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Charles le Téméraire, duc de Bourgogne

(10 novembre 1433, à Dijon - 05 janvier 1477, près de Nancy)
Comte de Charolais – Duc de Bourgogne de 1467 à 1477)
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      Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, fils de Philippe le Bon et d'Isabelle de Portugal, naquit à Dijon, le 10 novembre 1433, et porta d'abord le nom de comte de Charolais, sous lequel il se distingua dans les batailles de Rupelmonde en 1452, et de Morbèque l'année suivante. Ce prince, dont le caractère était violent et fougueux, sentit de bonne heure les mouvements de cette fatale ambition qui fut la source des fautes et des malheurs de sa vie. Son aversion pour les seigneurs de la maison de Croï, favoris de son père, était insurmontable ; n'ayant pu les faire disgracier, il quitta la cour, et se retira en Hollande. Enfin, s'étant réconcilié avec son père, il parvint à lui faire partager sa haine contre Louis XI, et se mit à la tête du parti formé contre ce monarque et appelé Ligue du bien public. Après avoir traversé la Flandre et l'Artois, il s'avance vers la Somme à la tête de 26.000 combattants, et arrive devant Paris. Le roi lui députe Alain Chartier, évêque de cette ville, pour lui reprocher la guerre qu'il faisait à son souverain. « Dites à votre maître, répond l'héritier de Bourgogne, qu'on a toujours trop de motifs contre un prince qui sait employer le fer et le poison, et qu'on est bien sûr, en marchant contre lui, de trouver nombreuse compagnie en route ; au reste, je n'ai pris les armes qu'à la sollicitation des peuples, de la noblesse et des princes : voilà mes complices. » Louis étant venu lui présenter la bataille à Montlhéry, Charles enfonce une aile de l'armée royale, et se laisse emporter à la poursuite des fuyards. Environné par quinze gendarmes qui venaient de tuer son écuyer, il est blessé et en danger d'être pris ; mais il refuse de se rendre, fait des prodiges de valeur, et donne le temps à ses soldats de venir le dégager. Dès lors, Charles conçut de ses talents pour la guerre une si haute idée, que les plus grands revers ne purent depuis le détromper de cette présomption.

      Ayant succédé à son père en 1467, il eut presque aussitôt la guerre contre les Liégeois, qu'il tailla en pièces et soumit avec la dernière rigueur. Forcé, avant cette expédition, de rendre aux Gantois les privilèges que Philippe le Bon leur avait enlevés, il révoque à son retour ce que les Gantois lui ont extorqué, fait mourir les chefs de la rébeillon, et condamne la ville à une amende considérable.

      L'année suivante, il épousa Marguerite d'York, sœur du roi d'Angleterre, et résolut dès lors de renouveler la guerre civile en France ; mais Louis le désarma en lui donnant 120.000 écus d'or. Le 03 octobre suivant, le monarque et le duc ont une entrevue à Péronne pour régler leurs différends. Là, le duc apprend que les Liégeois, excités par le roi, viennent de se soulever et de s'emparer de Tongres. Charles entre en fureur : Louis IX emploie inutilement les serments pour se disculper ; il est arrêté et gardé à vue. Le duc, après avoir hésité entre les partis les plus violents, l'oblige à signer un traité, dont la condition la plus humiliante est qu'il marchera avec lui contre ces mêmes Liégeois qu'il avait soulevés. Charles arrive devant Liège accompagné du roi : la ville est prise d'assaut et abandonnée à la fureur du soldat. De tels succès achevèrent d'endurcir le duc de Bourgogne, et de former les derniers traits de ce caractère inflexible et sanguinaire, qui le rendit le fléau de ses voisins et l'artisan de sa propre ruine. Edouard IV lui envoya, en 1470, l'ordre de la Jarretière. Il reçut en Flandres, peu de temps après, Edouard lui-même, qui vint chercher un asile auprès de lui. Charles lui fournit de l'argent et des vaisseaux pour repasser en Angleterre.

      Vers la fin de la même année, la guerre recommence entre le roi de France et le duc de Bourgogne ; jamais Charles ne mérita mieux que dans cette guerre le surnom de Téméraire. Forcé de demander une trêve, il ne tarde pas à reprendre les armes, publie un manifeste contre le roi qu'il accuse de sortilège et d'empoisonnements, passe la Somme à la tête de 80.0000 combattants, prend d'assaut la ville de Nesle qu'il livre aux flammes, et dit avec une tranquillité barbare en la voyant brûler : « Tel fruit porte l'arbre de guerre. »

