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Les Aides invisibles

Charles Webster Leadbeater
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CHAPITRE XV
Le sentier du noviciat

      Les livres orientaux nous disent qu'il y a, pour l'homme, quatre moyens de trouver l'entrée du sentier de l'avancement spirituel :
            - la fréquentation des personnes qui y marchent déjà ;
            - l'enseignement oral ou écrit de la philosophie occulte ;
            - la réflexion éclairée – (en d'autres termes l'homme peut arriver, par la force de l'intellect et du raisonnement, à la vérité ou, du moins, à une partie de la vérité) ;
            - la pratique de la vertu – (c'est-à-dire qu'une longue série d'existences vertueuses, sans impliquer forcément un développement intellectuel, finissent pourtant par éveiller dans l'homme une intuition suffisante pour lui faire comprendre la nécessité de s'engager dans le sentier et lui en montrer l'entrée).

      L'homme est-il, d'une façon ou d'une autre, arrivé à ce point, le chemin de l'adeptat suprême s'étend sous ses yeux ; à lui de s'y engager. En écrivant pour des étudiants de l'occultisme, il est à peine nécessaire de dire qu'à notre degré actuel de développement nous ne pouvons nous attendre à acquérir des connaissances complètes, ou presque complètes, concernant d'autres étapes que les plus élémentaires. Des plus avancées, nous ne savons guère que les noms, bien qu'une échappée puisse, de temps à autre, nous être ouverte sur la gloire indescriptible qui les accompagne.

      Ces étapes, nous dit l'enseignement ésotérique, forment trois grandes divisions :

      1. La période de noviciat, pendant laquelle aucun engagement spécial n'est pris et aucune initiation proprement dite n'est accordée. Ce stade amène l'homme à passer avec succès ce que les livres théosophiques appellent généralement la période critique de la cinquième ronde ;

      2. La période où le disciple devient profès. C'est le sentier proprement dit, dont les quatre stades sont désignés, dans les livres orientaux, sous le nom des quatre sentiers de la sainteté. A la fin de cette période le disciple devient adepte ; c'est le degré que l'humanité est appelée à atteindre à la fin de la septième ronde ;

      3. Ce que j'oserais appeler la période officielle, où l'adepte prend une part déterminée, subordonnée à la grande Loi Cosmique, dans le gouvernement du monde et remplit des fonctions particulières qui s'y rattachent. Bien entendu, tout adepte et même tout élève, quand il est définitivement accepté, comme nous l'avons vu dans les chapitres précédents, contribue à la grande œuvre, tendant à stimuler l'évolution humaine ; mais les plus avancés sont chargés de départements spéciaux et correspondent, dans l'ordre cosmique, aux ministres d'un souverain dans un Etat terrestre bien constitué.

      Je ne me propose pas d'aborder ici cette période officielle ; aucune information la concernant n'a encore été divulguée, et la question dans son ensemble est trop au-dessus de notre compréhension pour qu'il y ait utilité à la traiter par écrit. Nous nous limiterons donc aux deux premières divisions.

      Avant d'aborder en détail la période du noviciat, il est bon de constater que, dans la plupart des livres sacrés de l'Orient, ce stade est simplement regardé comme préliminaire et faisant à peine partie du sentier proprement dit, car le disciple n'est considéré comme réellement admis à suivre ce dernier qu'après avoir pris des engagements déterminés. Autre cause de grande confusion : l'énumération des périodes commence parfois à ce point, mais plus souvent au début de la deuxième grande division ; quelquefois les périodes elles-mêmes sont comptées, quelquefois les initiations qui les précèdent ou qui leur succèdent ; de sorte qu'en étudiant les livres il faut constamment être sur ses gardes pour éviter les erreurs d'interprétation.

