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Bélisaire

(~490, en Dardanie - 565)
Général romain
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Biographie universelle ancienne et moderne

      Bélisaire, l'un des plus habiles généraux dont l'histoire ait parlé, vivait sous l'empire de Justinien, qui dut aux talents, à la fidélité et aux victoires de ce grand homme, une partie de l'éclat de son règne. Né dans la Thrace, d'une famille obscure (1), Bélisaire servit d'abord dans la garde de Justinien. Ce prince lui donna, en 529, un commandement sur les frontières de Perse menacées alors d'une invasion. Bélisaire, trop faible pour prendre l'offensive, se retrancha sous les murs de Dara en Arménie ; 40.000 Perses, commandés par Feyrouz (Pérose), vinrent lui livrer bataille en 530. Bélisaire, qui n'avait que 25.000 hommes, intimida l'ennemi un jour entier par sa contenance redoutable, et, le lendemain, il eut encore l'art de retarder le commencement de l'action jusque vers le soir, heure à laquelle les Perses avaient coutume de prendre leur repas : de cette manière, il les trouva affaiblis par la faim ; et après un combat terrible et longtemps balancé, les Romains remportèrent une victoire complète.

      L'année suivante, Bélisaire fut moins heureux dans la Syrie, où les Perses s'étaient portés pour surprendre Antioche ; il cherchait à les ruiner par d'habiles manœuvres, lorsque l'impatience de ses officiers et les cris séditieux de ses soldats le forcèrent à combattre. Il fut battu ; mais cette défaite, qu'il avait prévue, et qui fut la seule qu'il éprouva dans toute sa carrière militaire, augmenta la confiance que les soldats avaient en lui. On se servit néanmoins de cet événement pour lui nuire auprès de Justinien, qui le rappela à Constantinople.

      Bélisaire y fut encore l'appui de son prince ; car, en 532, une sédition, excitée par la haine que se portaient deux factions, dites des Verts et des Bleus, dont la faiblesse de Justinien tolérait les excès, prit tout à coup un caractère si grave, que, pendant trois jours, la capitale fut livrée aux plus affreux désordres, et que Justinien se vit sur le point d'être détrôné. Il aurait pris le parti de la fuite, sans la fermeté de l'impératrice Théodora, qui rachetait ses vices par ses talents et son grand courage. Cependant les séditieux avaient déjà proclamé Hypace empereur, lorsque Bélisaire, entouré de quelques sujets fidèles, et suivi des soldats qu'il avait pu rassembler, chargea les factieux sans aucun ménagement, en fit un grand carnage, puis, en peu d'heures, rendit le calme à Constantinople et le sceptre à Justinien.

