Initiés, invisible bien entendu au reste de la société. Ce fut d'après ses indications qu'elle agit ensuite. Aucun de nous, naturellement, ne sut alors qu'elle subissait une influence extérieure. Nous vîmes donc simplement ceci : Après l'exclamation de Mme Hume, Mme Blavatsky passant le bras devant la personne qui la séparait de son hôtesse, prit une de ses mains et lui dit : « – Eh bien ! désirez-vous particulièrement quelque chose ? » Je ne répète pas les mots précis, mais le sens est exact. Je ne sais plus maintenant ce que répondit Mme Hume, avant qu'elle se rendît compte de la situation, mais elle comprit vite, et des invités s'écrièrent : « – Pensez à quelque chose que vous voudriez qu'on vous apportât, n'importe quoi vous plaisant, mais sans y attacher une idée uniquement mondaine. Ne pouvez-vous pas penser à un objet très difficile à obtenir ? » Ces remarques furent les seules paroles échangées pendant le court intervalle écoulé entre le moment où: Mme Hume s'était chauffé les mains et celui où: elle indiqua ce qu'elle souhaitait, disant qu'elle avait pensé à quelque chose. – Quoi ? – Une vieille broche, ancien don de sa mère, et qu'elle avait perdue.

      Le bijou fut retrouvé comme le démontrera la suite de l'histoire. On en parla et beaucoup de gens deacute;clarèrent naturellement : « Mme Blavatsky avait amené la conversation sur la chose particulière qu'elle s'était arrangée d'avance à faire apparaître. » J'ai rapporté toute la conversation qui eut lieu à ce sujet avant que la broche ne fût nommée. Il n'y eut rien de dit sur la broche ou un autre objet analogue ; personne ne songeait à voir le phénomène d'un objet retrouvé ou mecirc;me un phénomène quelconque et, pendant que Mme Hume se creusait l'esprit pour savoir ce qu'elle pourrait demander, elle ne prononça pas un mot indiquant la direction de sa pensée.

      Je puis placer ici la relation qui fut publiée à cette époque. Presque tout y est résumé avec une simplicité qui permet au lecteur de saisir l'ensemble des faits.

      « Le dimanche, 3 octobre, chez Mme Hume, à Simla, se trouvaient à dîner Mr et Mme Hume, Mr et Mme Sinnett, Mme Gordon, Mr F. Hogg. le capitaine P. S. Maitland, Mme Beatson, Mr Davison, le colonel Olcott et Mme Blavatsky. La plupart des personnes présentes ayant vu récemment des manifestations remarquables se produire avec le concours de Mme Blavatsky, on amena la conversation sur les phénomènes occultes, et pendant cette conversation, Mme Blavatsky demanda à Mme Hume si elle désirait particulièrement quelque chose. Mme Hume eut un moment d'hésitation, puis elle dit qu'elle désirait qu'on lui apportât un certain objet : c'était un petit article de bijouterie qu'elle avait possédé et confié à une personne qui l'avait égaré. Mme Blavatsky la pria de fixer nettement dans son esprit l'image de cet objet, qu'elle allait tâcher de lui procurer. Mme Hume répondit que son souvenir était très précis, et elle décrivit l'objet. C'était une broche à la mode ancienne, faite pour contenir des cheveux sous un verre, et entourée de perles. Elle en traça, sur la demande qu'on lui fit, un croquis approximatif. Mme Blavatsky enveloppa alors, dans deux feuilles de papier à cigarette, une pièce de monnaie qu'elle portait en breloque, la posa sur sa robe, et nous dit qu'elle espérait que la broche serait apportée au cours de la soirée. A la fin du dîner, Mme Blavatsky déclara à Mme Hume que le papier enveloppant la pièce de monnaie était parti. Un peu plus tard, nous étions au salon. Elle annonça que la broche ne serait pas apportée à la maison, qu'il fallait la chercher dans le jardin ; nous sortîmes tous avec elle ; elle ajouta qu'elle avait vu – en état de clairvoyance – la broche tomber dans une corbeille de fleurs ayant la forme d'une étoile. Mr Hume nous conduisit dans la partie éloignée du jardin où: se trouvait ce parterre. Après de longues et minutieuses recherches à la lueur de nos lanternes, Mme Sinnett découvrit enfin parmi le feuillage un petit paquet formé de deux feuilles de papier à cigarette ; ouvert à l'instant, on y trouva une broche en tout conforme à la description donnée plus haut et Mme Hume la reconnut pour celle qu'elle avait perdue. Aucun de nous, excepté Mr et Mme Hume, n'avait jamais vu ce bijou ou entendu parler de lui. Mr Hume n'y avait pas pensé depuis des années. Mme Hume n'en avait jamais parlé depuis qu'elle s'en était séparée, et depuis longtemps n'y avait plus songé. Elle nous dit, après l'avoir retrouvée, que c'était seulement la question de Mme Blavatsky : « Si elle désirait quelque chose ? » qui avait réveillé dans son esprit le souvenir de cette broche, don de sa mère.