      Cette période de noviciat diffère du reste considérablement des autres ; les divisions entre les stades y sont moins nettement marquées que dans le cas des groupes supérieurs, et les exigences y sont moins précises et moins sévères. Mais il sera plus facile d'expliquer ce dernier point après avoir énuméré les cinq stades de cette période avec les conditions requises pour chacun. Les quatre premiers ont été remarquablement décrits par M. Mohini Mohun Chatterji dans la première Transactions of the London Lodge : nous y renvoyons le lecteur : il y trouvera des définitions plus complètes que celles qu'il est possible de donner ici. Des renseignements nombreux et extrêmement précieux ont aussi été donnés, sur ce point, par Mme Besant, dans ses ouvrages Le Sentier du Disciple et Vers le Temple (4). Les noms donnés aux stades pourront ne pas être identiques car, dans ces livres, l'auteur a employé les termes hindous sanscrits, tandis que la nomenclature Pâli employée ici est celle du système bouddhiste. Mais, si en quelque sorte le sujet se trouve abordé d'un côté différent, on verra que les conditions requises sont identiques au fond, lors même qu'elles diffèrent par leur forme extérieure. Pour chaque mot je donnerai d'abord, entre parenthèses, le simple sens littéral, puis la manière dont il est généralement expliqué par le Maître.

      Le première période est donc appelée parmi les Bouddhistes :

      I. MANODVARAVAJJANA (l'ouverture des portes de l'intelligence ou, peut-être, la fuite par les portes de l'intelligence) – Le candidat y acquiert une ferme conviction intellectuelle de l'impermanence et de la non-valeur de tous les intérêts terrestres. C'est ce qu'on appelle souvent : apprendre la différence entre le réel et l'irréel. Souvent, pour y arriver, il faut beaucoup de temps et bien des leçons pénibles, et pourtant il va sans dire qu'on ne saurait faire autrement le premier pas vers un progrès réel, car personne ne s'engage résolument dans le sentier sans avoir pris son parti de « s'affectionner aux choses qui sont en haut et non à celles qui sont sur la terre (5) », et cette décision a pour cause la conviction que rien, dans ce monde, n'a la moindre valeur auprès de la vie supérieure. Ce premier pas est appelé par les Hindous l'acquisition de la VIVEKA ou du discernement. Suivant l'expression de M. Sinnett, il consiste à s'inféoder au Soi supérieur.

      II. PARIKAMMA (la préparation à l'action) – Dans cette période le candidat apprend à pratiquer la vertu pour elle-même, sans tenir compte de ce qu'elle peut lui rapporter ou lui faire perdre ici-bas ou dans l'avenir ; pour employer l'expression des livres orientaux, goûter le fruit de ses propres actions le laisse complètement indifférent. Cette indifférence est la conséquence naturelle du pas précédent car après avoir eu les yeux ouverts au caractère irréel et fugitif de toutes les récompenses terrestres, le néophyte cesse d'en avoir besoin ; l'âme une fois éclairée par la rayonnante clarté de la réalité, ne peut plus donner à ses désirs un objectif moins élevé. Les Hindous nomment ce détachement suprême VAIRAGYA.

      III. UPACHARO (l'attention ou la conduite) – C'est le stade où doivent s'acquérir ce qu'on appelle les « six qualifications » – SHATSAMPATTI des Hindous. On les nomme en Pâli :

            1. Samo (le calme) – la pureté et le calme de la pensée, que donne un mental parfaitement obéissant. C'est un résultat extrêmement difficile à obtenir, mais très nécessaire ; car, à moins de n'obéir qu'à la seule direction de la volonté, le mental ne saurait devenir, pour le Maître, un instrument parfait. Cette qualité a une signification très étendue, elle comprend à la fois l'empire sur soi-même et le calme indiqués au chapitre XIV comme nécessaires pour travailler sur l'astral.

            2. Damo (l'assujettissement) – un empire analogue sur la conduite et sur les paroles, par suite leur pureté. Cette qualité, elle aussi, est une conséquence naturelle de la précédente.

            3. Uparati (la cessation) consiste, est-il dit, à renoncer à la bigoterie ou à ne plus croire nécessaire aucun acte ou cérémonie prescrits par une religion particulière ; l'aspirant atteint par là l'indépendance intellectuelle et une tolérance large et généreuse.

            4. Titikkhâ (la patience ou la tolérance) – Il faut entendre par ce mot la disposition de l'homme prêt à supporter avec sérénité tout ce que son karma peut lui faire subir et à renoncer, toutes les fois qu'il le faudra, aux objets terrestres, quels qu'ils soient. Le mot implique aussi l'idée d'une absence complète de rancune, l'homme sachant que ceux qui lui font tort sont simplement les instruments de son propre karma.