      L'empereur, reconnaissant, le choisit pour commander l'armement immense qui se préparait contre Gélimer, roi des Vandales en Afrique. Ce prince avait usurpé le trône d'Hildéric, auquel il avait fait crever les yeux, et sous le prétexte de punir ce crime, Justinien méditait de recouvrer l'Afrique. Les Romains, après une relâche en Sicile, au bout de trois mois de navigation, débarquèrent le 15 septembre 533, à cinq journées de Carthage. Bélisaire s'était fait suivre par sa femme Antonina, trop fameuse par ses intrigues et ses débauches, et dont le pouvoir sans bornes sur l'esprit de son mari a marqué d'une tache honteuse la vie de ce héros ; il était accompagné aussi par Procope l'historien, qui lui servait alors de secrétaire, et qu'il éleva depuis à de hautes dignités. Le premier soin de Bélisaire, dans cette guerre dangereuse sur une terre étrangère, fut d'introduire une exacte discipline dans son armée, afin de gagner le cœur des Africains ; le second fut d'avancer rapidement vers Carthage, pour ne pas donner à l'ennemi le temps de se reconnaître. Gélimer, étonné d'une attaque aussi prompte, et privé d'une partie de ses forces qu'il avait envoyées à la conquête de la Sardaigne, marcha néanmoins à la rencontre des Romains : il projetait de tourner leur armée, tandis qu'Amatas son frère les attaquerait en face ; mais ce dernier commença trop tôt son attaque : il fut défait et tué ; Bélisaire vainqueur poursuivit les fuyards, et, lorsque Gélimer arriva sur le champ de bataille, il le trouva jonché des cadavres des siens, parmi lesquels il reconnut celui d'Amatas. Déjà cependant les Vandales avaient atteint les Romains victorieux, et remporté quelques avantages sur leurs corps dispersés ; mais Gélimer perdit un temps précieux à déplorer la mort de son frère, et à lui rendre les derniers devoirs ; Belisaire remit ses troupes en bon ordre, et la victoire se déclara pour lui. Gélimer s'enfuit en Numidie, après avoir fait tuer Hildéric. C'était à la fois servir les projets de Justinien, en le délivrant d'un prince dont il feignait de soutenir la cause, et livrer Carthage, sans défense, à Bélísaire. Le vainqueur y fut reçu comme un dieu tutélaire, surtout par le parti catholique, qui penchait pour Hildéric, tandis que Gélimer soutenait les ariens. Calonyme, commandant de la flotte romaine, était arrivé la veille dans le port, et avait commencé à piller les magasins et les maisons voisines ; Bélisaire le fit venir, et le força à restituer ce qu'il avait pris. Il partagea à ses soldats les richesses que renfermait le palais de Gélimer, et se contenta de se faire servir un grand festin que le prince vandale avait commandé. La fortune réservait de plus cruels revers à Gélimer. Son frère Zazon ou Tzazon, qui revenait de conquérir la Sardaigne, se joignit à lui ; leur réunion rendit le courage aux Vandales, qui, se trouvant dix fois plus nombreux que les Romains, leur livrèrent bataille à Tricamare. Le génie de Bélisaire triompha du nombre ; Zazon fut tué ; les Africains, défaits et repoussés dans leur camp, l'abandonnèrent bientôt dans le plus grand désordre, en apprenant la fuite de Gélimer. Bélisaire retrouva dans cette occasion, sous les tentes de ce prince, une partie des richesses que les barbares avaient enlevées de la Grèce, de l'Italie et des autres parties de l'Europe pillées par Genséric. Cependant les provinces d'Afrique et les îles de Sardaigne, de Corse, de Majorque, de Minorque et d'Ehuse tombaient au pouvoir des Romains ; Bélisaire se hâte d'instruire Justinien de ses succès, et poursuit sans relâche Gélimer, qui, privé de toute ressource, et dégoûté des vicissitudes du sort, se remet dans les mains de son ennemi, et montre même, en se rendant, une gaieté inexplicable qui parait aux uns du délire, aux autres de la philosophie.

      Déjà la calomnie, toujours prête à venger l'inutilité des courtisans des succès du mérite, noircissait Bélisaire aux yeux de Justinien, et lui imputait le projet de se rendre indépendant en Afrique. Le héros apprit ces bruits injurieux ; il connaissait la faiblesse et l'esprit soupçonneux de l'empereur ; il résolut de confondre ses ennemis par sa présence, et de rassurer son prince par sa soumission. Cependant la tranquillité de l'Afrique réclamait encore ses soins et son activité ; mais il se décida à partir, et bientôt Constantinople le vit débarquer, suivi de Gélimer et des trésors dont il venait payer l'ingratitude des Romains. Cette conduite toucha Justinien. Il décerna à Bélisaire les honneurs du triomphe : c'était le premier qu'on eût vu à Constantinople. Gélimer captif en orna la pompe ; Justinien reçut le vainqueur dans le Cirque, et fit frapper une médaille qui s'est conservée jusqu'à nos jours, et sur le revers de laquelle on lit : Bélísaire, la gloire des Romains. Toute l'histoire de cette guerre, ainsi que la pompe du triomphe, furent représentées en mosaïque dans le palais. Bélisaire fit accorder à Gélimer de vastes domaines, et reçut le titre de consul.

      Les divisions des Goths en Italie préparaient à ce grand homme de nouveaux trophées, et ouvraient un vaste champ à l'ambition de Jusinien. La fille de Théodoric, Amalasonte, reine des Goths, aussi célèbre par son courage que par sa beauté, venait de périr sous les coups de ses ennemis, par la pertidie de Théodat son parent, dont elle avait voulu se faire un appui en l'épousant. Justinien saisit cette occasion de porter la guerre en Italie (535). Théodat, effrayé, essaya d'abord la voie des négociations ; un léger succès les lui fit rompre ; mais déjà Bélisaire était débarqué en Sicile, et sa renommée suppléait au petit nombre des troupes qu'on lui avait confiées : Palerme seule lui opposa quelque résistance.