      Mme Hume n'est pas spirite, et jusqu'au jour de cet incident elle ne croyait ni aux phénomènes occultes, ni aux pouvoirs de Mme Blavatsky. Tous les assistants furent frappés de l'irréprochable caractère du phénomène, en tant que preuve évidente de la possibilité de manifestations occultes. Sans conteste, la broche était celle que Mme Hume avait perdue. Mecirc;me en supposant, ce qui est d'une impossibilité radicale, que le bijou, perdu des mois avant que Mme Hume eut seulement entendu parler de Mme Blavatsky et ne portant ni signe ni chiffre pouvant faire soupçonner à qui il avait appartenu, était devenu d'une façon naturelle la propriété de Mme Blavatsky, mecirc;me dans ce cas, elle ne pouvait vraiment pas prévoir que MmeHume, qui l'avait presque oublié, le demanderait.

      Ce procès-verbal, lu devant nous, est signé par :

A.-O. HUME, PATIENCE SINNETT,
M.-A. HUME, ALICE GORDON,
FRED.-R. HOGG, P.-J. MAITLAND,
A.-P. SINNETT, WM. DAVISON,
STUART BEATSON.

      Il est inutile de dire qu'après la publication de ce compte-rendu, les neuf personnes ci-dessus mentionnées furent assaillies par des bordées de moquerie qui, du reste, n'altérèrent pas le moins du monde la conviction, attestée par leurs signatures, que le fait était une preuve concluante de la réalité du pouvoir occulte. Un déluge de critiques, plus ou moins imbéciles, s'est répandu. On a voulu démontrer que toute la scène était une comédie et pour nombre de gens, dans l'Inde, il est sans doute établi que Mme Hume avait été adroitement amenée à demander le bijou spécial par une conversation ménagée, de façon à favoriser l'exécution d'un tour pour lequel Mme Blavatsky était venue exprès. Une autre opinion arrecirc;tée parmi un certain public indien, est que la broche, donnée par MmeHume à sa fille et perdue par celle-ci, était tombée entre les mains de Mme Blavatsky, quand Miss Hume, se rendant en Angleterre l'année précédente, avait traversé Bombay où: Mme Blatvatsky habitait. L'affirmation de cette jeune demoiselle qu'elle avait égaré la broche avant d'aller à Bombay et n'avait jamais vu Mme Blavatsky ne signifie rien aux yeux des inventeurs de l'hypothèse. Et les personnes qui trouverait assez « suspect » que la broche ait appartenu à Mme Humes et que sa fille ait vu une fois Mme Blavatsky pour mettre en doute l'épisode, n'ont jamais, à ma connaissance, pris la peine de grouper logiquement leurs soupçons et de les comparer aux circonstances réelles qui accompagnèrent le fait. Mais vous prendrez en vain les mesure les plus rigoureuses pour qu'on ne puisse attribuer une manifestation du pouvoir occulte ni à la fraude ni à l'illusion, il y aura toujours des gens pour faire une supposition infirmant votre preuve, supposition erronée niais satisfaisante pour ceux qui ne peuvent pas plus accepter qu'étudier une idée qui leur est nouvelle.