            5. Samâdhâna (la force d'attention) – C'est la concentration mentale, impliquant l'impossibilité d'être détourné du sentier par la tentation et correspondant très exactement à la fixité d'objectif dont il a été parlé dans le chapitre précédent.

            6. Saddhâ (la foi) – la confiance en notre Maître et en nous-même ; autrement dit, le disciple doit être convaincu qu'en suivant les enseignements du Maître il est en bonnes mains et que, s'il se défie de ses propres moyens, il porte cependant en lui-même l'étincelle divine qui, transformée en flamme, lui permettra un jour de faire ce qu'a fait son Maître.

      IV. ANULOMA (l'ordre direct ou la succession) – signifiant que cette qualité est le corollaire des trois autres. Dans cette période s'éveille le désir passionné d'être libéré de l'existence terrestre et de s'unir à la vie suprême. C'est la Mumukshatva des Hindous.

      V. GOTRABHU (l'aptitude à l'initiation) – A ce stade, le candidat réunit en faisceau, pour ainsi dire, ses acquisitions précédentes et les confirme au degré voulu pour le grand pas suivant, par lequel il mettra son pied sur le sentier proprement dit en qualité d'élève agréé. Ce niveau atteint, l'initiation au degré suivant lui succédera très rapidement. A la question : « Qui est le gotrabhu ? » – Bouddha répond :

      « L'homme qui remplit les conditions auxquelles succède immédiatement le commencement de la sanctification – voilà le Gotrabhu. »

      La sagesse qu'il faut posséder pour se voir ouvrir le sentier de la sainteté est nommée Gotrabhu-gnana.

      Nous avons donné un coup d'œil rapide aux différents pas de la période du noviciat. Je dois maintenant insister sur le point mentionné en commençant : c'est que, dans ce stade élémentaire, les conditions et les qualités énumérées ne sont pas exigées dans leur perfection. Si elles étaient toutes également développées, dit M. Mohini, l'élève deviendrait adepte dans la même incarnation ; mais c'est là, naturellement, un cas très rare. Le candidat doit sans cesse les avoir pour objectif, mais ce serait une erreur de croire que personne n'a été admis au pas suivant, sans les posséder toutes de la façon la plus complète. Elles ne se suivent point non plus dans un ordre invariable, comme les pas qui leur succèdent. En réalité, un homme développerait en lui simultanément toutes les différentes qualités et plutôt parallèlement que dans un ordre régulier.

      On comprendra qu'un homme puisse fort bien avoir suivi ce sentier jusqu'au bout sans même se douter de son existence. Nul doute que beaucoup de bons chrétiens, beaucoup de libres penseurs sincères ne soient déjà très avancés sur le chemin qui les amènera éventuellement à l'initiation, sans avoir de leur vie entendu prononcer le mot d'occultisme. Je mentionne spécialement ces deux catégories d'hommes car, le développement occulte étant regardé dans toutes les autres religions comme une possibilité, il serait certainement recherché intentionnellement par les personnes aspirant à quelque chose de plus satisfaisant que les cultes exotériques.

      Il faut aussi noter que les étapes du noviciat ne sont pas séparées par des initiations dans le sens propre du terme ; elles n'en seront pas moins, et sûrement, remplies d'épreuves et d'essais de toutes sortes et sur tous les plans, que compenseront peut-être des expériences encourageantes, des conseils indirects et de l'aide, quand ils pourront être donnés sans inconvénients. Nous sommes quelquefois portés à employer le nom d'initiation un peu trop facilement : par exemple en parlant d'épreuves comme celles que je viens de mentionner. Pour donner au mot sa valeur exacte, il ne s'applique qu'à la cérémonie solennelle entourant l'admission officielle d'un disciple au grade supérieur, par une personne spéciale mettant, au nom de l'Initiateur Uni que, entre les mains du récipiendaire la clef de connaissances nouvelles, clef dont il doit se servir sur le niveau qui lui est maintenant ouvert. Une initiation semblable marque le passage à la division dont nous allons parler maintenant, et de même, le passage de chacune des étapes qui la constituent à l'étape suivante.


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(4)  Publications théosophiques, 4, square Rapp, Paris (7ème).

(5)  Epître aux Colossiens, III, 2.




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