      Cependant, une révolte arrivée en Afrique (quelques historiens ne la placent qu'après le siège de Rome) retarda ses projets sur l'Italie. Bélisaire courut sauver Carthage, revint en Sicile, où des troubles s'étaient élevés, et débarqua enfin à Reggio, d'où il s'avança rapidement vers Naples, sans rencontrer d'obstacles : 8000 barbares défendaient cette ville. Après vingt jours de siège, Bélisaire désespérait de la prendre, lorsqu'un Isaurien découvrit un aqueduc abandonné, par lequel on pouvait s'introduire dans la place. Bélisaire fit sommer les assiégés de se rendre, en leur annonçant leur ruine prochaine. Sur leur refus, il pénétra par le passage secret ; mais, malgré ses efforts, il ne put empêcher le sac de cette ville florissante. La prise de Naples mit les Goths en fureur ; ils massacrèrent Théodat, et mirent Vitigès à leur tête. Cependant Bélisaire victorieux s'avance vers Rome, qui lui ouvre ses portes le 09 décembre 537 ; il s'occupe aussitôt de l'approvisionner et de la fortifier, malgré les plaintes des habitants, qui redoutaient un siège. En effet, au printemps suivant, Vitigès parut sur la voie Flaminienne, à la tête de 100.000 combattants. Bélisaire fut enveloppé dans une reconnaissance, et faillit être tué ; à force de valeur, il parvint à se dégager et à rentrer dans Rome. Le siège dura un an et neuf jours, avec des changements de fortune multipliés ; tantôt il dégénérait en blocus, tantôt les assauts se succédaient avec rapidité. Bélisaire, peu rassuré sur les dispositions des Romains, se crut obligé de sévir contre le pape Silvère, contre lequel il était excité par les intrigues de sa femme Antonina et de Vigile, qui convoitait la tiare. Silvère fut déposé et banni, et mourut de misère ; Vigile lui succéda. Cependant la famine et les maladies désolaient Rome ; Antonina et Procope coururent chercher des vivres et des secours. Justinien, qui craignit de perdre le fruit des premières conquêtes de Bélisaire en Italie, y fit passer des renforts sous le commandement de Narsès. Vitigès, menacé de tous côtés, fut enfin obligé de lever le siège, et de se retirer à Ravenne.

      La gloire de Bélisaire, dans ce siège, fut souillée par la mort de Constantin, l'un de ses officiers, contre lequel Antonina excita des soupçons injustes et flétrissants. Constantin outré s'oublia jusqu'à menacer la vie de Bélisaire, qui le fit tuer à l'instigation d'Antonina. Cet acte de violence indisposa une partie de ses officiers, et lui causa de fâcheux embarras dans les différends qui survinrent entre lui et l'eunuque Narsès. Ce dernier, non moins habile général, et plus courtisan que Bélisaire, entraîna une partie des troupes, et empêcha son rival de recueillir le fruit de la retraite de Vitigès : le roi goth eut le temps de respirer, et d'appeler à son secours une armée de Francs, commandée par Théodobert, roi d'Austrasie. Milan fut prise et saccagée ; mais Bélisaire, par une adroite négociation, persuada aux Francs de se retirer. A peine remis d'une blessure très grave qu'il avait reçue au siège d'Osimo, il investit Vitigès dans Ravenne : ce dernier fit des propositions de paix à Justinien, qui les signa ; mais Bélisaire refusa d'exétuter le traité. Les Goths, étonnés de sa fermeté, lui offrirent la couronne ; Bélisaire, sans accepter cette offre éblouissante, en profita pour se faire ouvrir les portes de Ravenne, et pour faire Vitigès prisonnier.