      Quant aux témoins du phénomène « de la broche », les garanties de certitude leur parurent si parfaite, qu'en causant entre eux de ce que le public pourrait dire, ils ne prévirent pas les objections qui furent soulevés – théorie de la conversation forcée et du passage de la broche des mains de Miss Hume à celles de Mme Blavatsky. Ils savaient parfaitement le contraire et il ne vint à l'esprit d'aucun qu'il se trouverait des individus assez fous pour ignorer les circonstances capitales et supposer que Miss Hume avait, sans le savoir, contribué à la production du phénomène. D'ailleurs, en supposant, ce qui est inadmissible, comme le rapport lui-mecirc;me le signale, que la broche soit devenue, par voie ordinaire, la propriété de Mme Blavatsky, comment pouvait-elle prévoir qu'on la lui demanderait (3) ?

      Les témoins, très préparés à rencontrer l'incrédulité du public, conjecturèrent seulement que les critiques des uns s'attaqueraient au récit incomplet, selon eux, et n'offrant pas les éléments nécessaires pour porter la conviction dans leurs esprits... supérieurs, et que les autres accuseraient Mme Hume de complicité dans la préparation du truc. Cette dernière supposition, admissible évidemment pour des lecteurs européens, ne pouvait qu'ecirc;tre comique à nos yeux. Nous savions tous que Mme Hume était moralement incapable de se precirc;ter à la moindre déloyauté en quelque circonstance que ce fût.

      Nous avions mecirc;me, au cours du phénomène « de la broche », pris nos précautions afin d'écarter toute cause de malentendu ou d'incertitude ; un de nos amis, au sortir de table, avait suggéré qu'avant de poursuivre l'expérience nous nous demandions si, dans l'hypothèse où: la broche serait produite, on pourrait, dans ces circonstances, considérer que c'était une preuve satisfaisante d'une intervention occulte. Nous passâmes en revue, avec soin, la manière dont la situation s'était développée et nous conclûmes tous que la preuve serait complète, ne découvrant aucun point faible dans les procédés. C'est alors que Mme Blavatsky nous dit d'aller chercher le bijou au jardin où: il devait ecirc;tre apporté.

      Un détail intéressant pour ceux qui avaient déjà observé quelques-uns des phénomènes dont j'ai parlé, est celui-ci : La broche, on l'a dit, était enveloppée dans deux feuilles de papier à cigarette ; celles-ci, examinées en pleine lumière, au retour dans la maison, portaient encore l'empreinte de la pièce de monnaie, détachée de sa chaîne de montre, par Mme Blavatsky, et placée entre les deux légers papiers avant leur mystérieux départ ; ils furent ainsi identifiés comme ces papiers que nous avions vus à table, par les personnes qui avaient surmonté la première terrible difficulté de croire en la possibilité du transport d'objets matériels par une action occulte.

      La transmission, à distance, d'objets solides n'étant pas magique, au sens occidental du mot, on peut en donner une explication partielle, compréhensible, mecirc;me pour des lecteurs ordinaires, sans que les moyens, par lesquels les forces sont manipulées, cessent d'ecirc;tre un profond mystère.

      On ne prétend pas que les courants, mis en jeu, transmettent les corps sous la forme solide qu'ils offrent à nos sens. Il est à supposer que pour ecirc;tre transmis le corps doit ecirc;tre désagrégé ; il circule, en molécules infinitésimales, dans les courants jusqu'à sa destination, où: il est alors reconstitué. Dans le cas de la broche, la première chose à faire était de la trouver. Ceci pouvait ecirc;tre une simple opération de clairvoyance. La personne qui a possédé un objet en porte la trace invisible qui peut ecirc;tre suivie comme une piste. On ne connaît pas, en Occident, de clairvoyance comparable, en éblouissante intensité, à la clairvoyance d'un Adepte en occultisme. La cachette ainsi découverte, la désintégration commençait et l'objet désiré était transporté et déposé à l'endroit choisi par l'Adepte qui s'occupait de l'opération. Le rôle joué, dans le phénomène, par le papier à cigarette, serait celui-ci. Il fallait, pour que nous puissions trouver la broche, la rattacher à Mme Blavatsky par un lien occulte. Le papier, qu'elle portait toujours sur elle, était ainsi imprégné de son magnétisme et, pris par l'Initié, il laissa derrière lui une trace occulte ; placé autour de la broche, il fit aboutir cette piste au point voulu. La magnétisation du papier à cigarette que Mme Blavatsky portait toujours sur elle lui permit, en l'utilisant, d'accomplir un petit exploit qui fut considéré comme absolument concluant par tous ceux pour qui il avait été fait. Pourtant sa ressemblance superficielle avec un tour de prestidigitation induisit en erreur les personnes qui en lurent le récit dans les journaux.