      Ennemi du repos, insensible aux plaisirs, n'aimant que la destruction et le carnage, écrasant le peuple pour enrichir les grands, et malgré son orgueil, possédant l'art de se faire des alliés, Charles, qui se croyait égal en puissance à Louis XI, souffrait impatiemment de se voir son inférieur en dignité. Il projette alors d'étendre sa domination du côté du Rhin, et de faire ériger ses Etats en royaume, sous le nom de Gaule Belgique. Il vient trouver l'empereur Frédéric III à Trèves, pour obtenir le titre de roi et de vicaire général de l'empire que Frédéric lui avait promis, à condition qu'il donnerait Marie, sa fille, en mariage à l'archiduc ; mais aucun des deux ne voulant s'engager le premier, ils se séparent mécontents l'un de l'autre, et la négociation est rompue. Charles, qui voulait ajouter à ses Etats la Lorraine et la Suisse, était bien sûr, selon l'observation de Voltaire, s'il eût réussi, de se faire roi sans la permission de personne. Cependant, Louis XI travaillait à lui susciter de nouveaux embarras, en excitant contre lui l'Autriche et les Suisses. Dès lors, Charles forme la résolution de le détrôner, et se ligue pour ce dessein avec le roi d'Angleterre ; mais, au lieu de seconder en France les efforts d'Edouard IV, il marche au secours de l'évêque de Cologne, son parent, et perd dix mois devant Neuss, dont il fait inutilement le siège, et vole ensuite en Lorraine pour se venger du duc René, qui, excité par la France, lui avait déclaré la guerre.

      Après avoir terminé la conquête de la Lorraine par la prise de Nancy, où il entre en vainqueur en 1475, il tourne ses armes contre les Suisses, et, malgré les représentations de ces paisibles montagnards, qui lui disent que tout ce qu'il pourrait trouver chez eux « ne valait pas les éperons des chevaliers de son armée », il prit la ville de Granson, et fit passer au fil de l'épée 800 hommes qui la gardaient ; mais cette barbarie ne tarda pas à être vengée par une victoire signalée que les Suisses remportèrent sur lui près de cette même ville, le 03 mars 1475. La perte de cette bataille le jette dans une noire mélancolie qui altère son esprit et sa santé. Il rentre en Suisse avec une nouvelle armée, et, le 22 juin, perd par les mêmes fautes la bataille de Morat. Le duc de Lorraine, qui avait combattu dans l'armée des Suisses, mène les vainqueurs devant Nancy, qui capitule le 06 octobre. Aux premières nouvelles de ce siège, Charles rassemble ses troupes et se rend en Lorraine, pour arracher au duc René la ville de Nancy qu'il avait déjà prise une fois. Il charge le comte de Campobasse de la principale attaque, et, instruit que cet officier le trahit, il ne regarde cet avertissement que comme un piège. Campobasse fait traîner le siège en longueur, et donne ainsi le temps à René de s'avancer avec 20.000 hommes. A son approche, il passe avec ses troupes du côté de l'ennemi, et laisse l'armée de Charles réduite à 4000 hommes. Contre le sentiment de son conseil, ce prince veut combattre avec des forces inégales. Le 05 janvier 1477, les deux armées en viennent aux mains. Les ailes de l'armée bourguignonne sont enfoncées et dispersées, et le corps de bataille, commandé par le duc en personne, est attaqué de front et sur les flancs. Charles s'arma aussitôt de son casque, et, voyant tomber à ses pieds un lion d'argent doré qui lui servait de cimier, il dit avec étonnement : Ecce magnum signum Dei. Mis en déroute et entraîné par les fuyards, il tombe de cheval dans un fossé, où il est tué d'un coup de lance, dans la 44ème année de son âge, et paye ainsi de son sang, ajoute le même historien, le nom de Téméraire que la postérité lui donne. Son corps, couvert de sang et de boue, la tête prise dans les glaçons, ne fut retrouvé que deux jours après la bataille, et tellement défiguré qu'il resta quelque temps méconnaissable aux yeux de ses propres frères ; on le reconnut enfin à la longueur de sa barbe et de ses ongles qu'il avait laissé croître depuis la défaite de Morat, et à la cicatrice d'un coup d'épée reçu à la bataille de Montlhéry.

      La mort de ce prince, qui semblait destiné à replonger la monarchie dans l'ancien chaos, forme une époque remarquable dans notre histoire : avec lui s'éteignit en France le système monstrueux du gouvernement féodal. Charles eut cependant quelques vertus ; car la vérité doit adoucir les couleurs trop sombres sous lesquelles l'ont peint les historiens du temps et leurs copistes. S'il était endurci et terrible à la guerre, rien, dans le gouvernement de ses peuples, ne se ressentait de la dureté avec laquelle il se traitait lui-même ; sa droiture naturelle lui faisait surveiller avec soin l'administration de la justice.
      Il fut inhumé à Nancy, par ordre du duc de Lorraine, et en 1550, Charles-Quint, son arrière-petit-fils, fit transporter ses restes à Bruges. De ses trois mariages, il ne laissa que Marie, née d'Isabelle de Bourbon, sa seconde femme (1).


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(1)  Consulter, pour l'histoire de Charles le Téméraire, l'Histoire des ducs de Bourgogne, par M. de Barante.  (Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 7 - Pages 561-562)


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