      Justinien, toujours jaloux des succès et toujours incertain de la fidélité de son général, le rappela à Constantinople, où cette fois l'empressement du public fut son seul triomphe. Les désordres et les intrigues d'Antonina lui causèrent des chagrins domestiques, et augmentèrent la malveillance de Justinien. En 541 et en 543, Chosroës (Khosrou et Nouchyrvan), roi de Perse, étant entré sur les terres de l'empire, on lui opposa Bélisaire, qui, deux fois, arrêta les progrès des Perses. Cependant l'Italie n'était déjà plus sous la puissance romaine ; Totila, jeune prince que les Goths avaient couronné, renversait tout devant lui : Rome et Naples étaient en son pouvoir. La nouvelle de l'approche de Bélisaire déconcerta Totila, qui médita de ruiner Rome de fond en comble ; mais, à force de représentations, Bélisaire le détourna de ce projet, et lui-même entra bientôt dans cette ville, qu'il venait de sauver. Il en répara les murailles à la hâte, et en remplit les magasins ; Totila, qui revint l'attaquer, fut repoussé trois fois. Cependant le dénuement où se trouvaient l'armée romaine et l'Italie paralysait les efforts de Bélisaire ; il demanda son rappel, qui lui fut accordé.

      Après dix années de repos, il reprit encore les armes pour arrêter une irruption des Bulgares, et la victoire lui fut fidèle. Constantinople retentissait de ses louanges ; mais Justinien et sa cour ne partageaient pas les sentiments des Romains ; on accusa Bélisaire d'avoir trempé dans une conjuration. Il se vit, avec indignation, réduit à se justifier ; Justinien, dit-on, reconnut son innocence, et lui rendit ses biens et ses honneurs, dont il l'avait d'abord dépouillé ; mais cette persécution abrégea les jours du vieux général, qui mourut quelque temps après, en 565.
      L'imagination des poètes, des artistes, et surtout le roman de Marmontel, ont rendu presque historique une tradition apocryphe, suivant laquelle Bélisaire, privé de la vue et réduit à une extrême pauvreté, aurait été forcé de mendier dans les rues de Constantinople (2). Aucun historien contemporain n'a rapporté cette fable, qui doit son origine à Tzetzès, auteur peu estimé du XIIème siècle : on l'a répétée depuis sans examen ; mais tous les écrivains sont d'accord sur les grandes qualités de Bélisaire ; sa fidélité pour son prince, sa douceur, sa générosité envers les vaincus ne se démentirent jamais. Il paraît que sa faiblesse pour sa femme lui fit commettre quelques exactions. On lui reproche aussi une complaisance servile pour l'infâme Theodora, femme de Justinien.


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(1)  On ignore la date de sa naissance ; mais il occupe le théâtre historique depuis l'an 527 jusqu'à l'an 565 qu'il mourut dans un âge avancé. Tracer la vie de ce grand capitaine, c'est esquisser en partie l'histoire extérieure du règne de Justinien, car le nom de Bélisaire se trouve mêlé à tous les grands faits stratégiques de ce règne, sur lequel ses exploits jettent tant d'éclat. La conquête de l'Afrique vandale l'a fait surnommer le Scipion l'Africain de la Rome byzantine ; mais il n'eut pas, comme son devancier, l'avantage d'une naissance illustre ni d'une éducation libérale. Paysan thrace comme Justinien, il fut d'abord un des gardes, puis un des officiers, enfin l'un des généraux de cet empereur parvenu. L'histoire même ne nous laisse pas ignorer qu'il fut un de ses compagnons de débauche, et comme lui il devint l'époux d'une courtisane.

(2)  Mme de Genlis a fait aussi un Bélisaire, que dans ses Mémoires, elle met bien au-dessus du poème en prose assez froide de Marmontel. De nos jours, un Anglais, dans un livre d'ailleurs plein d'érudition, lord Mahon, a fait The Life of Belisarius, (London, 1829, in-8°), où il s'est efforcé de remettre en crédit le conte inventé par Tzetzès. Il reconnaît toutefois, avec Winkelmann, que la statue dite le Bélisaire mendiant, placée autrefois dans le musée Borghèse, à présent dans celui du Louvre, est d'un travail trop précieux pour qu'on n'y voie pas une production de l'art bien antérieure à l'âge où Bélisaire a vécu. La tragédie s'est emparée de ce personnage en 1823. M. Jouy, de l'Académie française, a donné au Théâtre-Français une tragédie de Bélisaire. Qui ne connaît le Bélisaire de Gérard, qui fit une si grande sensation à l'exposition du Louvre en 1795, et que la gravure a si souvent reproduit ?  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 3 - Pages 535-538)




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