      Les trois lettres suivantes, publiées par le Pioneer, le 25 octobre, feront mieux apprécier le fait :

      MONSIEUR. – Le procès-verbal, relatant la découverte de la broche de Mme Hume, a fait écrire plusieurs lettres et soulevé de nombreuses questions. Je pourrai répondre, plus tard, à quelques-unes. Je crois plus utile, aujourd'hui, de faire acte de justice en fournissant de nouveaux témoignages sur les pouvoirs occultes possédés par Mme Blavatsky. En m'adressant au public, je m'expose au ridicule, mais c'est une arme contre laquelle ceux qui s'occupent de ces questions sont déjà cuirassés. Jeudi dernier, vers dix heures et demie, je causais avec Mme Blavatsky dans sa chambre. Je lui demandai, incidemment, s'il lui serait possible de m'envoyer quelque chose par voie occulte quand je serais retournée chez moi. « Non », et elle m'expliqua quelques-unes des lois dont elle se sert. Pour établir un courant magnétique, elle doit, première condition, connaître l'endroit, y ecirc;tre allée, le plus récemment le mieux. Elle se rappela alors qu'elle avait été chez quelqu'un dans la matinée, et, après un moment de réflexion, se souvint de la maison où: elle était entrée (4). Elle ajouta qu'elle y enverrait une cigarette, à la condition que j'aille aussitôt vérifier le fait ; j'acceptai naturellement. Je dois mentionner que j'avais assisté, une fois déjà, à ce genre d'expérience ; la raison qu'elle donnait, pour justifier l'emploi des cigarettes, était que, les portant toujours sur elle, saturées par conséquent de magnétisme, elles étaient plus sensibles à son action. Je continue ma narration. Mme Blavatsky prit un papier à cigarette et lentement déchira en zig-zag un coin de la feuille. Je ne détachai pas mes yeux de ses mains. Elle me remit ce coin. Je le plaçai aussitôt sous une enveloppe qui, je le déclare, ne m'a pas quitté. Elle roula la cigarette avec le reste du papier et me dit qu'elle voulait faire un essai qui ne réussirait peut-ecirc;tre pas, mais dont l'échec ne tirerait pas à conséquence avec moi. Elle mit alors cette cigarette au feu, et cela sans aucun doute car je la vis briller et je me mis vite en route pouvant à peine croire que je retrouverais, à l'endroit désigné, la contre-partie de la feuille dont je portais sur moi un morceau déchiqueté ; elle y était cependant et, en présence de Mr O'M. et de sa femme, j'ouvris la cigarette et y adaptai exactement le coin. Il est inutile d'essayer de formuler la théorie relative à ces phénomènes et il serait insensé de prétendre qu'on peut convaincre de leur réalité ceux qui n'y ont pas assisté. Tout ce qu'on a le droit de réclamer et d'attendre, c'est que quelques-uns des plus intelligents de nos concitoyens soient amenés à examiner la masse de phénomènes probants dont on accumule les preuves en Europe et en Amérique. C'est pitié de voir la majorité du public ecirc;tre aussi complètement ignorante de ces faits ; il est possible à quiconque visite l'Angleterre de se convaincre de cette vérité.

ALICE GORDON


(5) passe autour de cette extrémité de la chambre, je ne peux les envoyer que près d'ici ». Un moment après : « L'une est tombée, dit-elle, sur le piano, l'autre sur l'étagère ». J'étais assis, le dos au mur, sur un canapé. Le piano était en face et l'étagère, supportant quelques porcelaines, était à droite entre le piano et la porte. La pièce, plutôt étroite, permettait de voir en plein les deux meubles. Le dessus du piano était encombré de piles de cahiers de musique. Mme Blavatsky pensait qu'une des cigarettes avait dû tomber parmi eux. Je retirai les livres un à un sans rien voir. J'ouvris le piano et trouvai une cigarette sur l'étroite petite planche intérieure. Je la pris et la reconnus comme étant celle que j'avais tenue en main. La seconde était dans une tasse couverte sur l'étagère. Toutes deux étaient encore humides là où: elles avaient été humectées, aux coins, au cours de leur fabrication ; je les portais sur une table sans permettre à Mme Blavatsky et au colonel Olcott non seulement de les toucher mais mecirc;me de les regarder. Les feuilles défaites et étalées, j'y rapportai les morceaux que j'avais gardés. Ils s'y adaptaient parfaitement ainsi que les marques au crayon. On peut conclure que les papiers étaient bien ceux que j'avais vu déchirer. Je les ai toujours. J'ajouterai que le colonel Olcott assis, à côté de moi, tournant le dos à Mme Blavatsky, ne bougea pas pendant la durée de l'expérience.

P. J. MAITLAND, capitaine


      MONSIEUR. – A l'occasion de la correspondance qui remplit vos colonnes au sujet des récentes manifestations de Mme Blavatsky, vos lecteurs seront peut-ecirc;tre intéressés si je rappelle un incident remarquable qui a eu lieu, en ma présence, la semaine dernière. Je faisais visite à Madame et, au cours de notre entrevue, elle déchira le coin d'un papier à cigarette, me le remit et me pria de le garder, ce que je fis. Elle roula, avec le reste de la feuille, une cigarette selon la méthode habituelle et, au bout de quelques instants, la fit disparaître. Nous étions assis dans le salon. Je demandai s'il était probable qu'on puisse retrouver cette cigarette ; après une courte pause, Madame m'engagea à l'accompagner dans la salle à manger, où: la cigarette devait se trouver au haut d'un rideau suspendu devant la fenecirc;tre. Au moyen d'une chaise, juchée sur une table, je parvins, avec difficulté, à atteindre l'endroit indiqué. J'y pris la cigarette, je l'ouvris. Les deux parties séparées du papier correspondaient exactement. C'est-à-dire que le morceau gardé par moi se raccordait absolument aux échancrures du papier déchiré dans lequel le tabac se trouvait. Au mieux de mon jugement, l'épreuve ne pouvait ecirc;tre ni plus complète ni plus satisfaisante. Je m'abstiens de donner mon opinion sur les causes qui produisent ces effets, étant persuadé que ceux de vos lecteurs qui s'intéressent à ces phénomènes, préféreront exercer leur propre jugement dans la matière. Je vous rapporte le fait tel que je l'ai vu sans le moindre embellissement. Je peux me permettre d'ajouter que je ne suis pas membre de la Société Théosophique. Je ne suis pas davantage, à ma connaissance, prédisposé en faveur de la science occulte, bien que je sympathise avec les principes proclamés par la Société, dont le colonel Olcott est président.

CHARLES FRANCIS MASSY


      Naturellement, quiconque est familiarisé avec la prestidigitation sait qu'avec une certaine dextérité de main on peut imiter ce genre de phénomène. Et quand on n'a pas vu soi-mecirc;me Mme Blavatsky agir, il est sans doute utile d'entendre affirmer qu'elle ne procède pas comme un faiseur de tours et que le spectateur doué d'un sens commun ordinaire ne peut avoir l'ombre d'un doute à propos du morceau de papier arraché à la feuille qu'il reçoit et garde.

      Sa conviction serait encore accrue, s'il était nécessaire, par les marques au crayon tracées devant lui. L'expérience m'a démontré que, pour le public, le petit phénomène « de la cigarette » est suspect, et cependant il a toujours été considéré comme concluant par les témoins les plus perspicaces et les plus méticuleux. Mais toutes les précautions scientifiques, prises pour assurer l'intégrité d'une démonstration phénoménale, ne vaincront jamais l'invincible stupidité de certaines personnes. Je m'en rends compte plus complètement aujourd'hui qu'à l'époque dont je parle. Alors j'étais surtout préoccupé d'entourer nos expériences de garanties telles, qu'il fût impossible d'ecirc;tre mecirc;me effleuré par un soupçon d'imposture. Ce fut un travail ardu, parce que notre expérimentatrice était excitable et intraitable ; d'ailleurs Mme Blavatsky n'était, dans la production des phénomènes importants, que l'instrument récepteur des Maîtres ; peut-ecirc;tre, pensais-je, ces grands Etres ne se font-ils pas une idée exacte de la disposition d'esprit de gens élevés à l'européenne, en présence des miracles dont nous nous occupons, et n'aperçoivent-ils pas la nécessité de rendre leurs manifestations parfaites, inattaquables dans les plus infimes détails.

      Je savais qu'ils se souciaient peu de convaincre la foule. Cependant ils assistaient souvent Mme Blavatsky pour produire des phénomènes dont le but paraissait ecirc;tre de frapper l'esprit du public. Dans ces circonstances, il me semblait qu'ils pouvaient aussi bien faire en sorte que les phénomènes produits ne permissent pas le moindre soupçon d'une fraude possible.

      Je demandai donc un jour à Mme Blavatsky si elle pourrait transmettre, à un des Initiés, une lettre dans laquelle j'exposerais mes vues. Sachant combien ils sont inabordables, j'avais peu d'espoir d'ecirc;tre exaucé. Elle me répondit qu'à tout hasard, elle essaierait.

      J'écrivis une lettre adressée « Au Frère inconnu », je la lui donnai et attendis le résultat. J'eus là une heureuse inspiration, car, de ce petit commencement, sortit la correspondance la plus intéressante dont j'aie jamais été honoré, correspondance qui, je le dis avec joie, promet de continuer, et qui, bien plus que les phénomènes dont je n'ai pourtant pas décrit les plus merveilleux, est la raison d'ecirc;tre de ce petit volume.

      Dans cette lettre, j'exprimais l'opinion que le plus irréfutable de tous les phénomènes serait d'obtenir, dans l'Inde, un exemplaire du Times de Londres, à la date du jour. Avec une semblable pièce à conviction en main, disais-je, j'amènerais tout habitant de Simla, capable de lier deux idées de suite, à croire que l'agent occulte peut produire des résultats matériels, défiant l'analyse de la science ordinaire. Je regrette de n'avoir pas gardé copie de ma lettre et des suivantes, elles auraient aidé à éclaircir le texte des réponses. Mais je ne pouvais prévoir alors le développement de mes relations épistolaires. Après tout, l'intérecirc;t gît dans les lettres reçues, les miennes n'ont pas grande valeur.

      Pendant un jour ou deux, j'ignorai ce qui était advenu, mais Mme Blavatsky m'informa que je recevrais une réponse. J'appris, plus tard, qu'elle n'avait pas d'abord trouvé d'Adepte disposé à recevoir la communication. Ceux auxquels elle s'adressa refusèrent de lui accorder leur attention. Enfin, son télégraphe psychologique lui apporta la réponse favorable d'un Frère, avec lequel elle n'avait pas communiqué depuis quelque temps. Il prendrait la lettre et y répondrait. A cette nouvelle, je regrettai de n'avoir pas présenté plus d'arguments en faveur de ma requecirc;te. J'écrivis de nouveau sans attendre la missive annoncée.

      Un ou deux jours après, le soir, je trouvai sur mon bureau la première lettre que m'adressait mon nouveau correspondant. Je puis dire ici ce que je sus plus tard. Natif du Punjab, il avait, dès son enfance, été attiré vers les études occultes ; par l'intervention d'un de ses parents – occultiste lui-mecirc;me – il avait été envoyé fort jeune en Occident pour y ecirc;tre élevé et en connaître ainsi le système d'éducation. Ensuite il avait été complètement initié à la plus haute connaissance de l'Orient. La suffisance de l'Européen trouvera que ces dispositions sont le renversement du bon ordre des choses. Je n'ai pas à entamer de polémique à ce sujet.

      Mon correspondant m'est connu sous le nom de Kout Houmi Lal Sing. C'est son « nom mystique Tibétain ». Les occultistes prennent, semble-t-il, de nouveaux noms à l'initiation, pratique qui a donné lieu à des coutumes semblables qu'on retrouve çà et là dans les cérémonies de l'Eglise catholique romaine.

      La lettre commençait, in medias res, à traiter du phénomène que j'avais proposé. « Précisément parce que l'épreuve du journal de Londres fermerait la bouche des sceptiques » elle était inadmissible, écrivait Kout Houmi.

      « Voyez le monde sous tel jour que vous voudrez, il est encore au premier degré d'émancipation... donc point préparé. Nous travaillons, il est vrai, d'après des méthodes et des lois naturelles, non surnaturelles. Mais, d'un côté, la science, en son état actuel, serait incapable de se rendre compte des merveilles scientifiques offertes ; de l'autre, les masses ignorantes ne verraient dans le phénomène qu'un miracle, qui ferait perdre son équilibre à tout témoin.
      Le résultat serait déplorable. Il le serait surtout, croyez-moi, pour vous, origine de cette idée, pour la femme dévouée qui, étourdiment, s'élance vers la porte béante qui mène à la notoriété. Cette porte, quoique ouverte par votre main amie, deviendrait bientôt un piège vraiment fatal pour elle. Ce n'est certainement pas ce que vous cherchez... Si nous accédions à vos désirs, savez-vous réellement quelles seraient les conséquences de ce succès ? L'ombre inexorable qui suit toutes les innovations humaines avance, mais peu nombreux sont ceux qui ont conscience de son approche et des dangers qu'elle recèle. A quoi pourraient-ils s'attendre ceux qui offriraient au monde cette nouveauté qui, si elle était acceptée par l'ignorance humaine, serait attribuée à ces intelligences des ténèbres dont s'effraient encore les deux tiers de l'humanité... Le succès d'une tentative de ce genre doit ecirc;tre calculé et basé sur l'intime connaissance des gens qui vous entourent. Il dépend de leurs conditions morales et sociales et de l'attention qu'ils portent à ces questions, les plus profondes et les plus mystérieuses qui puissent stimuler l'esprit humain : les pouvoirs divins contenus dans l'homme et les possibilités cachées de la Nature. Combien, parmi vos proches amis, y en a-t-il qui s'intéressent sérieusement à ces problèmes abstraits ? Vous les compteriez sur les doigts de votre main droite. Votre race se vante d'avoir, en ce siècle, libéré le génie si longtemps captif dans l'étroite geôle du dogmatisme et de l'intolérance, le génie de la connaissance, de la sagesse et de la pensée libre. Elle dit, qu'à leur tour, les préjugés de l'ignorance et la bigoterie religieuse, enfermés comme le méchant djin du vieux conte et scellés par les Salomons de la science, sont au fond de la mer et ne pourront jamais, en remontant à la surface, régner comme autrefois sur le monde ; bref, que l'esprit public est libre et precirc;t à accepter toute vérité démontrée. Etes-vous sûr qu'il en soit vraiment ainsi, mon respectable ami ? La science expérimentale ne date pas précisément de 1662, quand Bacon, Robert Boyle et l'évecirc;que de Chester obtinrent de transformer, par Charte royale, leur invisible collège en une Société d'encouragement pour la science expérimentale. Bien des siècles avant que la Société royale fût devenue une réalité d'après le plan du Projet prophétique, une passion innée pour l'inconnu, un ardent amour pour l'étude de la Nature et la Nature elle-mecirc;me avaient porté des hommes, dans chaque génération, à sonder ses secrets, à se vouer à leur poursuite. Roma ante Romulum fuit est un axiome enseigné dans vos écoles anglaises... Le Vril de La Race à venir était la propriété commune de races aujourd'hui disparues. Et de mecirc;me que l'existence de nos gigantesques ancecirc;tres est mise en question – quoique dans les Himalayas, sur un territoire en votre possession, nous ayons une caverne remplie des squelettes de ces géants, leurs immenses formes, quand on les trouve, étant invariablement regardées comme des caprices isolés de la Nature – ainsi le Vril, ou Akasha comme nous le nommons, est considéré comme une impossibilité, un mythe. Et sans connaître parfaitement l'Akasha, ses propriétés et combinaisons, comment la science peut-elle espérer se rendre compte de tels phénomènes ? L'esprit des hommes de votre science n'est pas fermé à la conviction, nous n'en doutons pas, mais les faits doivent d'abord leur ecirc;tre démontrés ; ils doivent d'abord ecirc;tre devenus leur propriété et se precirc;ter à leurs méthodes d'investigation avant que vos savants soient precirc;ts à les admettre comme faits. Si vous parcourez la préface de la Micographia, vous y trouverez, dans les suggestions de Hookes, que l'intime relation des objets avait moins d'importance à ses yeux que leur action extérieure sur les sens, et il fut adversaire acharné des plus belles découvertes de Newton. Les Hookes modernes sont nombreux. A l'instar de cet homme de jadis, instruit mais ignorant, vos scientistes contemporains sont moins anxieux de tirer de l'enchaînement physique des faits les inductions qui peuvent les mettre en présence de plus d'une force occulte de la Nature, que de se pourvoir d'une commode classification d'expériences scientifiques, de sorte qu'à leurs yeux, la qualité essentielle d'une hypothèse n'est pas qu'elle puisse ecirc;tre vraie, mais seulement plausible.
      Voilà pour la science – autant que nous le sachions. Quant à la nature humaine, en général, elle est ce qu'elle était il y a un million d'années. Des préjugés fondés sur l'égoïsme, une mauvaise volonté pour renoncer à un ordre de choses établi pour adopter de nouveaux modes de vie et de pensée – et l'étude occulte requiert une telle renonciation et beaucoup plus encore – telles sont les caractéristiques de votre époque... Quelles seraient les suites des plus surprenants phénomènes, en supposant que nous consentions à les produire ? Mieux ils réussiraient, plus le danger croîtrait. Il ne resterait bientôt plus qu'à aller toujours crescendo ou à tomber dans cette interminable lutte contre les préjugés et l'ignorance, tué par vos propres armes. Preuves après preuves seraient exigées et devraient ecirc;tre fournies ; chaque phénomène nouveau, pour répondre à l'attente, devrait ecirc;tre plus merveilleux que le précédent. Vous dites journellement qu'on ne peut croire sans avoir vu de ses yeux. Quelle vie humaine suffirait pour satisfaire à la foule des sceptiques ? Il peut ecirc;tre facile d'accroître le nombre initial des convaincus de Simla par centaines ou milliers, qu'est-ce en comparaison des centaines de millions de ceux qui n'auront pas vu ? Les ignorants, incapables de s'attaquer aux opérations invisibles, pourraient un jour exhaler leur rage contre les agents tangibles travaillant devant eux ; les classes élevées et instruites continueraient à nier et à vous mettre en pièces comme par le passé. En commun avec le plus grand nombre, vous blâmez le soin avec lequel nous gardons nos secrets. Nous savons cependant quelque chose de la nature humaine, les siècles, les âges... nous l'ont appris. Et nous savons qu'aussi longtemps que la science aura à apprendre et qu'une ombre de dogmatisme religieux s'attardera dans les cœurs des multitudes, les préjugés du monde devront ecirc;tre conquis pas à pas et non d'une seule poussée. L'antiquité la plus reculée a eu plus d'un Socrate, l'avenir voilé cache plus d'un martyr. La science affranchie se détourne dédaigneusement de l'opinion de Copernic, répétant les théories d'Aristarque Samius qui « affirmait que la terre se meut circulairement autour de son propre centre », des années avant que l'Eglise songeât à offrir Galilée en holocauste à la Bible. Les collègues du plus habile mathématicien de la Cour d'Edouard VI, Robert Recorde, le laissèrent mourir de faim dans un cachot, raillant son « Château de Connaissance » et traitant ses découvertes de billevesées...
      Vieilles histoires, direz-vous. Assurément, mais les chroniques modernes ne diffèrent pas essentiellement des anciennes. Nous n'avons qu'à nous rappeler des récentes persécutions de médiums en Angleterre, les prétendus sorciers et sorcières brûlés en Amérique du Sud, en Russie, sur les frontières d'Espagne, pour ecirc;tre certains que le salut des vrais praticiens en science occulte repose sur le scepticisme du public ; les charlatans et faiseurs de tours sont les boucliers naturels des adeptes. La sécurité publique est seulement assurée par le secret que nous gardons sur les terribles armes qui, autrement, pourraient ecirc;tre tournées contre elle et qui, on vous l'a dit, deviennent mortellement dangereuses, maniées par les méchants et les égoïstes. »


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(3)  Mme Hume tenait la broche de sa mère et à son tour avait donné le bijou à Miss Hume, sa fille, qui l'avait égaré.

(4)  La maison où: la cigarette fut trouvée est celle de Mr O'Meara, qui consent volontiers à ecirc;tre nommé.

(5)  La théorie est qu'un courant, qu'on peut seulement appeler magnétique, est formé par la mecirc;me force qui l'oblige à transporter à distance des objets qu'elle a désintégrés malgré n'importe quelle résistance de la matière.




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